Lénine est-il le précurseur de Staline ?

De Wikidébats
Aller à : navigation, rechercher

Sommaire

Pour comprendre le débat

Carte des arguments

POUR
CONTRE

Comme Staline, Lénine a mené la terreur contre ses opposants
Lénine a créé les instruments de la terreur stalinienne
Lénine a théorisé et revendiqué la terreur de masse
La guerre était au coeur du projet de Lénine
Lénine est le concepteur d'un parti totalitaire
Lénine était un ennemi de la démocratie
Lénine était un être cynique, paranoïaque et avide de pouvoir

La terreur bolchévik a été dictée par les circonstances
Staline est l'auteur d'une contre-révolution

Arguments POUR

Comme Staline, Lénine a mené la terreur contre ses opposants

Lénine a violemment réprimé les paysans

« Désormais privé du grenier à blé de l’Ukraine, occupée par les Allemands, n’ayant rien à proposer aux paysans en échange de leurs récoltes puisque les « nationalisations » avaient désorganisé l’industrie, Lénine se trouva confronté au problème du ravitaillement des villes, îlots de pouvoir bolchevik au milieu de l’océan des campagnes hostiles. En mai 1918, il accusa donc les paysans « riches » de stocker leur blé, lança le cri de « Mort aux koulaks ! » – était stigmatisé comme koulak tout paysan qui résistait au pillage – et instaura le « communisme de guerre ». Ainsi débuta une guerre entre la paysannerie – les « verts » –, qui représentait 85 % de la population et le pouvoir ; les paysans, qui n’avaient que leur récolte pour survivre, se défendirent avec l’énergie du désespoir et des révoltes éclatèrent un peu partout à l’été 1918. La riposte de Lénine fut terrible. Le 10 août, il envoyait un télégramme au comité bolchevik de Penza, dans la région de la Volga :

« Camarades ! Le soulèvement koulak […] doit être écrasé sans pitié. Les intérêts de la révolution tout entière l’exigent, car partout la « lutte finale » avec les koulaks est désormais engagée. Il faut faire un exemple : 1. Pendre (et je dis pendre de façon que les gens le voient) pas moins de 100 koulaks, richards, buveurs de sang connus. 2. Publier leurs noms. 3. S’emparer de tout leur grain. 4. Identifier les otages […] Faites cela de façon qu’à des centaines de lieues alentour les gens voient, tremblent, sachent et s’écrient : ils tuent et continueront de tuer les koulaks assoiffés de sang […]. Vôtre Lénine. PS : Trouvez des gens plus durs. »

Et encore le 1er février 1920, dans une lettre à Trotski, Lénine exigeait que soit réduite la ration de pain des ouvriers ne travaillant pas pour les transports : « Que des milliers de gens périssent si nécessaire, mais le pays doit être sauvé. » Dans son délire idéologique, Lénine assimilait le pays au pouvoir bolchevik qui, au même moment, par sa folle politique, détruisait le pays réel. »
Stéphane Courtois, « Lénine, l'inventeur du totalitarisme », Le Figaro – Histoire, n°30, février-mars 2017.
« La lutte contre les paysans refusant les réquisitions et la conscription – les Verts – mobilisaient toutes les énergies. Les rapports, aujourd’hui disponibles, des départements spéciaux de la Tcheka et des Troupes de défense interne de la République, chargés de lutter contre les mutineries, les désertions et les émeutes paysannes, révèlent dans toute son horreur l’extraordinaire violence de cette « sale guerre » de pacification menée en marge des combats entre Rouges et Blancs. C’est dans cet affrontement crucial entre le pouvoir bolchevique et la paysannerie que se forgea définitivement une pratique politique terroriste fondée sur une vision radicalement pessimiste des masses « à ce point obscures et ignorantes, écrivait DzeIjinski, qu’elles ne sont même pas capables de voir où est leur propre intérêt ». Ces masses bestiales ne pouvaient être matées que par la force, par ce « balai de fer » qu’évoquait Trotski pour caractériser de manière imagée la répression qu’il convenait de mener afin de « nettoyer » l’Ukraine des « bandes de bandits » dirigées par Nestor Makhno et d’autres chefs paysans. »
Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.
« Le problème vital était donc d’assurer le ravitaillement de l’armée et des villes, lieu du pouvoir et siège du « prolétariat ». Deux possibilités s’offraient aux bolcheviks : soit rétablir un semblant de marché dans une économie en ruine, soit utiliser la contrainte. Ils choisirent la seconde, persuadés de la nécessité d’aller de l’avant dans la lutte pour la destruction de « l’ordre ancien ». Prenant la parole le 29 avril 1918 devant le Comité exécutif central des soviets, Lénine déclara sans ambages : « Oui, les petits propriétaires, les petits possédants ont été à nos côtés, nous autres prolétaires, lorsqu’il s’est agi de renverser les propriétaires fonciers et les capitalistes. Mais maintenant nos voies divergent. Les petits propriétaires ont horreur de l’organisation, de la discipline. Le temps est venu pour nous de mener une lutte impitoyable, sans merci, contre ces petits propriétaires, ces petits possédants. » Quelques jours plus tard, le commissaire du peuple au Ravitaillement précisa, devant la même assemblée : « Je le dis ouvertement : il est bien question de guerre, ce n’est qu’avec des fusils que nous obtiendrons les céréales. » Et Trotski de renchérir : « Notre parti est pour la guerre civile. La guerre civile, c’est la lutte pour le pain… Vive la guerre civile !» »
Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.

Lénine a violemment réprimé les ouvriers

« Alors qu’il se proclamait le chef du pouvoir du prolétariat, Lénine mena une politique tout aussi violente contre les ouvriers, au point que les ouvriers des grandes usines de Petrograd, dont ceux de l’usine Poutilov qui avaient été à la pointe de la révolution en 1917-1918, se mirent en grève au printemps 1919. Lénine vint de Moscou pour leur parler, mais sans succès. Il ordonna alors la prise d’assaut des usines par les troupes de la tcheka, qui arrêtèrent 900 grévistes et en fusillèrent 200. Des massacres identiques d’ouvriers en grève se multiplièrent, en particulier à Toula et à Astrakhan. Le 29 janvier 1920, face aux grèves des ouvriers dans l’Oural, Lénine télégraphiait aux communistes locaux : « Il y a du sabotage manifeste des cheminots […] Je suis étonné que vous vous en accomodiez et que ne procédiez pas à des exécutions massives pour sabotage. » »
Stéphane Courtois, « Lénine, l'inventeur du totalitarisme », Le Figaro – Histoire, n°30, février-mars 2017.
« De tous les épisodes de répression, l’un des plus soigneusement occultés par le nouveau régime fut la violence exercée contre le monde ouvrier, au nom duquel les bolcheviks avaient pris le pouvoir. Commencée dès 1918, cette répression se développa en 1919-1920 pour culminer au printemps 1921, avec l’épisode, bien connu, de Kronstadt. Le monde ouvrier de Petrograd avait manifesté, dès le début de 1918, sa défiance vis-à-vis des bolcheviks. Après l’échec de la grève générale du 2 juillet 1918, le second temps fort des troubles ouvriers dans l’ancienne capitale éclata en mars 1919, après que les bolcheviks eurent arrêté un certain nombre de dirigeants socialistes-révolutionnaires, dont Maria Spiridonova qui venait d’effectuer une tournée mémorable des principales usines de Petrograd où elle avait été partout acclamée. Ces arrestations déclenchèrent, dans une conjoncture déjà très tendue à cause des difficultés de ravitaillement, un vaste mouvement de protestation et de grèves. »
Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.

Lénine a violemment réprimé les socialistes

« Alliés des bolcheviks jusqu’à l’été 1918, les socialistes-révolutionnaires de gauche bénéficièrent, jusqu’en février 1919, d’une relative clémence. Leur dirigeante historique, Maria Spiridonova, présida, en décembre 1918, un congrès de son parti, toléré par les bolcheviks. Ayant vigoureusement condamné la terreur pratiquée quotidiennement par la Tcheka, elle fut arrêtée, en même temps que deux cent dix autres militants, le 10 février 1919, et condamnée par le Tribunal révolutionnaire à « la détention en sanatorium étant donné son état hystérique » ; il s’agit là du premier exemple, sous le régime soviétique, d’enfermement d’un opposant politique dans un établissement psychiatrique ; Maria Spiridonova parvint à s’évader et à diriger, dans la clandestinité, le Parti socialiste-révolutionnaire de gauche interdit par les bolcheviks. Selon des sources tchékistes, 58 organisations socialistes-révolutionnaires de gauche auraient été démantelées en 1919, et 45 en 1920. Au cours de ces deux années, 1 875 militants auraient été emprisonnés en qualité d’otages, conformément aux directives de DzeIjinski, qui avait déclaré, le 18 mars 1919 : « Dorénavant, la Tcheka ne fera plus de distinction entre les Gardes blancs du type Krasnov et les Gardes blancs du camp socialiste. […] Les SR et les mencheviks arrêtés seront considérés comme des otages et leur sort dépendra du comportement politique de leur parti. » »
Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.

Lénine a violemment réprimé les anarchistes

« Un des premiers faits d’armes de celle-ci [la Tcheka] avait été l’assaut, lancé le 11 avril 1918, contre les anarchistes de Moscou, dont plusieurs dizaines avaient été exécutés sur-le-champ. La lutte contre les anarchistes ne se relâcha pas au cours des années suivantes, bien qu’un certain nombre d’entre eux eussent rejoint les rangs des bolcheviks, occupant même des postes importants à la Tcheka, comme Alexandre Goldberg, Mikhail Brener ou Timofei Samsonov. Le dilemme de la majorité des anarchistes, qui refusaient à la fois la dictature bolchevique et le retour des partisans de l’Ancien Régime, est illustré par les volte-face du grand leader anarchiste paysan Makhno, qui dut à la fois faire cause commune avec l’Armée rouge contre les Blancs, puis, une fois la menace blanche écartée, combattre les Rouges pour tenter de sauvegarder ses idéaux. Des milliers de militants anarchistes anonymes furent exécutés en tant que « bandits » lors de la répression menée contre les armées paysannes de Makhno et de ses partisans. Ces paysans constituèrent, semble-t-il, l’immense majorité des victimes anarchistes, si l’on en croit le bilan, incomplet sans doute mais seul disponible, de la répression bolchevique présenté par les anarchistes russes en exil à Berlin en 1922. Ce bilan faisait état de 138 militants anarchistes exécutés durant les années 1919-1921, 281 exilés et 608 toujours emprisonnés au 1er janvier 1922. »
Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.

Lénine a fiché et expulsé les intellectuels

« Depuis le début 1922, Lénine était entré en guerre contre l’intelligentsia, faisant fermer revues, journaux et départements universitaires. Mais c’est le 19 mai qu’il demanda à Dzerjinski de préparer « la déportation à l’étranger des écrivains et des professeurs qui aident la contre-révolution ». Une commission spéciale du Bureau politique fut formée à cet effet et, pour que les choses se fassent « dans la légalité », Lénine mit en chantier un nouveau Code pénal et ajouta à l’article 57 une clause de « clémence » : l’expulsion administrative – sans jugement – à l’étranger. Le 25 mai, Lénine eut sa première attaque cérébrale ; mais à peine remis, sa préoccupation fut de demander à Staline, secrétaire général du parti communiste, des comptes sur les intellectuels à expulser ; indiquant que la Tcheka devait « dresser des listes », il ajoutait : « plusieurs centaines de ces gentlemen doivent être expulsés dehors sans pitié. Nous allons nettoyer la Russie une fois pour toutes. […] Ils doivent tous être virés de Russie » ; et il n’hésitait pas à dénoncer nommément ses futures victimes. Il inaugurait ainsi la pratique des quotas de répression établis à l’avance, dont Staline allait faire un si large usage lors de la Grande Terreur. Lénine ordonna que la Tcheka fabriquât un dossier d’accusation pour chacun des futurs expulsés, ce qui n’était pas facile tant on ne pouvait leur reprocher que leurs idées. Le 10 août 1922 fut rendu public le nouvel article 57 qui autorisait les expulsions administratives. Comme l’avait déclaré Lénine en mars : « Dans la sphère économique, la retraite continue, dans le domaine politique, l’assaut continue ». Déjà le 6 juin, il avait créé le Glavlit, organe, durant des décennies, de la censure de toutes les publications et de contrôle de la pensée. Et comme le 15 septembre 1922 Gorki, depuis son exil, lui avait écrit pour le mettre en garde contre ces expulsions, Lénine lui répondit avec son élégance coutumière : « […] les intellectuels, les laquais du capital, pensent qu’ils sont le cerveau de la nation. En réalité, ils n’en sont pas le cerveau, ils en sont la merde ». »
Stéphane Courtois, « Lénine et la destruction de l’intelligentsia russe », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
« Parallèlement à ces expulsions, la police politique continuait le fichage de tous les intellectuels suspects de second rang, promis soit à la déportation administrative dans des parties reculées du pays, légalisée par un décret du 10 août 1922, soit au camp de concentration. »
Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.

Lénine a violemment réprimé les ecclésiastiques

« Comme en témoignent les rapports hebdomadaires de la police politique, la campagne de confiscation des biens d’Église atteignit son apogée en mars, avril et mai 1922, provoquant 1414 incidents recensés et l’arrestation de plusieurs milliers de prêtres, de moines et de moniales. Selon des sources ecclésiastiques, 2691 prêtres, 1962 moines et 3447 moniales furent tués en 1922. Le gouvernement organisa plusieurs grands procès publics de membres du clergé, à Moscou, Ivanovo, Chouïa, Smolensk et Petrograd. […] À Petrograd, soixante-seize ecclésiastiques furent condamnés à des peines de camp, et quatre exécutés, dont le métropolite de Petrograd, Benjamin, élu en 1917, très proche du peuple et qui avait pourtant assidûment plaidé pour une Église indépendante de l’État. À Moscou, cent quarante-huit ecclésiastiques et laïcs furent condamnés à des peines de camp, et six à la peine de mort, aussitôt appliquée. Le patriarche Tikhon fut placé en résidence surveillée au monastère Donskoï à Moscou. »
Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.
« En mars 1922, au cœur de la famine, dans une directive ordonnant de détruire l’Église orthodoxe à laquelle les paysans étaient très attachés, Lénine écrivait avec un cynisme révoltant : « Avec tous ces gens affamés qui se nourrissent de chair humaine, avec les routes jonchées de centaines, de milliers de cadavres, c’est maintenant et seulement maintenant que nous pouvons (et par conséquent devons) confisquer les biens de l’Église avec une énergie farouche, impitoyable. […] Tout indique que nous n’arriverons pas à nos fins à un autre moment, parce que seul le désespoir engendré par la faim peut entraîner une attitude bienveillante, ou du moins neutre, des masses à notre égard. » »
Stéphane Courtois, « Lénine, l'inventeur du totalitarisme », Le Figaro – Histoire, n°30, février-mars 2017.

Lénine a exterminé les Cosaques

« Parmi les divers épisodes de la lutte menée par le pouvoir bolchevique contre la paysannerie, la « décosaquisation » – c’est-à-dire l’élimination des Cosaques du Don et du Kouban en tant que groupe social – occupe une place particulière. Pour la première fois, en effet, le nouveau régime prit un certain nombre de mesures répressives pour éliminer, exterminer, déporter, suivant le principe de la responsabilité collective, l’ensemble de la population d’un territoire que les dirigeants bolcheviques avaient pris l’habitude de qualifier de « Vendée soviétique ». Ces opérations ne furent pas le résultat de mesures de rétorsion militaire prises dans le feu des combats, mais furent planifiées à l’avance, firent l’objet de plusieurs décrets pris au plus haut niveau de l’État, impliquant directement de très nombreux responsables politiques de haut rang (Lénine, Ordjonikidze, Syrtsov, Sokolnikov, Reingold). Mise en échec une première fois, au printemps 1919, à cause des revers militaires des bolcheviks, la décosaquisation reprit, avec une cruauté renouvelée, en 1920, lors de la reconquête bolchevique des terres cosaques du Don et du Kouban. »
Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.

