Faut-il instaurer un revenu de base ?

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Sommaire

Pour comprendre le débat

Définition du revenu de base

Selon la définition du Basic Income Earth Network , le revenu de base est un revenu versé par une communauté politique à tous ses membres, sur une base individuelle, sans conditions de ressources ni obligation de travail
Selon les groupes et personnes, le revenu de base est aussi appelé : « revenu universel », « revenu inconditionnel », « revenu inconditionnel suffisant », « revenu d'existence », « revenu minimum d'existence », « revenu social », « revenu social garanti », « allocation universelle », « revenu de vie », « revenu de citoyenneté », « revenu citoyen », « dotation inconditionnelle d'autonomie » ou « dividende universel ». Même si toutes ces expressions ne sont pas identiques, elles partagent suffisamment de caractéristiques pour être assimilées au projet du revenu de base.
. Autrement dit, le revenu de base est une somme d'argent qui est distribuée à chaque citoyen, qu'il soit riche ou pauvre, chômeur ou travailleur, en couple ou célibataire, sans contrepartie.

Modalités particulières

Le revenu de base est généralement conçu comme une allocation destinée aussi bien aux adultes qu'aux enfants, avec, dans le cas des enfants, un montant plus faible envisagé (souvent la moitié). Ce montant doit aussi, selon certains, être différent dans le cas de personnes vivant seules et dans le cas de personnes vivant en couple. Le plus souvent, le revenu de base est considéré comme cumulable avec les revenus provenant d'un travail.

Montant

Pour certains de ses partisans, le revenu de base est vu comme une allocation destinée à satisfaire les besoins primaires d'une existence, tandis que pour d'autres il doit permettre d'assurer une vie riche et décente. Ainsi, selon les conceptions, le montant mensuel de ce revenu va de 400 euros à 1500 euros. Cette somme est alors versée en euros, ou bien, selon une partie de ses défenseurs, en monnaie locale complémentaire.

Financement

Divers modes de financement sont envisagés, mais, dans l'ensemble, ceux-ci consistent à réutiliser le budget d'une partie des prestations sociales (allocations chômage, aides à l'emploi, aide au logement, bourses scolaires et étudiantes, principalement), et à augmenter ou à créer certaines taxes (impôt sur le revenu, TVA, CSG, taxes sur les transactions financières). La question du financement faisant débat, voir pour plus de détails la partie qui lui est consacrée.

Défenseurs

Recoupant parfois ces différents clivages, les défenseurs du revenu de base se trouvent aussi bien à droite qu'à gauche de l'échiquier politique, ou encore en dehors des appartenances partisanes. Ses défenseurs vont des altermondialistes aux libertariens, en passant par les chrétiens-démocrates, et rassemblent des universitaires, des personnalités, des hommes politiques et des associations, pour beaucoup regroupés au sein du Basic Income Earth Network.

Mise en place

Différentes expérimentations du revenu de base ont eu lieu au Canada , en Inde et en Namibie . Le seul État qui ait franchi le stade de l'expérimentation est l'Alaska, qui depuis 1976 a mis en place l'Alaska Permanent Fund, une forme particulière de revenu de base financée par les revenus miniers et pétroliers de l'État.

Actualité du débat

Le débat sur le revenu de base a pris une teneur particulière depuis le lancement, en janvier 2013, d'une initiative citoyenne européenne pour le revenu de base
Voir la page dédiée à cette initiative citoyenne européenne sur le site du Mouvement français pour un revenu de base, dont la pétition pour une nouvelle initiative européenne, après que celle proposée en 2013 n'a pas obtenu le million de signatures de citoyens des États membres.
, puis l'annonce du dépôt, en novembre 2013, des 126 000 signatures nécessaires à l'initiative fédérale suisse pour l'instauration d'un revenu de base en Suisse
Voir la page du B.I.E.N. suisse consacrée à cette initiative populaire.
. En juillet 2015, c'est le gouvernement finlandais qui a fait part de son intention d'instaurer un revenu de base de 1000 euros mensuels, avant, trois mois plus tard, d'annoncer le financement d'un groupe de recherche dédié à l’expérimentation à l’échelle nationale . En juin 2016, les citoyens suisses ont rejeté l'instauration d'un revenu de base inconditionnel par 76,9 % des voix , tandis que le Sénat français préconisait en octobre d'expérimenter différentes modalités de revenu de base sur le territoire hexagonal . En 2017, plusieurs candidats à l'élection présidentielle française ont intégré un revenu de base à leur programme
Cela est le cas de Nathalie Kosciusko-Morizet à la primaire de la droite, Benoit Hamon et Jean-Luc Bennahmias à la primaire de la gauche, ou de Nicolas Bernabeu et Charlotte Marchandise à la primaire citoyenne organisée sur la plateforme LaPrimaire.org. http://www.lemonde.fr/politique/article/2016/10/21/revenu-de-base-les-propositions-des-candidats-a-la-presidentielle_5018302_823448.html
. En 2018, 13 présidents de départements français volontaires pour expérimenter un revenu de base, ont lancé une consultation citoyenne ouverte jusqu'au 31 mai . Les internautes sont invités à se prononcer sur son montant, les prestations sociales que l'on fusionne, l'inclusion des jeunes...
Voir aussi : Revenu de base sur Wikipédia.

Carte des arguments

POUR
CONTRE

De meilleures conditions de vie
Plus de justice sociale
Un meilleur rapport au travail
Une bonne chose pour l'économie du pays
Une mesure adaptée à l'économie du 21e siècle

Un financement irréaliste
Un désastre économique
Une déconnexion entre revenu et travail
Un risque d'immigration massive
Une accentuation de la marchandisation
Un mauvais combat politique

Arguments POUR

De meilleures conditions de vie

Une réduction de la pauvreté

Parce qu'il offre à chaque personne de quoi s'acheter un panier de biens et de services essentiels, le revenu de base permet de réduire drastiquement le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté. De plus, parce qu'il est versé à tous les citoyens sans condition, le revenu de base n'est pas soumis au problème du non-recours touchant les populations les plus pauvres, qui en bénéficieraient automatiquement.
« Un revenu pour quoi faire ? Éradiquer la pauvreté d'abord car, étant versé automatiquement à chaque citoyen, ce revenu inconditionnel n'entraînerait aucune exclusion de fait (connaissance des aides disponibles, épreuve du guichet) ou de droit (conditions d'attribution), contrairement aux minima sociaux aujourd'hui en vigueur. Et si l'on fixe son montant à un niveau égal ou supérieur au seuil de pauvreté, le revenu inconditionnel permettrait mathématiquement d'éradiquer la pauvreté dans sa définition statistique. »
Baptiste Mylondo, Un revenu pour tous ! Précis d'utopie réaliste, Utopia, 2010.

