Lénine est-il le précurseur de Staline ?

De Wikidébats
Aller à : navigation, rechercher

Sommaire


Pour comprendre le débat


Carte des familles d'arguments

POUR
CONTRE

Comme Staline, Lénine a mené la Terreur contre ses opposants
Lénine a créé les instruments de la Terreur stalinienne
Lénine théorise et revendique la Terreur de masse
La guerre est au cœur du projet de Lénine
Lénine est le concepteur d’un parti totalitaire
Lénine est un ennemi de la démocratie
Lénine est un être cynique, paranoïaque et avide de pouvoir

Arguments POUR

1. Comme Staline, Lénine a mené la Terreur contre ses opposants

Lénine a violemment réprimé les paysans

« Désormais privé du grenier à blé de l’Ukraine, occupée par les Allemands, n’ayant rien à proposer aux paysans en échange de leurs récoltes puisque les « nationalisations » avaient désorganisé l’industrie, Lénine se trouva confronté au problème du ravitaillement des villes, îlots de pouvoir bolchevik au milieu de l’océan des campagnes hostiles. En mai 1918, il accusa donc les paysans « riches » de stocker leur blé, lança le cri de « Mort aux koulaks ! » – était stigmatisé comme koulak tout paysan qui résistait au pillage – et instaura le « communisme de guerre ». Ainsi débuta une guerre entre la paysannerie – les « verts » –, qui représentait 85 % de la population et le pouvoir ; les paysans, qui n’avaient que leur récolte pour survivre, se défendirent avec l’énergie du désespoir et des révoltes éclatèrent un peu partout à l’été 1918. La riposte de Lénine fut terrible. Le 10 août, il envoyait un télégramme au comité bolchevik de Penza, dans la région de la Volga :

« Camarades ! Le soulèvement koulak […] doit être écrasé sans pitié. Les intérêts de la révolution tout entière l’exigent, car partout la « lutte finale » avec les koulaks est désormais engagée. Il faut faire un exemple : 1. Pendre (et je dis pendre de façon que les gens le voient) pas moins de 100 koulaks, richards, buveurs de sang connus. 2. Publier leurs noms. 3. S’emparer de tout leur grain. 4. Identifier les otages […] Faites cela de façon qu’à des centaines de lieues alentour les gens voient, tremblent, sachent et s’écrient : ils tuent et continueront de tuer les koulaks assoiffés de sang […]. Vôtre Lénine. PS : Trouvez des gens plus durs. »

Et encore le 1er février 1920, dans une lettre à Trotski, Lénine exigeait que soit réduite la ration de pain des ouvriers ne travaillant pas pour les transports : « Que des milliers de gens périssent si nécessaire, mais le pays doit être sauvé. » Dans son délire idéologique, Lénine assimilait le pays au pouvoir bolchevik qui, au même moment, par sa folle politique, détruisait le pays réel. »

Stéphane Courtois, « Lénine, l'inventeur du totalitarisme », Le Figaro – Histoire, n°30, février-mars 2017.

Lénine a violemment réprimé les ouvriers

« Alors qu’il se proclamait le chef du pouvoir du prolétariat, Lénine mena une politique tout aussi violente contre les ouvriers, au point que les ouvriers des grandes usines de Petrograd, dont ceux de l’usine Poutilov qui avaient été à la pointe de la révolution en 1917-1918, se mirent en grève au printemps 1919. Lénine vint de Moscou pour leur parler, mais sans succès. Il ordonna alors la prise d’assaut des usines par les troupes de la tcheka, qui arrêtèrent 900 grévistes et en fusillèrent 200. Des massacres identiques d’ouvriers en grève se multiplièrent, en particulier à Toula et à Astrakhan. Le 29 janvier 1920, face aux grèves des ouvriers dans l’Oural, Lénine télégraphiait aux communistes locaux : « Il y a du sabotage manifeste des cheminots […] Je suis étonné que vous vous en accomodiez et que ne procédiez pas à des exécutions massives pour sabotage. » »

Stéphane Courtois, « Lénine, l'inventeur du totalitarisme », Le Figaro – Histoire, n°30, février-mars 2017.

« De tous les épisodes de répression, l’un des plus soigneusement occultés par le nouveau régime fut la violence exercée contre le monde ouvrier, au nom duquel les bolcheviks avaient pris le pouvoir. Commencée dès 1918, cette répression se développa en 1919-1920 pour culminer au printemps 1921, avec l’épisode, bien connu, de Kronstadt. Le monde ouvrier de Petrograd avait manifesté, dès le début de 1918, sa défiance vis-à-vis des bolcheviks. Après l’échec de la grève générale du 2 juillet 1918, le second temps fort des troubles ouvriers dans l’ancienne capitale éclata en mars 1919, après que les bolcheviks eurent arrêté un certain nombre de dirigeants socialistes-révolutionnaires, dont Maria Spiridonova qui venait d’effectuer une tournée mémorable des principales usines de Petrograd où elle avait été partout acclamée. Ces arrestations déclenchèrent, dans une conjoncture déjà très tendue à cause des difficultés de ravitaillement, un vaste mouvement de protestation et de grèves. »

Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.

Lénine a violemment réprimé les socialistes

« Alliés des bolcheviks jusqu’à l’été 1918, les socialistes-révolutionnaires de gauche bénéficièrent, jusqu’en février 1919, d’une relative clémence. Leur dirigeante historique, Maria Spiridonova, présida, en décembre 1918, un congrès de son parti, toléré par les bolcheviks. Ayant vigoureusement condamné la terreur pratiquée quotidiennement par la Tcheka, elle fut arrêtée, en même temps que deux cent dix autres militants, le 10 février 1919, et condamnée par le Tribunal révolutionnaire à « la détention en sanatorium étant donné son état hystérique » ; il s’agit là du premier exemple, sous le régime soviétique, d’enfermement d’un opposant politique dans un établissement psychiatrique ; Maria Spiridonova parvint à s’évader et à diriger, dans la clandestinité, le Parti socialiste-révolutionnaire de gauche interdit par les bolcheviks. Selon des sources tchékistes, 58 organisations socialistes-révolutionnaires de gauche auraient été démantelées en 1919, et 45 en 1920. Au cours de ces deux années, 1 875 militants auraient été emprisonnés en qualité d’otages, conformément aux directives de DzeIjinski, qui avait déclaré, le 18 mars 1919 : « Dorénavant, la Tcheka ne fera plus de distinction entre les Gardes blancs du type Krasnov et les Gardes blancs du camp socialiste. […] Les SR et les mencheviks arrêtés seront considérés comme des otages et leur sort dépendra du comportement politique de leur parti. » »

Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.

Lénine a violemment réprimé les anarchistes

« Un des premiers faits d’armes de celle-ci [la Tcheka] avait été l’assaut, lancé le 11 avril 1918, contre les anarchistes de Moscou, dont plusieurs dizaines avaient été exécutés sur-le-champ. La lutte contre les anarchistes ne se relâcha pas au cours des années suivantes, bien qu’un certain nombre d’entre eux eussent rejoint les rangs des bolcheviks, occupant même des postes importants à la Tcheka, comme Alexandre Goldberg, Mikhail Brener ou Timofei Samsonov. Le dilemme de la majorité des anarchistes, qui refusaient à la fois la dictature bolchevique et le retour des partisans de l’Ancien Régime, est illustré par les volte-face du grand leader anarchiste paysan Makhno, qui dut à la fois faire cause commune avec l’Armée rouge contre les Blancs, puis, une fois la menace blanche écartée, combattre les Rouges pour tenter de sauvegarder ses idéaux. Des milliers de militants anarchistes anonymes furent exécutés en tant que « bandits » lors de la répression menée contre les armées paysannes de Makhno et de ses partisans. Ces paysans constituèrent, semble-t-il, l’immense majorité des victimes anarchistes, si l’on en croit le bilan, incomplet sans doute mais seul disponible, de la répression bolchevique présenté par les anarchistes russes en exil à Berlin en 1922. Ce bilan faisait état de 138 militants anarchistes exécutés durant les années 1919-1921, 281 exilés et 608 toujours emprisonnés au 1er janvier 1922. »

Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.