Lénine a fait massacrer la famille impériale

Archives et témoignages à l'appui, le massacre de la famille de Nicolas II-seule victime incontestée des Bolcheviks- dans la nuit du 16 u 17 juillet 1918, dont aucun corps n'a été retrouvé par les nouvaux occupants à Ekaterinbourg, a été solidement contesté par une poignée d'historiens dont la fille du général Denikine, Marina Grey à partir d'une enquête pionnière de deux journalistes britannique, Anthony Summers et Tom Mangold parue en France en 1980 sous le titre Le Dossier Romanov. Ont suivi la voie documentée de Marina Grey, les historiens Marc Ferro, Michel Wartelle, Elie Durel, Marie Stravlo. Les accusations d'une vengeance de Lénine formulées par Stephane Courtois ne reposent à l'inverse sur aucune source archivée et tournent le dos aux aspirations du personnage à la révolution mondiale qui l'amenaient à demander en échange aux Allemands la libération de spartakistes. Plusieurs points doivent être précisés : la Terreur Rouge n'était pas encore à l'ordre du jour (fin août début septembre 1918) ; comme le reconnaît Nicolas Werth en 1997 dans le livre Noir du communisme p. 112 mais sans référence à l'affaire des Romanov, les décrets sur la frappe d' otages au sein des familles d'officiers tsaristes ne seront votés par Trotsky qu'en 1919 ; c'étaient à l'été 1918 les SR de gauche en guerre contre les Bolcheviks, par haine de l'Allemagne impériale qui en voulaient à la vie de la famille germanique de Nicolas Romanov, au moins à celle de la tsarine. L'accusation d'un massacre collectif de toute la famille et de sa suite dans la maison d'Ipatief commandé par Jacob Iourovsky arrive vers 1920 et fut précédée pendnant une année au moins faisant état du massacre collectif des Romanov et de leurs suivants à la prison d'Ekaterinbourg où ils ne furent jamais internés, sur témoignage du prince L'vov, qui ne séjourna jamais dans cette maison bourgeoise d'Ipatiev dépourvue de toute cellule de prison.
« L’acte le plus symbolique [de la terreur] fut le massacre de la famille impériale, y compris les enfants et les serviteurs, dans des conditions horribles dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918. Cette opération fut organisée par Lénine en personne, à l’insu même de la direction bolchevik. »
Stéphane Courtois, « Lénine, l'inventeur du totalitarisme », Le Figaro – Histoire, n°30, février-mars 2017.
« Le 16 juillet 1918, l’assassinat de la famille impériale scelle dans le sang la volonté terroriste de Lénine, qui est l’organisateur secret et personnel de ce carnage. »
Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
« The File on the the Tsar (le dossier Romanov), l'ouvrage de deux journalistes de la BBC, Anthony Summers et Tom Mangold, inconnus au bataillon des historiens brevetés, ouvrit en 1976 une piste pleine de promesses pour répondre aux questions posées. Après une quête et enquête de plusieurs années, les deux hommes découvrirent à Harvard l'existence du dossier complet de l'instruction concernant la fin des Romanov, celui-là même d'où le juge Sokolov chargé d'enquêter pour les Blancs avait tiré son ouvrage : ils constatèrent que dans son enquête publiée en 1924, Sokolov avait systématiquement éliminé toutes les pièces qui pouvaient témoigner de la survie des filles du tsar et de l'impératrice. »
Marc Ferro, La vérité sur la tragédie des Romanov, p.117-118, chapitre 6, Tallandier, Paris, 2012.

Lénine a réprimé certaines personnes pour leur seule appartenance de classe

« Parmi les opérations répressives les plus difficiles à répertorier et à évaluer figurent les massacres de détenus et d’otages incarcérés pour leur seule appartenance à une « classe ennemie » ou « socialement étrangère ». Ces massacres s’inscrivaient dans la continuité et la logique de la Terreur rouge de la seconde moitié de 1918, mais à une échelle encore plus importante. Cette débauche de massacres « sur une base de classe » était en permanence justifiée par le fait qu’un monde nouveau était en train de naître. »
Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.
« Étape logique et ultime de « l’extermination de la bourgeoisie en tant que classe », les exécutions de détenus, suspects et otages incarcérés pour leur seule appartenance aux « classes possédantes », sont attestées dans bien des villes prises par les bolcheviks. A Kharkov, entre 2000 et 3000 exécutions en février-juin 1919 ; entre 1000 et 2000 lors de la seconde reprise de la ville, en décembre 1919. À Rostov-sur-le-Don, environ 1 000 en janvier 1920 ; à Odessa, 2200 entre mai et août 1919, puis 1 500 à 3000 entre février 1920 et février 1921 ; à Kiev, au moins 3000 entre février et août 1919 ; à Ekaterinodar, au moins 3000 entre août 1920 et février 1921 ; à Armavir, petite ville du Kouban, entre 2 000 et 3 000 entre août et octobre 1920. On pourrait prolonger cette liste. »
Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.
« Cette terreur, qui fit en cinq ans des centaines de milliers de victimes, visait en priorité ceux qui étaient des ennemis politiques ou des membres de classes « condamnées par l’histoire » – bourgeois, nobles, commerçants, industriels, intellectuels, officiers, prêtres, mais aussi paysans propriétaires. »
Stéphane Courtois, « Lénine, l'inventeur du totalitarisme », Le Figaro – Histoire, n°30, février-mars 2017.

Document sur les cent koulaks à pendre apocryphe : daté ici du 10, ailleurs du 11, contenant par ailleurs une information coupée par des points de suspension, sur un autre télégramme, à ce jour inexistant.

Aucun résumé ni citation n'a été entré.

Lénine a créé les instruments de la terreur stalinienne

Lénine a instauré la Terreur rouge dès 1918

« Le 5 septembre 1918, face à la révolte des « verts » et des « blancs », après un attentat contre Lénine et sur le modèle du Comité de salut public en 1793, le pouvoir décréta la « terreur rouge », provoquant en deux mois de 10 000 à 15 000 exécutions sommaires – alors que de 1825 à 1917, la Russie avait enregistré 6321 condamnations en mort pour raison politique, et dans le cadre de procédures légales et avec de nombreuses commutations de peine. Cette terreur, qui fit en cinq ans des centaines de milliers de victimes, visait en priorité ceux qui étaient des ennemis politiques ou des membres de classes « condamnées par l’histoire » – bourgeois, nobles, commerçants, industriels, intellectuels, officiers, prêtres, mais aussi paysans propriétaires. Dès 1918, des milliers d’otages issus de ces catégories furent fusillés. L’acte le plus symbolique fut le massacre de la famille impériale, y compris les enfants et les serviteurs, dans des conditions horribles dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918. Cette opération fut organisée par Lénine en personne, à l’insu même de la direction bolchevik. »
Stéphane Courtois, « Lénine, l'inventeur du totalitarisme », Le Figaro – Histoire, n°30, février-mars 2017.
« C’est ce mouvement révolutionnaire inédit, fondateur du totalitarisme, qui s’empare du pouvoir le 7 novembre 1917, passe à l’acte et inaugure d’emblée, entre 1917 et 1922, un processus génocidaire fondé sur la terreur utilisée comme moyen de gouvernement. Conformément à la description des formes du génocide par Lemkin, on assiste dès la fin 1917 et le printemps 1918 à la désignation de groupes-cibles : aristocrates, bourgeois, propriétaires fonciers, industriels, officiers. Puis, dès le mois de mai 1918, Lénine lance le cri « mort aux koulaks », visant ainsi tous les paysans qui refusent ce que, par euphémisme, les bolcheviks nomment « réquisitions » – pillage pur et simple des biens et des récoltes par les agents du pouvoir. Avec le décret sur la « Terreur rouge », proclamée le 5 septembre 1918, sont visés tous les autres mouvements politiques, y compris les partis révolutionnaires – mencheviks, socialistes révolutionnaires, anarchistes – et tous les groupes qui ne se soumettent pas, y compris les ouvriers en grève. Enfin, au printemps 1922, Lénine donnera des ordres impératifs et précis pour exterminer l’ensemble du clergé et expulser les intellectuels qui ne rallient pas le régime. »
Stéphane Courtois, « Rafael Lemkin et la question du génocide en régime communiste », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
« La Terreur bolchevique, la seule que nous évoquerons ici, appelle plusieurs typologies pertinentes. Avec ses méthodes, ses spécificités et ses cibles privilégiées, elle fut bien antérieure à la guerre civile proprement dite, qui ne se développa qu’à partir de la fin de l’été 1918. Nous avons choisi une typologie qui fait ressortir, dans la continuité d’une évolution que l’on peut suivre dès les premiers mois du régime, les principaux groupes victimes soumis à une répression conséquente et systématique :
  • les militants politiques non bolcheviques, depuis les anarchistes jusqu’aux monarchistes ;
  • les ouvriers en lutte pour leurs droits les plus élémentaires – le pain, le travail, un minimum de liberté et de dignité ;
  • les paysans – souvent des déserteurs – impliqués dans une des innombrables révoltes paysannes ou mutineries d’unités de l’Armée rouge ;
  • les Cosaques, déportés en masse en tant que groupe social et ethnique réputé hostile au régime soviétique. La « décosaquisation » préfigure les grandes opérations de déportation des années trente (« dékoulakisation », déportation de groupes ethniques) et souligne la continuité des phases léninienne et stalinienne en matière de politique répressive ;
  • les « éléments socialement étrangers » et autres « ennemis du peuple », « suspects » et « otages » liquidés « préventivement », notamment lors de l’évacuation de villes par les bolcheviks ou, au contraire, lors de la reprise de villes et de territoires occupés un temps par les Blancs. »
Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.

Lénine a créé une police politique : la Tchéka

« Le 20 décembre [1917], Lénine créait la Tcheka – la Commission extraordinaire de lutte contre la contre-révolution, la spéculation et le sabotage –, une police politique qui, de manière arbitraire, commença à arrêter, puis à fusiller. Alors que le bolchevik Boukharine protestait que la Tcheka était « truffée de criminels et de sadiques, d’éléments dégénérés du lumpenprolétariat », Lénine répondit qu’elle était « injustement attaquée pour quelques excès par une intelligence bornée […] incapable de considérer le problème de la terreur dans une perspective plus large ». Et de conclure : « Un bon communiste est aussi un bon tchékiste. » En 1921, la Tcheka compterait déjà 200 000 hommes et cette police politique – devenue GPU, puis NKVD et enfin KBG – serait, avec le Parti bolchevik et l’Armée rouge – armée de guerre civile créée par un décret du 28 janvier 1918 –, l’un des trois piliers du pouvoir totalitaire. »
Stéphane Courtois, « Lénine, l'inventeur du totalitarisme », Le Figaro – Histoire, n°30, février-mars 2017.
« À partir du 20 décembre 1917, avec la création de sa police politique, la Tcheka, Lénine se donne les moyens d’instaurer la dictature du Parti bolchevique, s’appuyant sur une terreur systématique contre ses « ennemis ». Ce sont d’abord ses ennemis politiques : les « Blancs » – tous les partisans du tsar – et les libéraux (Constitutionnels démocrates, KD), puis les anarchistes, et enfin les socialistes révolutionnaires et les mencheviks. Ce sont ensuite les classes sociales ennemies : aristocrates, bourgeois, officiers, koulaks – paysans refusant les réquisitions et qualifiés de « riches » –, Cosaques, clergé. Ce sont aussi les mauvais éléments de la « bonne » classe : les ouvriers en révolte contre la dictature bolchevique. Et enfin les nations récalcitrantes à la soviétisation : Finlande, Ukraine, puis les peuples du Caucase, en particulier la Géorgie. »
Stéphane Courtois, « La terreur : moyen ordinaire de gouvernement », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
« Commission « extraordinaire », la Tcheka allait prospérer et agir sans la moindre base légale. Dzerjinski, qui souhaitait, comme Lénine, avoir les mains libres, eut cette phrase étonnante : « C’est la vie même qui dicte sa voie à la Tcheka. » La vie, c’est-à-dire la « terreur révolutionnaire des masses », la violence de la rue que la plupart des dirigeants bolcheviques encourageaient alors vivement, oubliant momentanément leur profonde méfiance vis-à-vis de la spontanéité populaire. S’adressant le 1er (13) décembre [1917] aux délégués du Comité exécutif central des soviets, Trotski, commissaire du peuple à la Guerre, prévint : « Dans moins d’un mois, la terreur va prendre des formes très violentes, à l’instar de ce qui s’est passé lors de la Grande Révolution française. Ce ne sera plus seulement la prison, mais la guillotine, cette remarquable invention de la Grande Révolution française, qui a pour avantage reconnu celui de raccourcir un homme d’une tête, qui sera prête pour nos ennemis. » Quelques semaines plus tard, prenant la parole à une assemblée d’ouvriers, Lénine appela, une nouvelle fois, à la terreur, cette « justice révolutionnaire de classe » : « Le pouvoir des Soviets a agi comme auraient dû agir toutes les révolutions prolétariennes : il a cassé net la justice bourgeoise, instrument des classes dominantes. […] Les soldats et les ouvriers doivent comprendre que personne ne les aidera s’ils ne s’aident eux-mêmes. Si les masses ne se lèvent pas spontanément, nous n’aboutirons à rien. […] Tant que nous n’appliquerons pas la terreur vis-à-vis des spéculateurs – une balle dans la tête sur place –, nous n’arriverons à rien ! » »
Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.

Lénine a restauré la peine de mort

« Deux jours après la fin de cette conférence panrusse des tchekas [de juin 1918], le gouvernement décréta le rétablissement légal de la peine de mort. Celle-ci, abolie après la révolution de février 1917, avait été restaurée par Kerenski en juillet 1917. Néanmoins, elle ne s’appliquait alors que dans les régions du front, sous juridiction militaire. Une des premières mesures prises par le IIe Congrès des soviets, le 26 octobre (8 novembre) 1917, fut de supprimer à nouveau la peine capitale. Cette décision suscita la fureur de Lénine : « C’est une erreur, une faiblesse inadmissible, une illusion pacifiste ! » Lénine et Dzerjinski n’eurent de cesse de rétablir légalement la peine de mort, tout en sachant pertinemment qu’elle pouvait être appliquée, sans aucun « juridisme tatillon », par des organes extralégaux comme les tchekas. La première condamnation à mort légale, prononcée par un tribunal révolutionnaire, eut lieu le 21 juin 1918 : l’amiral Tchastnyi fut le premier « contre-révolutionnaire » fusillé « légalement ». »
Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.
« "Kautsky montre en détail, écrit Stampler, que les Bolcheviks en arrivent toujours en définitive à prendre le contrepied de ce qui était leur but : ils étaient les adversaires de la peine de mort et ils y vont à coups d'exécutions massives." D’abord c’est un mensonge pur et simple de dire que les bolcheviks étaient les adversaires de la peine de mort en période de révolution. Au IIe congrès de notre parti, en 1903, alors que naissait le bolchevisme, un programme du parti fut établi et les procès verbaux du parti stipulent que la pensée d’introduire l’abolition de la peine de mort n’a provoqué que des exclamations ironiques : « et aussi pour Nicolas II ? » Les mencheviks eux-mêmes n’ont pas osé mettre aux voix la proposition de l’abolition de la peine de mort pour le tsar. Et en 1917, au temps du régime Kerenski, j’écrivais dans la Pravda qu’il n’est pas un seul gouvernement révolutionnaire qui puisse se passer de la peine de mort et que le tout est de savoir contre quelle classe un gouvernement donné dirige l’arme de la peine de mort. »
Lénine, « Comment la bourgeoisie utilise les rénégats, », Oeuvres de Lénine, tome 30, septembre 1919-avril 1920, p.20, 20 septembre 1919, Editions sociales, Paris, 1964.
« En second lieu, si un homme avait ne fut-ce que la moindre notion de la révolution, il ne pourrait pas oublier qu'il ne s'agit plus ici de la révolution en général, mais d'une révolution née d'un massacre impérialiste des peuples. une révolution prolétarienne, née d'une telle guerre, est-elle pensable sans complots et sans attentats contre-révolutionnaires de la part des dizaines et des centaines de milliers d'officiers appartenant à la classe des propriétaires fonciers et des capitalistes ? Un parti révolutionnaire de la classe ouvrière est-il pensable s'il ne châtie pas par la mort de telles actions à l'époque de la guerre civile la plus acharnée, et des complots de la bourgeoisie, pour favoriser l'invasion étrangère visant à renverser le gouvernement ouvrier ? Il n'existe pas, en dehors des cuistres invétérés et ridicules, un seul homme qui puisse répondre à ces questions autrement que par la négative. »
Lénine, « Comment la bourgeoisie utilise les rénégats », Oeuvres de Lénine septembre 1919-avril 1920, n°tome 30, p.21, 20 septembre 1919, Editions Sociales, Paris, 1964.

