La guerre était au coeur du projet de Lénine

De Wikidébats
Aller à : navigation, rechercher
pouce d'argument Cet argument est un argument POUR dans le débat Lénine est-il le précurseur de Staline ?
.

Présentation de l'argument

[ + Ajouter un résumé ]

Citations

« En 1914-1915, Lénine s’empare de cette conclusion de Marx pour inaugurer un slogan appelé à un grand retentissement : « Transformer la guerre impérialiste en guerre civile. » […] L’irruption de la guerre moderne sur la scène de l’histoire en août 1914 transforme la vision de Lénine et la radicalise : tout conflit politique ou social est désormais assimilé à une guerre qui n’est plus un moment exceptionnel mais un temps ordinaire et permanent. La guerre civile domine la conception léniniste de la politique en général et de la révolution en particulier. Extrapolant les événements en cours, Lénine en vient à considérer que le monde est entré dans « l’époque de la guerre » qui fait de la guerre civile le principal moyen d’action du prolétariat – dans son esprit, le Parti bolchevique – pour s’emparer du pouvoir et façonner une nouvelle société. Dès août-septembre 1916, il écrit : « A la guerre bourgeoise impérialiste, à la guerre du capitalisme hautement développé, ne peut objectivement être opposée, du point de vue du progrès, du point de vue de la classe d’avant-garde, que la guerre contre la bourgeoisie, c’est-à-dire avant tout la guerre civile du prolétariat contre la bourgeoisie pour la conquête du pouvoir, guerre sans laquelle tout progrès sérieux est impossible. » Et il précise que cette « guerre civile pour le socialisme » est « aussi une guerre, par conséquent elle doit aussi ériger inévitablement la violence au lieu et place du droit. […] Le but de la guerre civile est de s’emparer des banques, des fabriques, des usines, etc., d’anéantir toute possibilité de résistance de la bourgeoisie, d’exterminer ses troupes ». Sans la moindre hésitation, il l’évoquera en octobre 1917 : « Cette guerre pourra être violente, sanguinaire, elle pourra coûter la vie de dizaines de milliers de propriétaires fonciers, de capitalistes et d’officiers qui épousent leur cause. Le prolétariat ne reculera devant aucun sacrifice pour sauver la révolution » »
Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

[ ± Ajouter ou retirer une citation ]

Sous-arguments

La guerre civile est au coeur du projet communiste

Page détaillée
La guerre civile est au coeur du projet communiste
[ Modifier ]
« La notion de guerre civile se trouve au cœur du projet communiste d’obédience marxiste, et cela dès 1848, dans le Manifeste du parti communiste. Évoquant la lutte des classes, Karl Marx y parle de « la guerre civile plus ou moins latente au sein de la société actuelle, jusqu’au point où elle éclate en révolution ouverte et où le prolétariat jette les fondements de sa domination par le renversement violent de la bourgeoisie ». La conclusion du Manifeste est fort claire : « Les communistes déclarent ouvertement qu’ils ne peuvent atteindre leurs objectifs qu’en détruisant par la violence l’ancien ordre social. » Confronté à la guerre perdue par la France contre la Prusse de Bismarck et témoin de la Commune de Paris, Marx tire une conclusion décisive : « La guerre nationale est une pure mystification des gouvernants, destinée à retarder la lutte des classes, et qui est jetée de côté aussitôt que cette lutte des classes éclate en guerre civile ». »
Stéphane Courtois, « Le communisme du XXe siècle ou la guerre civile permanente », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
« La notion de guerre civile est au cœur du projet communiste, tel qu’il apparaît dès 1848 dans le Manifeste du parti communiste où Marx, évoquant la lutte des classes, parle de « la guerre civile plus ou moins latente au sein de la société actuelle, jusqu’au point où elle éclate en révolution ouverte et où le prolétariat jette les fondements de sa domination par le renversement violent de la bourgeoisie ». La conclusion du Manifeste est fort claire : « Les communistes déclarent ouvertement qu’ils ne peuvent atteindre leurs objectifs qu’en détruisant par la violence l’ancien ordre social. » En 1871, après l’écrasement de la Commune de Paris, Marx publie La Guerre civile en France, où il rappelle qu’à ses yeux « la guerre des asservis contre leurs oppresseurs [est] la seule guerre juste dans l’histoire », et où il dénonce « la conspiration de la classe dominante pour abattre la révolution par une guerre civile poursuivie sous le patronage de l’envahisseur étranger », oubliant au passage que la Commune s’opposait à une Assemblée nationale régulièrement élue en février 1871. Confronté à la guerre perdue par la France contre la Prusse, Marx tire une conclusion décisive : « La guerre nationale est une pure mystification des gouvernants destinée à retarder la lutte des classes, et qui est jetée de côté aussitôt que cette lutte des classes éclate en guerre civile. » Dès 1914-1915, Lénine s’empare de cette conclusion de Marx pour inaugurer un slogan appelé à un grand retentissement : « Transformer la guerre impérialiste en guerre civile ». »
Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