Lénine a fiché et expulsé les intellectuels

« Depuis le début 1922, Lénine était entré en guerre contre l’intelligentsia, faisant fermer revues, journaux et départements universitaires. Mais c’est le 19 mai qu’il demanda à Dzerjinski de préparer « la déportation à l’étranger des écrivains et des professeurs qui aident la contre-révolution ». Une commission spéciale du Bureau politique fut formée à cet effet et, pour que les choses se fassent « dans la légalité », Lénine mit en chantier un nouveau Code pénal et ajouta à l’article 57 une clause de « clémence » : l’expulsion administrative – sans jugement – à l’étranger. Le 25 mai, Lénine eut sa première attaque cérébrale ; mais à peine remis, sa préoccupation fut de demander à Staline, secrétaire général du parti communiste, des comptes sur les intellectuels à expulser ; indiquant que la Tcheka devait « dresser des listes », il ajoutait : « plusieurs centaines de ces gentlemen doivent être expulsés dehors sans pitié. Nous allons nettoyer la Russie une fois pour toutes. […] Ils doivent tous être virés de Russie » ; et il n’hésitait pas à dénoncer nommément ses futures victimes. Il inaugurait ainsi la pratique des quotas de répression établis à l’avance, dont Staline allait faire un si large usage lors de la Grande Terreur. Lénine ordonna que la Tcheka fabriquât un dossier d’accusation pour chacun des futurs expulsés, ce qui n’était pas facile tant on ne pouvait leur reprocher que leurs idées. Le 10 août 1922 fut rendu public le nouvel article 57 qui autorisait les expulsions administratives. Comme l’avait déclaré Lénine en mars : « Dans la sphère économique, la retraite continue, dans le domaine politique, l’assaut continue ». Déjà le 6 juin, il avait créé le Glavlit, organe, durant des décennies, de la censure de toutes les publications et de contrôle de la pensée. Et comme le 15 septembre 1922 Gorki, depuis son exil, lui avait écrit pour le mettre en garde contre ces expulsions, Lénine lui répondit avec son élégance coutumière : « […] les intellectuels, les laquais du capital, pensent qu’ils sont le cerveau de la nation. En réalité, ils n’en sont pas le cerveau, ils en sont la merde ». »

Stéphane Courtois, « Lénine et la destruction de l’intelligentsia russe », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

« Parallèlement à ces expulsions, la police politique continuait le fichage de tous les intellectuels suspects de second rang, promis soit à la déportation administrative dans des parties reculées du pays, légalisée par un décret du 10 août 1922, soit au camp de concentration. »

Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.

Lénine a violemment réprimé les ecclésiastiques

« Comme en témoignent les rapports hebdomadaires de la police politique, la campagne de confiscation des biens d’Église atteignit son apogée en mars, avril et mai 1922, provoquant 1414 incidents recensés et l’arrestation de plusieurs milliers de prêtres, de moines et de moniales. Selon des sources ecclésiastiques, 2691 prêtres, 1962 moines et 3447 moniales furent tués en 1922. Le gouvernement organisa plusieurs grands procès publics de membres du clergé, à Moscou, Ivanovo, Chouïa, Smolensk et Petrograd. […] À Petrograd, soixante-seize ecclésiastiques furent condamnés à des peines de camp, et quatre exécutés, dont le métropolite de Petrograd, Benjamin, élu en 1917, très proche du peuple et qui avait pourtant assidûment plaidé pour une Église indépendante de l’État. À Moscou, cent quarante-huit ecclésiastiques et laïcs furent condamnés à des peines de camp, et six à la peine de mort, aussitôt appliquée. Le patriarche Tikhon fut placé en résidence surveillée au monastère Donskoï à Moscou. »

Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.

Lénine a exterminé les Cosaques

« Parmi les divers épisodes de la lutte menée par le pouvoir bolchevique contre la paysannerie, la « décosaquisation » – c’est-à-dire l’élimination des Cosaques du Don et du Kouban en tant que groupe social – occupe une place particulière. Pour la première fois, en effet, le nouveau régime prit un certain nombre de mesures répressives pour éliminer, exterminer, déporter, suivant le principe de la responsabilité collective, l’ensemble de la population d’un territoire que les dirigeants bolcheviques avaient pris l’habitude de qualifier de « Vendée soviétique ». Ces opérations ne furent pas le résultat de mesures de rétorsion militaire prises dans le feu des combats, mais furent planifiées à l’avance, firent l’objet de plusieurs décrets pris au plus haut niveau de l’État, impliquant directement de très nombreux responsables politiques de haut rang (Lénine, Ordjonikidze, Syrtsov, Sokolnikov, Reingold). Mise en échec une première fois, au printemps 1919, à cause des revers militaires des bolcheviks, la décosaquisation reprit, avec une cruauté renouvelée, en 1920, lors de la reconquête bolchevique des terres cosaques du Don et du Kouban. »

Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.
Argument détaillé : Lénine a exterminé les Cosaques.

Lénine a fait massacrer la famille impériale

« L’acte le plus symbolique [de la terreur] fut le massacre de la famille impériale, y compris les enfants et les serviteurs, dans des conditions horribles dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918. Cette opération fut organisée par Lénine en personne, à l’insu même de la direction bolchevik. »

Stéphane Courtois, « Lénine, l'inventeur du totalitarisme », Le Figaro – Histoire, n°30, février-mars 2017.

« Le 16 juillet 1918, l’assassinat de la famille impériale scelle dans le sang la volonté terroriste de Lénine, qui est l’organisateur secret et personnel de ce carnage. »

Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

Lénine a réprimé certaines personnes pour leur seule appartenance de classe

« Parmi les opérations répressives les plus difficiles à répertorier et à évaluer figurent les massacres de détenus et d’otages incarcérés pour leur seule appartenance à une « classe ennemie » ou « socialement étrangère ». Ces massacres s’inscrivaient dans la continuité et la logique de la Terreur rouge de la seconde moitié de 1918, mais à une échelle encore plus importante. Cette débauche de massacres « sur une base de classe » était en permanence justifiée par le fait qu’un monde nouveau était en train de naître. »

Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.

« Étape logique et ultime de « l’extermination de la bourgeoisie en tant que classe », les exécutions de détenus, suspects et otages incarcérés pour leur seule appartenance aux « classes possédantes », sont attestées dans bien des villes prises par les bolcheviks. A Kharkov, entre 2000 et 3000 exécutions en février-juin 1919 ; entre 1000 et 2000 lors de la seconde reprise de la ville, en décembre 1919. À Rostov-sur-le-Don, environ 1 000 en janvier 1920 ; à Odessa, 2200 entre mai et août 1919, puis 1 500 à 3000 entre février 1920 et février 1921 ; à Kiev, au moins 3000 entre février et août 1919 ; à Ekaterinodar, au moins 3000 entre août 1920 et février 1921 ; à Armavir, petite ville du Kouban, entre 2 000 et 3 000 entre août et octobre 1920. On pourrait prolonger cette liste. »

Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.

Objections à la famille « Comme Staline, Lénine a mené la Terreur contre ses opposants »

2. Lénine a créé les instruments de la Terreur stalinienne

Lénine instaure la Terreur rouge dès 1918

« Le 5 septembre 1918, face à la révolte des « verts » et des « blancs », après un attentat contre Lénine et sur le modèle du Comité de salut public en 1793, le pouvoir décréta la « terreur rouge », provoquant en deux mois de 10 000 à 15 000 exécutions sommaires – alors que de 1825 à 1917, la Russie avait enregistré 6321 condamnations en mort pour raison politique, et dans le cadre de procédures légales et avec de nombreuses commutations de peine. Cette terreur, qui fit en cinq ans des centaines de milliers de victimes, visait en priorité ceux qui étaient des ennemis politiques ou des membres de classes « condamnées par l’histoire » – bourgeois, nobles, commerçants, industriels, intellectuels, officiers, prêtres, mais aussi paysans propriétaires. Dès 1918, des milliers d’otages issus de ces catégories furent fusillés. L’acte le plus symbolique fut le massacre de la famille impériale, y compris les enfants et les serviteurs, dans des conditions horribles dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918. Cette opération fut organisée par Lénine en personne, à l’insu même de la direction bolchevik. »

Stéphane Courtois, « Lénine, l'inventeur du totalitarisme », Le Figaro – Histoire, n°30, février-mars 2017.

Lénine crée une police politique : la Tcheka

« Le 20 décembre [1917], Lénine créait la Tcheka – la Commission extraordinaire de lutte contre la contre-révolution, la spéculation et le sabotage –, une police politique qui, de manière arbitraire, commença à arrêter, puis à fusiller. Alors que le bolchevik Boukharine protestait que la Tcheka était « truffée de criminels et de sadiques, d’éléments dégénérés du lumpenprolétariat », Lénine répondit qu’elle était « injustement attaquée pour quelques excès par une intelligence bornée […] incapable de considérer le problème de la terreur dans une perspective plus large ». Et de conclure : « Un bon communiste est aussi un bon tchékiste. » En 1921, la Tcheka compterait déjà 200 000 hommes et cette police politique – devenue GPU, puis NKVD et enfin KBG – serait, avec le Parti bolchevik et l’Armée rouge – armée de guerre civile créée par un décret du 28 janvier 1918 –, l’un des trois piliers du pouvoir totalitaire. »

Stéphane Courtois, « Lénine, l'inventeur du totalitarisme », Le Figaro – Histoire, n°30, février-mars 2017.