Lénine a créé des camps de concentration

« Les bolcheviks ont imposé par la violence une ségrégation spatiale qui s’est inscrite d’abord en creux, à travers des vagues massives d’émigration et d’exil, plus d’un million de membres des classes « condamnées par l’Histoire » s’étant enfuies pour sauver leur vie. Mais très vite, cette ségrégation a pris la forme de l’enfermement dans des prisons puis dans des camps de concentration dont Trotski réclamait l’installation dès le 4 juin 1918, suivi en cela le 26 juin par le Conseil des commissaires du peuple qui exigea que ces camps soient utilisés pour mettre hors d’état de nuire les « ennemis intérieurs ». Et le 8 août, Trotski approuva la création des trois premiers camps, appelés à devenir un véritable système concentrationnaire, dès 1921, dans le complexe des îles Solovki, sur la mer Blanche, bien avant que les nazis n’aient ouvert leur premier camp. Le mot « concentration » n’avait pas une connotation seulement administrative, mais visait à terroriser : le décret sur la Terreur rouge précisait que les communistes voulaient ainsi se protéger de leurs ennemis « en les isolant dans des camps de concentration ». Ce système, géré par la police politique, avait un caractère extra-judiciaire reconnu par une loi du 17 février 1919, et dès 1921, on recensait 84 camps qui regroupaient 115 000 internés et qui allaient devenir le laboratoire du travail forcé mais aussi de l’extermination, avant de se transformer en 1930 en « Goulag », par lequel passèrent – ou trépassèrent – plus de 15 millions de Soviétiques. »
Stéphane Courtois, « Rafael Lemkin et la question du génocide en régime communiste », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
« Les dirigeants bolcheviques expérimentèrent, en août 1918, un autre instrument de répression apparu dans la Russie en guerre : le camp de concentration. Le 9 août 1918, Lénine télégraphia au Comité exécutif de la province de Penza d’enfermer « les koulaks, les prêtres, les Gardes blancs et autres éléments douteux dans un camp de concentration ». Quelques jours auparavant, Dzerjinski et Trotski avaient également prescrit l’enfermement d’otages dans des « camps de concentration ». Ces « camps de concentration » étaient des camps d’internement où devaient être parqués, par simple mesure administrative et sans le moindre jugement, les « éléments douteux ». De nombreux camps, où avaient été internés des prisonniers de guerre, existaient en Russie, comme dans d’autres pays belligérants. »
Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.

Lénine a pratiqué la prise d'otages

« Durant tout le mois d’août 1918, c’est-à-dire avant le déclenchement « officiel » de la Terreur rouge le 3 septembre, les dirigeants bolcheviques, Lénine et Dzerjinski en tête, envoyèrent un grand nombre de télégrammes aux responsables locaux de la Tcheka ou du Parti, leur demandant de prendre des « mesures prophylactiques » pour prévenir toute tentative d’insurrection. Parmi ces mesures, expliquait Dzerjinski, « les plus efficaces sont la prise d’otages parmi la bourgeoisie, à partir des listes que vous avez établies pour les contributions exceptionnelles levées sur les bourgeois, […] l’arrestation et l’enfermement de tous les otages et suspects dans des camps de concentration ». Le 8 août, Lénine demanda à Tsourioupa, commissaire du peuple à l’Approvisionnement, de rédiger un décret aux termes duquel, « dans chaque district producteur de céréales, vingt-cinq otages désignés parmi les habitants les plus aisés répondront de leur vie pour la non-réalisation du plan de réquisition ». Tsourioupa ayant fait la sourde oreille, prétextant qu’il était difficile d’organiser cette prise d’otages, Lénine lui envoya une seconde note, encore plus explicite : « Je ne suggère pas que les otages soient pris, mais qu’ils soient nommément désignés dans chaque district. L’objet de cette désignation, c’est que les riches, tout comme ils sont responsables de leur contribution, soient responsables sur leur vie de la réalisation immédiate du plan de réquisition dans leur district. » »
Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.
« Face à l’ampleur du problème [de la désertion], le gouvernement prit des mesures de répression de plus en plus dures. Non seulement des milliers de déserteurs furent fusillés, mais les familles des déserteurs furent traitées comme otages. Le principe des otages était, en réalité, appliqué, depuis l’été 1918, dans les circonstances les plus quotidiennes. En témoigne, par exemple, ce décret gouvernemental du 15 février 1919, signé par Lénine, qui enjoignait aux tchekas locales de prendre des otages parmi les paysans dans les localités où les corvées de déblayage de la neige sur les voies ferrées n’avaient pas été faites de manière satisfaisante : « Si le déblayage n’est pas fait, les otages seront passés par les armes. » Le 12 mai 1920, Lénine envoya les instructions suivantes à toutes les commissions provinciales de lutte contre les déserteurs : « Après expiration du délai de grâce de sept jours accordé aux déserteurs pour se rendre, il faut encore renforcer les sanctions à l’égard de ces traîtres incorrigibles au peuple travailleur. Les familles et tous ceux qui aident, de quelque manière que ce soit, les déserteurs seront désormais considérés comme otages et traités comme tels. » Ce décret ne faisait que légaliser des pratiques quotidiennes. Le flot de désertions n’en continua pas moins. En 1920-1921, comme en 1919, les déserteurs constituèrent le gros des partisans verts, contre lesquels les bolcheviks menèrent, trois ans durant (voire quatre ou cinq ans dans certaines régions), une guerre impitoyable, d’une cruauté inouïe. »
Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.

Lénine a pratiqué un contrôle social par le travail

« Dès 1918, les bolcheviks ont pratiqué l’exclusion sociale grâce à un moyen très simple et terriblement efficace, en application du fameux slogan de Lénine « Qui ne travaille pas ne mange pas ! ». Si ce slogan peut sembler raisonnable, il devient terrifiant dès que l’on est dans un système où le pouvoir détient le monopole de l’emploi et du salaire – et peut donc le refuser arbitrairement et condamner quiconque à la mort de faim ou à l’illégalité. Le pouvoir a aussi très tôt créé une catégorie de citoyens privés de leurs droits, les lichentsy. »
Stéphane Courtois, « Rafael Lemkin et la question du génocide en régime communiste », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
« D’emblée, ces groupes sont victimes d’une stigmatisation comme « contre-révolutionnaires », « ennemis du peuple », « gardes blancs », etc. ; celle-ci s’accompagne d’une déshumanisation par le biais de l’animalisation, puis d’une ségrégation symbolique et enfin effective par la privation de l’emploi, du logement, du ravitaillement, du chauffage, ce qui peut signifier un arrêt de mort dans un régime qui prétend être seul détenteur de tous les moyens de production et de distribution de tous les biens matériels. »
Stéphane Courtois, « Rafael Lemkin et la question du génocide en régime communiste », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
« « Livret de travail », « travail obligatoire » : autant d’expressions qui évoquent la véritable mise en esclavage de la classe ouvrière russe, à l’occasion du lancement du plan quinquennal, et de la paysannerie rebelle, soit sur les grands chantiers, soit au Goulag. « Qui ne travaille pas ne mange pas » : derrière cette maxime déjà passablement discutable – quid des enfants, des vieillards, des malades, des infirmes, etc. ? –, se cache l’absence de définition de celui qui donne le travail dans une économie entièrement socialisée : le parti communiste ; la véritable expression deviendra donc très vite « celui à qui le parti ne donne pas de travail ne mange pas », et celui qui ne mange pas en meurt. Or nous savons, en particulier depuis les synthèses du Livre noir du communisme, que l’arme de la faim – au quotidien à travers la nomenclature du rationnement selon la catégorie à laquelle chaque individu est rattaché, mais aussi lors des gigantesques famines résultant de réquisitions de céréales – a été l’un des éléments majeurs de définition du totalitarisme d’obédience communiste, et par la suite nazie (par exemple dans les ghettos juifs). »
Stéphane Courtois, « Le poids de la guerre sur la pensée de Lénine », Quand tombe la nuit, L'Âge d'Homme, Lausanne, 2001.

Lénine a militarisé le travail

« À la fin de 1919 et au début de 1920, les relations entre le pouvoir bolchevique et le monde ouvrier se dégradèrent encore davantage, à la suite de la militarisation de plus de deux mille entreprises. Principal partisan de la militarisation du travail, Léon Trotski développa, lors du IXe Congrès du Parti, en mars 1920, ses conceptions sur la question. L’homme est naturellement porté à la paresse, expliqua Trotski. Sous le capitalisme, les ouvriers doivent chercher du travail pour survivre. C’est le marché capitaliste qui aiguillonne le travailleur. Sous le socialisme, « l’utilisation des ressources de travail remplace le marché ». L’État a donc pour tâche d’orienter, d’affecter, d’encadrer le travailleur, qui doit obéir tel un soldat à l’État ouvrier, défenseur des intérêts du prolétariat. Tels étaient le fondement et le sens de la militarisation du travail, vivement critiquée par une minorité de syndicalistes et de dirigeants bolcheviques ; elle signifiait, en effet, l’interdiction des grèves, assimilées à une désertion en temps de guerre, le renforcement de la discipline et des pouvoirs de la direction, la subordination complète des syndicats et des comités d’usine, dont le rôle se bornait désormais à mettre en œuvre la politique productiviste, l’interdiction pour les ouvriers de quitter leur poste de travail, la sanction de l’absentéisme et des retards, fort nombreux en ces temps où les ouvriers étaient à la recherche, toujours problématique, de nourriture. »
Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.

Lénine a encouragé le pillage des riches

« Dès ce moment, la terreur se répand. Terreur spontanée provoquée par les slogans léninistes – « Volez les voleurs, pillez les pillards » – qui incitent la lie de la population à s’attaquer impunément aux « riches », multipliant vols, viols et assassinats ; au point que Gorki, pourtant jusque-là un fidèle soutien des bolcheviks, proteste violemment dans son journal, la Novaïa Jizn du 19 décembre 1917 : « Les instincts surexcités de ces foules bornées ont trouvé les porte-parole de leur anarchisme zoologique et nous voyons aujourd’hui ces meneurs de petits-bourgeois en révolte expérimenter de misérables petites idées qui ne sont point de Marx mais de Proudhon, répandre la subversion à la Pougatchev et non le socialisme et prêcher à qui mieux mieux le nivellement général sur une base d’indigence tant morale que matérielle. C’est dur de parler de cela mais il faut en parler car qui donc portera la responsabilité de tous les péchés et abominations commis par une force que désavoue le prolétariat conscient si ce n’est ce prolétariat conscient lui-même ? » »
Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
« Si la révolution de février 1917 est relativement peu meurtrière, eu égard à l’ampleur de l’événement, la révolte agraire qui explose à partir de l’été 1917 provoque une terreur ponctuelle et spontanée des foules qui entraîne plus de victimes (assassinats de propriétaires fonciers, de régisseurs, etc.). Avec la révolution d’Octobre, celle-ci est encouragée par les slogans de Lénine qui incitent au pillage des « riches » et au désordre général, et par la dissolution de toutes les forces de l’ordre, ce qui donne libre cours à l’action de la pègre et de la populace. »
Stéphane Courtois, « La terreur : moyen ordinaire de gouvernement », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
« La chose est d’autant plus aisée que les groupes-cibles sont les victimes systématiques d’une spoliation/expropriation qui fut l’un des premiers actes majeurs des bolcheviks au pouvoir, suivant le mot d’ordre de Lénine « Volez les voleurs, pillez les pillards ! ». Dans les mois qui suivirent le 7 novembre 1917, la Russie fut le théâtre d’un fantastique transfert de propriété de ceux qui « avaient du bien » soit vers le parti-État – le pouvoir saisit le contenu de 35 000 coffres-forts, d’innombrables immeubles, usines, commerces et propriétés agricoles –, soit vers les voyous et le lumpen-prolétariat qui sévissaient dans les villes, tandis qu’à la campagne les paysans dépouillaient les grandes propriétés de leur matériel agricole et de leur bétail. Or, comme le notait Lemkin dès 1944, la spoliation était un moyen d’affaiblir les groupes visés par le génocide – quand elle n’était pas l’un des moteurs du génocide. Et d’ailleurs, les nazis pratiquèrent et la stigmatisation symbolique et la spoliation des Juifs, avant d’engager leur ségrégation sociale et juridique. »
Stéphane Courtois, « Rafael Lemkin et la question du génocide en régime communiste », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

Lénine a provoqué des famines pour mater des soulèvements

« Pour le petit peuple, il était évident, comme en témoignaient les propos rapportés par la police politique, que « le pouvoir soviétique veut faire crever de faim tous les paysans qui osent lui résister ». Bien que parfaitement informé des conséquences inéluctables de sa politique de réquisitions, le gouvernement ne prit aucune mesure. Alors même que la famine gagnait un nombre croissant de régions, Lénine et Molotov envoyèrent, le 30 juillet 1921, un télégramme à tous les dirigeants des comités régionaux et provinciaux du Parti leur demandant de « renforcer les appareils de collecte […], de développer une intense propagande auprès de la population rurale en lui expliquant l’importance économique et politique du paiement ponctuel et total des impôts […], de mettre à la disposition des agences de collecte de l’impôt en nature toute l’autorité du Parti et la totalité du pouvoir de répression de l’appareil d’État » ! »
Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.
« C’est la grande famine de 1921-1922 qui eut raison des campagnes les plus agitées, celles que les détachements de réquisition avaient le plus ponctionnées et qui s’étaient soulevées pour survivre. La carte de la famine recouvre exactement celle des zones des plus fortes réquisitions au cours des années précédentes et celle des zones des plus fortes révoltes paysannes. Alliée « objective » du régime, arme absolue de pacification, la famine servit, par ailleurs, de prétexte aux bolcheviks pour frapper un coup décisif contre l’Église orthodoxe et l’intelligentsia qui s’étaient mobiiisées pour lutter contre le fléau. »
Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.

Lénine a manipulé les statistiques officielles

« L’importance du travail de statistique ira croissante au cours du XXe siècle, mais Lénine omet un élément fondamental : si en temps de guerre ces données étaient confidentielles, une fois revenu le temps de paix, elles sont à nouveau publiques ; les partis politiques, la presse comme les entrepreneurs y ont accès et conduisent leur action en partie en fonction de cette connaissance statistique qui permet également à la société tout entière d’apprécier le comportement du pouvoir et des acteurs économiques et sociaux. Or Lénine au pouvoir va immédiatement sortir la statistique de ce contexte démocratique. Le signe en sera donné dès novembre 1917 quand la grande majorité de la bureaucratie d’État russe, qui avait accepté de travailler pour le Gouvernement provisoire, refusera de se mettre au service d’un pouvoir illégitime. Dès 1921, le pouvoir soviétique décida de rejeter les données du service de statistique quand elles ne répondaient pas à sa volonté politique. Ainsi la grande famine de 1921-1923 fut-elle en partie provoquée par la décision politique de majorer fortement les estimations de la récolte proposées par les services compétents et de calculer les réquisitions de blé en conséquence. Ayant supprimé la bureaucratie des entreprises privées et refusant de se soumettre aux indications de la bureaucratie d’État, le régime bolchevique était condamné à pratiquer la terreur et le mensonge officiel. »
Stéphane Courtois, « Le poids de la guerre sur la pensée de Lénine », Quand tombe la nuit, L'Âge d'Homme, Lausanne, 2001.

