Lénine a cherché à créer les conditions de la guerre civile

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flèche vers le haut dans un cercle Cet argument est un sous-argument de La guerre était au coeur du projet de Lénine
SOUS-ARGUMENTS OBJECTIONS
Lénine assimilait la politique à la guerre
Lénine a cherché à créer les conditions de la guerre civile
Lénine a cherché à étendre la guerre civile au monde entier
Lénine considérait la guerre civile comme une guerre sans limite
La guerre civile est au coeur du projet communiste
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Présentation de l'argument

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Citations

« En mars 1917, la Russie est entrée dans une phase de révolution démocratique dont Lénine est bien décidé à profiter pour imposer ses vues. Dès septembre 1917, il n’a de cesse de pousser les bolcheviks à la prise du pouvoir par une insurrection qui ouvrirait la voie à une guerre civile, étape indispensable de la transformation socialiste de la société russe. À partir du coup d’État bolchevique, le 7 novembre 1917, Lénine met systématiquement en place les conditions de la guerre civile, considérant que tous ceux qui résistent à sa volonté doivent être traités en ennemis absolus. Il interdit la presse d’opposition puis les autres partis ; il disperse manu militari, le 18 janvier 1918, l’Assemblée constituante – première et dernière assemblée élue librement en Russie jusqu’en 1991 – et réprime les partisans de celle-ci à la mitrailleuse ; il signe, en mars 1918, le traité de paix de Brest-Litovsk qui abandonne à l’Allemagne la plus grande partie de l’Ukraine et provoque, à gauche comme à droite, un sursaut patriotique contre les bolcheviks ; en mai 1918, il déclare la guerre à la paysannerie qui refuse de se laisser dépouiller de son blé par le pouvoir ; enfin, paradoxe ultime pour le tenant de la « dictature du prolétariat », il écrase férocement les centres ouvriers qui refusent la dictature des bolcheviks. Dès l’été 1918, et de par la volonté exacerbée de Lénine, toute la Russie est entrée dans une guerre civile qui oppose les « Rouges » – et leur Armée rouge, avant tout armée de guerre civile – aux « Blancs » – une poignée d’officiers regroupés dans le sud-ouest de la Russie –, mais aussi aux « Verts » – des groupes très variables, parfois de dizaines de milliers d’hommes organisés en armée, formés de paysans en rébellion ouverte contre la collectivisation des terres, la réquisition des récoltes et la conscription obligatoire dans l’Armée rouge. »
Stéphane Courtois, « Le communisme du XXe siècle ou la guerre civile permanente », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
« [Dans sa « Réponse à Kievski »] Lénine ne pose pas la réalité de la guerre civile comme le constat d’une situation existante – nous sommes à l’été 1916 –, ni comme un vague souhait, mais comme un ordre, une directive pour l’action, commandé par son idéologie extrémiste et la nécessité impérieuse, à ses yeux, de combattre les « opportunistes » qui eux, sous le poids du même événement, réfléchissent au moyen d’aboutir à une paix générale. Lénine définit bien cette guerre civile comme une guerre de classe, destinée à « exproprier par la force » les « possédants », ce qui en constitue la légitimation. Et il envisage froidement la nécessité « d’anéantir toute possibilité de résistance de la bourgeoisie, d’exterminer ses troupes ». Là se posent les premières questions. Pourquoi anéantir « toute possibilité de résistance » alors que la bourgeoisie, en particulier dans les plus grands pays capitalistes, accepte une certaine résistance des salariés, à travers les pratiques syndicales et le suffrage universel qui ont permis la montée en puissance des organisations syndicales et des partis socialistes bénéficiant d’une reconnaissance légale ? Que signifie « anéantir ses troupes » ? À l’exception de l’épisode très particulier de la Commune de Paris – le gouvernement de Thiers pouvant difficilement tolérer une dissidence parisienne alors que face au vainqueur prussien il devait affirmer l’unité de la nation –, à aucun moment la bourgeoisie n’a envisagé d’« exterminer » les troupes du prolétariat, ni même ses états-majors. Il y a certes eu, en Europe et aux États-Unis, des heurts violents entre la troupe et les grévistes, mais rien qui ressemble à une extermination. Quant à la situation apparue en Russie en 1905, qui a pu peser sur la perception de Lénine, elle est une exception qui confirme la règle des grands pays développés. Enfin, Lénine désigne comme cible « la minorité des possédants », mais il néglige le fait que dans une Europe encore largement rurale, les possédants ne se limitent pas à la petite minorité ainsi désignée. Les commerçants, les artisans, les paysans, sont aussi des possédants. Et dès le printemps 1918, Lénine en fera l’amère expérience en Russie même quand les paysans, à qui il aura promis la terre, l’auront pris au mot et refuseront toute collectivisation et toute réquisition. »
Stéphane Courtois, « Le poids de la guerre sur la pensée de Lénine », Quand tombe la nuit, L'Âge d'Homme, Lausanne, 2001.
« Rappelons que le jour même de la prise du pouvoir par les bolcheviks, Martov, vieux camarade de Lénine et chef des mencheviks, proposa devant le congrès des Soviets que fût créé un gouvernement de coalition des partis socialistes afin d’éviter la guerre civile, mais en vain. Lénine et Trotsky voulaient la guerre civile. Celle-ci n’a pas été le résultat malheureux des circonstances, mais l’effet recherché d’une politique. Elle était devenue, sous l’effet de la guerre, leur conception permanente de la politique. »
Stéphane Courtois, « Le poids de la guerre sur la pensée de Lénine », Quand tombe la nuit, L'Âge d'Homme, Lausanne, 2001.