Lénine assimilait la politique à la guerre

Page détaillée
Lénine assimilait la politique à la guerre
[ Modifier ]
« Aveu remarquable, qui touche au cœur même du fonctionnement du système : la nécessité permanente de réactiver la dynamique de la violence, qui avait donné au cours des années 1917-1922, du point de vue des bolcheviks, des résultats remarquables. Cette dynamique de la violence est au centre de la dynamique totalitaire, une dynamique fondée sur l’identification de la politique et de la guerre ou, plus précisément, comme l’écrit Pierre Hassner, « sur l’inversion de la formule clausewitzienne par une formulation commune à Lénine et à Ludendorff selon laquelle la politique est la continuation de la guerre par d’autres moyens ». La trêve, c’est à brève échéance la « dégénérescence ». Dégénérescence des activistes noyés dans « l’océan paysan », dégénérescence du parti infiltré par des « éléments socialement étrangers », dégénérescence de l’État, noyauté par les « spécialistes bourgeois ». »
Nicolas Werth, « Les Bolcheviks et la restauration du « principe de l’État » », Quand tombe la nuit, L'Âge d'Homme, Lausanne, 2001.
« Cette idéologisation de la politique s’accompagne d’une forte militarisation de la pensée politique. On n’en finirait pas de relever, dès 1902, les innombrables expressions de type militaires dont use Lénine pour parler du combat politique tant contre le régime tsariste que contre les autres groupes marxistes russes et internationaux. « Guerre », « assaut », « front », « avant-garde », « détachements », « état-major », « mobiliser une troupe permanente », « armée apte à livrer un combat décisif », « opération militaire d’une troupe mobilisée », « l’ennemi », « se mettre en campagne contre l’ennemi », « le siège en règle de la forteresse ennemie » : autant d’expressions qui montrent qu’il n’a pas fallu attendre la guerre de 1914 pour voir le discours léniniste dominé par une vision militaire. La pensée elle-même en est contaminée, qu’il s’agisse de l’action – Lénine fixant comme objectif suprême « l’insurrection armée du peuple » contre le régime – ou de l’organisation. »
Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
« L’irruption de la guerre moderne, de masse et industrielle, accentue la vision manichéenne de Lénine. Dans l’un de ses principaux écrits, L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme, il estime que le capitalisme a atteint sa phase finale et « pourrissante ». Toute sa pensée est écrasée par la dimension guerrière et aboutit à une conception radicale : tout conflit politique ou social est désormais assimilé à une guerre qui n’est plus un moment exceptionnel mais un temps ordinaire et permanent. La guerre civile domine la conception léniniste de la politique en général et de la révolution en particulier. Extrapolant les événements en cours, Lénine considère que le monde est entré dans « l’époque de la guerre » qui fait de la guerre civile le principal moyen d’action du prolétariat – dans son esprit, le Parti bolchevique – pour s’emparer du pouvoir et façonner une nouvelle société. Dès août-septembre 1916, il écrit : « A la guerre bourgeoise impérialiste, à la guerre du capitalisme hautement développé, ne peuvent objectivement être opposées, du point de vue du progrès, du point de vue de la classe d’avant-garde, que la guerre contre la bourgeoisie, c’est-à-dire avant tout la guerre civile du prolétariat contre la bourgeoisie pour la conquête du pouvoir, guerre sans laquelle tout progrès sérieux est impossible » Désormais, pour Lénine, la révolution est définitivement inséparable de la « guerre civile pour le socialisme ». Or celle-ci est « aussi une guerre, par conséquent elle doit aussi ériger inévitablement la violence au lieu et place du droit. […] Le but de la guerre civile est de s’emparer des banques, des fabriques, des usines, etc., d’anéantir toute possibilité de résistance de la bourgeoisie, d’exterminer ses troupes ». Il le rappellera en octobre 1917 : « Cette guerre pourra être violente, sanguinaire, elle pourra coûter la vie de dizaines de milliers de propriétaires fonciers, de capitalistes et d’officiers qui épousent leur cause. Le prolétariat ne reculera devant aucun sacrifice pour sauver la révolution. » »
Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