Une plus grande liberté

En donnant à chacun les ressources monétaires pour bien vivre sans travailler, le revenu de base rend les individus plus libres d'accepter ou non un emploi, de réduire ou non leur temps de travail et de s'adonner à des activités librement choisies. De même, il offre une autonomie financière à toutes les personnes (notamment les femmes et les étudiants) qui souhaitent s'émanciper de leur conjoint ou de leur famille.
« Nous souhaitons apporter à chacun la sécurité fondamentale lui permettant de disposer pleinement de sa liberté et d’effectuer ses propres choix. Si la société me garantit le financement de mes besoins primaires, je suis mieux à même de décider de ma vie comme je l’entends, sans être à la merci des caprices d’un employeur ou de l’aumône de l’Etat. Cette sécurité est le pendant de la responsabilité puisqu’elle doit libérer les individus du besoin et le Gouvernement de l’obligation de multiplier sans fin les allocations diverses colmatant un patchwork social inefficace. Un revenu minimum, se substituant au maquis actuel des allocations et aides diverses, dote chacun d’un stock suffisant de liberté de (de travailler ou de ne pas travailler, d’avoir ou non une famille, de choisir son mode de vie) pour permettre de garantir à tous les libertés à (à conclure volontairement toute forme de contrat, à disposer de son corps, à jouir pleinement de ses propriétés) 3 . En un sens, le revenu minimum permet de dépasser à la fois le discours sur l’assistanat, en établissant un mécanisme transparent et identique pour tous, et celui sur la solidarité, en garantissant un filet de sécurité tel que la vaste majorité des autres allocations puissent être supprimées. Il assure à chacun les moyens de sa dignité sans chercher à influencer les comportements ni à contraindre l’activité économique. »
Marc de Basquiat, Gaspard Koenig, LIBER, un revenu de liberté pour tous, Editions de l'Onde, 2015/03/01.
« Un revenu de base libère les personnes de l'obligation formelle de travailler. Il permet à chacun de choisir librement quel travail il veut effectuer. L'obligation formelle de travailler et la dépendance totale au travail pour un revenu constituent des atteintes aux valeurs démocratiques et à la dignité humaine. En conséquence, beaucoup de personnes sont malheureuses dans leur travail : à cause de mauvaises conditions de travail et de sous-paiement, ou parce que le travail qu'elles doivent faire ne correspond pas à leurs capacités ou leurs aspirations, idées et valeurs. Un revenu de base donnera la liberté aux personnes de choisir le travail qu'elles veulent vraiment faire. »
Fondation du revenu de base global, Un revenu de base global.
« [L]e revenu inconditionnel est un facteur d'émancipation des individus dont il favorise l'autonomie sociale et financière. Libéré du souci constant de la survie et de la contrainte du travail, chaque citoyen pourrait se consacrer aux activités de son choix et donner libre cours à ses envies. Par ailleurs, étant versé à titre individuel, le revenu inconditionnel pourrait avoir un impact décisif sur l'émancipation des femmes notamment, en favorisant leur indépendance financière. »
Baptiste Mylondo, Un revenu pour tous ! Précis d'utopie réaliste, Utopia, 2010.

Plus de temps libre

En donnant aux individus de quoi subvenir à leurs besoins sans avoir besoin d'autant travailler, voire sans avoir besoin de travailler du tout, le revenu de base offre la possibilité d'avoir beaucoup plus de temps libre.

Ce temps libre pourrait permettre aux individus d'exercer plus d'activités épanouissantes, qu'elles soient récréatives, culturelles ou sportives, mais aussi à de la formation, à de l'éducation, à du développement personnel, à de l'aide à la personne, etc. Le revenu de base pourrait aussi être un moyen d'inciter les citoyens à participer à la vie locale, associative et notamment politique, en permettant à chaque citoyen de s'informer et de s'investir dans la chose publique, la vie de la cité.
« Ce revenu élémentaire inconditionnel assure à l’homme une nouvelle liberté et lui permet de ne plus consacrer la totalité de son temps à gagner sa vie. Il peut ainsi retrouver du temps à donner au sens de son existence. Il permet d’investir en l’homme, dans sa richesse, son potentiel et son capital. En cela, il favorise aussi l’usage du temps libre. C’est ainsi que le besoin d’agir, d’œuvrer, d’être apprécié des autres ne dépendra plus, principalement, du travail. »
Mouvement français pour un revenu de base, « Quelles sont les critiques ? ».

Une réduction de la peur du chômage

Si chacun recevait un revenu suffisant pour bien vivre, même en étant sans emploi, le chômage ne serait pas vécu comme il l'est aujourd'hui : comme une situation financièrement difficile qui fait peur.

Deux tiers des Français ressentent le risque du chômage pour eux ou l'un de leurs proches . Cette peur pourrait diminuer voire ne plus exister si un revenu de base suffisant pour bien vivre était perçu par chaque individu. Le fait de ne plus avoir d'emploi ne serait pas synonyme de difficultés financières comme cela peut être le cas aujourd'hui.
« [L]a reconnaissance d'un droit au revenu apporte une solution au chômage comme problème social. En effet, parce qu'il concrétise la revalorisation sociale des activités « hors travail », le revenu inconditionnel remet en cause le monopole du travail comme source de reconnaissance et d'intégration sociale. Or, c'est précisément ce monopole qui rend le chômage si problématique aujourd'hui. Par ailleurs, sur le plan économique, un revenu inconditionnel déconnecté du travail permettrait, au même titre que les allocations chômage auxquelles il viendrait s'ajouter, de garantir à chaque citoyen un niveau de vie décent. Ainsi, rompant avec la logique des politiques de l'emploi, aussi coûteuses qu'inefficaces, censées lutter contre le chômage, le revenu inconditionnel apparaît comme un outil non pas de lutte contre le chômage, mais de réfutation pure et simple du chômage comme problème économique et social. »
Baptiste Mylondo, Un revenu pour tous ! Précis d'utopie réaliste, Utopia, 2010.

Pas de stigmatisation

Parce que le revenu de base est versé à chaque citoyen sans qu'il ait besoin d'en faire la demande, il n'y a pas de stigmatisation des bénéficiaires, comme cela est le cas pour les différentes aides sociales.

En effet, une proportion importante des personnes qui pourraient avoir recours à des prestations sociales en France ne le font pas, souvent parce qu'elles ont peur du regard qui est porté sur celui qui les réclame . Dans un contexte marqué par les discours sur l'« assistanat », une demande d'aide est généralement perçue comme une marque de faiblesse et tend à faire culpabiliser ceux qui en éprouvent le besoin.
« [L]e revenu garanti étant universel et inconditionnel — il est versé à tous, pauvres et riches, ces derniers le remboursant par l’impôt —, des économies seraient réalisées en supprimant tout le travail administratif lié à la surveillance des bénéficiaires de l’aide sociale, discutable du fait de son caractère humiliant, intrusif et moralisateur. »
Mona Chollet, « Imaginer un revenu garanti pour tous », Le Monde diplomatique, mai 2013.

Tout dépend du montant

Le revenu de base n'est garant de meilleures conditions de vie que s'il est d'un montant suffisant. Il faut que le montant versé suffise à assurer l'autonomie financière, notamment pour que le choix de ne pas travailler ou de réduire son temps de travail ne soit pas contraint par un besoin d'argent supplémentaire. Ce qui n'est le cas d'aucun modèle de revenu de base proposé par ses différents partisans.
« Les promoteurs libéraux du revenu inconditionnel proposent par exemple la suppression de tous les dispositifs de redistribution et même de certains dispositifs relevant du régime assurantiel (pensions de retraites ou allocations chômage par exemple) ! Typique de l'approche libérale, cette option ne saurait être retenue dans une version de gauche. En effet, accompagnée d'une suppression de tous les dispositifs de redistribution, la mise en place d'un revenu inconditionnel pourrait se traduire par une dégradation de la situation financière des plus démunis, surtout si le montant auquel ce revenu est fixé est particulièrement faible, comme le préconisent les libéraux... »
Baptiste Mylondo, Un revenu pour tous ! Précis d'utopie réaliste, Utopia, 2010.

Désocialisation, ennui et dépression

Le travail est un moteur important d'inclusion sociale et de satisfaction personnelle, le fait de ne pas travailler suscitant souvent un sentiment d'inutilité, comme l'attestent les sondages interrogeant les chômeurs
Voir le sondage IPSOS daté du 3 mai 1994, Paroles de chômeurs.
.