Lénine restaure la peine de mort

« Deux jours après la fin de cette conférence panrusse des tchekas [de juin 1918], le gouvernement décréta le rétablissement légal de la peine de mort. Celle-ci, abolie après la révolution de février 1917, avait été restaurée par Kerenski en juillet 1917. Néanmoins, elle ne s’appliquait alors que dans les régions du front, sous juridiction militaire. Une des premières mesures prises par le IIe Congrès des soviets, le 26 octobre (8 novembre) 1917, fut de supprimer à nouveau la peine capitale. Cette décision suscita la fureur de Lénine : « C’est une erreur, une faiblesse inadmissible, une illusion pacifiste ! » Lénine et Dzerjinski n’eurent de cesse de rétablir légalement la peine de mort, tout en sachant pertinemment qu’elle pouvait être appliquée, sans aucun « juridisme tatillon », par des organes extralégaux comme les tchekas. La première condamnation à mort légale, prononcée par un tribunal révolutionnaire, eut lieu le 21 juin 1918 : l’amiral Tchastnyi fut le premier « contre-révolutionnaire » fusillé « légalement ». »

Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.

Lénine crée des camps de concentration

« Les dirigeants bolcheviques expérimentèrent, en août 1918, un autre instrument de répression apparu dans la Russie en guerre : le camp de concentration. Le 9 août 1918, Lénine télégraphia au Comité exécutif de la province de Penza d’enfermer « les koulaks, les prêtres, les Gardes blancs et autres éléments douteux dans un camp de concentration ». Quelques jours auparavant, Dzerjinski et Trotski avaient également prescrit l’enfermement d’otages dans des « camps de concentration ». Ces « camps de concentration » étaient des camps d’internement où devaient être parqués, par simple mesure administrative et sans le moindre jugement, les « éléments douteux ». De nombreux camps, où avaient été internés des prisonniers de guerre, existaient en Russie, comme dans d’autres pays belligérants. »

Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.

« Le 8 août [1918], Trotski approuva la création des trois premiers camps, appelés à devenir un véritable système concentrationnaire, dès 1921, dans le complexe des îles Solovki, sur la mer Blanche, bien avant que les nazis n’aient ouvert leur premier camp. Le mot « concentration » n’avait pas une connotation seulement administrative, mais visait à terroriser : le décret sur la Terreur rouge précisait que les communistes voulaient ainsi se protéger de leurs ennemis « en les isolant dans des camps de concentration ». Ce système, géré par la police politique, avait un caractère extra-judiciaire reconnu par une loi du 17 février 1919, et dès 1921, on recensait 84 camps qui regroupaient 115 000 internés et qui allaient devenir le laboratoire du travail forcé mais aussi de l’extermination, avant de se transformer en 1930 en « Goulag », par lequel passèrent – ou trépassèrent – plus de 15 millions de Soviétiques. »

Stéphane Courtois, « Rafael Lemkin et la question du génocide en régime communiste », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

Lénine pratique la prise d'otages

« Durant tout le mois d’août 1918, c’est-à-dire avant le déclenchement « officiel » de la Terreur rouge le 3 septembre, les dirigeants bolcheviques, Lénine et Dzerjinski en tête, envoyèrent un grand nombre de télégrammes aux responsables locaux de la Tcheka ou du Parti, leur demandant de prendre des « mesures prophylactiques » pour prévenir toute tentative d’insurrection. Parmi ces mesures, expliquait Dzerjinski, « les plus efficaces sont la prise d’otages parmi la bourgeoisie, à partir des listes que vous avez établies pour les contributions exceptionnelles levées sur les bourgeois, […] l’arrestation et l’enfermement de tous les otages et suspects dans des camps de concentration ». Le 8 août, Lénine demanda à Tsourioupa, commissaire du peuple à l’Approvisionnement, de rédiger un décret aux termes duquel, « dans chaque district producteur de céréales, vingt-cinq otages désignés parmi les habitants les plus aisés répondront de leur vie pour la non-réalisation du plan de réquisition ». Tsourioupa ayant fait la sourde oreille, prétextant qu’il était difficile d’organiser cette prise d’otages, Lénine lui envoya une seconde note, encore plus explicite : « Je ne suggère pas que les otages soient pris, mais qu’ils soient nommément désignés dans chaque district. L’objet de cette désignation, c’est que les riches, tout comme ils sont responsables de leur contribution, soient responsables sur leur vie de la réalisation immédiate du plan de réquisition dans leur district. » »

Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.

Lénine organise un contrôle social par le travail

« Dès 1918, les bolcheviks ont pratiqué l’exclusion sociale grâce à un moyen très simple et terriblement efficace, en application du fameux slogan de Lénine « Qui ne travaille pas ne mange pas ! ». Si ce slogan peut sembler raisonnable, il devient terrifiant dès que l’on est dans un système où le pouvoir détient le monopole de l’emploi et du salaire – et peut donc le refuser arbitrairement et condamner quiconque à la mort de faim ou à l’illégalité. Le pouvoir a aussi très tôt créé une catégorie de citoyens privés de leurs droits, les lichentsy. »

Stéphane Courtois, « Rafael Lemkin et la question du génocide en régime communiste », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

Lénine militarise le travail

« À la fin de 1919 et au début de 1920, les relations entre le pouvoir bolchevique et le monde ouvrier se dégradèrent encore davantage, à la suite de la militarisation de plus de deux mille entreprises. Principal partisan de la militarisation du travail, Léon Trotski développa, lors du IXe Congrès du Parti, en mars 1920, ses conceptions sur la question. L’homme est naturellement porté à la paresse, expliqua Trotski. Sous le capitalisme, les ouvriers doivent chercher du travail pour survivre. C’est le marché capitaliste qui aiguillonne le travailleur. Sous le socialisme, « l’utilisation des ressources de travail remplace le marché ». L’État a donc pour tâche d’orienter, d’affecter, d’encadrer le travailleur, qui doit obéir tel un soldat à l’État ouvrier, défenseur des intérêts du prolétariat. Tels étaient le fondement et le sens de la militarisation du travail, vivement critiquée par une minorité de syndicalistes et de dirigeants bolcheviques ; elle signifiait, en effet, l’interdiction des grèves, assimilées à une désertion en temps de guerre, le renforcement de la discipline et des pouvoirs de la direction, la subordination complète des syndicats et des comités d’usine, dont le rôle se bornait désormais à mettre en œuvre la politique productiviste, l’interdiction pour les ouvriers de quitter leur poste de travail, la sanction de l’absentéisme et des retards, fort nombreux en ces temps où les ouvriers étaient à la recherche, toujours problématique, de nourriture. »

Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.

« Toutes ces mesures allaient à l’encontre des idées d’égalité et de « rationnement garanti » dont se berçaient encore maints ouvriers, abusés par la mythologie ouvriériste bolchevique. Elles préfiguraient, de manière remarquable, les mesures anti-ouvrières des années 30. »

Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.
Argument détaillé : Lénine a militarisé le travail.

Lénine encourage le pillage des riches

« Les groupes-cibles [les bourgeois] sont les victimes systématiques d’une spoliation/expropriation qui fut l’un des premiers actes majeurs des bolcheviks au pouvoir, suivant le mot d’ordre de Lénine « Volez les voleurs, pillez les pillards ! ». Dans les mois qui suivirent le 7 novembre 1917, la Russie fut le théâtre d’un fantastique transfert de propriété de ceux qui « avaient du bien » soit vers le parti-État – le pouvoir saisit le contenu de 35 000 coffres-forts, d’innombrables immeubles, usines, commerces et propriétés agricoles –, soit vers les voyous et le lumpen-prolétariat qui sévissaient dans les villes, tandis qu’à la campagne les paysans dépouillaient les grandes propriétés de leur matériel agricole et de leur bétail. »

Stéphane Courtois, « Rafael Lemkin et la question du génocide en régime communiste », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

Lénine provoque des famines pour mater des soulèvements

« Pour le petit peuple, il était évident, comme en témoignaient les propos rapportés par la police politique, que « le pouvoir soviétique veut faire crever de faim tous les paysans qui osent lui résister ». Bien que parfaitement informé des conséquences inéluctables de sa politique de réquisitions, le gouvernement ne prit aucune mesure. Alors même que la famine gagnait un nombre croissant de régions, Lénine et Molotov envoyèrent, le 30 juillet 1921, un télégramme à tous les dirigeants des comités régionaux et provinciaux du Parti leur demandant de « renforcer les appareils de collecte […], de développer une intense propagande auprès de la population rurale en lui expliquant l’importance économique et politique du paiement ponctuel et total des impôts […], de mettre à la disposition des agences de collecte de l’impôt en nature toute l’autorité du Parti et la totalité du pouvoir de répression de l’appareil d’État » ! »

Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.