Lénine a cherché à créer les conditions de la guerre civile

Page détaillée
Lénine a cherché à créer les conditions de la guerre civile
[ Modifier ]
« En mars 1917, la Russie est entrée dans une phase de révolution démocratique dont Lénine est bien décidé à profiter pour imposer ses vues. Dès septembre 1917, il n’a de cesse de pousser les bolcheviks à la prise du pouvoir par une insurrection qui ouvrirait la voie à une guerre civile, étape indispensable de la transformation socialiste de la société russe. À partir du coup d’État bolchevique, le 7 novembre 1917, Lénine met systématiquement en place les conditions de la guerre civile, considérant que tous ceux qui résistent à sa volonté doivent être traités en ennemis absolus. Il interdit la presse d’opposition puis les autres partis ; il disperse manu militari, le 18 janvier 1918, l’Assemblée constituante – première et dernière assemblée élue librement en Russie jusqu’en 1991 – et réprime les partisans de celle-ci à la mitrailleuse ; il signe, en mars 1918, le traité de paix de Brest-Litovsk qui abandonne à l’Allemagne la plus grande partie de l’Ukraine et provoque, à gauche comme à droite, un sursaut patriotique contre les bolcheviks ; en mai 1918, il déclare la guerre à la paysannerie qui refuse de se laisser dépouiller de son blé par le pouvoir ; enfin, paradoxe ultime pour le tenant de la « dictature du prolétariat », il écrase férocement les centres ouvriers qui refusent la dictature des bolcheviks. Dès l’été 1918, et de par la volonté exacerbée de Lénine, toute la Russie est entrée dans une guerre civile qui oppose les « Rouges » – et leur Armée rouge, avant tout armée de guerre civile – aux « Blancs » – une poignée d’officiers regroupés dans le sud-ouest de la Russie –, mais aussi aux « Verts » – des groupes très variables, parfois de dizaines de milliers d’hommes organisés en armée, formés de paysans en rébellion ouverte contre la collectivisation des terres, la réquisition des récoltes et la conscription obligatoire dans l’Armée rouge. »
Stéphane Courtois, « Le communisme du XXe siècle ou la guerre civile permanente », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
« [Dans sa « Réponse à Kievski »] Lénine ne pose pas la réalité de la guerre civile comme le constat d’une situation existante – nous sommes à l’été 1916 –, ni comme un vague souhait, mais comme un ordre, une directive pour l’action, commandé par son idéologie extrémiste et la nécessité impérieuse, à ses yeux, de combattre les « opportunistes » qui eux, sous le poids du même événement, réfléchissent au moyen d’aboutir à une paix générale. Lénine définit bien cette guerre civile comme une guerre de classe, destinée à « exproprier par la force » les « possédants », ce qui en constitue la légitimation. Et il envisage froidement la nécessité « d’anéantir toute possibilité de résistance de la bourgeoisie, d’exterminer ses troupes ». Là se posent les premières questions. Pourquoi anéantir « toute possibilité de résistance » alors que la bourgeoisie, en particulier dans les plus grands pays capitalistes, accepte une certaine résistance des salariés, à travers les pratiques syndicales et le suffrage universel qui ont permis la montée en puissance des organisations syndicales et des partis socialistes bénéficiant d’une reconnaissance légale ? Que signifie « anéantir ses troupes » ? À l’exception de l’épisode très particulier de la Commune de Paris – le gouvernement de Thiers pouvant difficilement tolérer une dissidence parisienne alors que face au vainqueur prussien il devait affirmer l’unité de la nation –, à aucun moment la bourgeoisie n’a envisagé d’« exterminer » les troupes du prolétariat, ni même ses états-majors. Il y a certes eu, en Europe et aux États-Unis, des heurts violents entre la troupe et les grévistes, mais rien qui ressemble à une extermination. Quant à la situation apparue en Russie en 1905, qui a pu peser sur la perception de Lénine, elle est une exception qui confirme la règle des grands pays développés. Enfin, Lénine désigne comme cible « la minorité des possédants », mais il néglige le fait que dans une Europe encore largement rurale, les possédants ne se limitent pas à la petite minorité ainsi désignée. Les commerçants, les artisans, les paysans, sont aussi des possédants. Et dès le printemps 1918, Lénine en fera l’amère expérience en Russie même quand les paysans, à qui il aura promis la terre, l’auront pris au mot et refuseront toute collectivisation et toute réquisition. »
Stéphane Courtois, « Le poids de la guerre sur la pensée de Lénine », Quand tombe la nuit, L'Âge d'Homme, Lausanne, 2001.
« Rappelons que le jour même de la prise du pouvoir par les bolcheviks, Martov, vieux camarade de Lénine et chef des mencheviks, proposa devant le congrès des Soviets que fût créé un gouvernement de coalition des partis socialistes afin d’éviter la guerre civile, mais en vain. Lénine et Trotsky voulaient la guerre civile. Celle-ci n’a pas été le résultat malheureux des circonstances, mais l’effet recherché d’une politique. Elle était devenue, sous l’effet de la guerre, leur conception permanente de la politique. »
Stéphane Courtois, « Le poids de la guerre sur la pensée de Lénine », Quand tombe la nuit, L'Âge d'Homme, Lausanne, 2001.