Plus de justice sociale

Une réduction des inégalités

En offrant à chacun un revenu identique dès la naissance, le revenu de base assure un capital économique de base identique à tous les citoyens. Il favorise par là l'égalité des chances. De plus, si le revenu de base est principalement financé par l'impôt direct, il sera surtout financé par les contribuables les plus aisés. Cela aura aussi pour conséquence de réduire les inégalités de revenu.
« Le revenu inconditionnel, de par sa nature, est indépendant de toutes conditions de ressources. En cela, il établit une égalité entre tous et diminue la distance sociale entre les citoyens. Il apporte ainsi à chacun le témoignage concret de son appartenance à la communauté ; l’égalité parfaite entre le droit des femmes et celui des hommes devient réalité. »
Mouvement français pour un revenu de base, « Quelles sont les critiques ? ».
« L'instauration d'un revenu inconditionnel permettrait également de réduire les inégalités. D'un point de vue purement mathématique d'abord. Financé principalement par les contribuables les plus aisés, et profitant d'abord aux citoyens les plus pauvres [...] un revenu inconditionnel entraînerait mathématiquement une réduction des écarts de revenus. Ce faisant, il permettrait également de favoriser l'égalité d'accès à l'éducation, à la culture, et aux loisirs en général. Versé dès la naissance, il permettrait en outre de favoriser l'égalité des chances en réduisant les inégalités de départ. »
Baptiste Mylondo, Utopia, 2010.

Injustice d'un revenu de base identique pour riches et pauvres

Il est injuste qu'un revenu de base soit distribué de façon égale aux personnes riches et aux personnes pauvres. Ces dernières en ont beaucoup plus besoin.
« Prendre aux pauvres pour redistribuer à tous – y compris aux riches –, de façon égalitaire, ce n’est pas vraiment ce que l’on peut qualifier de politique socialement progressiste. C’est de l’anti Robin des bois, si l’on ose dire. »

Un meilleur rapport au travail

La négociation de meilleures conditions de travail

En offrant aux individus un revenu suffisant pour bien vivre sans travailler, le revenu de base change le rapport de force entre employeurs et employés, en faveur des employés : ces derniers pourraient alors négocier des salaires plus attractifs et de meilleures conditions de travail.
« Un revenu de base inconditionnel, permettant la réduction et la redistribution du temps de travail, facilitera une nouvelle forme de plein emploi, avec création de postes de travail supplémentaires. Cette offre d’emplois supplémentaire renforcera le pouvoir compensatoire des salariés et leur permettra de négocier des meilleures conditions de travail et d’existence. »
Collectif de l'initiative citoyenne européenne, « Initiative citoyenne européenne pour un revenu de base inconditionnel ».
« L'obligation formelle de travailler et la dépendance au travail pour un revenu donne aux employés une position de négociation faible vis-à-vis des employeurs. Cela obstrue le libre fonctionnement du marché du travail. Un revenu de base donnera aux employés une position plus égale de négociation. Cela conduira à de meilleures conditions de travail, et des salaires plus justes. »
Fondation du revenu de base global, « Un revenu de base global ».
« Chaque citoyen a droit au revenu universel et le touche sans avoir à apporter de justification. Puisqu’il n’est pas contraint de travailler et n’est plus mis en concurrence avec une masse de chômeurs, le salarié peut mieux négocier ses conditions de travail. Alors que le travailleur est aujourd’hui contraint d’accepter les conditions d’embauche et de travail fixées par l’employeur, le revenu universel permet d’inverser le rapport de force et d’aller vers une activité choisie plutôt que subie. »
Mouvement Utopia, Le travail, quelles valeurs ? Idées reçues et propositions, p.65, Utopia, Paris, 2012.

Une sécurisation des parcours professionnels

« Dans le contexte d’un chômage de masse et d’une précarité croissante du travail qui touche en particulier les jeunes générations, la proposition d’un revenu de base apparaît sous un jour nouveau, comme l’invention d’un nouveau rapport au travail. D'une part, un tel dispositif permettrait une forme de sécurisation des parcours professionnels sur le plan financier et inciterait ainsi à davantage de prise de risque dans les choix individuels. »
Groupe de travail Revenu universel de la Fondation Jean-Jaurès, « Le revenu de base, de l’utopie à la réalité ? », 2016/05/22.

La valorisation des activités bénévoles

Le « travail invisible » désigne l'ensemble du travail qui n'est pas rémunéré dans la société, du bénévolat au travail domestique (cuisine, ménage, courses, soin des enfants, bricolage, etc.). Ce travail invisible est considérable à l'échelle nationale et pourtant il n'est pas rémunéré. Le revenu de base offrirait alors une compensation monétaire à ce travail effectué sans salaire.
« Il [est] intéressant de citer le décompte INSEE des heures de travail : la majorité, de 42 à 77 milliards d’heures, à comparer à 38 (pour l’année 2010) ne sont pas rémunérées. Le travail domestique, le soin apporté à ses enfants ou parents âgés, l’investissement associatif, autant de contributions sociales fondamentales qui ne donnent aujourd’hui pas lieu à contrepartie monétaire (sauf à garder les enfants des autres après avoir déposé les siens à la crèche subventionnée…). Le travail invisible de Pierre-Yves Gomez traduit particulièrement bien le glissement vers une société de rente, où le revenu est de moins en moins la contrepartie d’un travail effectif. Oui, un revenu de base inconditionnel apporte une réponse pertinente à la variété des contributions sociales utiles de la population. »
« Beaucoup du travail que les personnes effectuent est non rémunéré, comme élever des enfants, le travail ménager ou le travail bénévole pour des organismes sociaux et personnes dans le besoin. Un revenu de base est une reconnaissance du fait que la plupart des personnes qui n'ont pas un travail officiel payé font néanmoins un travail important. »
Fondation du revenu de base global, « Un revenu de base global ».

La possibilité de se libérer du travail salarié

En offrant aux individus un revenu suffisant pour bien vivre sans travailler, le revenu de base facilite grandement le refus du travail, entendu en son sens étymologique de tripalium, de torture. Le revenu de base est une condition essentielle de l'émancipation du travail aliénant, le travail salarié.
« En fin de compte, une baisse soutenable de l'activité n'est envisageable qu'à moyen terme, laissant le temps à la société d'opérer progressivement sa mutation. Or, cette mutation est précisément l'objectif avoué du revenu inconditionnel. Cette mesure révolutionnaire vise à changer notre rapport au travail, à nous libérer de l'aliénation au travail et à la consommation, à réduire la place du travail dans nos vies. Ainsi, si plus personne ne veut travailler, tant mieux, peut-être pourrons-nous enfin cesser de perdre notre vie à la gagner... »
Baptiste Mylondo, Un revenu pour tous ! Précis d'utopie réaliste, Utopia, 2010.

La suppression des trappes à inactivité

En donnant la possibilité de cumuler le revenu de base et un salaire, apporté par un emploi, le revenu de base ne crée pas de « trappe à inactivité », c'est-à-dire de situation dans laquelle il est plus intéressant économiquement d'être au chômage que d'avoir un emploi.
« Dans la plupart des systèmes de sécurité sociale, les allocations de travail ne sont plus versées ou elles sont réduites aussitôt qu'une personne retrouve un emploi rémunéré. Cela peut décourager de rechercher du travail, surtout pour les personnes au bas de l'échelle des salaires. Les bénéfices pécuniaires du travail peuvent alors être minimaux ou même négatifs, parce que le travail implique souvent des dépenses additionnelles (transport, garde d'enfants). C'est ce qu'on appelle souvent un piège de pauvreté. Dans un système de revenu de base, chaque heure supplémentaire de travail payé conduit à une augmentation du revenu, parce que l'allocation de revenu de base ne sera pas réduite. Cela fait que c'est plus profitable et facile pour les personnes de travailler à temps partiel. »
Fondation du revenu de base global, « Un revenu de base global ».
« Comme ce revenu se cumule avec tout autre revenu, il évite l’effet de seuil de la protection sociale selon lequel, en dessous d’un certain niveau de revenu, il vaut mieux ne pas travailler ou bien travailler sans être déclaré pour ne pas perdre le bénéfice de son assistance, inconvénient de l’impôt négatif et de la plupart des autres formules d’assistance. »
Mouvement français pour un revenu de base, « Quelles sont les critiques ? ».

