Le revenu de base représente un danger pour l'autonomie des femmes

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Citations

Anne Eydoux et Rachel Silvera

« Souvent et longuement détaillée dans ses différentes versions (avec ou sans condition d’âge, de revenu, etc.), l’abondante littérature sur le sujet est toutefois silencieuse sur la question de la différenciation sociale entre les sexes. Pourtant, sauf à croire qu’une mesure de type allocation universelle aura un effet identique pour les hommes et pour les femmes, l’enjeu est d’importance : comme on va le voir, il n’y a qu’un pas de l’allocation universelle (en principe ouverte à tous) au salaire maternel (qui confine les femmes au foyer) ; et le risque de dérive n’est pas imaginaire, comme le montre l’exemple de l’APE (allocation parentale d’éducation). […] Après avoir continûment augmenté durant des années, le taux d’activité des mères de deux jeunes enfants a brutalement chuté sous l’effet de l’extension de l’APE, passant de 69 % en 1994 à 53 % en 1997. Depuis 1994, sur un total de plus de 500 000 bénéficiaires, 200 000 à 250 000 mères de famille se seraient retirées du marché du travail pour « choisir » l’APE. L’effet de l’APE est donc indéniable : ce dispositif a incité certaines femmes à se retirer (provisoirement) du marché du travail. »
Anne Eydoux et Rachel Silvera, « De l'allocation universelle au salaire maternel, il n'y a qu'un pas... à ne pas franchir », Appel des économistes pour sortir de la pensée unique, Syros, 2000.

Stéphanie Treillet

« Que signifierait pour l’autonomie des femmes, pour leur place dans la famille et dans la société, pour la répartition des rôles familiaux et sociaux, un revenu généralisé déconnecté de l’emploi ? N’y a-t-il pas là, compte tenu de la faiblesse des salaires féminins (les femmes constituent la grande majorité des salariés au SMIC), de la persistance des représentations sociales attribuant aux femmes la responsabilité principale dans les tâches domestiques et l’éducation des enfants, ainsi que de l’idéologie du salaire d’appoint, le risque de voir remettre en cause l’autonomie conquise, même difficilement par l’accès au travail salarié ? Et le risque de voir se mettre en place une forme non dite de salaire maternel ? […] Il y a donc une « pente », non pas naturelle mais socialement construite, pour qu’un revenu inconditionnel déconnecté de l’emploi se transforme en salaire maternel, dans le contexte des rapports sociaux et des représentations idéologiques actuels. »
Stéphanie Treillet, « Revenu d’existence : un danger pour l’autonomie des femmes », texte de discussion de la commission Genre d'Attac.

Objection

Une opposition caricaturale entre « avoir un emploi » et « rester à la maison »

Ne pas exercer d'emploi ne signifie pas pour les femmes s'adonner à plus de tâches domestiques. Penser cela est méprisant pour les femmes et le travail domestique, et cela revient à nier la liberté des femmes dans le choix de leurs activités.

Citation

Barbara Garbarczyk
« Malgré tous les arguments pour le revenu de base, une grande crainte persiste chez un certain nombre de féministes : et si ce revenu n’était qu’un prétexte pour ramener les femmes à la maison et les condamner de nouveau aux seuls travaux domestiques, au ménage et à la garde des enfants, laissant aux hommes les « joies » du marché de l’emploi ? Si cette mise en garde contre des forces néo-conservatrices vaut la peine d’être prise en compte, on en voit rapidement les limites. En effet, en caricaturant à peine, on en vient à dire que si elles n’y étaient pas obligées (pour des raisons de survie), les femmes ne travailleraient pas, ou bien se laisseraient enfermer chez elles. Ainsi, seule l’obligation d’emploi serait la garante d’une possible égalité et participation de toutes et tous à la société ? Non seulement cette vision travailliste de l’émancipation féminine semble peu souhaitable mais se heurtera tôt ou tard à la réalité de la situation de l’emploi. Cette vision sous-tend même un certain mépris (fusse-t-il involontaire) pour les femmes qui choisissent de s’occuper de leurs enfants par exemple, et sous-estime par ailleurs l’énorme travail que cela représente de le mener à bien. Elle induit une opposition entre « avoir un emploi » et « rester à la maison », comme si le fait de ne pas avoir d’emploi impliquait forcément de s’occuper uniquement du cocon familial. Alors qu’il y a mille et une manières d’occuper son temps libre, de contribuer à la société, de créer... »
Barbara Garbarczyk, « Sortir de la double servitude masculine d'un métier et d'une protection masculine », L'inconditionnel, n°1, décembre 2014.

Débats connexes

Faut-il instaurer un revenu de base ?