Lénine manipule les statistiques officielles

« L’importance du travail de statistique ira croissante au cours du XXe siècle, mais Lénine omet un élément fondamental : si en temps de guerre ces données étaient confidentielles, une fois revenu le temps de paix, elles sont à nouveau publiques ; les partis politiques, la presse comme les entrepreneurs y ont accès et conduisent leur action en partie en fonction de cette connaissance statistique qui permet également à la société tout entière d’apprécier le comportement du pouvoir et des acteurs économiques et sociaux. Or Lénine au pouvoir va immédiatement sortir la statistique de ce contexte démocratique. Le signe en sera donné dès novembre 1917 quand la grande majorité de la bureaucratie d’État russe, qui avait accepté de travailler pour le Gouvernement provisoire, refusera de se mettre au service d’un pouvoir illégitime. Dès 1921, le pouvoir soviétique décida de rejeter les données du service de statistique quand elles ne répondaient pas à sa volonté politique. Ainsi la grande famine de 1921-1923 fut-elle en partie provoquée par la décision politique de majorer fortement les estimations de la récolte proposées par les services compétents et de calculer les réquisitions de blé en conséquence. Ayant supprimé la bureaucratie des entreprises privées et refusant de se soumettre aux indications de la bureaucratie d’État, le régime bolchevique était condamné à pratiquer la terreur et le mensonge officiel. »

Stéphane Courtois, « Le poids de la guerre sur la pensée de Lénine », Quand tombe la nuit, L'Age d'Homme, Lausanne, 2001.

Lénine légalise la violence contre les opposants par la création d'un Code pénal

« À l’occasion du procès des socialistes-révolutionnaires avait été appliqué le nouveau Code pénal, entré en vigueur le 1er juin 1922. Lénine avait tout particulièrement suivi l’élaboration de ce code qui devait légaliser la violence exercée à l’encontre des ennemis politiques, la phase de l’élimination expéditive, justifiée par la guerre civile, étant officiellement close. […] En accord avec les instructions de Lénine, le Code pénal définit le crime contre-révolutionnaire comme tout acte « visant à abattre ou à affaiblir le pouvoir des soviets ouvriers et paysans établi par la révolution prolétarienne », mais aussi tout acte « contribuant à aider la partie de la bourgeoisie internationale qui ne reconnaît pas l’égalité des droits du système communiste de propriété succédant au système capitaliste, et s’efforce de le renverser par la force, l’intervention militaire, le blocus, l’espionnage ou le financement de la presse et autres moyens similaires ». Étaient passibles de la peine de mort non seulement toutes les activités (révolte, émeute, sabotage, espionnage, etc.) susceptibles d’être qualifiées d’« actes contre-révolutionnaires », mais aussi la participation ou le concours prêté à une organisation « dans le sens d’une aide à une partie de la bourgeoisie internationale ». Même la « propagande susceptible d’apporter une aide à une partie de la bourgeoisie internationale » était considérée comme un crime contre-révolutionnaire, passible d’une privation de liberté « qui ne saurait être inférieure à trois ans » ou de bannissement à perpétuité. »

Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.

Lénine organise les premiers procès truqués ou expéditifs

« Lénine étendit sa volonté exterminatrice aux autres révolutionnaires et décida d’organiser, en juin 1922, un procès à grand spectacle contre 34 socialistes-révolutionnaires, dont nombre de leaders connus furent condamnés à mort. Ce fut le premier procès truqué, avec accusations fantaisistes, agents provocateurs et verdict arrêté à l’avance. »

Stéphane Courtois, « Lénine, l'inventeur du totalitarisme », Le Figaro – Histoire, n°30, février-mars 2017.

« Fort de son nouveau code pénal, Lénine inaugure une autre forme de terreur : le procès truqué et à grand spectacle – celui des socialistes révolutionnaires à l’été 1922 – qui sera le prototype des Grands Procès de Moscou sous Staline. »

Stéphane Courtois, « La terreur : moyen ordinaire de gouvernement », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

Lénine a forgé les instruments de répression que Staline n’aura plus qu’à reprendre

« Inutile d’insister sur le fait que toutes les catégories à détruire que visera Staline ont déjà été désignées par Lénine et que tous les instruments de répression ultérieurs ont été forgés par lui. »

Dominique Colas, « Lénine et la terreur de masse », Quand tombe la nuit, L'Age d'Homme, Lausanne, 2001.

Objections à la famille « Lénine a créé les instruments de la Terreur stalinienne »

3. Lénine théorise et revendique la Terreur de masse

Lénine encourage les actes de Terreur

« Dans un texte publié seulement en 1929 mais écrit entre le 6 et le 9 janvier 1918, Lénine a couché sur le papier sa pensée profonde, qu’il ne livrait pas au public : « Seule la participation bénévole et consciencieuse de la masse des ouvriers et des paysans, dans l’enthousiasme révolutionnaire, au recensement et au contrôle sur les riches, les filous, les parasites et les voyous, peut vaincre ces survivances de la maudite société capitaliste, ces déchets de l’humanité, ces membres irrémédiablement pourris et gan grenés, cette infection, cette peste, cette plaie que le capitalisme a léguée au socialisme. […] pas de quartier pour ces ennemis du peuple, ces ennemis du socialisme, ces ennemis des travailleurs. Guerre à mort aux riches et à leurs pique-assiette, les intellectuels bourgeois ; guerre aux filous, aux fainéants et aux voyous. […] Toute mesure pratique prise pour mater réellement les riches et les filous, pour les éliminer, pour les soumettre à un recensement et à une surveillance sans faiblesse, a plus d’importance qu’une douzaine d’excellentes dissertations sur le socialisme. […] Des milliers de formes et de procédés pratiques de recensement et de contrôle visant les riches, les filous et les parasites doivent être mis au point et éprouvés pratiquement. […] La diversité est ici gage de vitalité, une promesse de succès dans la poursuite d’un même but unique : débarrasser la terre russe de tous les insectes nuisibles, des puces (les filous), des punaises (les riches) et ainsi de suite. Ici on mettra en prison une dizaine de riches, une douzaine de filous, une demi-douzaine d’ouvriers qui tirent au flanc. […] Là on les enverra nettoyer les latrines. Ailleurs on les munira, au sortir du cachot, d’une carte jaune [la carte des prostituées sous le tsarisme] afin que le peuple entier puisse surveiller ces gens malfaisants jusqu’à ce qu’ils se soient corrigés. Ou encore on fusillera sur place un individu sur dix coupable de parasitisme. » »

Stéphane Courtois, « Rafael Lemkin et la question du génocide en régime communiste », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

Lénine donne personnellement les ordres

« Les archives déjà disponibles montrent le degré d’intentionnalité qui a présidé à ces crimes. Les ordres émanaient du Bureau politique, voire de Lénine en personne qui fut le principal promoteur et protecteur des institutions chargées des exterminations : la Tcheka et l’Armée rouge. Le profil des responsables montre bien que ces crimes n’ont pas été le fait de quelques assassins isolés ou de bandes irresponsables, mais des principaux dirigeants du premier parti-État communiste. Il y a donc bien eu dès 1918 « intention de détruire en totalité ou en partie » des « groupes en tant que tels » – pour leur « appartenance de classe » ou leur caractère prétendument « contre-révolutionnaire ». »

Stéphane Courtois, « Rafael Lemkin et la question du génocide en régime communiste », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

« Lénine donne personnellement ses ordres, comme dans son télégramme du 9 août 1918 : « […] introduire sur le champ la terreur de masse, fusiller ou déporter les centaines de prostituées qui font boire les soldats, tous les ex-officiers, etc. […] déportation massive des mencheviks et autres éléments suspects ». Ou celui du 10 août : « Le soulèvement koulak doit être écrasé sans pitié. […] Trouvez des gens plus durs ». »

Stéphane Courtois, « La terreur : moyen ordinaire de gouvernement », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

Lénine fait l'éloge de la Terreur

« L’éloge de la terreur par Lénine, qui a toujours revendiqué son jacobinisme et a pris comme un honneur d’être traité de Robespierre et ceci dès l’apparition en 1903 de la fraction bolchevique au sein du Parti ouvrier social démocrate russe, est bien antérieur à 1922, ou même 1917. Et même à 1914 : un des points que je voudrais montrer […] est que l’impact de la guerre mondiale fut négligeable sur la valorisation de la terreur par Lénine et qu’elle ne fut pas une rupture. »

Dominique Colas, « Lénine et la terreur de masse », Quand tombe la nuit, L'Age d'Homme, Lausanne, 2001.
Argument détaillé : Lénine fait l'éloge de la Terreur.