Une marginalisation des plus pauvres

« Face aux discours sur [l]a raréfaction [du travail], les personnes en situation de pauvreté ont été claires. Elles sont conscientes de la diminution des emplois peu qualifiés – elles en sont les premières victimes. Mais il est hors de question pour elles de renoncer au travail, en particulier pour les jeunes. Elles le savent d’expérience : celui qui ne travaille pas se retrouve trop souvent marginalisé et sans droit à la parole. Avec un revenu universel, ces personnes redoutent d’être abandonnées, définitivement évincées du monde du travail auquel elles aspirent. Elles redoutent de s’entendre dire : « Maintenant on vous a donné un peu d’argent, on ne veut plus vous entendre ». »

Une bonne chose pour l'économie du pays

Une relance de la consommation

En offrant à tous un revenu suffisant pour bien vivre, le revenu de base permet à ceux qui voudraient créer une entreprise d'avoir un « filet de sécurité » au cas où celle-ci ne marche pas. Le revenu de base favorise ainsi le développement d'activités risquées, ou qui ne sont pas forcément rentables à court terme.
« Donner un revenu de base à tout le monde, serait-ce « payer les gens à ne rien faire » ? C’est ce que j’entends souvent autour de moi lorsque le sujet est évoqué. Pourtant, les personnes qui en bénéficieraient le plus pourraient bien être ceux-là mêmes qui créent de l’activité et des emplois dans l’économie. J’ai nommé les entrepreneurs. Je l’affirme avec autant d’aisance que mon métier est précisément d’investir de l’argent dans de jeunes entreprises. Au quotidien, j’ai donc en face de moi des hommes et des femmes qui se lancent dans l’aventure de créer leur propre activité. C’est dans ses premiers mois d’existence que l’entreprise a le plus besoin de financement, en particulier pour payer les salaires des collaborateurs. Dans une économie de plus en plus immatérielle, les ressources les plus précieuses sont en effet la matière grise et le temps, plus que les machines ou le stock. L’enjeu est donc de permettre aux entrepreneurs de libérer leurs talents – et ceux des autres – pour les mettre au service de leur projet. Bien souvent, ces personnes ont fait le choix de quitter le confort d’un emploi stable en CDI. D’autres démarrent directement dans l’aventure entrepreneuriale à la sortie de l’école ou après une période de chômage. Ceux-là n’ont même pas pu constituer une petite épargne avant de se lancer. »
Nicolas Debock, « Pôle emploi subventionne déjà la créativité des entrepreneurs », L'inconditionnel, n°1, décembre 2014.
« Un revenu de base rend aussi les choses plus faciles pour les personnes qui veulent créer leur entreprise, parce qu'elles n'ont plus à se soucier de leurs moyens d'existence. En soutenant la création d'entreprises, surtout de petites entreprises, le revenu de base pourra améliorer le développement économique général et les possibilités d'emploi. »
Fondation du revenu de base global, « Un revenu de base global ».

Une réduction du chômage

En distribuant à tous une somme non négligeable d'argent, le revenu de base fait augmenter le pouvoir d'achat des ménages et permet de relancer la consommation.
« Un revenu de base supérieur au RSA actuel accroîtrait le pouvoir d’achat d’un grand nombre de ménages modestes, et donc la consommation, les ménages modestes dépensant une part plus importante de leur revenu que les ménages aisés. La hausse de la demande augmentera l’activité des entreprises, qui chercheront alors à embaucher et à investir davantage. Ceci permettra en retour un accroissement supplémentaire de la demande embarquant l’économie dans un cercle vertueux auto-entretenu, suivant le mécanisme bien connu du multiplicateur keynésien. »

Une simplification administrative et fiscale

Imaginons qu'un revenu de base soit instauré ; le revenu de base s'ajoute alors au salaire que l'on a en travaillant. Le revenu de base permet donc aux travailleurs de toucher un revenu de même montant que leur ancien salaire sans travailler autant d'heures. Par là le revenu de base favorise la réduction du temps de travail, et par conséquent la création d'emplois pour les chômeurs.
« Dans un système de revenu de base, chaque heure supplémentaire de travail payé conduit à une augmentation du revenu, parce que l'allocation de revenu de base ne sera pas réduite. Cela fait que c'est plus profitable et facile pour les personnes de travailler à temps partiel. Contrairement à la situation actuelle, où il y a beaucoup de personnes qui doivent faire de longues journées de travail pendant que d'autres ne peuvent pas trouver un travail, un revenu de base conduit à une meilleure distribution du travail rémunéré et à une réduction du chômage. »
Fondation du revenu de base global, « Un revenu de base global ».

Le revenu de base permet une simplification administrative et fiscale

Puisque le revenu de base est inconditionnel, il est versé sans aucun contrôle ou presque. L'administration habituellement chargée de vérifier qu'il n'y a pas de fraude aux aides sociales que le revenu de base remplacerait (minimas sociaux, allocations familiales, aide au logement, aides à l'emploi, bourses scolaires et universitaires) n'aurait alors plus de place.
« La mise en place d’un revenu de base pourrait permettre de diminuer le coût de fonctionnement des administrations chargées de distribuer les aides sociales. En effet, plus besoin de contrôler les ressources du ménage ni les efforts des bénéficiaires pour rechercher un emploi. Les ressources budgétaires seront réorientées : moins de dépenses seront affectées à des fins de contrôle, mais davantage pour permettre d’accéder à l’activité (accompagnement des chercheurs d’emploi...). »
Jean-Éric Hyafil, Stanislas Jourdan, Hugo Stéphan, « Comment financer un revenu de base ? », L'inconditionnel, n°1, décembre 2014.

Une baisse de compétitivité

Si un revenu est versé sans obligation de travailler, une grande partie des gens feront le choix de moins travailler, voire de ne pas travailler du tout. Cela touchera particulièrement les travaux pénibles, qui risqueront d'être désertés. Au final, c'est la production nationale qui risque de baisser.

La baisse de la production ne signifie pas la détérioration du bien-être

Le produit intérieur brut (PIB) ne mesure pas le bonheur ou le bien-être. Ce n'est pas parce qu'il risque d'y avoir une diminution du PIB que les gens vivront moins bien.
« Admettons qu'une baisse du niveau d'activité économique se produise, pourquoi cela poserait-il problème ? L'économie du bonheur nous enseigne aujourd'hui que l'augmentation de la production ne s'accompagne pas toujours d'une augmentation du bien-être des sociétés. En 1972, l'économiste américain Richard Easterlin mettait déjà ce paradoxe en lumière : de 1945 à 1970, malgré une croissance économique continue, le niveau de bien-être des sociétés les plus riches n'a pas augmenté. Pour Easterlin l'explication de ce paradoxe est simple : passé un certain seuil de revenu, toute augmentation du niveau de vie ne se traduit plus par une augmentation du bien-être. C'est pourquoi une société opulente n'est pas nécessairement plus heureuse qu'une société disposant d'un niveau de vie plus modeste. Quelques comparaisons internationales offrent une illustration particulièrement éclairante de ce phénomène. Ainsi, en Europe, l'indice de bien-être déclaré par les Italiens – 6,3 sur 10 – est comparable à celui des Slovènes ou des Hongrois qui disposent pourtant d'un PIB par tête deux fois moins élevé. Plus étonnant encore, les mêmes Italiens se déclarent moins heureux que les Polonais – 6,7 sur 10 – dont le PIB par tête est trois fois moins élevé ! Et il ne s'agit pas là d'une exception italienne. On constate en effet qu'avec 20 000 € de PIB par tête, les Chypriotes sont nettement plus heureux – 7,9 sur 10 – que les Français par exemple – 7,1 sur 10 – dont le PIB par tête est d'environ 30 000 €. On peut donc être plus heureux avec moins. Dans ces conditions, on peut se demander si une baisse d'activité se traduirait réellement par une baisse de bien-être. »
Baptiste Mylondo, Un revenu pour tous ! Précis d'utopie réaliste, Utopia, 2010.

