Le parti bolchévik était composé d'individus déclassés ou déracinés

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Citations [ modifier ]

« La logique de constitution d’un tel parti ne répond pas à une logique de classe, comme celle qui préside alors au développement de la plupart des partis socialistes européens, mais à une logique d’articulation d’une idéologie extrémiste sur un mode d’organisation destiné à l’action. Or, Hannah Arendt a souligné à juste titre qu’en dépit de leur appellation « parti » – Parti bolchevique, Parti national-socialiste, Parti fasciste –, l’une des caractéristiques des mouvements totalitaires est précisément d’avoir abandonné la formation de classe portant les intérêts d’une catégorie sociale – et donc à vocation parlementaire, voire gouvernementale –, pour se transformer en mouvements formés majoritairement de déracinés des diverses classes – ce qu’elle nomme « la populace ». Et de fait, alors que les grandes social-démocraties d’avant 1914 avaient un caractère ouvrier très marqué, le Parti bolchevique compte peu d’ouvriers mais nombre d’intellectuels déclassés et d’aventuriers qui n’hésitent pas à agir avec des bandits de grand chemin, des maîtres chanteurs ou des escrocs. Là réside dès 1902 l’une des sources ultérieures du totalitarisme communiste. »
Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
« Avec la révolution de février 1917 en Russie, Lénine dispose enfin du champ de manœuvre espéré depuis des années. Grâce à sa phalange nettement plus organisée que les autres courants socialistes, et à sa démagogie effrénée, il influence une part de l’opinion populaire à Saint-Pétersbourg. En six mois, le groupuscule bolchevique gonfle d’environ 10 000 membres à plus de 100 000 et devient un parti de masse. Non pas tant le parti de la classe ouvrière, comme il s’est lui-même présenté par la suite, qu’un parti de ce que Hannah Arendt nomme « la populace » : un parti de déclassés issus de divers milieux. Sa direction et ses cadres sont formés d’intellectuels, de bourgeois et d’aristocrates en rupture de classe – Lénine, Dzerjinski, Trotski –, de militants d’origine populaire et ouvrière coupés de longue date du travail – comme Staline –, voire d’aventuriers. Les nouveaux venus, qui forment les gros bataillons, sont pour la plupart des paysans – des moujiks –, soit embauchés de fraîche date dans les usines d’armement, soit soldats de garnison prêts à tout pour éviter d’être envoyés au front. D’ailleurs, dès 1919, le menchevik Martov, et plus tard Boris Pasternak dans Le Docteur Jivago, qualifieront la révolution bolchevique de « révolution soldatesque ». »
Stéphane Courtois, « Du parti de révolutionnaires professionnels au parti-État totalitaire », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

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