Lénine théorise la dictature

« Je ne m’étendrai pas sur la théorie de la construction de l’État chez Lénine. Je me bornerai à rappeler sa formule : « L’État – c’est nous » ; forme ramassée d’une autre équation, énoncée par Lénine en 1920 : « Classe prolétarienne = parti communiste russe = pouvoir soviétique ». Les définitions et les représentations de l’État, telles qu’elles transparaissent à travers les discours des principaux dirigeants bolcheviques au cours des premiers mois du nouveau régime sont remarquablement vagues. Un seul point ressort avec force : l’État sera dictatorial ou ne sera pas – c’est ce que proclamait un Appel du Conseil des commissaires du peuple, le 29 mai 1918. « Seul un État représenté par une Autorité centrale peut venir à bout de la tâche immense de la régulation étatique de l’économie » ; c’est ce que rappelait Lénine le 22 mai 1918 : « Les détachements ouvriers sont les constructeurs de l’État nouveau, l’État du Travail » ; c’est encore ce que disait A. Tsiouroupa, commissaire du peuple au Ravitaillement, le 4 juin 1918 : « La force de la coercition étatique est la mesure de base de notre activité. Tout doit être subordonné à la réimposition de l’autorité de l’État, au principe de l’État ». »

Nicolas Werth, « Les Bolcheviks et la restauration du « principe de l’État » », Quand tombe la nuit, L'Age d'Homme, Lausanne, 2001.

Lénine justifie théoriquement la Terreur

« Pour Lénine la terreur est doublement nécessaire : à la fois inévitable et indispensable, selon une logique fréquente chez Lénine où il faut s’employer à réaliser l’inéluctable. La terreur est un aspect du prix à payer pour donner à l’humanité débarrassée des insectes nuisibles et de tous les mécanismes et institutions de l’exploitation, un bonheur infini. La légitimation de la terreur de masse est, en dernière instance, ancrée dans la vision millénariste de Lénine selon laquelle il vaut mieux en terminer avec le capitalisme dans une fin pleine d’horreurs que de continuer à subir ce que le capitalisme produit, c’est-à-dire une horreur sans fin. »

Dominique Colas, « Lénine et la terreur de masse », Quand tombe la nuit, L'Age d'Homme, Lausanne, 2001.

La Terreur est intrinsèque au léninisme

« La légitimité de la terreur de masse n’est en tout cas nullement reliée par Lénine Iui-même à une sorte de mauvaise rencontre, à des circonstances exceptionnelles, mais il l’inscrit comme un mot d’ordre dans la logique même de la lutte des classes et de l’épuration. On peut sans doute comprendre, à partir de là, pourquoi des partis ou mouvements communistes placés dans des circonstances historiques et sociales très différentes ont, eux aussi, recouru au « terrorisme de masse » qui marque tout le court XXe siècle, qu’on pourrait faire commencer avec le Dimanche rouge de janvier 1905 et se terminer avec le massacre de la place Tienanmen. Le discours et l’appareil léninistes portaient en eux la terreur de masse et le système concentrationnaire, comme les nuées portent l’orage. »

Dominique Colas, « Lénine et la terreur de masse », Quand tombe la nuit, L'Age d'Homme, Lausanne, 2001.

Objections à la famille « Lénine théorise et revendique la Terreur de masse »

La Première Guerre mondiale brutalise la pensée de Lénine

« Si Lénine a, dès 1903-1905, théorisé la nécessité de la violence révolutionnaire sous ses formes les plus larges, la guerre de 1914, en portant la violence militaire à un niveau jusque-là inconnu, le pousse à radicaliser sa conception et à justifier par la guerre des « capitalistes » la généralisation de la violence révolutionnaire ; transposant cette violence militaire sur le terrain de la politique, Lénine considérera bientôt tout opposant à sa volonté comme un « ennemi » voué à la soumission ou à l’extermination. »

Stéphane Courtois, « La terreur : moyen ordinaire de gouvernement », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.


4. La guerre est au cœur du projet de Lénine

La guerre civile est au cœur du projet communiste

« La notion de guerre civile se trouve au cœur du projet communiste d’obédience marxiste, et cela dès 1848, dans le Manifeste du parti communiste. Évoquant la lutte des classes, Karl Marx y parle de « la guerre civile plus ou moins latente au sein de la société actuelle, jusqu’au point où elle éclate en révolution ouverte et où le prolétariat jette les fondements de sa domination par le renversement violent de la bourgeoisie ». La conclusion du Manifeste est fort claire : « Les communistes déclarent ouvertement qu’ils ne peuvent atteindre leurs objectifs qu’en détruisant par la violence l’ancien ordre social. » Confronté à la guerre perdue par la France contre la Prusse de Bismarck et témoin de la Commune de Paris, Marx tire une conclusion décisive : « La guerre nationale est une pure mystification des gouvernants, destinée à retarder la lutte des classes, et qui est jetée de côté aussitôt que cette lutte des classes éclate en guerre civile ». »

Stéphane Courtois, « Le communisme du XXe siècle ou la guerre civile permanente », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

Lénine assimile la politique à la guerre

« Cette dynamique de la violence est au centre de la dynamique totalitaire, une dynamique fondée sur l’identification de la politique et de la guerre ou, plus précisément, comme l’écrit Pierre Hassner, « sur l’inversion de la formule clausewitzienne par une formulation commune à Lénine et à Ludendorff selon laquelle la politique est la continuation de la guerre par d’autres moyens ». »

Nicolas Werth, « Les Bolcheviks et la restauration du « principe de l’État » », Quand tombe la nuit, L'Age d'Homme, Lausanne, 2001.

« « Guerre », « assaut », « front », « avant-garde », « détachements », « état-major », « mobiliser une troupe permanente », « armée apte à livrer un combat décisif », « opération militaire d’une troupe mobilisée », « l’ennemi », « se mettre en campagne contre l’ennemi », « le siège en règle de la forteresse ennemie » : autant d’expressions qui montrent qu’il n’a pas fallu attendre la guerre de 1914 pour voir le discours léniniste dominé par une vision militaire. La pensée elle-même en est contaminée, qu’il s’agisse de l’action – Lénine fixant comme objectif suprême « l’insurrection armée du peuple » contre le régime – ou de l’organisation. »

Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

Lénine cherche à créer les conditions de la guerre civile

« À partir du coup d’État bolchevique, le 7 novembre 1917, Lénine met systématiquement en place les conditions de la guerre civile, considérant que tous ceux qui résistent à sa volonté doivent être traités en ennemis absolus. Il interdit la presse d’opposition puis les autres partis ; il disperse manu militari, le 18 janvier 1918, l’Assemblée constituante – première et dernière assemblée élue librement en Russie jusqu’en 1991 – et réprime les partisans de celle-ci à la mitrailleuse ; il signe, en mars 1918, le traité de paix de Brest-Litovsk qui abandonne à l’Allemagne la plus grande partie de l’Ukraine et provoque, à gauche comme à droite, un sursaut patriotique contre les bolcheviks ; en mai 1918, il déclare la guerre à la paysannerie qui refuse de se laisser dépouiller de son blé par le pouvoir ; enfin, paradoxe ultime pour le tenant de la « dictature du prolétariat », il écrase férocement les centres ouvriers qui refusent la dictature des bolcheviks. Dès l’été 1918, et de par la volonté exacerbée de Lénine, toute la Russie est entrée dans une guerre civile »

Stéphane Courtois, « Le communisme du XXe siècle ou la guerre civile permanente », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