Une baisse de production nécessaire et souhaitable

La décroissance du PIB est une bonne chose pour l'humanité et l'environnement. Le revenu de base est en ce sens un premier pas souhaitable vers la simplicité volontaire et la décroissance.
« [N]ous produisons trop aujourd'hui. Tellement trop qu'une baisse d'activité serait finalement bienvenue ! Nous produisons et consommons beaucoup trop aujourd'hui d'un simple point de vue écologique, la chose est entendue. Mais nous consommons trop aussi d'un point de vue social. Autrement dit, si nous vivons assurément au-dessus de nos moyens – moyens écologiques, dans le sens du dépassement des capacités de renouvellement des énergies fossiles dont nous avons consumé les réserves en à peine deux siècles, et du dépassement des capacités d'absorption par la biosphère de nos émissions de gaz à effet de serre – nous vivons également bien au-dessus de nos besoins. Entendons-nous bien, il n'est pas question ici d'un jugement moral. Il ne s'agit pas de définir autoritairement ce dont les individus ont réellement besoin et ce qui relève du superflu. Cet arbitrage revient évidemment à chacun de nous et doit se limiter à notre seule consommation personnelle. En revanche, on peut formuler l'hypothèse suivante : si nous avions la possibilité d'arbitrer librement entre travail et temps libre, et donc entre consommation et temps libre, peut-être consommerions-nous moins. Si nous pouvions réellement mettre en balance les objets que nous achetons et le travail, la peine, qu'il nous faut consentir pour nous les offrir, peut-être qu'une part d'entre nous préfèrerait travailler un peu voire beaucoup moins quitte à consommer moins. »
Baptiste Mylondo, Un revenu pour tous ! Précis d'utopie réaliste, Utopia, 2010.

Un remède à la souffrance au travail

De nombreuses souffrances physiques et psychologiques sont liées au travail. Une réduction du temps de travail induite par un revenu de base pour tous permettrait d'en réduire le nombre.

Une mesure adaptée à l'économie du 21e siècle

Adaptée à la situation de chômage de masse

Le revenu de base prend tout son sens dans une société où une grande partie de la population est au chômage. Plutôt que de chercher sans cesse à faire baisser les « chiffres du chômage », ce que tous les gouvernements essaient de faire sans que cela ait réellement d'effet, il faut commencer par accepter le fait que le chômage de masse est une tendance durable de nos sociétés industrialisées.
« Le but du revenu de base est donc de faire repartir l'économie réelle en prenant acte du fait que le plein emploi, c'est terminé. Mais que l'État dépense de plus en plus pour y arriver, sans grand résultat. Les réductions de cotisation sociales s'élevaient ainsi en 2008 à 30,9 milliards, et dernièrement, le Crédit d'impôt compétitivité emploi en a coûté 20. Il est temps de remettre en question le modèle économique basé sur le plein emploi et que l'homme se réaccapare sa vie en développant des activités non marchandes. »

Adaptée à la situation de fin du travail

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Adaptée à la robotisation du travail

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Adaptée à l'exigence de flexibilité de la main-d'œuvre

Depuis les années 1980, les entreprises privilégient une main-d'oeuvre flexible, sur le modèle des travailleurs intérimaires et des contrats de travail permettant une gestion « souple » du personnel. Le revenu de base, parce qu'il est un filet de sécurité pour les travailleurs précaires, est alors une mesure qui permet de satisfaire la demande de flexibilité des entreprises, sans compromettre les conditions de vie des travailleurs précaires.
« Constatons [...] que le cycle bien rythmé : études, emploi quasi garanti à durée indéterminée, puis retraite, que nous avons connu, tend à disparaître. En effet, les entreprises ont davantage besoin de capital humain flexible, variable et toujours renouvelé pour s’adapter à une demande mouvante. Il faudra donc apprendre plusieurs métiers dans sa vie pour dynamiser en permanence ses compétences. C’est ainsi que, quel que soit le niveau de l’activité économique, le travail, comme on le constate déjà aujourd’hui, deviendra de plus en plus intermittent, voire précaire, et les périodes d’emploi alterneront avec des phases d’inactivité ou de formation. Il faut donc rompre le lien trop strict emploi revenu, qui aliène l’homme au salariat et l’enferme dans ses contradictions : devoir travailler de façon quasi continue, alors qu’il devra en permanence affronter le changement. De toute façon, la régularité d’un revenu déconnecté du travail est des plus utile pour celui dont le travail est mal rémunéré et peu assuré. »
Mouvement français pour un revenu de base, « Quelles sont les critiques ? ».

Adaptée à la situation de « travail invisible »

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Adaptée au capitalisme cognitif

Le développement du secteur tertiaire est la base d'une nouvelle économie qualifiée de « capitalisme cognitif », qui a profondément changé la nature du travail. Entre autres choses, le capitalisme cognitif se caractérise par l'importance du travail intellectuel, qu'il est difficile de mesurer en heures de travail et donc de rémunérer de façon adéquate par un salaire calculé sur la base d'un certain nombre d'heures de travail. Or, parce qu'il n'est pas établi sur la base d'un temps de travail, le revenu de base est en ce sens un mode de rétribution particulièrement adapté au capitalisme cognitif.
Il n'y a aucune objection pour le moment.

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Arguments CONTRE

Un financement irréaliste

Financer un revenu d'entre 400 et 1500 euros par mois pour les citoyens majeurs, et de la moitié pour les citoyens mineurs, est un coût colossal pour une société. Financer un tel dispositif est irréaliste.

Un désastre économique

Plus personne n'ira travailler

Si un revenu est versé sans obligation de travailler, une grande partie des gens feront le choix de moins travailler, voire de ne pas travailler du tout. Cela touchera particulièrement les travaux pénibles, qui risqueront d'être désertés. Au final, c'est la production nationale qui risque de baisser.

Une baisse de compétitivité

Si tous les citoyens d'un pays reçoivent un revenu de base suffisant pour vivre sans travailler, de nombreux emplois à bas salaire risquent d'être délaissés. Une conséquence probable est que pour attirer les gens à ces emplois, les employeurs doivent augmenter les salaires. Il en résulte pour les entreprises de ce pays une baisse de compétitivité économique, dommageable pour l'économie nationale.

Un risque d'inflation

Donner un revenu de plusieurs centaines d'euros à chaque citoyen risque de faire augmenter les prix des produits de consommation courante, parce que les vendeurs se diront que les consommateurs disposent de plus d'argent dédié à ces dépenses (de la même façon que l'aide au logement a fait augmenter le prix des loyers, parce que les propriétaires se sont dit que les locataires disposaient de plus d'argent pour leur logement).
« L’introduction d’un revenu de base générerait enfin des effets d’équilibre général majeurs au niveau macroéconomique. De façon générale, le revenu de base peut à la fois entraîner une baisse de la production et une hausse de la demande. Le premier phénomène résulterait de la baisse de l’offre de travail d’individus préférant se consacrer aux loisirs, au bénévolat ou à la formation, tandis que la hausse du pouvoir d’achat permise par l’introduction du revenu de base expliquerait le second. Par conséquent, l’incidence inflationniste du revenu de base est très vraisemblable »
Groupe de travail Revenu universel de la Fondation Jean-Jaurès, « Le revenu de base, de l’utopie à la réalité ? », 2016/05/22.