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Sous-arguments

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Objections

La guerre civile était prévue mais pas voulue par Lénine et les bolchéviks

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La guerre civile était prévue mais pas voulue par Lénine et les bolchéviks
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« L'histoire réelle, faite de conflits, de luttes, d'incertitudes, de victoires et de défaites, est irréductible à cette sombre légende de l'auto-développement du concept, où l'idée engendrerait le monde. La guerre civile n'a pas été voulue mais prévue. C'est plus qu'une nuance. Toutes les révolutions depuis la Révolution française avaient inculqué cette douloureuse leçon : les mouvements d'émancipation se heurtent à la réaction conservatrice ; la contre-révolution suit la révolution comme son ombre, en 1792, lorsque les troupes de Brunswick marchent sur Paris, en 1848 lors des massacres de juin (sur la férocité bourgeoise d'alors qu'on relise Michelet, Flaubert ou Renan), lors de la Semaine sanglante de 1871. La règle depuis ne s'est jamais démentie, du pronunciamento franquiste de 1936 au coup d'État de Sukarno (qui a fait 500 000 morts en 1965 en Indonésie) ou à celui de Pinochet au Chili en1973. Pas plus que les révolutionnaires français en 1792, les révolutionnaires russes n'ont déclaré la guerre civile. Ils n'ont pas appelé les troupes françaises et britanniques à intervenir pour les renverser ! »
Daniel Bensaïd, « Communisme contre stalinisme », Rouge, n°1755, 1997.

Lénine et les bolchéviks ne sont pas responsables de la guerre civile

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Lénine et les bolchéviks ne sont pas responsables de la guerre civile
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« Dès l'été 1918, rappelle Nicolas Werth, les armées blanches étaient solidement établies sur trois fronts et les bolchéviks « ne contrôlaient plus guère qu'un territoire réduit à la Moscovie historique ». Les dispositions de la terreur sont prises en août-septembre 1918, lorsque l'agression étrangère et la guerre civile ont commencé. De même, dans la Révolution française, Danton proclame la terreur pour canaliser la terreur populaire spontanée qui éclate avec les massacres de septembre devant la menace que fait peser sur Paris l'avancée des troupes coalisées de Brunswick. Il admet donc que la responsabilité dans le déclenchement de la guerre civile n'est pas du côté de la révolution. »
Daniel Bensaïd, « Communisme contre stalinisme », Rouge, n°1755, 1997.

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Références

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