Lénine cherche à étendre la guerre civile au monde entier

« Pour étendre au monde entier cette guerre civile inaugurée en Russie, Lénine va se doter d’un outil : l’Internationale communiste (ou Komintern). À l’été 1920, lors de son IIe congrès, Lénine impose les « 21 conditions » à tout groupe socialiste souhaitant le rejoindre, et qui est dès lors étroitement soumis à l’Internationale et, par là, à la direction bolchevique. Ces « 21 conditions » reprennent la vision léniniste de la révolution comme guerre civile. Elles soulignent que « dans presque tous les pays de l’Europe et de l’Amérique la lutte de classes entre dans la période de la guerre civile » et que le monde vit désormais « dans une époque de guerre civile acharnée ». Le projet est clair : par-delà « le renversement révolutionnaire du capitalisme », « l’Internationale communiste a déclaré une guerre sans merci au vieux monde bourgeois et à tous les vieux partis social-démocrates jaunes ». De fait, le Komintern devient rapidement une vaste entreprise de subversion internationale, disposant des énormes moyens de l’État soviétique – en argent, en hommes (diplomates, officiers de l’Armée rouge, militants communistes formés à l’agit-prop et à la clandestinité mais aussi à l’espionnage, voire au sabotage, dans les écoles ad hoc à Moscou), en logistique (matériel de propagande, armes, faux papiers, réseaux clandestins, et bientôt postes émetteurs-récepteurs) – et dont l’URSS est le sanctuaire. »

Stéphane Courtois, « Le communisme du XXe siècle ou la guerre civile permanente », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

Pour Lénine, la guerre civile doit être sans limite

« Pour Lénine, la guerre civile est une guerre sans limite. Elle est sans limite de moyens : torture, prise d’otages, déportation et assassinat en masse de civils et de combattants prisonniers sont généralisés, avec la création d’une police politique et d’une Armée rouge qui seront bientôt – avec le Parti – les piliers de tout pouvoir communiste. Elle est sans limite de temps : contrairement à la guerre nationale qui aboutit à un armistice ou à la paix, la guerre contre « la bourgeoisie » est infinie puisqu’il ne s’agit pas tant d’exterminer les bourgeois que de tuer l’esprit bourgeois, cet esprit d’appropriation qui persiste en chaque homme. Elle est sans limite d’espace : commencée en Russie, elle est censée opposer les riches et les pauvres et doit donc s’étendre au monde entier. »

Stéphane Courtois, « Le communisme du XXe siècle ou la guerre civile permanente », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

Objections à la famille « La guerre est au cœur du projet de Lénine »

5. Lénine est le concepteur d’un parti totalitaire

Le parti léniniste est inspiré d’organisations proto-totalitaires

« En tant que phénomène de minorité idéologique agissante, le totalitarisme est le résultat de l’invention par Lénine, dès 1902-1903, du parti de révolutionnaires professionnels, le Parti bolchevique, prototype fabriqué à partir de l’exemple du Club des Jacobins, retravaillé par les propositions radicales de Netchaïev dans son Catéchisme du révolutionnaire de 1869 et mis en œuvre par ce dernier avec l’assassinat « révolutionnaire » de l’étudiant Ivanov. Tout ceci avait été décrit, compris et analysé dès 1870 par Dostoïevski dans son fameux roman Les Possédés, comme il l’écrivait à son ami Katkov : « Il me semble, tant les faits ont frappé mon esprit, que j’ai imaginé exactement le type d’homme capable de commettre un crime de ce genre ! » Car là était le problème ; il fallait « imaginer » ce qui jusque-là était inimaginable : un « type d’homme » qui annonce la mort de Dieu et le triomphe d’une liberté individuelle absolue, source d’une formidable volonté de puissance, et pour qui le culte du héros, apparu sous la Révolution française, se transforme en culte d’un chef qui n’accepte aucune limite à son action et à son pouvoir. C’est ce type d’« homme spécial » – annoncé par Tchernychevski dans son célèbre roman utopique-révolutionnaire de 1864, Que faire ?, et incarné par Netchaïev avec l’assassinat de l’étudiant Ivanov – qui, une fois armé d’une idéologie marxiste abstraite, devenue doctrine non tempérée par le courant démocratique, présidera à l’apparition d’un idéologue d’action comme Lénine, l’inventeur du mouvement puis du parti-État totalitaire entre 1902 et 1923. »

Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

Le parti léniniste est le parti d'une avant-garde autoproclamée

« La conclusion générale du Que faire ? est radicale : Lénine y affirme que l’idéologie socialiste, parce qu’elle est « scientifique », ne peut pas émerger du monde ouvrier, mais doit lui être apportée de l’extérieur par les intellectuels révolutionnaires. Il renverse délibérément la conception social-démocrate du parti : ce n’est pas la classe ouvrière qui, au cours de la lutte des classes, crée le parti, mais ce sont les intellectuels révolutionnaires qui, détenteurs de la théorie socialiste, créent le parti ; fort de son idéologie qui pénètre chez les ouvriers révolutionnaires et d’une organisation qui permet de démultiplier la force, c’est le parti qui produit la classe, donc la lutte des classes, et donc l’histoire. En substituant le parti à la classe, Lénine modifie profondément la pensée marxiste. Dans sa dimension messianique et scientiste faisant de la violence un moyen nécessaire et légitime, celle-ci recelait déjà des germes de totalitarisme. Mais avec Lénine on bascule d’une pensée proto-totalitaire à l’invention d’une organisation proto-totalitaire, sorte de contre-société où est expérimenté un mode de domination totale et qui préfigure à la fois le type de société dont rêve Lénine et les moyens d’action qu’il est disposé à employer pour y parvenir. »

Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Perrin, Paris, 2009.

Le parti bolchevik n'a pas d’enracinement dans la société civile

« Hannah Arendt a souligné à juste titre qu’en dépit de leur appellation « parti » – Parti bolchevique, Parti national-socialiste, Parti fasciste –, l’une des caractéristiques des mouvements totalitaires est précisément d’avoir abandonné la formation de classe portant les intérêts d’une catégorie sociale – et donc à vocation parlementaire, voire gouvernementale –, pour se transformer en mouvements formés majoritairement de déracinés des diverses classes – ce qu’elle nomme « la populace ». Et de fait, alors que les grandes social-démocraties d’avant 1914 avaient un caractère ouvrier très marqué, le Parti bolchevique compte peu d’ouvriers mais nombre d’intellectuels déclassés et d’aventuriers qui n’hésitent pas à agir avec des bandits de grand chemin, des maîtres chanteurs ou des escrocs. Là réside dès 1902 l’une des sources ultérieures du totalitarisme communiste. »

Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

Lénine instaure un culte du chef

« Derrière ce parti [bolchevik] promu démiurge de l’Histoire, se profile la silhouette de son chef. Car, derrière le discours explicite, en apparence rationnel, du révolutionnaire se montrant attaché à l’efficacité générale du mouvement socialiste, pointe le discours implicite d’un homme qui cherche à imposer sa suprématie personnelle. À travers sa défense d’un marxisme radical et dogmatique, Lénine revendique le monopole de l’idéologie révolutionnaire : monopole de la pensée, réservé aux intellectuels au détriment des ouvriers et autres petits-bourgeois, et monopole du savoir révolutionnaire de Lénine – et de ses partisans – au détriment des autres groupes et leaders de la social-démocratie russe et internationale. Même si par prudence il ne précise jamais qui va diriger son « parti de type nouveau », il est clair qu’il s’en réserve le monopole de direction. »

Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
Argument détaillé : Lénine instaure un culte du chef.

Lénine théorise et réalise la dictature de la direction bolchevik

« Lénine croit à la continuation, et même à l’aggravation de la lutte des classes sous la dictature de parti unique ; donc, logiquement le parti doit être traversé par cette lutte : en son sein se trouvent des ennemis. Nul besoin ici d’attribuer une psychologie de persécuté à Lénine, il suffit de supposer qu’il raisonne logiquement. »

Dominique Colas, « Lénine et la terreur de masse », Quand tombe la nuit, L'Age d'Homme, Lausanne, 2001.