Un risque de fraude pour les expatriés

Donner un revenu de base à tous les citoyens comporte le risque qu'une partie d'entre eux partent vivre à l'étranger, notamment dans un pays où le niveau de vie est moins élevé, et bénéficient du revenu de base sans en apporter de contrepartie.

Une incitation à la création d'entreprises

En offrant à tous un revenu suffisant pour bien vivre, le revenu de base permet à ceux qui voudraient créer une entreprise d'avoir un « filet de sécurité » au cas où celle-ci ne marche pas. Le revenu de base favorise ainsi le développement d'activités risquées, ou qui ne sont pas forcément rentables à court terme.
« Donner un revenu de base à tout le monde, serait-ce « payer les gens à ne rien faire » ? C’est ce que j’entends souvent autour de moi lorsque le sujet est évoqué. Pourtant, les personnes qui en bénéficieraient le plus pourraient bien être ceux-là mêmes qui créent de l’activité et des emplois dans l’économie. J’ai nommé les entrepreneurs. Je l’affirme avec autant d’aisance que mon métier est précisément d’investir de l’argent dans de jeunes entreprises. Au quotidien, j’ai donc en face de moi des hommes et des femmes qui se lancent dans l’aventure de créer leur propre activité. C’est dans ses premiers mois d’existence que l’entreprise a le plus besoin de financement, en particulier pour payer les salaires des collaborateurs. Dans une économie de plus en plus immatérielle, les ressources les plus précieuses sont en effet la matière grise et le temps, plus que les machines ou le stock. L’enjeu est donc de permettre aux entrepreneurs de libérer leurs talents – et ceux des autres – pour les mettre au service de leur projet. Bien souvent, ces personnes ont fait le choix de quitter le confort d’un emploi stable en CDI. D’autres démarrent directement dans l’aventure entrepreneuriale à la sortie de l’école ou après une période de chômage. Ceux-là n’ont même pas pu constituer une petite épargne avant de se lancer. »
Nicolas Debock, « Pôle emploi subventionne déjà la créativité des entrepreneurs », L'inconditionnel, n°1, décembre 2014.
« Un revenu de base rend aussi les choses plus faciles pour les personnes qui veulent créer leur entreprise, parce qu'elles n'ont plus à se soucier de leurs moyens d'existence. En soutenant la création d'entreprises, surtout de petites entreprises, le revenu de base pourra améliorer le développement économique général et les possibilités d'emploi. »
Fondation du revenu de base global, « Un revenu de base global ».

Une relance de la consommation

En distribuant à tous une somme non négligeable d'argent, le revenu de base fait augmenter le pouvoir d'achat des ménages et permet de relancer la consommation.
« Un revenu de base supérieur au RSA actuel accroîtrait le pouvoir d’achat d’un grand nombre de ménages modestes, et donc la consommation, les ménages modestes dépensant une part plus importante de leur revenu que les ménages aisés. La hausse de la demande augmentera l’activité des entreprises, qui chercheront alors à embaucher et à investir davantage. Ceci permettra en retour un accroissement supplémentaire de la demande embarquant l’économie dans un cercle vertueux auto-entretenu, suivant le mécanisme bien connu du multiplicateur keynésien. »

Une réduction du chômage

Imaginons qu'un revenu de base soit instauré ; le revenu de base s'ajoute alors au salaire que l'on a en travaillant. Le revenu de base permet donc aux travailleurs de toucher un revenu de même montant que leur ancien salaire sans travailler autant d'heures. Par là le revenu de base favorise la réduction du temps de travail, et par conséquent la création d'emplois pour les chômeurs.
« Dans un système de revenu de base, chaque heure supplémentaire de travail payé conduit à une augmentation du revenu, parce que l'allocation de revenu de base ne sera pas réduite. Cela fait que c'est plus profitable et facile pour les personnes de travailler à temps partiel. Contrairement à la situation actuelle, où il y a beaucoup de personnes qui doivent faire de longues journées de travail pendant que d'autres ne peuvent pas trouver un travail, un revenu de base conduit à une meilleure distribution du travail rémunéré et à une réduction du chômage. »
Fondation du revenu de base global, « Un revenu de base global ».

Une déconnexion entre revenu et travail

Un non-sens économique

Instaurer un revenu de base revient à distribuer à tous une somme d'argent sans exiger en retour un travail ; cela revient à déconnecter le revenu du travail. Or l'argent à partir duquel est financé le revenu de base provient du travail de nombreux travailleurs, quel que soit le mode de financement du revenu de base, car la valeur économique naît du travail. Si rien n'assure le fait qu'une partie importante de la population continue de travailler, c'est la possibilité même de financer le revenu de base qui s'effondre.
« Détacher le revenu du travail n'a pas de sens car le travail est le seul producteur de richesse, le seul producteur de valeur économique ; donc il y a forcément un lien entre le travail et le salaire. Le revenu de base est détaché de l'emploi. Le problème aujourd'hui du salaire c'est qu'il est lié à l'emploi pour beaucoup de la population ; et si vous liez le salaire à l'emploi, alors c'est le chantage à l'emploi en permanence. On le connaît bien aujourd'hui, Mittal ne fait pas vivre 20 000 personnes, c'est 20 000 personnes qui le font vivre ; et si on lie le salaire à l'emploi, on donne tous les pouvoirs aux propriétaires lucratifs, et c'est pour cela que tout mouvement syndical au cours du XX° siècle a été pour déconnecter le salaire de l'emploi et pour attacher le salaire à la personne. C'est nous qui produisons la valeur, ce n'est pas Mittal. »
Bernard Friot, « Ce soir ou jamais », 1970/01/01.
« La valeur économique qu’on distribue ne provient que du travail collectif à l’échelle de la société. L’hypothèse d’inconditionnalité pour percevoir un revenu de base suppose qu’un individu pourrait autovalider les activités auxquelles il choisirait de s’adonner. Alexandre le bienheureux peut-il autovalider le fait qu’il reste dans son lit ou qu’il contemple les papillons ? La réponse est non. Ce n’est pas une simple question de morale, elle porte sur ce qui fait une société. Distribuer un revenu, c’est distribuer de la monnaie et cela exige une validation collective, que ce soit par le marché ou par la collectivité à travers une décision politique pour financer, par exemple, une éducation publique par l’impôt. Il n’y a pas d’autre façon de valider le versement d’un revenu monétaire. En outre, certains ont avancé l’idée que le revenu d’existence pourrait être une rente prélevée sur la masse de la richesse accumulée par l’humanité. Mais on ne verse pas un revenu en puisant sur un stock. Un revenu provient toujours d’un flux d’activité. Il y a là une méconnaissance du b.a.-ba des principes de l’économie politique, à savoir que seul le travail crée de la valeur économique qui peut ensuite être distribuée. Tous les revenus proviennent du travail humain, collectif. »
« L’une des implications les plus radicales des thèses sur la fin du travail est que le revenu doit être redistribué indépendamment de la participation à sa création. Mais c’est le travail qui crée la richesse distribuée sous forme de revenus. La question se pose alors de savoir comment vont s’articuler la répartition du revenu et celle du travail social. La proposition d’un revenu garanti inconditionnel n’y répond pas vraiment. S’il n’existe aucune contrepartie, alors une fraction de la population décidera logiquement de ne pas travailler à moins de postuler un degré de conscience sociale qui ne peut être qu’un aboutissement souhaitable mais qu’il serait dangereux de poser en préalable. Pour convaincre une partie des bénéficiaires de revenu garanti de travailler, il faudra leur offrir une rémunération plus élevée. Quel mécanisme social permettra alors de désigner ceux qui doivent occuper l’un ou l’autre de ces statuts ? »

Un principe immoral

Donner un revenu aux gens sans contrepartie est immoral. Cela revient à payer les gens à ne rien faire.
Il n'y a aucune objection pour le moment.