Lénine a légalisé la violence contre les opposants par la création d'un Code pénal

« À l’occasion du procès des socialistes-révolutionnaires avait été appliqué le nouveau Code pénal, entré en vigueur le 1er juin 1922. Lénine avait tout particulièrement suivi l’élaboration de ce code qui devait légaliser la violence exercée à l’encontre des ennemis politiques, la phase de l’élimination expéditive, justifiée par la guerre civile, étant officiellement close. […] En accord avec les instructions de Lénine, le Code pénal définit le crime contre-révolutionnaire comme tout acte « visant à abattre ou à affaiblir le pouvoir des soviets ouvriers et paysans établi par la révolution prolétarienne », mais aussi tout acte « contribuant à aider la partie de la bourgeoisie internationale qui ne reconnaît pas l’égalité des droits du système communiste de propriété succédant au système capitaliste, et s’efforce de le renverser par la force, l’intervention militaire, le blocus, l’espionnage ou le financement de la presse et autres moyens similaires ». Étaient passibles de la peine de mort non seulement toutes les activités (révolte, émeute, sabotage, espionnage, etc.) susceptibles d’être qualifiées d’« actes contre-révolutionnaires », mais aussi la participation ou le concours prêté à une organisation « dans le sens d’une aide à une partie de la bourgeoisie internationale ». Même la « propagande susceptible d’apporter une aide à une partie de la bourgeoisie internationale » était considérée comme un crime contre-révolutionnaire, passible d’une privation de liberté « qui ne saurait être inférieure à trois ans » ou de bannissement à perpétuité. »
Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.

Lénine a organisé les premiers procès truqués ou expéditifs

Staline exercait la terreur contre ses propres camarades de combat, et ce en période de paix dont beaoucoup étaient d'anciens compagnons de Lénine qui en 1918 en pleine guerre mondiale ( et pas seulement civile) polémiquaient respectueusement avec lui et n'avaient pas peur de lui faire part de ses défauts.
« Lénine étendit sa volonté exterminatrice aux autres révolutionnaires et décida d’organiser, en juin 1922, un procès à grand spectacle contre 34 socialistes-révolutionnaires, dont nombre de leaders connus furent condamnés à mort. Ce fut le premier procès truqué, avec accusations fantaisistes, agents provocateurs et verdict arrêté à l’avance. »
Stéphane Courtois, « Lénine, l'inventeur du totalitarisme », Le Figaro – Histoire, n°30, février-mars 2017.
« Fort de son nouveau code pénal, Lénine inaugure une autre forme de terreur : le procès truqué et à grand spectacle – celui des socialistes révolutionnaires à l’été 1922 – qui sera le prototype des Grands Procès de Moscou sous Staline. »
Stéphane Courtois, « La terreur : moyen ordinaire de gouvernement », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

Lénine a forgé les instruments de répression que Staline n’aura plus qu’à reprendre

« Inutile d’insister sur le fait que toutes les catégories à détruire que visera Staline ont déjà été désignées par Lénine et que tous les instruments de répression ultérieurs ont été forgés par lui. »
Dominique Colas, « Lénine et la terreur de masse », Quand tombe la nuit, L'Âge d'Homme, Lausanne, 2001.
Il n'y a aucune objection pour le moment.

Lénine a théorisé et revendiqué la terreur de masse

Lénine a encouragé les actes de terreur

« Pour convaincre ses partisans peu enthousiastes, Lénine fait feu de tout bois, bombardant son comité central de lettres comminatoires et rédigeant d’août à octobre plusieurs textes – L’Etat et la révolution, « Les bolcheviks garderont-ils le pouvoir ? » – où il tente d’exposer ce que serait un pouvoir socialiste. Il imagine que son pouvoir disposerait de puissants moyens de contrôle sur les capitalistes et les riches :

« Ce moyen de contrôle, cette obligation du travail sont autrement puissants que les lois de la Convention et que sa guillotine. La guillotine n’était qu’un épouvantail qui brisait la résistance active. Cela ne suffit pas. […] Nous devons briser leur résistance passive [… ] Nous ne devons pas seulement briser toute résistance, quelle qu’elle soit. Nous devons encore obliger les gens à travailler dans le cadre de la nouvelle organisation de l’État. [… ] et nous avons les moyens de le faire. L’État capitaliste en guerre nous a lui-même mis entre les mains les moyens et les armes pour cela. Ces moyens ce sont le monopole des céréales, la carte de pain, l’obligation générale du travail. "Qui ne travaille pas ne mange pas", telle est la règle fondamentale. »

« Briser la résistance passive », « obliger les gens à travailler » : c’est bien l’ensemble de la société qui est visée par un projet de domination totale prêt à utiliser – et qui utilisera à grande échelle – l’arme de la faim. On reste confondu devant tant de cynisme, mais aussi tant de naïveté et de méconnaissance des modes de fonctionnement d’un État et d’une société. Car, très vite, le problème qui va se poser aux bolcheviks ne sera pas tant celui de la prise du pouvoir et de la désignation d’un gouvernement que celui de gérer cette situation, puis de contraindre toute une société à vivre selon des règles « socialistes » qui, précisément, détruisent les principes de fonctionnement de toute société. »
Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
« De Moscou, Lénine envoya alors une lettre à Zinoviev, président du comité de Petrograd du Parti bolchevique, document révélateur à la fois de la conception léniniste de la terreur et d’une extraordinaire illusion politique. […] « Camarade Zinoviev ! Nous venons juste d’apprendre que les ouvriers de Petrograd souhaitaient répondre par la terreur de masse au meurtre du camarade Volodarski et que vous (pas vous personnellement, mais les membres du comité du Parti de Petrograd) les avez freinés. Je proteste énergiquement ! Nous nous compromettons : nous prônons la terreur de masse dans les résolutions du soviet, mais, quand il s’agit d’agir, nous faisons obstruction à l’initiative absolument correcte des masses. C’est i-nad-mis-sible ! Les terroristes vont nous considérer comme des chiffes molles. L’heure est ultra-martiale. Il est indispensable d’encourager l’énergie et le caractère de masse de la terreur dirigée contre les contre-révolutionnaires, spécialement à Petrograd, dont l’exemple est décisif. Salutations. Lénine. » »
Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.
« Dans un texte publié seulement en 1929 mais écrit entre le 6 et le 9 janvier 1918, Lénine a couché sur le papier sa pensée profonde, qu’il ne livrait pas au public : « Seule la participation bénévole et consciencieuse de la masse des ouvriers et des paysans, dans l’enthousiasme révolutionnaire, au recensement et au contrôle sur les riches, les filous, les parasites et les voyous, peut vaincre ces survivances de la maudite société capitaliste, ces déchets de l’humanité, ces membres irrémédiablement pourris et gan grenés, cette infection, cette peste, cette plaie que le capitalisme a léguée au socialisme. […] pas de quartier pour ces ennemis du peuple, ces ennemis du socialisme, ces ennemis des travailleurs. Guerre à mort aux riches et à leurs pique-assiette, les intellectuels bourgeois ; guerre aux filous, aux fainéants et aux voyous. […] Toute mesure pratique prise pour mater réellement les riches et les filous, pour les éliminer, pour les soumettre à un recensement et à une surveillance sans faiblesse, a plus d’importance qu’une douzaine d’excellentes dissertations sur le socialisme. […] Des milliers de formes et de procédés pratiques de recensement et de contrôle visant les riches, les filous et les parasites doivent être mis au point et éprouvés pratiquement. […] La diversité est ici gage de vitalité, une promesse de succès dans la poursuite d’un même but unique : débarrasser la terre russe de tous les insectes nuisibles, des puces (les filous), des punaises (les riches) et ainsi de suite. Ici on mettra en prison une dizaine de riches, une douzaine de filous, une demi-douzaine d’ouvriers qui tirent au flanc. […] Là on les enverra nettoyer les latrines. Ailleurs on les munira, au sortir du cachot, d’une carte jaune [la carte des prostituées sous le tsarisme] afin que le peuple entier puisse surveiller ces gens malfaisants jusqu’à ce qu’ils se soient corrigés. Ou encore on fusillera sur place un individu sur dix coupable de parasitisme. » »
Stéphane Courtois, « Rafael Lemkin et la question du génocide en régime communiste », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

Lénine donnait personnellement les ordres

« Les archives déjà disponibles montrent le degré d’intentionnalité qui a présidé à ces crimes. Les ordres émanaient du Bureau politique, voire de Lénine en personne qui fut le principal promoteur et protecteur des institutions chargées des exterminations : la Tcheka et l’Armée rouge. Le profil des responsables montre bien que ces crimes n’ont pas été le fait de quelques assassins isolés ou de bandes irresponsables, mais des principaux dirigeants du premier parti-État communiste. Il y a donc bien eu dès 1918 « intention de détruire en totalité ou en partie » des « groupes en tant que tels » – pour leur « appartenance de classe » ou leur caractère prétendument « contre-révolutionnaire ». »
Stéphane Courtois, « Rafael Lemkin et la question du génocide en régime communiste », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
« Lénine donne personnellement ses ordres, comme dans son télégramme du 9 août 1918 : « […] introduire sur le champ la terreur de masse, fusiller ou déporter les centaines de prostituées qui font boire les soldats, tous les ex-officiers, etc. […] déportation massive des mencheviks et autres éléments suspects ». Ou celui du 10 août : « Le soulèvement koulak doit être écrasé sans pitié. […] Trouvez des gens plus durs ». Le deuixème document présenté comme "inedit" envoyé au soviet exécutif de Penza est aporcryphe : il est ici daté du 10 alors qu'ailleurs il est du 11 et fait état d'un télégramme de la veille (10 ou 9 aout ?) relatif à une demande par Lénine de prise d'otage, jusqu'a ce jour inexistant. »
Stéphane Courtois, « La terreur : moyen ordinaire de gouvernement », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

Lénine a fait l'éloge de la terreur

« L’éloge de la terreur par Lénine, qui a toujours revendiqué son jacobinisme et a pris comme un honneur d’être traité de Robespierre et ceci dès l’apparition en 1903 de la fraction bolchevique au sein du Parti ouvrier social démocrate russe, est bien antérieur à 1922, ou même 1917. Et même à 1914 : un des points que je voudrais montrer, et qui répond au texte de Stéphane Courtois, est que l’impact de la guerre mondiale fut négligeable sur la valorisation de la terreur par Lénine et qu’elle ne fut pas une rupture. »
Dominique Colas, « Lénine et la terreur de masse », Quand tombe la nuit, L'Âge d'Homme, Lausanne, 2001.
« Je souhaiterais surtout faire apparaître ce qu’est la fonction et le fonctionnement de la « terreur de masse » pour Lénine. La formule mérite des guillemets puisqu’elle appartient en propre au système conceptuel et lexical de Lénine : elle apparaît, au plus tard, pour la première fois dans le contexte de la révolution de 1905, elle est martelée pendant le printemps et l’été 1918. Mais le concept, sinon le terme, est utilisé ultérieurement ; ainsi, en avril 1921, Lénine affirme que les mencheviks et les socialistes-révolutionnaires veulent « livrer les masses à la terreur des gardes blancs » mais qu’à la « terreur blanche » doit répondre la « terreur rouge ». Et, j’y insiste, dans tous les cas où il y fait référence, la « terreur de masse » conduite par les bolcheviks est valorisée. »
Dominique Colas, « Lénine et la terreur de masse », Quand tombe la nuit, L'Âge d'Homme, Lausanne, 2001.
« Lénine considère que la participation la plus large du prolétariat à la terreur, mais bien sûr guidé par le parti, est souhaitable. En témoigne notamment sa protestation adressée à G. Zinoviev qui, en juin 1918, s’est opposé au « terrorisme de masse » en réponse à l’assassinat d’un dirigeant du Soviet de Petrograd. Le texte, daté du 26 juin 1918, vaut d’être cité en entier :

« Camarade Zinoviev,

C’est aujourd’hui seulement que nous avons su au CC [Comité Central] que les ouvriers de Petrograd voulaient répondre à l’assassinat de Volodarski par une action terroriste de masse et que vous (non personnellement, mais les membres du CC à Petrograd où les membres du CP [Comité de Petrograd]) les en aviez empêchés.

Je proteste énergiquement !

Nous nous compromettons : même dans les résolutions des Soviets des députés, nous brandissons la menace du terrorisme de masse, mais quand nous arrivons au fait, nous freinons l’initiative révolutionnaire des masses, parfaitement juste.

Cela est im-po-ssi-ble !

Les terroristes [sans doute des socialistes-révolutionnaires] vont nous prendre pour des chiffes. Le moment est d’une extrême gravité.

Il faut encourager l’énergie et le caractère de masse du terrorisme visant les contre-révolutionnaires, ceci particulièrement à Petrograd, car son exemple est décisif.

Salutations !

Lénine »

Cette directive s’inscrit dans une série de textes faisant l’éloge de l’insurrection armée, de la guerre civile et de la violence de masse. Ainsi, en janvier 1917, Lénine exposait-il son regret qu’en 1905 les paysans n’aient pas été assez combatifs pour « débarrasser définitivement la terre russe de cette ignominie qu’est la grande propriété foncière féodale » et pendant toute la révolution de 1905 il n’avait cessé d’appeler à la violence insurrectionnelle. »
Dominique Colas, « Lénine et la terreur de masse », Quand tombe la nuit, L'Âge d'Homme, Lausanne, 2001.

Lénine a théorisé la dictature

« Je ne m’étendrai pas sur la théorie de la construction de l’État chez Lénine. Je me bornerai à rappeler sa formule : « L’État – c’est nous » ; forme ramassée d’une autre équation, énoncée par Lénine en 1920 : « Classe prolétarienne = parti communiste russe = pouvoir soviétique ». Les définitions et les représentations de l’État, telles qu’elles transparaissent à travers les discours des principaux dirigeants bolcheviques au cours des premiers mois du nouveau régime sont remarquablement vagues. Un seul point ressort avec force : l’État sera dictatorial ou ne sera pas – c’est ce que proclamait un Appel du Conseil des commissaires du peuple, le 29 mai 1918. « Seul un État représenté par une Autorité centrale peut venir à bout de la tâche immense de la régulation étatique de l’économie » ; c’est ce que rappelait Lénine le 22 mai 1918 : « Les détachements ouvriers sont les constructeurs de l’État nouveau, l’État du Travail » ; c’est encore ce que disait A. Tsiouroupa, commissaire du peuple au Ravitaillement, le 4 juin 1918 : « La force de la coercition étatique est la mesure de base de notre activité. Tout doit être subordonné à la réimposition de l’autorité de l’État, au principe de l’État ». »
Nicolas Werth, « Les Bolcheviks et la restauration du « principe de l’État » », Quand tombe la nuit, L'Âge d'Homme, Lausanne, 2001.

Lénine a justifié théoriquement la terreur

Un génocide répond forcement à un critère ethnique, comme le montrent les confrontations du nombre de victimes de l'hitlérisme et du stalinisme revu et corrigé NicolasWerth lui-même  : des dizaines de millions de morts en six ans pour le premier (juifs et tsiganes exterminés, slaves), 1 à 2 milions dans le second en 25 ans.(koulaks décès dans les camps, terreur des années 1930). Si Staline fut l'héritier de Lénine (exception faite des grands procès de ses milliers ou diaiens de milliers de camarades du parti ) ce fut par le biais d'une révision drastique des chiffres des victimes.
« Chez Lénine, l’idée fondamentale qui mène au génocide est de considérer qu’une force ennemie met en danger de mort la Révolution. Ce sentiment de danger irrémédiable constitue ce que Nolte appelle le « noyau rationnel », le ressort psychologique et idéologique qui, aux yeux du génocidaire, justifie son action. Mettre à jour ce « noyau rationnel » n’implique en rien que l’on approuve ni le ressort, ni l’action qu’il déclenche ; mais ne pas le percevoir, ou refuser de le prendre en compte, c’est s’exposer à ne rien comprendre au génocide. Celui-ci relève incontestablement du délire, mais d’un délire logique, construit sur une idéologie et mis en œuvre à la faveur d’une conjoncture. Chez Lénine, la désignation de la victime est prétendument scientifique, mais elle repose sur la pseudo-science du marxisme-léninisme : sont désignés à l’extermination des groupes sociaux – et donc les hommes qui les constituent – qui représentent la propriété et plus généralement le passé – c’est-à-dire la société existante –, et qui, par nature, sont censés s’opposer au processus et au parti révolutionnaires, ce dernier étant lui-même censé représenter « l’avenir radieux » de l’Humanité. Le même ressort sera à l’œuvre chez Hitler, obsédé par l’idée de la menace qui pèserait sur le peuple allemand, mais chez le nazi la désignation de la victime reposera sur les critères d’une pseudoscience raciale qui définit qui est juif, demi-juif, aryen, etc. »
Stéphane Courtois, « Rafael Lemkin et la question du génocide en régime communiste », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
« Pour Lénine la terreur est doublement nécessaire : à la fois inévitable et indispensable, selon une logique fréquente chez Lénine où il faut s’employer à réaliser l’inéluctable. La terreur est un aspect du prix à payer pour donner à l’humanité débarrassée des insectes nuisibles et de tous les mécanismes et institutions de l’exploitation, un bonheur infini. La légitimation de la terreur de masse est, en dernière instance, ancrée dans la vision millénariste de Lénine selon laquelle il vaut mieux en terminer avec le capitalisme dans une fin pleine d’horreurs que de continuer à subir ce que le capitalisme produit, c’est-à-dire une horreur sans fin. »
Dominique Colas, « Lénine et la terreur de masse », Quand tombe la nuit, L'Âge d'Homme, Lausanne, 2001.
« Exterminer l’« ennemi du peuple » n’était que le prolongement logique d’une révolution à la fois politique et sociale où les uns étaient les « vainqueurs » et les autres les « vaincus ». Cette conception du monde n’était pas brusquement apparue après octobre 1917, mais les prises de position bolcheviques, tout à fait explicites sur la question, l’avaient légitimée. »
Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.