« Depuis le printemps 1918 et la rupture tant avec les anarchistes qu’avec les socialistes-révolutionnaires de gauche – qui participaient au Sovnarkom et ont rompu en s’opposant au traité de Brest-Litovsk –, Lénine renforce sans cesse le monopole du pouvoir au bénéfice des bolcheviks, accélère la conquête de l’appareil d’État par le parti et en multiplie les moyens d’action, en particulier grâce à la Tcheka – qui compte déjà 12 000 hommes fin juin 1918 pour atteindre le chiffre de 280 000 début 1921 – et à l’Armée rouge – armée de guerre civile qui, à partir du 9 juin 1918, bénéficie du service militaire obligatoire. Et, depuis le Xe congrès du Parti bolchevique en mars 1921, et l’interdiction des fractions au sein du parti, le processus est enclenché qui mènera au pouvoir absolu de la direction sur le parti, et bientôt à celui du secrétaire général sur la direction. »

Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

Lénine théorise et réalise l'épuration du parti

« Revenons à la formule en épigraphe de Que faire ? – « Le Parti se renforce en s’épurant » – et soulignons que le vocabulaire mécanique – « force », « multiplication » – dont l’horizon est la guerre, est lié à un vocabulaire biologique, celui du corps propre – « épuration », « nettoyage », c’est étymologiquement le même mot, en russe, que « purge » – et l’on trouve chez Lénine à de multiples reprises l’affirmation de la nécessité de « nettoyer la terre russe ». Donc un modèle mécanique – celui de la force –, un modèle militaire – celui de la guerre de classes –, et un modèle de l’hygiène social – celui de l’épuration –, définissent les formes du combat bolchevique. Le parti uni et unique doit unifier la société. Terreur sur le parti, terreur par les masses et terreur sur les masses sont reliées fonctionnellement. »

Dominique Colas, « Lénine et la terreur de masse », Quand tombe la nuit, L'Age d'Homme, Lausanne, 2001.

Le parti bolchevik a sa milice privée

« Ce parti de la populace [le parti bolchevik] devient très rapidement un parti-milice, autre donnée fondamentale du phénomène totalitaire : alors que l’État détient en principe le monopole de la force armée, les bolcheviks organisent leur force armée privée, formée de soldats en rébellion ou déserteurs et de civils en armes, appelée garde rouge, et bientôt dirigée par un Comité révolutionnaire militaire bolchevique. Dès juin 1917, Lénine compte sur cette force pour s’emparer du pouvoir et, le 17 juin, il annonce publiquement devant le congrès des Soviets que le Parti bolchevique est prêt à s’emparer seul du pouvoir – ce qui alors provoque un éclat de rire général. »

Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

Lénine construit un parti-État

« En s’emparant du pouvoir, Lénine est bien décidé à s’emparer de l’État, à la fois comme lieu du pouvoir, mais aussi comme appareil de ce pouvoir. Dès lors, ce parti est appelé à remplir simultanément les fonctions d’un État – censé répondre à l’intérêt général – et celles d’un parti – qui ne poursuit que son intérêt particulier, ce qui passe, entre autres, par la nomination de membres du parti à tous les postes dirigeants de l’État. Cette forme de pouvoir inédite prend le nom de Conseil des commissaires du peuple ou Sovnarkom dont Lénine est le président en même temps que le chef du parti. Très logiquement, il impose d’emblée le régime du parti unique – caractéristique des régimes totalitaires – et abolit la séparation des pouvoirs, s’emparant à la fois de l’exécutif, du législatif et du judiciaire. »

Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
Argument détaillé : Lénine a construit un parti-État.

Objections à la famille « Lénine est le concepteur d’un parti totalitaire »

Tous les partis révolutionnaires russes étaient autoritaires et fortement centralisés

« Tous les partis révolutionnaires russes, depuis les années 1870-1880, furent en effet autoritaires, fortement centralisés et disciplinés dans l’illégalité, pour l’illégalité ; tous formèrent des « révolutionnaires professionnels », c’est-à-dire des hommes qui ne vivaient que pour le combat ; tous pourraient être occasionnellement accusés d’un certain amoralisme pratique, bien qu’il soit équitable de leur reconnaître à tous un idéalisme ardent et désintéressé. Presque tous furent imbus d’une mentalité jacobine, prolétarienne ou non. Tous produisirent des héros et des fanatiques. Tous, à l’exception des mencheviks, aspiraient à la dictature, et les mencheviks géorgiens eurent recours à des procédés dictatoriaux. Tous les grands partis étaient étatiques par leur structure et par la finalité qu’ils s’assignaient. En réalité, il y avait au-delà des divergences doctrinales importantes, une mentalité révolutionnaire unique. »

Victor Serge, « Trente ans après la Révolution russe », 1947.
Les pratiques bureaucratiques étaient enracinées dans la société russe

« Les pratiques bureaucratiques préexistaient au déclenchement de la révolution, et avaient cours avant Octobre, et même avant Février, car elles étaient déjà largement enracinées dans la société russe. […] Marc Ferro […] évoque « une subversion des pratiques démocratiques par les démocrates eux-mêmes, toutes tendances réunies ». Sévère avec l’ensemble des organisations du mouvement ouvrier, il ajoute : « Avant Octobre, ils manipulent la représentation des soldats et des paysans, éliminent les sans-parti de toutes les institutions, réduisent celles qu’ils n’ont pas fondées eux-mêmes en niant leur légitimité. » De la sorte, l’historien entend démystifier la « légende » qui « associe l’existence du totalitarisme bureaucratique de type soviétique au léninisme, au parti communiste, et à eux seuls ». « Raisonner ainsi revient à bolchéviser l’histoire » et à « exclure la part que le régime soviétique emprunte au passé propre de la Russie, une part qui existe même s’il est de bonne tactique aujourd’hui chez les marxistes français d’insister à l’excès sur elle ». »

Olivier Besancenot, Que faire de 1917 ?, Autrement, Paris, 2017.


6. Lénine est un ennemi de la démocratie

Lénine a fomenté le coup d'État d'Octobre 17

« Le 7 novembre 1917 est le moment du passage à l’acte majeur. Il ne s’opère pas par une insurrection populaire mais par un coup d’État mené à Petrograd par une troupe de quelques milliers d’hommes et pratiquement sans effusion de sang, puis par une tentative identique à Moscou qui fera des centaines de tués. Cet acte déclenche presque automatiquement la mise en œuvre de deux logiques : l’une redoutée et annoncée par toute la classe politique révolutionnaire, celle de la guerre civile ; l’autre inédite et inattendue, celle de la transformation du mouvement totalitaire en parti-État. »

Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

Lénine a dissous l'Assemblée constituante de janvier 1918

« Le 18 janvier 1918, se réunit enfin l’Assemblée constituante, première assemblée élue en Russie au suffrage universel libre – et dernière avant 1991 –, où les bolcheviks n’avaient que 168 députés sur 703. Une manifestation de plus de 50 000 personnes, qui défilaient, drapeaux rouges en tête, pour soutenir cette assemblée, fut dispersée à coups de mitrailleuses, laissant plus de vingt morts sur le pavé. Et après quelques heures de réunion, l’Assemblée fut militairement interdite. Lénine venait d’assassiner la démocratie russe. »

Stéphane Courtois, « Lénine, l'inventeur du totalitarisme », Le Figaro – Histoire, n°30, février-mars 2017.

Lénine a interdit les partis et journaux d'opposition

« Dès leur prise de pouvoir, les bolcheviks interdirent la plupart des autres partis et les journaux indépendants. »

Stéphane Courtois, « Lénine, l'inventeur du totalitarisme », Le Figaro – Histoire, n°30, février-mars 2017.

« Lénine veille également à l’instauration du monopole idéologique, culturel et médiatique. Après avoir fait fermer des centaines de journaux, y compris socialistes non bolcheviques, il instaure dès 1920 le Glavlit, organe de censure générale de tout ce qui est imprimé. Très vite, l’idéologie bolchevique, colportée par tous les médias et par une propagande de plus en plus présente, devient la norme obligatoire. »

Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

Lénine défend la dictature du prolétariat

Écrire un résumé de l'argument.

Objections à la famille « Lénine est un ennemi de la démocratie »

Le manque de démocratie est un héritage de la société tsariste

« Dans son essai Des soviets au communisme bureaucratique, Marc Ferro décrit de manière dialectique et détaillée les différentes formes de bureaucratisme, en soulignant au passage qu’elles ne furent pas l’apanage de la révolution russe ni même, pour cette dernière, des seuls bolcheviks. Les pratiques bureaucratiques préexistaient au déclenchement de la révolution, et avaient cours avant Octobre, et même avant Février, car elles étaient déjà largement enracinées dans la société russe. En outre, les petits arrangements, voire les grandes transgressions démocratiques étaient malheureusement monnaie courante et, qui plus est, le fait de tous les partis. Victor Serge explique les origines de ce travers qui, selon lui, n’épargnait personne, pas même l’anarchiste Bakounine : « Tous les partis révolutionnaires russes, depuis les années 1870-1880, furent en effet autoritaires, fortement centralisés et disciplinés dans l’illégalité, pour l’illégalité. [...] Presque tous furent imbus d’une mentalité jacobine, prolétarienne ou non. Tous produisirent des héros et des fanatiques. [...] Tous les grands partis étaient étatiques par leur structure et par la finalité qu’ils s’assignaient. En réalité, il y avait, au-delà des divergences doctrinales importantes, une mentalité révolutionnaire unique. » Marc Ferro, lui, évoque « une subversion des pratiques démocratiques par les démocrates eux-mêmes, toutes tendances réunies ». Sévère avec l’ensemble des organisations du mouvement ouvrier, il ajoute : « Avant Octobre, ils manipulent la représentation des soldats et des paysans, éliminent les sans-parti de toutes les institutions, réduisent celles qu’ils n’ont pas fondées eux-mêmes en niant leur légitimité. » De la sorte, l’historien entend démystifier la « légende » qui « associe l’existence du totalitarisme bureaucratique de type soviétique au léninisme, au parti communiste, et à eux seuls ». « Raisonner ainsi revient à bolchéviser l’histoire » et à « exclure la part que le régime soviétique emprunte au passé propre de la Russie, une part qui existe même s’il est de bonne tactique aujourd’hui chez les marxistes français d’insister à l’excès sur elle ». »