Lénine a cherché à étendre la guerre civile au monde entier

Page détaillée
Lénine a cherché à étendre la guerre civile au monde entier
[ Modifier ]
« Pour étendre au monde entier cette guerre civile inaugurée en Russie, Lénine va se doter d’un outil : l’Internationale communiste (ou Komintern). À l’été 1920, lors de son IIe congrès, Lénine impose les « 21 conditions » à tout groupe socialiste souhaitant le rejoindre, et qui est dès lors étroitement soumis à l’Internationale et, par là, à la direction bolchevique. Ces « 21 conditions » reprennent la vision léniniste de la révolution comme guerre civile. Elles soulignent que « dans presque tous les pays de l’Europe et de l’Amérique la lutte de classes entre dans la période de la guerre civile » et que le monde vit désormais « dans une époque de guerre civile acharnée ». Le projet est clair : par-delà « le renversement révolutionnaire du capitalisme », « l’Internationale communiste a déclaré une guerre sans merci au vieux monde bourgeois et à tous les vieux partis social-démocrates jaunes ». De fait, le Komintern devient rapidement une vaste entreprise de subversion internationale, disposant des énormes moyens de l’État soviétique – en argent, en hommes (diplomates, officiers de l’Armée rouge, militants communistes formés à l’agit-prop et à la clandestinité mais aussi à l’espionnage, voire au sabotage, dans les écoles ad hoc à Moscou), en logistique (matériel de propagande, armes, faux papiers, réseaux clandestins, et bientôt postes émetteurs-récepteurs) – et dont l’URSS est le sanctuaire. »
Stéphane Courtois, « Le communisme du XXe siècle ou la guerre civile permanente », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

Lénine considérait la guerre civile comme une guerre sans limite

Page détaillée
Lénine considérait la guerre civile comme une guerre sans limite
[ Modifier ]
« Pour Lénine, la guerre civile est une guerre sans limite. Elle est sans limite de moyens : torture, prise d’otages, déportation et assassinat en masse de civils et de combattants prisonniers sont généralisés, avec la création d’une police politique et d’une Armée rouge qui seront bientôt – avec le Parti – les piliers de tout pouvoir communiste. Elle est sans limite de temps : contrairement à la guerre nationale qui aboutit à un armistice ou à la paix, la guerre contre « la bourgeoisie » est infinie puisqu’il ne s’agit pas tant d’exterminer les bourgeois que de tuer l’esprit bourgeois, cet esprit d’appropriation qui persiste en chaque homme. Elle est sans limite d’espace : commencée en Russie, elle est censée opposer les riches et les pauvres et doit donc s’étendre au monde entier. »
Stéphane Courtois, « Le communisme du XXe siècle ou la guerre civile permanente », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

[ ± Ajouter ou retirer un sous-argument ]

Objections

[ ± Ajouter ou retirer une objection ]

Références

[ ± Ajouter ou retirer une référence ]


Débat parent