La terreur est intrinsèque au léninisme

L'auteur Dominique Colas a semble-t-il confondu le rouge, couleur politique avec le rouge, effusion de sang. Mais comment confondre 1905 avec les années 1917-1922 ?
« La légitimité de la terreur de masse n’est en tout cas nullement reliée par Lénine Iui-même à une sorte de mauvaise rencontre, à des circonstances exceptionnelles, mais il l’inscrit comme un mot d’ordre dans la logique même de la lutte des classes et de l’épuration. On peut sans doute comprendre, à partir de là, pourquoi des partis ou mouvements communistes placés dans des circonstances historiques et sociales très différentes ont, eux aussi, recouru au « terrorisme de masse » qui marque tout le court XXe siècle, qu’on pourrait faire commencer avec le Dimanche rouge de janvier 1905 et se terminer avec le massacre de la place Tienanmen. Le discours et l’appareil léninistes portaient en eux la terreur de masse et le système concentrationnaire, comme les nuées portent l’orage. »
Dominique Colas, « Lénine et la terreur de masse », Quand tombe la nuit, L'Âge d'Homme, Lausanne, 2001.

La Première Guerre mondiale a brutalisé la pensée de Lénine

« Si Lénine a, dès 1903-1905, théorisé la nécessité de la violence révolutionnaire sous ses formes les plus larges, la guerre de 1914, en portant la violence militaire à un niveau jusque-là inconnu, le pousse à radicaliser sa conception et à justifier par la guerre des « capitalistes » la généralisation de la violence révolutionnaire ; transposant cette violence militaire sur le terrain de la politique, Lénine considérera bientôt tout opposant à sa volonté comme un « ennemi » voué à la soumission ou à l’extermination. »
Stéphane Courtois, « La terreur : moyen ordinaire de gouvernement », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
« L’irruption de la guerre moderne sur la scène de l’histoire en août 1914 transforme la vision de Lénine et la radicalise : tout conflit politique ou social est désormais assimilé à une guerre qui n’est plus un moment exceptionnel mais un temps ordinaire et permanent. La guerre civile domine la conception léniniste de la politique en général et de la révolution en particulier. Extrapolant les événements en cours, Lénine en vient à considérer que le monde est entré dans « l’époque de la guerre » qui fait de la guerre civile le principal moyen d’action du prolétariat – dans son esprit, le Parti bolchevique – pour s’emparer du pouvoir et façonner une nouvelle société. Dès août-septembre 1916, il écrit : « A la guerre bourgeoise impérialiste, à la guerre du capitalisme hautement développé, ne peut objectivement être opposée, du point de vue du progrès, du point de vue de la classe d’avant-garde, que la guerre contre la bourgeoisie, c’est-à-dire avant tout la guerre civile du prolétariat contre la bourgeoisie pour la conquête du pouvoir, guerre sans laquelle tout progrès sérieux est impossible. » Et il précise que cette « guerre civile pour le socialisme » est « aussi une guerre, par conséquent elle doit aussi ériger inévitablement la violence au lieu et place du droit. […] Le but de la guerre civile est de s’emparer des banques, des fabriques, des usines, etc., d’anéantir toute possibilité de résistance de la bourgeoisie, d’exterminer ses troupes ». Sans la moindre hésitation, il l’évoquera en octobre 1917 : « Cette guerre pourra être violente, sanguinaire, elle pourra coûter la vie de dizaines de milliers de propriétaires fonciers, de capitalistes et d’officiers qui épousent leur cause. Le prolétariat ne reculera devant aucun sacrifice pour sauver la révolution » »
Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
« Cette politique révolutionnaire inédite avait été pensée préalablement, entre 1915 et l’été 1917, et elle était pour une large part le fruit d’une autre conjoncture exceptionnelle qui n’était pas liée de manière spécifique à la Russie : la Première Guerre mondiale. Cette guerre, à la fois tellement préparée par les puissances et tellement inattendue pour les gouvernements et les opinions publiques au regard de ses effets dévastateurs, a provoqué une soudaine radicalisation de la conception léniniste, pesant à un double titre sur la pensée du chef bolchevique. Elle l’a définitivement incité à considérer la guerre civile comme expression suprême de la lutte de classe, ce qui présida au rejet immédiat et total de la révolution « bourgeoise » et démocratique de février 1917. Parallèlement, cette guerre a donné à Lénine des indications décisives sur la nature et l’organisation du pouvoir dont il rêvait désormais de s’emparer. Ces deux facteurs ont définitivement confirmé l’émergence de plusieurs des traits caractéristiques des régimes totalitaires : le principe du parti unique, la terreur de masse et le monopole de la production et de la distribution, assurées désormais par un énorme appareil bureaucratique. Cette mutation finale chez Lénine d’une pensée à l’origine social-démocrate en pensée proto-totalitaire est symbolisée par l’un des trois textes fondateurs du léninisme – après le Que faire ? de 1902 et avant L’État et la révolution de 1917 –, L’impérialisme, stade suprême du capitalisme, rédigé en 1916. »
Stéphane Courtois, « Le poids de la guerre sur la pensée de Lénine », Quand tombe la nuit, L'Âge d'Homme, Lausanne, 2001.

La guerre était au coeur du projet de Lénine

La guerre civile est au coeur du projet communiste

« La notion de guerre civile se trouve au cœur du projet communiste d’obédience marxiste, et cela dès 1848, dans le Manifeste du parti communiste. Évoquant la lutte des classes, Karl Marx y parle de « la guerre civile plus ou moins latente au sein de la société actuelle, jusqu’au point où elle éclate en révolution ouverte et où le prolétariat jette les fondements de sa domination par le renversement violent de la bourgeoisie ». La conclusion du Manifeste est fort claire : « Les communistes déclarent ouvertement qu’ils ne peuvent atteindre leurs objectifs qu’en détruisant par la violence l’ancien ordre social. » Confronté à la guerre perdue par la France contre la Prusse de Bismarck et témoin de la Commune de Paris, Marx tire une conclusion décisive : « La guerre nationale est une pure mystification des gouvernants, destinée à retarder la lutte des classes, et qui est jetée de côté aussitôt que cette lutte des classes éclate en guerre civile ». »
Stéphane Courtois, « Le communisme du XXe siècle ou la guerre civile permanente », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
« La notion de guerre civile est au cœur du projet communiste, tel qu’il apparaît dès 1848 dans le Manifeste du parti communiste où Marx, évoquant la lutte des classes, parle de « la guerre civile plus ou moins latente au sein de la société actuelle, jusqu’au point où elle éclate en révolution ouverte et où le prolétariat jette les fondements de sa domination par le renversement violent de la bourgeoisie ». La conclusion du Manifeste est fort claire : « Les communistes déclarent ouvertement qu’ils ne peuvent atteindre leurs objectifs qu’en détruisant par la violence l’ancien ordre social. » En 1871, après l’écrasement de la Commune de Paris, Marx publie La Guerre civile en France, où il rappelle qu’à ses yeux « la guerre des asservis contre leurs oppresseurs [est] la seule guerre juste dans l’histoire », et où il dénonce « la conspiration de la classe dominante pour abattre la révolution par une guerre civile poursuivie sous le patronage de l’envahisseur étranger », oubliant au passage que la Commune s’opposait à une Assemblée nationale régulièrement élue en février 1871. Confronté à la guerre perdue par la France contre la Prusse, Marx tire une conclusion décisive : « La guerre nationale est une pure mystification des gouvernants destinée à retarder la lutte des classes, et qui est jetée de côté aussitôt que cette lutte des classes éclate en guerre civile. » Dès 1914-1915, Lénine s’empare de cette conclusion de Marx pour inaugurer un slogan appelé à un grand retentissement : « Transformer la guerre impérialiste en guerre civile ». »
Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

Lénine assimilait la politique à la guerre

« Aveu remarquable, qui touche au cœur même du fonctionnement du système : la nécessité permanente de réactiver la dynamique de la violence, qui avait donné au cours des années 1917-1922, du point de vue des bolcheviks, des résultats remarquables. Cette dynamique de la violence est au centre de la dynamique totalitaire, une dynamique fondée sur l’identification de la politique et de la guerre ou, plus précisément, comme l’écrit Pierre Hassner, « sur l’inversion de la formule clausewitzienne par une formulation commune à Lénine et à Ludendorff selon laquelle la politique est la continuation de la guerre par d’autres moyens ». La trêve, c’est à brève échéance la « dégénérescence ». Dégénérescence des activistes noyés dans « l’océan paysan », dégénérescence du parti infiltré par des « éléments socialement étrangers », dégénérescence de l’État, noyauté par les « spécialistes bourgeois ». »
Nicolas Werth, « Les Bolcheviks et la restauration du « principe de l’État » », Quand tombe la nuit, L'Âge d'Homme, Lausanne, 2001.
« Cette idéologisation de la politique s’accompagne d’une forte militarisation de la pensée politique. On n’en finirait pas de relever, dès 1902, les innombrables expressions de type militaires dont use Lénine pour parler du combat politique tant contre le régime tsariste que contre les autres groupes marxistes russes et internationaux. « Guerre », « assaut », « front », « avant-garde », « détachements », « état-major », « mobiliser une troupe permanente », « armée apte à livrer un combat décisif », « opération militaire d’une troupe mobilisée », « l’ennemi », « se mettre en campagne contre l’ennemi », « le siège en règle de la forteresse ennemie » : autant d’expressions qui montrent qu’il n’a pas fallu attendre la guerre de 1914 pour voir le discours léniniste dominé par une vision militaire. La pensée elle-même en est contaminée, qu’il s’agisse de l’action – Lénine fixant comme objectif suprême « l’insurrection armée du peuple » contre le régime – ou de l’organisation. »
Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
« L’irruption de la guerre moderne, de masse et industrielle, accentue la vision manichéenne de Lénine. Dans l’un de ses principaux écrits, L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme, il estime que le capitalisme a atteint sa phase finale et « pourrissante ». Toute sa pensée est écrasée par la dimension guerrière et aboutit à une conception radicale : tout conflit politique ou social est désormais assimilé à une guerre qui n’est plus un moment exceptionnel mais un temps ordinaire et permanent. La guerre civile domine la conception léniniste de la politique en général et de la révolution en particulier. Extrapolant les événements en cours, Lénine considère que le monde est entré dans « l’époque de la guerre » qui fait de la guerre civile le principal moyen d’action du prolétariat – dans son esprit, le Parti bolchevique – pour s’emparer du pouvoir et façonner une nouvelle société. Dès août-septembre 1916, il écrit : « A la guerre bourgeoise impérialiste, à la guerre du capitalisme hautement développé, ne peuvent objectivement être opposées, du point de vue du progrès, du point de vue de la classe d’avant-garde, que la guerre contre la bourgeoisie, c’est-à-dire avant tout la guerre civile du prolétariat contre la bourgeoisie pour la conquête du pouvoir, guerre sans laquelle tout progrès sérieux est impossible » Désormais, pour Lénine, la révolution est définitivement inséparable de la « guerre civile pour le socialisme ». Or celle-ci est « aussi une guerre, par conséquent elle doit aussi ériger inévitablement la violence au lieu et place du droit. […] Le but de la guerre civile est de s’emparer des banques, des fabriques, des usines, etc., d’anéantir toute possibilité de résistance de la bourgeoisie, d’exterminer ses troupes ». Il le rappellera en octobre 1917 : « Cette guerre pourra être violente, sanguinaire, elle pourra coûter la vie de dizaines de milliers de propriétaires fonciers, de capitalistes et d’officiers qui épousent leur cause. Le prolétariat ne reculera devant aucun sacrifice pour sauver la révolution. » »
Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

Lénine a cherché à créer les conditions de la guerre civile

« En mars 1917, la Russie est entrée dans une phase de révolution démocratique dont Lénine est bien décidé à profiter pour imposer ses vues. Dès septembre 1917, il n’a de cesse de pousser les bolcheviks à la prise du pouvoir par une insurrection qui ouvrirait la voie à une guerre civile, étape indispensable de la transformation socialiste de la société russe. À partir du coup d’État bolchevique, le 7 novembre 1917, Lénine met systématiquement en place les conditions de la guerre civile, considérant que tous ceux qui résistent à sa volonté doivent être traités en ennemis absolus. Il interdit la presse d’opposition puis les autres partis ; il disperse manu militari, le 18 janvier 1918, l’Assemblée constituante – première et dernière assemblée élue librement en Russie jusqu’en 1991 – et réprime les partisans de celle-ci à la mitrailleuse ; il signe, en mars 1918, le traité de paix de Brest-Litovsk qui abandonne à l’Allemagne la plus grande partie de l’Ukraine et provoque, à gauche comme à droite, un sursaut patriotique contre les bolcheviks ; en mai 1918, il déclare la guerre à la paysannerie qui refuse de se laisser dépouiller de son blé par le pouvoir ; enfin, paradoxe ultime pour le tenant de la « dictature du prolétariat », il écrase férocement les centres ouvriers qui refusent la dictature des bolcheviks. Dès l’été 1918, et de par la volonté exacerbée de Lénine, toute la Russie est entrée dans une guerre civile qui oppose les « Rouges » – et leur Armée rouge, avant tout armée de guerre civile – aux « Blancs » – une poignée d’officiers regroupés dans le sud-ouest de la Russie –, mais aussi aux « Verts » – des groupes très variables, parfois de dizaines de milliers d’hommes organisés en armée, formés de paysans en rébellion ouverte contre la collectivisation des terres, la réquisition des récoltes et la conscription obligatoire dans l’Armée rouge. »
Stéphane Courtois, « Le communisme du XXe siècle ou la guerre civile permanente », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
« [Dans sa « Réponse à Kievski »] Lénine ne pose pas la réalité de la guerre civile comme le constat d’une situation existante – nous sommes à l’été 1916 –, ni comme un vague souhait, mais comme un ordre, une directive pour l’action, commandé par son idéologie extrémiste et la nécessité impérieuse, à ses yeux, de combattre les « opportunistes » qui eux, sous le poids du même événement, réfléchissent au moyen d’aboutir à une paix générale. Lénine définit bien cette guerre civile comme une guerre de classe, destinée à « exproprier par la force » les « possédants », ce qui en constitue la légitimation. Et il envisage froidement la nécessité « d’anéantir toute possibilité de résistance de la bourgeoisie, d’exterminer ses troupes ». Là se posent les premières questions. Pourquoi anéantir « toute possibilité de résistance » alors que la bourgeoisie, en particulier dans les plus grands pays capitalistes, accepte une certaine résistance des salariés, à travers les pratiques syndicales et le suffrage universel qui ont permis la montée en puissance des organisations syndicales et des partis socialistes bénéficiant d’une reconnaissance légale ? Que signifie « anéantir ses troupes » ? À l’exception de l’épisode très particulier de la Commune de Paris – le gouvernement de Thiers pouvant difficilement tolérer une dissidence parisienne alors que face au vainqueur prussien il devait affirmer l’unité de la nation –, à aucun moment la bourgeoisie n’a envisagé d’« exterminer » les troupes du prolétariat, ni même ses états-majors. Il y a certes eu, en Europe et aux États-Unis, des heurts violents entre la troupe et les grévistes, mais rien qui ressemble à une extermination. Quant à la situation apparue en Russie en 1905, qui a pu peser sur la perception de Lénine, elle est une exception qui confirme la règle des grands pays développés. Enfin, Lénine désigne comme cible « la minorité des possédants », mais il néglige le fait que dans une Europe encore largement rurale, les possédants ne se limitent pas à la petite minorité ainsi désignée. Les commerçants, les artisans, les paysans, sont aussi des possédants. Et dès le printemps 1918, Lénine en fera l’amère expérience en Russie même quand les paysans, à qui il aura promis la terre, l’auront pris au mot et refuseront toute collectivisation et toute réquisition. »
Stéphane Courtois, « Le poids de la guerre sur la pensée de Lénine », Quand tombe la nuit, L'Âge d'Homme, Lausanne, 2001.
« Rappelons que le jour même de la prise du pouvoir par les bolcheviks, Martov, vieux camarade de Lénine et chef des mencheviks, proposa devant le congrès des Soviets que fût créé un gouvernement de coalition des partis socialistes afin d’éviter la guerre civile, mais en vain. Lénine et Trotsky voulaient la guerre civile. Celle-ci n’a pas été le résultat malheureux des circonstances, mais l’effet recherché d’une politique. Elle était devenue, sous l’effet de la guerre, leur conception permanente de la politique. »
Stéphane Courtois, « Le poids de la guerre sur la pensée de Lénine », Quand tombe la nuit, L'Âge d'Homme, Lausanne, 2001.