Olivier Besancenot, Que faire de 1917 ?, Autrement, Paris, 2017.
Lénine a toujours pris parti pour la démocratie des soviets

« Les falsificateurs accusent les bolcheviks d’avoir banni toute démocratie. Les bolcheviks ont, au contraire, systématiquement pris le parti de la démocratie ouvrière. Ce sont eux qui ont pris fait et cause pour les comités d’usine. Eux qui ont revendiqué tout le pouvoir pour les soviets. Eux qui ont toujours été favorables à ce que les ouvriers et les soldats s’organisent par en bas, prennent des initiatives et agissent collectivement. »

Lutte ouvrière, « 1917-2017 : la révolution russe », octobre 2017.


7. Lénine est un être cynique, paranoïaque et avide de pouvoir

Jeune, Lénine défendait déjà les vertus de la famine de 1891-1892

« Alors qu’il était déjà marxiste, Oulianov [Lénine] se félicita de la dernière grande famine de l’empire tsariste, qui tua environ 400 000 paysans de la Volga en 1891-1892, et, à l’inverse de l’ensemble de la société il refusa de leur venir en aide, estimant qu’« en détruisant l’économie paysanne attardée, la famine nous rapproche objectivement de notre but final, le socialisme ». »

Stéphane Courtois, « Rafael Lemkin et la question du génocide en régime communiste », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

Lénine est paranoïaque

« S’ajoute, à partir du printemps 1922, la dérive paranoïaque du chef. En effet, depuis fin janvier 1922, Lénine se sent très fatigué et de plus en plus mal, jusqu’à sa première attaque cérébrale, le 26 mai. Angoissé à l’idée de ne plus participer activement à la direction, voire de ne plus pouvoir parler, il est pris d’une frénésie de liquidation des derniers ennemis qu’il n’a pu encore atteindre. Le 19 mars, il adresse au Bureau politique la fameuse note exigeant la liquidation de l’Église orthodoxe. Le 20 mai, il demande à Dzerjinski de mettre au point un vaste plan « d’expulsion des écrivains et des professeurs qui aident la contre-révolution ». Le même mois, il donne ses directives pour la rédaction du nouveau code pénal, immédiatement utilisé dans l’organisation du procès truqué des leaders socialistes-révolutionnaires, qui se termine le 11 août sur la condamnation à mort de onze vieux révolutionnaires. Le 17 juillet, il entretient Staline de la déportation des mencheviks. Et le 17 septembre, il évoque la déportation d’intellectuels socialistes, s’enquérant avec précision du sort de tel ou tel qu’il connaît personnellement. Fin septembre, il fait expulser d’Union soviétique 220 intellectuels russes parmi les plus connus »

Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
Argument détaillé : Lénine est un être paranoïaque.

Lénine est guidé par la volonté de puissance

« Dès 1903, lors du IIIe congrès du Parti ouvrier social-démocrate de Russie, Lénine provoqua une scission et prit la tête de la fraction « bolchevik » – majoritaire – contre les minoritaires – « mencheviks ». Son comportement lors de ce congrès fut tel que le jeune Léon Trotski, jusque-là l’un de ses plus fervents admirateurs, le dénonça, critiquant « la « volonté de puissance » qui guide le camarade Lénine » et sa « dialectique de la « lutte pour le pouvoir » ». »

Stéphane Courtois, « Lénine, l'inventeur du totalitarisme », Le Figaro – Histoire, n°30, février-mars 2017.

Même des bolcheviks ont dénoncé sa dimension totalitaire

« Dès 1903, lors du IIIe congrès du Parti ouvrier social-démocrate de Russie, Lénine provoqua une scission et prit la tête de la fraction « bolchevik » – majoritaire – contre les minoritaires – « mencheviks ». Son comportement lors de ce congrès fut tel que le jeune Léon Trotski, jusque-là l’un de ses plus fervents admirateurs, le dénonça, critiquant « la « volonté de puissance » qui guide le camarade Lénine » et sa « dialectique de la « lutte pour le pouvoir » ». Trotski allait au fond des choses : « L’« état de siège » [dans le parti] sur lequel Lénine a insisté avec une telle énergie exige un « pouvoir fort », la pratique de la méfiance organisée exige une main de fer. Le système de la terreur est couronné par un Robespierre. Le camarade Lénine a mentalement passé en revue les membres du parti, et en est arrivé à la conclusion que cette main de fer ne pouvait être que lui. » Ainsi, dès 1903, un révolutionnaire encore démocrate comme Trotski avait décrit les caractéristiques de la pensée et de l’action que Lénine, pour l’instant, ne mettait en œuvre que dans un petit groupuscule marxiste dont il sélectionnait soigneusement les affidés. »

Stéphane Courtois, « Lénine, l'inventeur du totalitarisme », Le Figaro – Histoire, n°30, février-mars 2017.

Objections à la famille « Lénine est un être cynique, paranoïaque et avide de pouvoir »

Arguments CONTRE

1. La Terreur est dictée par les circonstances

Argument à compléter

Écrire un résumé de l'argument.

Argument à compléter

Écrire un résumé de l'argument.

Argument à compléter

Écrire un résumé de l'argument.

Objections à la famille « La Terreur est dictée par les circonstances »

Lénine théorise et revendique la Terreur

« L’apologie de la terreur de masse par Lénine n’est ni ponctuelle, ni circonstancielle et sa mise en œuvre ne peut être interprétée comme le résultat de contraintes externes à la logique du bolchevisme. C’est un argument souvent avancé pour sauver le communisme d’une condamnation morale que de référer sa violence à des facteurs exogènes. Mais cette opération ne peut se faire qu’en oubliant les décisions et les discours qui les soutenaient. »

Dominique Colas, « Lénine et la terreur de masse », Quand tombe la nuit, L'Age d'Homme, Lausanne, 2001.

Voir la famille d'arguments « contre » : Lénine théorise et revendique la Terreur de masse.

Tous les régimes communistes ont pratiqué la Terreur

« L’apologie de la terreur de masse par Lénine n’est ni ponctuelle, ni circonstancielle et sa mise en œuvre ne peut être interprétée comme le résultat de contraintes externes à la logique du bolchevisme. C’est un argument souvent avancé pour sauver le communisme d’une condamnation morale que de référer sa violence à des facteurs exogènes. […] On peut […] rappeler que la « terreur de masse » ne fut nullement un épisode de la révolution russe mais que, sous des formes différentes, elle a accompagné tous les régimes communistes. »

Dominique Colas, « Lénine et la terreur de masse », Quand tombe la nuit, L'Age d'Homme, Lausanne, 2001.

Argument à compléter

Écrire un résumé de l'argument.

Argument à compléter

Écrire un résumé de l'argument.

Argument à compléter

Écrire un résumé de l'argument.

Argument à compléter

Écrire un résumé de l'argument.

Argument à compléter

Écrire un résumé de l'argument.

Notes et références

Pour aller plus loin

Livre symbolisant la bibliographieLivre symbolisant la bibliographie{{{2}}} Bibliographie

Plutôt « pour »

  • , Robert Laffont, Paris, 1997.
  • , L'Age d'Homme, Lausanne, 2001.
  • , Perrin, Paris, 2009.
  • , « Lénine, l'inventeur du totalitarisme », février-mars 2017.

Plutôt « contre »

Ni « pour » ni « contre »

Chaine ou lien URL symbolisant la webographieLien URL symbolisant la webographie{{{2}}} Sitographie

Plutôt « pour »

Plutôt « contre »

Ni « pour » ni « contre »

Film ou pellicule symbolisant la vidéographieFilm symbolisant la vidéographie{{{2}}} Vidéographie

Plutôt « pour »

Plutôt « contre »

Ni « pour » ni « contre »

Débats connexes