Un risque d'immigration massive

Si un revenu est distribué à tous les habitants ou citoyens d'un pays sans contrepartie, un très grand nombre de personnes vont vouloir vivre et s'installer dans ce pays. L'immigration risque alors de considérablement progresser.

Une accentuation de la marchandisation

En donnant aux individus de quoi s'acheter les marchandises de base, le revenu de base ne sort pas de la logique de la marchandisatioṇ, selon laquelle les choses s'achètent et se vendent contre de l'argent. À l'inverse, distribuer ces biens de base (nourriture, eau, logement, etc.) sous la forme d'un service public gratuit, payé par les impôts, lutte contre la tendance à la marchandisation du monde.
« Le grand point faible des projets de revenu universel est qu’ils visent à étendre le champ de la marchandise. Le « caractère liquide de ce revenu, donc non affecté » est ainsi clairement affirmé par Yann Moulier-Boutang. Ce point de vue peut être considéré comme réactionnaire puisqu’il équivaut à une véritable désocialisation. Tout progrès social passe en effet par un degré de socialisation accru : les fameux « prélèvements obligatoires » qui constituent la cible des néolibéraux recouvrent par exemple l’éducation et la santé, l’une et l’autre en principe gratuites. Un projet progressiste viserait à rétablir et à étendre le champ de la gratuité, à élargir les droits sociaux garantis sous forme de libre mise à disposition des services correspondants. Les tenants du revenu universel proposent au contraire aux « multitudes » de faire marche arrière, avec l’instauration d’un revenu monétaire et individualisé, et cette perspective se substitue de fait à la mobilisation pour une réduction radicale du temps de travail. Aux approximations théoriques, ils ajoutent ainsi une orientation stratégique qui a pour effet de déserter le cœur des rapports d’exploitation. La reconnaissance effective des droits sociaux passe par la mise à disposition de manière gratuite de biens communs, comme la santé, et non par la distribution de revenus qui s’y substitueraient. Dans le cas du logement, quelles sont les solutions réellement progressistes : une politique de municipalisation des sols et de construction de logements sociaux, ou l’augmentation des allocations logement ? »
« L’attribution du revenu monétaire individuel qu’est le RIB ne prend pas en compte la nécessité d’une réponse socialisée aux besoins fondamentaux. L’exemple de la santé l’illustre très clairement. Les besoins de soins de santé ne peuvent être satisfaits par l’allocation d’un revenu monétaire même élevé, comme le montre l’exemple désastreux des États-Unis. L’accès égal de tous aux soins n’est réalisable que par la gratuité, c’est à dire une réponse socialisée :
  • Sécurité sociale remboursant à 100 % tous les soins et les médicaments prescrits ;
  • pas d’avance de frais sur les soins et les médicaments ;
  • service public de santé, proche et gratuit.
Seule l’extension du champ de la gratuité à l’ensemble des biens et services essentiels (soins de santé, éducation, logement, transports, culture, sport, réseaux de communication, eau et énergie), est en mesure de réaliser le principe « à chacun selon ses besoins ». »
Jean-Claude Laumonier, « Le revenu de base ou l’ombre de l’émancipation », 2016/10/01.

Un mauvais combat politique

Une mesure à l'encontre de diverses revendications collectives

Alors qu'elle est présentée comme progressiste, la proposition du revenu de base va à l'encontre des revendications exprimées par les collectifs de chômeurs et de femmes, qui aspirent non pas à une allocation plus importante qui leur permettrait de rester chez eux, mais à obtenir un emploi digne. De la même façon, la refonte du système des retraites proposée par certains défenseurs du revenu de base conduit à niveler les pensions retraites vers le bas, à l'inverse des revendications collectives des travailleurs et des retraités.
« [L]e recyclage des revenus sociaux n’est pas acceptable. Le droit à un revenu garanti s’échange en effet contre la suppression de pans entiers de la Sécurité sociale (chômage, allocations familiales et retraites). Il équivaut à un énorme transfert au détriment des retraités et des chômeurs. Après la réforme, toutes les pensions et les allocations chômage se situeraient au niveau du seuil de pauvreté. Les 12 millions de personnes de plus de 60 ans reçoivent aujourd’hui environ 200 milliards d’euros de prestations vieillesse, soit environ 12,5 % du PIB. Après la réforme proposée, elles ne toucheraient plus que l’allocation universelle et la prestation reçue serait en moyenne divisée par deux. C’est donc un transfert de près de 100 milliards d’euros qui serait ainsi opéré. Seuls les retraités bénéficiant d’autres ressources que leur pension disposeraient d’un revenu dépassant le seuil de pauvreté. On voit mal comment un tel projet pourrait être repris en compte par le mouvement social, tant il se situe aux antipodes des aspirations portées par les mobilisations. »
« [L]a place des femmes dans tous ces projets est profondément ambiguë. Il est d’ailleurs frappant de constater combien la littérature sur le revenu universel n’introduit pratiquement jamais la dimension de genre et ne réfléchit pas aux spécificités du travail des femmes. Ce n’est sans doute pas par hasard : la question du droit à l’emploi des femmes fait apparaître de manière particulièrement sensible les contradictions des thèses sur le revenu garanti. Si le travail salarié n’est rien d’autre qu’un esclavage, alors les femmes devraient d’abord se féliciter d’en être écartées et exiger ensuite un revenu garanti comme contrepartie de leur activité sociale. Mais comment ne pas voir que ce raisonnement heurte de plein front les aspirations égalitaires des femmes en matière d’emploi ? Leur verser une allocation pour que, ou parce qu’elles ne travaillent pas, voilà un projet qui n’est pas spécialement progressiste. « De l'allocation universelle au salaire maternel, il n'y a qu'un pas à ne pas franchir », comme l’écrivaient Anne Eydoux et Rachel Silvera. »

Une revendication trop imprécise

Selon si son montant est faible ou élevé, le revenu de base peut être un progrès ou bien une régression sociale (en particulier pour les versions libérales du revenu de base). En ce sens, défendre l'instauration d'un revenu de base quel qu'en soit le montant est dangereux.
« Il faut en tout état de cause expliquer d’où provient ce fameux revenu garanti, comment il est financé. Les partisans du revenu universel ne devraient pas pouvoir récuser cette demande en se réfugiant dans un utopisme flou, parce que le niveau de ce revenu est précisément ce qui distingue les projets libéraux (un revenu minimum comme « filet de sécurité ») et les projets véritablement alternatifs. Si le niveau du revenu est suffisamment élevé pour n’être pas une simple aumône, il faut dire quelle est la répartition du revenu national compatible avec cette garantie de revenu. On trouve peu de réponses à cette question pourtant légitime [...] »
« Le revenu annuel garanti a ses théoriciens et ses partisans libéraux. Pour eux, il se réduit à une sorte de revenu de survie ou de minimum social permettant de tirer vers le bas l’échelle des salaires et d’enfoncer l’obstacle que représente encore le salaire minimum légal. « L’allocation universelle de solidarité » au moins égale au salaire minimum garanti signifierait une socialisation généralisée du salaire contre les intermittences du travail. Inutile de préciser qu’il faudrait pour l’arracher un rapport de force extraordinairement favorable, alors que, dans la plupart des pays, l’heure est à la défense de la sécurité sociale, des minima sociaux, au refus de remettre en cause le salaire minimum, face aux assauts du patronat contre les solidarités acquises. Dans ce contexte concret, il est dangereux de jouer avec des revendications assez imprécises pour se prêter à des interprétations opposées. »

L'abandon de la lutte pour le plein-emploi

En faisant de l'instauration d'un revenu de base une lutte prioritaire, ou en rejetant catégoriquement l'importance d'un emploi pour tous, on est conduit à abandonner la lutte pour le plein-emploi. Or cette dernière est nécessaire à un changement politique radical, dans la mesure où c'est principalement au sein du monde du travail que se crée un rapport de force propice à changer la société.