Lénine a cherché à étendre la guerre civile au monde entier

« Pour étendre au monde entier cette guerre civile inaugurée en Russie, Lénine va se doter d’un outil : l’Internationale communiste (ou Komintern). À l’été 1920, lors de son IIe congrès, Lénine impose les « 21 conditions » à tout groupe socialiste souhaitant le rejoindre, et qui est dès lors étroitement soumis à l’Internationale et, par là, à la direction bolchevique. Ces « 21 conditions » reprennent la vision léniniste de la révolution comme guerre civile. Elles soulignent que « dans presque tous les pays de l’Europe et de l’Amérique la lutte de classes entre dans la période de la guerre civile » et que le monde vit désormais « dans une époque de guerre civile acharnée ». Le projet est clair : par-delà « le renversement révolutionnaire du capitalisme », « l’Internationale communiste a déclaré une guerre sans merci au vieux monde bourgeois et à tous les vieux partis social-démocrates jaunes ». De fait, le Komintern devient rapidement une vaste entreprise de subversion internationale, disposant des énormes moyens de l’État soviétique – en argent, en hommes (diplomates, officiers de l’Armée rouge, militants communistes formés à l’agit-prop et à la clandestinité mais aussi à l’espionnage, voire au sabotage, dans les écoles ad hoc à Moscou), en logistique (matériel de propagande, armes, faux papiers, réseaux clandestins, et bientôt postes émetteurs-récepteurs) – et dont l’URSS est le sanctuaire. »
Stéphane Courtois, « Le communisme du XXe siècle ou la guerre civile permanente », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

Lénine considérait la guerre civile comme une guerre sans limite

« Pour Lénine, la guerre civile est une guerre sans limite. Elle est sans limite de moyens : torture, prise d’otages, déportation et assassinat en masse de civils et de combattants prisonniers sont généralisés, avec la création d’une police politique et d’une Armée rouge qui seront bientôt – avec le Parti – les piliers de tout pouvoir communiste. Elle est sans limite de temps : contrairement à la guerre nationale qui aboutit à un armistice ou à la paix, la guerre contre « la bourgeoisie » est infinie puisqu’il ne s’agit pas tant d’exterminer les bourgeois que de tuer l’esprit bourgeois, cet esprit d’appropriation qui persiste en chaque homme. Elle est sans limite d’espace : commencée en Russie, elle est censée opposer les riches et les pauvres et doit donc s’étendre au monde entier. »
Stéphane Courtois, « Le communisme du XXe siècle ou la guerre civile permanente », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
Il n'y a aucune objection pour le moment.

Lénine est le concepteur d'un parti totalitaire

Le parti léniniste est inspiré d'organisations proto-totalitaires

« L’une des originalités du Que faire ? porte précisément sur le type d’organisation révolutionnaire préconisé par Lénine, le parti « de type nouveau ». S’opposant à toute structure large et démocratique, il veut imposer une organisation dont le modèle serait Terre et Liberté, premier groupe terroriste russe des années 1870 et successeur de Netchaïev : clandestine, secrète, peu nombreuse, très centralisée, formée de gens rigoureusement choisis, professionnels de la subversion et de la lutte contre la police politique. De fait, le respect strict des règles de la clandestinité interdit les relations horizontales entre les cellules qui forment l’organisation, et donc le libre échange des opinions. Quant à la référence à Netchaïev, elle va jusqu’à réaffirmer que « pour se débarrasser d’un membre indigne, une organisation de révolutionnaires véritables ne reculera devant aucun moyen » – le meurtre à justification politico-idéologique est déjà l’un des principes de base de l’organisation léniniste. »
Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
« En tant que phénomène de minorité idéologique agissante, le totalitarisme est le résultat de l’invention par Lénine, dès 1902-1903, du parti de révolutionnaires professionnels, le Parti bolchevique, prototype fabriqué à partir de l’exemple du Club des Jacobins, retravaillé par les propositions radicales de Netchaïev dans son Catéchisme du révolutionnaire de 1869 et mis en œuvre par ce dernier avec l’assassinat « révolutionnaire » de l’étudiant Ivanov. Tout ceci avait été décrit, compris et analysé dès 1870 par Dostoïevski dans son fameux roman Les Possédés, comme il l’écrivait à son ami Katkov : « Il me semble, tant les faits ont frappé mon esprit, que j’ai imaginé exactement le type d’homme capable de commettre un crime de ce genre ! » Car là était le problème ; il fallait « imaginer » ce qui jusque-là était inimaginable : un « type d’homme » qui annonce la mort de Dieu et le triomphe d’une liberté individuelle absolue, source d’une formidable volonté de puissance, et pour qui le culte du héros, apparu sous la Révolution française, se transforme en culte d’un chef qui n’accepte aucune limite à son action et à son pouvoir. C’est ce type d’« homme spécial » – annoncé par Tchernychevski dans son célèbre roman utopique-révolutionnaire de 1864, Que faire ?, et incarné par Netchaïev avec l’assassinat de l’étudiant Ivanov – qui, une fois armé d’une idéologie marxiste abstraite, devenue doctrine non tempérée par le courant démocratique, présidera à l’apparition d’un idéologue d’action comme Lénine, l’inventeur du mouvement puis du parti-État totalitaire entre 1902 et 1923. »
Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

Le parti léniniste est le parti d'une avant-garde autoproclamée

« La conclusion générale du Que faire ? est radicale : Lénine y affirme que l’idéologie socialiste, parce qu’elle est « scientifique », ne peut pas émerger du monde ouvrier, mais doit lui être apportée de l’extérieur par les intellectuels révolutionnaires. Il renverse délibérément la conception social-démocrate du parti : ce n’est pas la classe ouvrière qui, au cours de la lutte des classes, crée le parti, mais ce sont les intellectuels révolutionnaires qui, détenteurs de la théorie socialiste, créent le parti ; fort de son idéologie qui pénètre chez les ouvriers révolutionnaires et d’une organisation qui permet de démultiplier la force, c’est le parti qui produit la classe, donc la lutte des classes, et donc l’histoire. En substituant le parti à la classe, Lénine modifie profondément la pensée marxiste. Dans sa dimension messianique et scientiste faisant de la violence un moyen nécessaire et légitime, celle-ci recelait déjà des germes de totalitarisme. Mais avec Lénine on bascule d’une pensée proto-totalitaire à l’invention d’une organisation proto-totalitaire, sorte de contre-société où est expérimenté un mode de domination totale et qui préfigure à la fois le type de société dont rêve Lénine et les moyens d’action qu’il est disposé à employer pour y parvenir. »
Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Perrin, Paris, 2009.

Le parti bolchévik n'avait pas d’enracinement dans la société civile

« Hannah Arendt a souligné à juste titre qu’en dépit de leur appellation « parti » – Parti bolchevique, Parti national-socialiste, Parti fasciste –, l’une des caractéristiques des mouvements totalitaires est précisément d’avoir abandonné la formation de classe portant les intérêts d’une catégorie sociale – et donc à vocation parlementaire, voire gouvernementale –, pour se transformer en mouvements formés majoritairement de déracinés des diverses classes – ce qu’elle nomme « la populace ». Et de fait, alors que les grandes social-démocraties d’avant 1914 avaient un caractère ouvrier très marqué, le Parti bolchevique compte peu d’ouvriers mais nombre d’intellectuels déclassés et d’aventuriers qui n’hésitent pas à agir avec des bandits de grand chemin, des maîtres chanteurs ou des escrocs. Là réside dès 1902 l’une des sources ultérieures du totalitarisme communiste. »
Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

Lénine a instauré un culte du chef

« Derrière ce parti [bolchevik] promu démiurge de l’Histoire, se profile la silhouette de son chef. Car, derrière le discours explicite, en apparence rationnel, du révolutionnaire se montrant attaché à l’efficacité générale du mouvement socialiste, pointe le discours implicite d’un homme qui cherche à imposer sa suprématie personnelle. À travers sa défense d’un marxisme radical et dogmatique, Lénine revendique le monopole de l’idéologie révolutionnaire : monopole de la pensée, réservé aux intellectuels au détriment des ouvriers et autres petits-bourgeois, et monopole du savoir révolutionnaire de Lénine – et de ses partisans – au détriment des autres groupes et leaders de la social-démocratie russe et internationale. Même si par prudence il ne précise jamais qui va diriger son « parti de type nouveau », il est clair qu’il s’en réserve le monopole de direction. »
Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
« Dès le 14 novembre 1917, dans un moment de courage, Lounatcharski déclare devant une réunion de bolcheviks à Petrograd qu’« il ne restera bientôt qu’un seul homme dans le parti – le Dictateur ». Le 15 novembre, Kamenev est mis en accusation. Lénine convoque chaque membre du Comité central et les contraint à signer l’ultimatum qu’au nom de la majorité du CC il veut imposer à sa minorité, sous peine d’exclusion. Le 17 novembre, Zinoviev, Kamenev et Rykov démissionnent du Comité central et cinq commissaires du peuple sur quinze démissionnent du Sovnarkom. Ils publient une lettre ouverte où ils dénoncent la logique de monopole du pouvoir, symbolisée par un gouvernement purement bolchevique ne pouvant, à leurs yeux, se maintenir que « par la terreur politique », ce qui mènerait « à l’établissement d’un régime incompréhensible et à la destruction de la révolution et du pays ». « Incompréhensible » : l’aveu est de taille sur l’incapacité, chez ces protestataires, à imaginer ce qui est en train de se dérouler, même s’ils ont instinctivement senti la logique du processus engagé. Le 17 novembre encore, Lozovski proteste contre les méthodes dictatoriales de la fraction léniniste dans le parti et déclare que « le culte du héros » qui entoure Lénine est devenu le principe de base de la discipline du parti. On le voit, la logique du culte du chef ne date pas de Staline, même si Lénine était plus habile pour la camoufler. »
Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

Lénine a théorisé et réalisé la dictature de la direction bolchévik

« Lénine croit à la continuation, et même à l’aggravation de la lutte des classes sous la dictature de parti unique ; donc, logiquement le parti doit être traversé par cette lutte : en son sein se trouvent des ennemis. Nul besoin ici d’attribuer une psychologie de persécuté à Lénine, il suffit de supposer qu’il raisonne logiquement. Il proclame que, devant l’apparition d’une « déviation syndicaliste et anarchiste dans le parti », « l’épuration et l’assainissement s’imposent », ceci au Xe Congrès où il proclame aussi que le temps des discussions au sein du parti est terminé et qu’il faut maintenant parler avec les fusils. Le congrès décide aussi l’interdiction des fractions et la dissolution des groupes organisés autour de plates-formes, comme l’Opposition ouvrière d’Alexandra Kollontaï et Gregori Chliapnikov : ceci conduit mécaniquement à la dissimulation et à la suspicion de dissimulation. Et le système est tel que l’innocence ne peut être prouvée puisque les saboteurs ont des allures d’innocents, des visages et des comportements qui masquent leurs desseins. Staline conduira à l’extrême cette logique : plus un communiste à l’air d’être un bon communiste, plus on peut le soupçonner d’être un mauvais communiste masqué. »
Dominique Colas, « Lénine et la terreur de masse », Quand tombe la nuit, L'Âge d'Homme, Lausanne, 2001.
« Depuis le printemps 1918 et la rupture tant avec les anarchistes qu’avec les socialistes-révolutionnaires de gauche – qui participaient au Sovnarkom et ont rompu en s’opposant au traité de Brest-Litovsk –, Lénine renforce sans cesse le monopole du pouvoir au bénéfice des bolcheviks, accélère la conquête de l’appareil d’État par le parti et en multiplie les moyens d’action, en particulier grâce à la Tcheka – qui compte déjà 12 000 hommes fin juin 1918 pour atteindre le chiffre de 280 000 début 1921 – et à l’Armée rouge – armée de guerre civile qui, à partir du 9 juin 1918, bénéficie du service militaire obligatoire. Et, depuis le Xe congrès du Parti bolchevique en mars 1921, et l’interdiction des fractions au sein du parti, le processus est enclenché qui mènera au pouvoir absolu de la direction sur le parti, et bientôt à celui du secrétaire général sur la direction. »
Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

Lénine a théorisé et réalisé l'épuration du parti

« Revenons à la formule en épigraphe de Que faire ? – « Le Parti se renforce en s’épurant » – et soulignons que le vocabulaire mécanique – « force », « multiplication » – dont l’horizon est la guerre, est lié à un vocabulaire biologique, celui du corps propre – « épuration », « nettoyage », c’est étymologiquement le même mot, en russe, que « purge » – et l’on trouve chez Lénine à de multiples reprises l’affirmation de la nécessité de « nettoyer la terre russe ». Donc un modèle mécanique – celui de la force –, un modèle militaire – celui de la guerre de classes –, et un modèle de l’hygiène social – celui de l’épuration –, définissent les formes du combat bolchevique. Le parti uni et unique doit unifier la société. Terreur sur le parti, terreur par les masses et terreur sur les masses sont reliées fonctionnellement. »
Dominique Colas, « Lénine et la terreur de masse », Quand tombe la nuit, L'Âge d'Homme, Lausanne, 2001.

Le parti bolchévik avait sa milice privée

« Ce parti de la populace [le parti bolchevik] devient très rapidement un parti-milice, autre donnée fondamentale du phénomène totalitaire : alors que l’État détient en principe le monopole de la force armée, les bolcheviks organisent leur force armée privée, formée de soldats en rébellion ou déserteurs et de civils en armes, appelée garde rouge, et bientôt dirigée par un Comité révolutionnaire militaire bolchevique. Dès juin 1917, Lénine compte sur cette force pour s’emparer du pouvoir et, le 17 juin, il annonce publiquement devant le congrès des Soviets que le Parti bolchevique est prêt à s’emparer seul du pouvoir – ce qui alors provoque un éclat de rire général. »
Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

Lénine a construit un parti-État

« Parallèlement émerge un phénomène inédit, caractéristique des totalitarismes : le parti-État. En s’emparant du pouvoir, Lénine est bien décidé à s’emparer de l’État, à la fois comme lieu du pouvoir, mais aussi comme appareil de ce pouvoir. Dès lors, ce parti est appelé à remplir simultanément les fonctions d’un État – censé répondre à l’intérêt général – et celles d’un parti – qui ne poursuit que son intérêt particulier, ce qui passe, entre autres, par la nomination de membres du parti à tous les postes dirigeants de l’État. Cette forme de pouvoir inédite prend le nom de Conseil des commissaires du peuple ou Sovnarkom dont Lénine est le président en même temps que le chef du parti. Très logiquement, il impose d’emblée le régime du parti unique – caractéristique des régimes totalitaires – et abolit la séparation des pouvoirs, s’emparant à la fois de l’exécutif, du législatif et du judiciaire. Or très vite, c’est contre cette abolition de la moindre part de pluralisme, y compris au sein du camp révolutionnaire, que vont s’élever plusieurs des principaux dirigeants bolcheviques, obligeant Lénine à dévoiler la vraie nature de son pouvoir : la dictature sur le parti. »
Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
« En conquérant le pouvoir le 7 novembre 1917, Lénine modifie, nolens volens, la nature du Parti bolchevique. En effet, il s’empare de l’État, à la fois comme lieu et appareil du pouvoir. Dès lors, le parti est appelé à remplir simultanément les fonctions d’un parti – qui ne poursuit que son intérêt particulier – et celles d’un État – censé répondre à l’intérêt général. Cela passe, en particulier, par la nomination de membres du parti à tous les postes dirigeants de l’État. Cette forme de pouvoir inédite est symbolisée par le Conseil des commissaires du peuple ou Sovnarkom dont Lénine est le président, en même temps qu’il est le chef du parti. Le parti extrémiste d’opposition devient un parti-État : parti unique aspirant à détenir les monopoles de la politique, de l’idéologie et de l’économie, et à se substituer tant à l’État qu’à la société. Aucun des successeurs et émules de Lénine – Staline, Khrouchtchev, Brejnev à partir de 1977, Andropov, mais aussi Mao, Castro, Kim II-sung, etc. – ne dérogera à ce principe cardinal, cumulant souvent les fonctions de secrétaire général du parti, de président de la république et de maréchal chef des armées. Dès la première constitution soviétique de 1919, jusqu’à celle de Brejnev en 1977, ce principe intangible est affirmé : « La force dirigeante, le guide de la société soviétique, le noyau de son système politique et de toutes les organisations sociales et étatiques est le PCUS ». »
Stéphane Courtois, « Du parti de révolutionnaires professionnels au parti-État totalitaire », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
« Cette mutation a trois conséquences. D’une part, le parti devient un appareil administratif qui génère une gigantesque bureaucratie avec à sa tête la nomenklatura. Dès 1920, le PCUS compte 600 0000 membres et plus d’un million en 1926. Ceux-ci troquent le statut de militant contre celui d’apparatchik, et abandonnent l’éthique du désintéressement pour celle de la nouvelle élite privilégiée et toute-puissante, mais qui doit obéissance absolue au parti. D’autre part, sous la pression des circonstances qui favorisent la pente totalitaire du léninisme, le parti devient monolithique dès mars 1921, quand Lénine y interdit les fractions et le dirige en autocrate, à travers un Politburo qui prend les décisions en lieu et place du Comité central. Enfin, devenu instance suprême monolithique, « LE PARTI » acquiert un caractère sacré, proclamé dès 1924 par Trotski, lors de son XIII° congrès : « Aucun d’entre nous ne peut avoir raison contre son parti. En dernier ressort, le Parti a toujours raison. […] Qu’il ait tort ou raison, c’est mon Parti ». »
Stéphane Courtois, « Du parti de révolutionnaires professionnels au parti-État totalitaire », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

Tous les partis révolutionnaires russes étaient autoritaires et fortement centralisés

« Tous les partis révolutionnaires russes, depuis les années 1870-1880, furent en effet autoritaires, fortement centralisés et disciplinés dans l’illégalité, pour l’illégalité ; tous formèrent des « révolutionnaires professionnels », c’est-à-dire des hommes qui ne vivaient que pour le combat ; tous pourraient être occasionnellement accusés d’un certain amoralisme pratique, bien qu’il soit équitable de leur reconnaître à tous un idéalisme ardent et désintéressé. Presque tous furent imbus d’une mentalité jacobine, prolétarienne ou non. Tous produisirent des héros et des fanatiques. Tous, à l’exception des mencheviks, aspiraient à la dictature, et les mencheviks géorgiens eurent recours à des procédés dictatoriaux. Tous les grands partis étaient étatiques par leur structure et par la finalité qu’ils s’assignaient. En réalité, il y avait au-delà des divergences doctrinales importantes, une mentalité révolutionnaire unique. »
Victor Serge, « Trente ans après la Révolution russe », 1947.
« Rappelons-nous le tempérament autoritaire de l’anarchiste Bakounine et ses procédés d’organisation clandestine au sein de la première Internationale. Dans sa Confession, Bakounine préconise une dictature éclairée, mais sans merci, exercée pour le peuple… Le Parti socialiste-révolutionnaire, imbu d’un idéal républicain, plus radical que socialiste, constitua, pour combattre l’autocratie par le terrorisme, un « appareil » rigoureusement centralisé, discipliné, autoritaire, qui devint un terrain propice à la provocation policière. La social-démocratie russe, dans son ensemble, visait à la conquête de l’Etat. Nul ne tint à propos de la future révolution russe un langage plus jacobin que son dirigeant, Plékhanov. Le gouvernement Kerenski, dont les socialistes-révolutionnaires et les mencheviks faisaient la force, tint sans cesse un langage dictatorial, purement velléitaire, il est vrai. Les anarchistes eux-mêmes, dans les régions occupées par l’Armée Noire de Nestor Makhno, exercèrent une dictature authentique, accompagnée de confiscations, de réquisitions, d’arrestations et d’exécutions. Et Makhno fut « batko », petit-père, chef… »
Victor Serge, « Trente ans après la Révolution russe », 1947.

Les pratiques bureaucratiques étaient enracinées dans la société russe

« Les pratiques bureaucratiques préexistaient au déclenchement de la révolution, et avaient cours avant Octobre, et même avant Février, car elles étaient déjà largement enracinées dans la société russe. […] Marc Ferro […] évoque « une subversion des pratiques démocratiques par les démocrates eux-mêmes, toutes tendances réunies ». Sévère avec l’ensemble des organisations du mouvement ouvrier, il ajoute : « Avant Octobre, ils manipulent la représentation des soldats et des paysans, éliminent les sans-parti de toutes les institutions, réduisent celles qu’ils n’ont pas fondées eux-mêmes en niant leur légitimité. » De la sorte, l’historien entend démystifier la « légende » qui « associe l’existence du totalitarisme bureaucratique de type soviétique au léninisme, au parti communiste, et à eux seuls ». « Raisonner ainsi revient à bolchéviser l’histoire » et à « exclure la part que le régime soviétique emprunte au passé propre de la Russie, une part qui existe même s’il est de bonne tactique aujourd’hui chez les marxistes français d’insister à l’excès sur elle ». »
Olivier Besancenot, Que faire de 1917 ?, Autrement, Paris, 2017.

Lénine était un ennemi de la démocratie

Lénine savait qu'il ne pouvait prendre le pouvoir de façon démocratique

« Pour des raisons idéologiques – sa haine viscérale de la démocratie parlementaire – mais aussi avec le sûr instinct du leader totalitaire, Lénine a compris que jamais il ne pourrait réussir cette prise de pouvoir en participant au processus démocratique inauguré en Russie depuis mars 1917 et que sa seule chance résidait précisément dans la destruction de cet embryon de démocratie. C’est la raison pour laquelle, dès son retour à Petrograd, il a imposé à ses partisans éberlués une critique radicale du gouvernement provisoire et une politique traditionnellement qualifiée de « double pouvoir », mais qui est en réalité une stratégie de triple pouvoir : au pouvoir légal du gouvernement provisoire, Lénine oppose celui des soviets, eux-mêmes de plus en plus noyautés par les bolcheviks. Lénine a choisi le terrain sur lequel il peut espérer fabriquer une « majorité » à sa main, dans des meetings s’adressant à des populations spécifiques, largement informels et où se pratique le vote à main levée de délégués souvent autodésignés. Il sait en effet pertinemment qu’il ne pourra jamais contrôler le scrutin national à bulletin secret et au suffrage universel qui devra élire l’Assemblée constituante que tous les démocrates et les révolutionnaires réclament depuis des décennies. »
Stéphane Courtois, Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

Lénine a fomenté le coup d'État d'Octobre 17

« Le 7 novembre 1917 est le moment du passage à l’acte majeur. Il ne s’opère pas par une insurrection populaire mais par un coup d’État mené à Petrograd par une troupe de quelques milliers d’hommes et pratiquement sans effusion de sang, puis par une tentative identique à Moscou qui fera des centaines de tués. Cet acte déclenche presque automatiquement la mise en œuvre de deux logiques : l’une redoutée et annoncée par toute la classe politique révolutionnaire, celle de la guerre civile ; l’autre inédite et inattendue, celle de la transformation du mouvement totalitaire en parti-État. »
Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

Lénine a dissout l'Assemblée constituante de janvier 1918

« Le 18 janvier 1918, se réunit enfin l’Assemblée constituante, première assemblée élue en Russie au suffrage universel libre – et dernière avant 1991 –, où les bolcheviks n’avaient que 168 députés sur 703. Une manifestation de plus de 50 000 personnes, qui défilaient, drapeaux rouges en tête, pour soutenir cette assemblée, fut dispersée à coups de mitrailleuses, laissant plus de vingt morts sur le pavé. Et après quelques heures de réunion, l’Assemblée fut militairement interdite. Lénine venait d’assassiner la démocratie russe. »
Stéphane Courtois, « Lénine, l'inventeur du totalitarisme », Le Figaro – Histoire, n°30, février-mars 2017.
« C’est dans ce climat que le nouveau pouvoir s’achemine rapidement vers la signature de l’acte de naissance du régime totalitaire que l’on peut dater du 18 janvier 1918, lorsque prend fin le double jeu de Lénine avec la démocratie, symbolisé par la dissolution par la force de l’Assemblée constituante. Le processus a commencé le 5 décembre, lorsque Lénine a fait arrêter la commission chargée d’établir les résultats électoraux et l’a remplacée par une commission bolchevique qui, néanmoins, ne parviendra pas à masquer le fait que les bolcheviks sont loin de disposer d’une majorité, même après la scission à gauche intervenue chez les socialistes-révolutionnaires. Les partisans de l’Assemblée ayant manifesté pour qu’elle entame ses travaux, Lénine fait interdire le pardi constitutionnel-démocrate (K-D, libéral) et arrêter des dizaines de ses députés, supprimant du même coup l’immunité parlementaire. Puis il exige que les députés socialistes-révolutionnaires de droite – la majorité de l’Assemblée – soient rappelés par leurs électeurs et chassés de l’Assemblée ; s’ils n’acceptent pas de bonne grâce, il menace de la guerre civile qu’il nomme expressément « extermination sanglante des riches ». Enfin, le 15 décembre, il inaugure la logique du « mauvais peuple » ou du « peuple imbécile » en déclarant : « Lors des élections, le peuple a voté pour ceux qui n’exprimaient pas sa volonté, ses désirs. » Et le 17 décembre : « Il ne faut pas espérer que le prolétariat des campagnes ait l’intelligence claire et ferme de ses intérêts. Seule la classe ouvrière peut l’avoir. » Comprenons : le Parti bolchevique. Quelques décennies plus tard, Brecht résumera parfaitement cette logique en évoquant « les dirigeants politiques mécontents qui souhaitent dissoudre le peuple et en "élire" un autre ». Dès lors, l’assassinat prémédité de la première assemblée élue en Russie au suffrage universel – et la dernière avant 1991 – est programmée, comme le confirme la création de la Tcheka, la police politique, le 20 décembre. Le dernier acte se joue le 18 janvier 1918, d’abord dans la rue, où Lénine, pour la première fois depuis mars 1917, fait tirer sur une manifestation pacifique de partisans de l’Assemblée, provoquant une douzaine de morts et des dizaines de blessés. Puis, dans la salle de l’Assemblée, entièrement sous contrôle des milices bolcheviques, Lénine tente sans succès de faire voter une « Déclaration des droits du peuple travailleur » qui s’oppose clairement à la Déclaration des droits de l’homme. La nuit même l’Assemblée est dispersée par la force. Sa mort officialise la naissance du régime totalitaire. »
Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

Lénine a interdit les partis et journaux d'opposition

« Dès leur prise de pouvoir, les bolcheviks interdirent la plupart des autres partis et les journaux indépendants. »
Stéphane Courtois, « Lénine, l'inventeur du totalitarisme », Le Figaro – Histoire, n°30, février-mars 2017.
« Lénine veille également à l’instauration du monopole idéologique, culturel et médiatique. Après avoir fait fermer des centaines de journaux, y compris socialistes non bolcheviques, il instaure dès 1920 le Glavlit, organe de censure générale de tout ce qui est imprimé. Très vite, l’idéologie bolchevique, colportée par tous les médias et par une propagande de plus en plus présente, devient la norme obligatoire. »
Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

Lénine défendait la dictature du prolétariat

Aucun résumé ni citation n'a été entré.

Le manque de démocratie est un héritage de la société tsariste

« Dans son essai Des soviets au communisme bureaucratique, Marc Ferro décrit de manière dialectique et détaillée les différentes formes de bureaucratisme, en soulignant au passage qu’elles ne furent pas l’apanage de la révolution russe ni même, pour cette dernière, des seuls bolcheviks. Les pratiques bureaucratiques préexistaient au déclenchement de la révolution, et avaient cours avant Octobre, et même avant Février, car elles étaient déjà largement enracinées dans la société russe. En outre, les petits arrangements, voire les grandes transgressions démocratiques étaient malheureusement monnaie courante et, qui plus est, le fait de tous les partis. Victor Serge explique les origines de ce travers qui, selon lui, n’épargnait personne, pas même l’anarchiste Bakounine : « Tous les partis révolutionnaires russes, depuis les années 1870-1880, furent en effet autoritaires, fortement centralisés et disciplinés dans l’illégalité, pour l’illégalité. [...] Presque tous furent imbus d’une mentalité jacobine, prolétarienne ou non. Tous produisirent des héros et des fanatiques. [...] Tous les grands partis étaient étatiques par leur structure et par la finalité qu’ils s’assignaient. En réalité, il y avait, au-delà des divergences doctrinales importantes, une mentalité révolutionnaire unique. » Marc Ferro, lui, évoque « une subversion des pratiques démocratiques par les démocrates eux-mêmes, toutes tendances réunies ». Sévère avec l’ensemble des organisations du mouvement ouvrier, il ajoute : « Avant Octobre, ils manipulent la représentation des soldats et des paysans, éliminent les sans-parti de toutes les institutions, réduisent celles qu’ils n’ont pas fondées eux-mêmes en niant leur légitimité. » De la sorte, l’historien entend démystifier la « légende » qui « associe l’existence du totalitarisme bureaucratique de type soviétique au léninisme, au parti communiste, et à eux seuls ». « Raisonner ainsi revient à bolchéviser l’histoire » et à « exclure la part que le régime soviétique emprunte au passé propre de la Russie, une part qui existe même s’il est de bonne tactique aujourd’hui chez les marxistes français d’insister à l’excès sur elle ». »
Olivier Besancenot, Que faire de 1917 ?, Autrement, Paris, 2017.

Lénine a toujours pris parti pour la démocratie des soviets

« Les falsificateurs accusent les bolcheviks d’avoir banni toute démocratie. Les bolcheviks ont, au contraire, systématiquement pris le parti de la démocratie ouvrière. Ce sont eux qui ont pris fait et cause pour les comités d’usine. Eux qui ont revendiqué tout le pouvoir pour les soviets. Eux qui ont toujours été favorables à ce que les ouvriers et les soldats s’organisent par en bas, prennent des initiatives et agissent collectivement. »
Lutte ouvrière, « 1917-2017 : la révolution russe », octobre 2017.