L'abandon de la lutte pour une meilleure protection sociale

Un grand nombre de défenseurs du revenu de base s'appuient sur les lacunes du système de protection sociale actuel (assurance chômage, pension de retraite et sécurité sociale) pour lui opposer le dispositif du revenu universel. Dans le meilleur des cas, ils renoncent à lutter contre le démantèlement de ces services publics et leur renforcement ; dans le pire des cas ils légitiment leur casse.
« En découplant complètement le travail et les protections, l’éventualité d’un revenu d’existence ou de citoyenneté sanctionne le renoncement à ces tentatives qui sont aussi le nerf des luttes à mener sur le front du travail. Pour le dire un peu brutalement, elle entérine les exigences du capital et du marché et lui laisse toute la place. Car pourquoi le marché et le capital ne profiteraient-ils pas de cet abandon des protections attachées au travail pour resserrer encore leur emprise ? Un stock de travailleurs potentiels déjà partiellement rémunérés par un médiocre revenu de subsistance constituerait une nouvelle armée de réserve sur laquelle le nouveau capitalisme pourrait librement puiser au moindre coût. »
« Aujourd’hui, ce dont nous avons besoin ce n’est donc pas d’une allocation universelle, mais d’une extension de notre sécurité sociale. Attaquée de toutes parts, il faut la renforcer et non la détruire. En effet, le système d’allocation universelle n’a pas le monopole de l’individualisation des droits et du découplement du revenu et du travail (pensons aux retraites, au chômage…). Nous devons évidemment prendre les lacunes du système actuel au sérieux et revendiquer l’individualisation des droits sociaux, l’instauration de minimums sociaux à hauteur du seuil de pauvreté et le renforcement de la spécificité de notre système. Ainsi, au lieu de prendre le lent démantèlement de notre sécurité sociale pour une réalité inéluctable, battons-nous pour la reconstruire de manière encore plus ambitieuse. »

Une roue de secours du capitalisme

Un revenu de base d'un montant suffisant pour vivre pleinement amène à faire disparaître le marché du travail, qui est essentiel au bon fonctionnement de l'économie capitaliste. Au sein de cette économie, seul un revenu de base d'un montant relativement faible, légitimant la précarité maximale du travail, apparaît donc possible. Ce revenu de survie n'est alors qu'un moyen de préserver un système économique qui dégrade la vie d'une majorité de la population, alors que c'est ce système qu'il faudrait changer.

Plutôt qu'un revenu de base, d'autres revendications

D'autres mesures permettraient de réaliser une partie ou l'ensemble des choses permises par un revenu de base, sans en présenter les inconvénients.

  • Fondé sur un droit à l'emploi, le salaire à vie serait financé par le travail de tous, et préparerait une sortie du capitalisme.
  • L'extension des droits sociaux (droits à la santé, à l'éducation, au logement, etc.), sous forme de services publics gratuits pour tous, améliorerait considérablement les conditions de vie de l'ensemble de la population.
  • Une réduction massive du temps de travail, réparti entre tous, alliée à une interdiction des licenciements, métamorphoseraient notre rapport au travail, qui serait ainsi libéré à de nombreux égards.
    « L’axe principal devrait donc être la réduction du temps de travail pour toutes et tous, assortie d’une extension du champ de la gratuité pour la satisfaction des besoins sociaux. De ce point de vue, la RTT et l’interdiction des licenciements posent concrètement la question d’une « démarchandisation » de la force de travail. Aujourd’hui une répartition égalitaire des heures de travail équivaudrait à une durée hebdomadaire de l’ordre de 30 heures, et qui pourrait descendre encore par suppression des emplois inutiles rendus nécessaires, par exemple par la non-gratuité des services publics ou par la croissance des dépenses liées à une concurrence improductive. Le niveau de vie serait amélioré principalement par l’extension des droits sociaux (droit à l’emploi, à la santé, au logement, etc.) assurée par un financement socialisé (gratuité ou quasi-gratuité). [...] Bref, il faut articuler la revendication de temps libre et celle de transformation du temps de travail, plutôt que de vouloir opposer la revendication du revenu garanti à celle de nouveau plein emploi. »
    Michel Husson, « Fin du travail et revenu universel », Paris, juillet 2005.
    « La question du revenu minimum est un élément d’un tout beaucoup plus vaste englobant les salaires et la protection sociale. C’est la raison pour laquelle nous nous situons, pour notre part, non dans la seule perspective d’assurer un « revenu de base » à chacun-e, mais dans celle du droit au salaire pour tous. Ce droit doit comporter la revendication d’un salaire au minimum égal au SMIC pour tous (et d’un revenu de remplacement du même montant pour toutes celles et ceux qui se trouvent « hors emploi » : pension, allocation chômage, indemnités journalières…), il ne peut s’y limiter. En replaçant la revendication d’un revenu minimum pour tous sur le terrain du salaire. nous la lions aux revendications de l’ensemble des salariés (augmentions de salaires, indexation des salaires sur les prix, défense de la protection sociale) pour l’accroissement de la part des salaires dans la richesse créée (salaire et salaire socialisé), au détriment de celle des profit. Le « revenu de base » n’est plus alors une revendication « à côté » de celle des salariés. Il devient un élément du combat de tous les salariés (qu’ils soient « dans » ou « hors emploi ») pour le salaire (direct et socialisé). Ainsi sera évitée la division entre chômeurs, jeunes et précaires d’un côté et le reste des salariés de l’autre, qu’exploitent tous ceux qui surfent sur la démagogie populiste opposant les « assistés » aux salariés qui travaillent dur et n’obtiennent jamais rien. »
    Jean-Claude Laumonier, « Le revenu de base ou l’ombre de l’émancipation », 2016/10/01.

Un dispositif appliquable dès maintenant

Un gros avantage de la lutte pour un revenu de base est que celui-ci s'intègre tout à fait dans les institutions actuelles, qui ne nécessitent pas d'être totalement changées pour qu'une telle allocation puisse être instaurée. À l'inverse, les revendications proposées par les objecteurs du revenu de base relèvent de la lutte anticapitaliste, dont la victoire apparaît peu crédible aujourd'hui.

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Pour aller plus loin

Bibliographie

Plutôt POUR

  • Yoland Bresson, Le revenu d'existence ou la métamorphose de l'être social, L'esprit frappeur, 2000.
  • Jean-Marc Ferry, L'allocation universelle. Pour un revenu de citoyenneté, Cerf, 1995.
  • Clémentine Lebon, Le revenu de base. Une idée qui pourrait changer nos vies, Actes Sud, 2017.
  • Mouvement français pour un revenu de base, Pour un revenu de base universel. Vers une société du choix, Edition du Détour, 2017.
  • Baptiste Mylondo, Un revenu pour tous ! Précis d'utopie réaliste, Utopia, 2010.
  • Philippe Van Parijs, L'allocation universelle, La Découverte, Paris, 2005.

Plutôt CONTRE

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Ni POUR ni CONTRE

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Sitographie

Vidéographie

Débats connexes