Lénine était un être cynique, paranoïaque et avide de pouvoir

Jeune, Lénine défendait déjà les vertus de la famine de 1891-1892

« Avant de devenir Lénine, Vladimir Ilitch Oulianov se nourrissait déjà du Catéchisme du révolutionnaire, publié en 1869 par le fameux révolutionnaire russe Serge Netchaïev qui appelait instamment à la destruction totale de la société existante Alors qu’il était déjà marxiste, Oulianov se félicita de la dernière grande famine de l’empire tsariste, qui tua environ 400 000 paysans de la Volga en 1891-1892, et, à l’inverse de l’ensemble de la société il refusa de leur venir en aide, estimant qu’« en détruisant l’économie paysanne attardée, la famine nous rapproche objectivement de notre but final, le socialisme ». »
Stéphane Courtois, « Rafael Lemkin et la question du génocide en régime communiste », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
« Très vite, on perçoit les effets de cette passion scientiste sur un Lénine déjà adulte. En 1891-1892 eut lieu la dernière grande famine en Russie – avant l’ère soviétique – qui fit environ 400 000 morts dans la paysannerie. Non seulement Oulianov [c’est-à-dire Lénine] refusa de participer aux secours des affamés, mais, d’après son ami A. Beliakov, il « avait le courage de déclarer ouvertement que la famine avait de nombreuses conséquences positives, à savoir l’apparition d’un prolétariat industriel, ce fossoyeur de l’ordre bourgeois. […] En détruisant l’économie paysanne attardée, la famine, expliquait-il, nous rapproche objectivement de notre but final, le socialisme, étape immédiatement postérieure au capitalisme. La famine détruit aussi la foi non seulement dans le tsar, mais même en Dieu ? ». Ainsi, à vingt ans, Lénine entretient déjà une vision téléologique et doctrinale de la société et de l’histoire, vision abstraite, coupée de la vie, qui repose sur une philosophie de la nécessité et implique une absence totale de compassion. »
Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
« La dernière grande famine qu’avait connue la Russie en 1891, approximativement dans les mêmes régions (la Moyenne, la Basse-Volga et une partie du Kazakhstan), avait fait quatre cent à cinq cent mille victimes. L’État et la société avaient alors rivalisé d’émulation pour venir en aide aux paysans victimes de la sécheresse. Jeune avocat, Vladimir Oulianov-Lénine résidait au début des années 1890 à Samara, chef-lieu de l’une des provinces les plus touchées par la famine de 1891. Il fut le seul représentant de l’intelligentsia locale non seulement à ne pas participer à l’aide sociale aux affamés, mais à se prononcer catégoriquement contre une telle aide. Comme le rappelait un de ses amis, « Vladimir Ilitch Oulianov avait le courage de déclarer ouvertement que la famine avait de nombreuses conséquences positives, à savoir l’apparition d’un prolétariat industriel, ce fossoyeur de l’ordre bourgeois. […] En détruisant l’économie paysanne attardée, la famine, expliquait-il, nous rapproche objectivement de notre but final, le socialisme, étape immédiatement postérieure au capitalisme. La famine détruit aussi la foi non seulement dans le tsar, mais même en Dieu ». Trente ans plus tard, le jeune avocat devenu chef du gouvernement bolchevique reprenait son idée : la famine pouvait et devait servir à « frapper mortellement l’ennemi à la tête ». »
Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.

Lénine était paranoïaque

« Derrière cette volonté de puissance à peine cachée se révèle la part la plus secrète du discours implicite disséminé dans le Que faire ? : celle du héros romantique qui entretient une vision paranoïaque. Lénine se décrit ainsi au milieu de ses quelques camarades : « Petit groupe compact, nous suivons une voie escarpée et difficile, nous tenant fortement par la main. De toutes parts, nous sommes entourés d’ennemis et il nous faut marcher presque constamment sous leur feu. » En même temps, il ressemble à un jeune scout revendiquant la primauté pour son groupe : « […] il faut faire en sorte que tous les autres détachements se rendent compte et soient obligés de reconnaître que nous marchons en tête. » Et il évoque « le détachement "avancé" » qui ne doit pas craindre « un "plan" hardi qui force la reconnaissance générale, même parmi ceux qui pensent différemment ». Et après avoir quelque peu fanfaronné – « nous voulons être l’avant-garde », « Donnez-nous une organisation de révolutionnaires, et nous soulèverons la Russie ! » –, Lénine conclut : « Lorsque nous aurons des détachements d’ouvriers révolutionnaires spécialement préparés (et bien entendu de "toutes les armes" de l’action révolutionnaire) par un long apprentissage, aucune police politique du monde ne pourra en avoir raison, parce que ces détachements d’hommes dévoués corps et âmes à la révolution jouiront de la confiance illimitée des masses ouvrières. » Mais, au passage, que d’aveux sur sa psychologie profonde : « forcer la reconnaissance générale », jouir – le mot est fort clair – de « la confiance illimitée des masses » ; on est plus près de la satisfaction du principe de plaisir que de la rationalité marxiste affichée. »
Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
« Mais sans doute Chamberlain n’a-t-elle pas assez insisté sur le climat de haine exacerbée dans lequel Lénine vivait alors. Victime d’une grande fatigue puis d’une première attaque cérébrale en mai 1922, tout indique que, craignant d’être paralysé, voire de perdre la parole, et donc de ne plus pouvoir commander, il est alors entré dans une phase de paranoïa le poussant à exterminer ceux qu’il considérait comme ses ennemis irréductibles : les 2000 mencheviks qu’il fit arrêter en janvier 1922, l’Église orthodoxe qu’il ordonna d’exterminer à partir de la fin mars 1922, puis les socialistes-révolutionnaires dont il organisa méticuleusement le procès en juillet, et enfin ses ennemis personnels de l’intelligentsia à partir de l’été. »
Stéphane Courtois, « Lénine et la destruction de l’intelligentsia russe », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
« S’ajoute, à partir du printemps 1922, la dérive paranoïaque du chef. En effet, depuis fin janvier 1922, Lénine se sent très fatigué et de plus en plus mal, jusqu’à sa première attaque cérébrale, le 26 mai. Angoissé à l’idée de ne plus participer activement à la direction, voire de ne plus pouvoir parler, il est pris d’une frénésie de liquidation des derniers ennemis qu’il n’a pu encore atteindre. Le 19 mars, il adresse au Bureau politique la fameuse note exigeant la liquidation de l’Église orthodoxe. Le 20 mai, il demande à Dzerjinski de mettre au point un vaste plan « d’expulsion des écrivains et des professeurs qui aident la contre-révolution ». Le même mois, il donne ses directives pour la rédaction du nouveau code pénal, immédiatement utilisé dans l’organisation du procès truqué des leaders socialistes-révolutionnaires, qui se termine le 11 août sur la condamnation à mort de onze vieux révolutionnaires. Le 17 juillet, il entretient Staline de la déportation des mencheviks. Et le 17 septembre, il évoque la déportation d’intellectuels socialistes, s’enquérant avec précision du sort de tel ou tel qu’il connaît personnellement. Fin septembre, il fait expulser d’Union soviétique 220 intellectuels russes parmi les plus connus – philosophes, économistes, écrivains, historiens, mathématiciens, artistes ou critiques littéraires. »
Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

Lénine était guidé par la volonté de puissance

« Dès 1903, lors du IIIe congrès du Parti ouvrier social-démocrate de Russie, Lénine provoqua une scission et prit la tête de la fraction « bolchevik » – majoritaire – contre les minoritaires – « mencheviks ». Son comportement lors de ce congrès fut tel que le jeune Léon Trotski, jusque-là l’un de ses plus fervents admirateurs, le dénonça, critiquant « la « volonté de puissance » qui guide le camarade Lénine » et sa « dialectique de la « lutte pour le pouvoir » ». »
Stéphane Courtois, « Lénine, l'inventeur du totalitarisme », Le Figaro – Histoire, n°30, février-mars 2017.

Lénine était empli d'un immense désir de vengeance

« Alors qu’il était destiné à un bel avenir, il [Lénine] fut doublement frappé par le destin à un âge où la personnalité, en pleine formation, est fort impressionnable : en janvier 1886, son père mourut brusquement d’une hémorragie cérébrale ; et en mai 1887, son frère aîné et son modèle, Alexandre, qui s’était entiché des « exploits » des terroristes russes des années 1870-1880, fut condamné à mort et pendu pour avoir voulu attenter à la vie du tsar Alexandre III, dont il refusa de demander la grâce. Privé de tutelle, dans une famille désormais stigmatisée par la bonne société, et empli d’un immense désir de vengeance, Vladimir s’engagea dans le mouvement révolutionnaire de tendance marxiste. »
Stéphane Courtois, « Lénine, l'inventeur du totalitarisme », Le Figaro – Histoire, n°30, février-mars 2017.

Même des bolcheviks avaient dénoncé sa dimension totalitaire

« Dès 1903, lors du IIIe congrès du Parti ouvrier social-démocrate de Russie, Lénine provoqua une scission et prit la tête de la fraction « bolchevik » – majoritaire – contre les minoritaires – « mencheviks ». Son comportement lors de ce congrès fut tel que le jeune Léon Trotski, jusque-là l’un de ses plus fervents admirateurs, le dénonça, critiquant « la « volonté de puissance » qui guide le camarade Lénine » et sa « dialectique de la « lutte pour le pouvoir » ». Trotski allait au fond des choses : « L’« état de siège » [dans le parti] sur lequel Lénine a insisté avec une telle énergie exige un « pouvoir fort », la pratique de la méfiance organisée exige une main de fer. Le système de la terreur est couronné par un Robespierre. Le camarade Lénine a mentalement passé en revue les membres du parti, et en est arrivé à la conclusion que cette main de fer ne pouvait être que lui. » Ainsi, dès 1903, un révolutionnaire encore démocrate comme Trotski avait décrit les caractéristiques de la pensée et de l’action que Lénine, pour l’instant, ne mettait en œuvre que dans un petit groupuscule marxiste dont il sélectionnait soigneusement les affidés. »
Stéphane Courtois, « Lénine, l'inventeur du totalitarisme », Le Figaro – Histoire, n°30, février-mars 2017.

En fait de vengeance il épargna en 1918 la veuve d'Alexandre III, Maria Fedorovna, qui en déduisit jusqu'a sa mort en 1928 que toute la famille impériale-fils compris-fut également épargnée.

Surtout le bochevisme naquit du constat que les attentats ne servaient à rien : Alexandre III succédait à un tsar assassiné Alexandre II en 1881. De qui par ailleurs Lénine voulut-il se venger après la mort en 1894 de cet autocrate ? Il a à coup sûr sans conteste pardonné à la veuve épargné ses deux filles (Olga et Xenia Alexndrovnas soeurs de Nicolas) Dira-t-on que tout démocrate qui combat une dictature veut se venger du dictateur et de sa famille ? Par aileurs d'après un pamhphlet écrit en aout 1918 "Ah bas la peine de mort !" son frère ennemi menchevik de gauche, Julius Martov, Lénine se serait prononcé au côté d plusieurs camarades au congrès de l'internationale socialiste de Coppenhague en 1910 pour l'abolition de la peine de mort.

[ + Ajouter un argument ]

Arguments CONTRE

La terreur bolchévik a été dictée par les circonstances

« Les imprécations présentant Lénine comme un tueur visent à la fois à interdire un examen sérieux de son action politique et à effacer de l'Histoire le fait incontestable qu'il a décrété une longue série de réformes démocratiques, qui pour la plupart n'ont été prises que beaucoup plus tard dans les démocraties occidentales quand elles l'ont été : la nationalisation des banques ; la séparation de L'Eglise et de l'Etat, la suppression de l'enseignement religieux obligatoire à l'école, l'interdictions des châtiments corporels pour les écoliers, la journée de travail de huit heures, l'instauration de deux semaines de congés payés, la création d'une inspection du travail, l'interdiction du travail de nuit pour les femmes (que l'Union Européenne imposera, elle, à la France en 2001 !) et pour les enfants de moins de 16 ans, l'interdiction également des travaux souterrains (la mine) pour les adolescents en-dessous de 18 ans, la suppression des discriminations entre ouvriers russes et étrangers ; l'instauration du mariage civil et d'un état civil, l'instauration d'un congé de maternité de huit semaines avant puis après l'accouchement, l'abrogation du code pénal tsariste (qui condamnait au bagne les homosexuels masculins) - abrogation qui entraînait la dépénalisation de l'homosexualité que l'Angleterre ne promulguera qu'en 1967 et l'Allemagne fédérale en 1969, le droit au divorce et, enfin la liberté de l'avortement (...) »
Jean-Jacques Marie, Lénine, la révolution permanente, p.14, avant-propos, Payot, Paris, 2011.
« La nomenklatura, après avoir momifié et statufié Lénine, l'a transformé en démon sanglant et jeté par dessus-bord en même temps qu'elle pillait et disloquait la propriété d'Etat. »
Jean-Jacques Marie, Lénine, la révolution permanente, p.10, avant-propos, Payot, Paris, 2011.
« La vision de Lénine en tueur monomaniaque oublie une règle de l'Histoire : les périodes de révolution, de contre-révolution et de guerre poussent tous leurs acteurs à manier systématiquement l'hyperbole (...) Les bolcheviks engagés dans une lutte à mort savaient ce qui les attendait alors qu'entre octobre 1917 et mars 1921 ils se trouvèrent plus d'une fois au chevet de leur perte. »
Jean-Jacques Marie, Lénine la révolution permanente, p.12 et 13, avant-propos, Payot, Paris, 2011.

Staline est l'auteur d'une contre-révolution

« Quelques heures après l’assassinat de Kirov, Staline rédige un décret connu comme « loi du 1er décembre 1934 » légalisant les procédures expéditives et fournissant l’instrument privilégié de la grande terreur. Au-delà de l’écrasement des mouvements populaires urbains et ruraux, cette terreur bureaucratique liquide ce qui subsiste de l’héritage d’Octobre. On sait que les procès et les purges ont taillé des coupes claires dans les rangs du parti et de l’armée. La plupart des cadres et des dirigeants de la période révolutionnaire sont déportés ou exécutés. Sur les 200 membres du comité central du Parti communiste ukrainien, il n’y eut que trois survivants. Dans l’armée, le nombre des arrestations atteignit plus de 30 000 cadres sur 178 000. Parallèlement, l’appareil administratif requis pour cette entreprise répressive et pour la gestion d’une économie étatisée explose. D’après Moshe Lewin, le personnel administratif est alors passé de 1 450 000 membres en 1928 à 7 500 000 en 1939, l’ensemble des cols blancs de 3 900 000 à 13 800 000. La bureaucratie n’est pas un vain mot. Elle devient une force sociale : l’appareil bureaucratique d’État dévore ce qu’il restait de militants dans le parti. »
Daniel Bensaïd, « communisme contre stalinisme ; réponse au livre noir du communisme », Site Daniel Bensaid, 1997.
« Bien des militants communistes sincères se sont obstinés à nier le fait d’une contre-révolution bureaucratique sous prétexte de ne pas trouver d’événement majuscule qui soit le parfait symétrique d’Octobre, la claire inversion du processus dont il constitue l’acte initial, un strict retour à ce qui existait avant. Quête illusoire en effet. Plus perspicace, l’idéologue réactionnaire Joseph de Maistre avait compris, dès les lendemains de la Révolution française, qu’une contre-révolution n’est pas « une révolution en sens contraire », mais le « contraire d’une révolution », une réaction rampante, asymétrique, par seuils et par paliers. C’est en quoi l’analogie avec Thermidor, utilisée en Union soviétique dès les années vingt par les oppositionnels, était peut-être plus pertinente qu’ils ne l’avaient eux-mêmes imaginé : une réaction qui ne soit pas une inversion du temps, un retour vers le passé, mais l’invention de formes historiques inédites. »
Daniel Bensaïd, « Bolchevisme et stalinisme », site de Daniel BensaÏd, 2005.

[ + Ajouter un argument ]

Pour aller plus loin

Bibliographie

Plutôt POUR

  • Stéphane Courtois, Nicolas Werth, Karel Bartošek, Jean-Louis Panné, Andrzej Paczkowski, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.
  • Stéphane Courtois (dir.), Quand tombe la nuit, L'Âge d'Homme, Lausanne, 2001.
  • Stéphane Courtois, Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
  • Stéphane Courtois, « Lénine, l'inventeur du totalitarisme », Le Figaro – Histoire, n°30, février-mars 2017.

Plutôt CONTRE

Aucune référence bibliographique CONTRE n'a été entrée pour le moment.

Ni POUR ni CONTRE

Aucune référence bibliographique ni POUR ni CONTRE n'a été entrée pour le moment.

Sitographie

Plutôt POUR

Aucune référence sitographique POUR n'a été entrée pour le moment.

Plutôt CONTRE

Aucune référence sitographique CONTRE n'a été entrée pour le moment.

Ni POUR ni CONTRE

Aucune référence sitographique ni POUR ni CONTRE n'a été entrée pour le moment.

Vidéographie

Plutôt POUR

Aucune référence vidéographique POUR n'a été entrée pour le moment.

Plutôt CONTRE

Aucune référence vidéographique CONTRE n'a été entrée pour le moment.

Ni POUR ni CONTRE

Aucune référence vidéographique ni POUR ni CONTRE n'a été entrée pour le moment.

Débats connexes

[ + Ajouter un débat connexe ]

Vos commentaires


Ajouter votre commentaire
Wikidébats accueille tous les commentaires. Si vous ne voulez pas être anonyme, enregistrez-vous ou connectez-vous. C’est gratuit.