La liberté d'expression doit-elle être totale ?

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Sommaire

Pour comprendre le débat

Définition de la liberté d'expression

La liberté d'expression est le droit fondamental d'exprimer son opinion et sa pensée par tous les moyens, que ce soit par la parole, l'écriture, l'art, la presse, la manifestation, la réunion ou l'association. Elle comprend donc la liberté d'opinion, de manifestation, de réunion et d'association. Elle est incluse dans l'ensemble plus large des libertés publiques, liées à la définition du citoyen en démocratie.

Fondements juridiques

En France, la liberté d'expression a ses fondements dans l'article 11 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 (insérée dans le préambule de la Constitution française de 1958) :

« La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. »

Le même principe est rappelé dans l'article 19 de la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948
« Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit. »
et dans la Convention européenne des droits de l'homme de 1950
« Toute personne a droit à la liberté d'expression. Ce droit comprend la liberté d'opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu'il puisse y avoir ingérence d'autorités publiques et sans considération de frontière. »
. La loi sur la liberté de la presse de 1881 en est également considérée comme un texte fondateur.

Limites légales en France

Cette liberté n'est cependant pas totale et les différents textes nommés en définissent les limites. La Déclaration de 1789 précise bien que l'expression des opinions est libre « sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi » (article 11) et « pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi » (article 10). De même, la Convention européenne des droits de l'homme stipule :

« L'exercice de ces libertés comportant des devoirs et des responsabilités peut être soumis à certaines formalités, conditions, restrictions ou sanctions prévues par la loi, qui constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité nationale, à l'intégrité territoriale ou à la sûreté publique, à la défense de l'ordre et à la prévention du crime, à la protection de la santé ou de la morale, à la protection de la réputation ou des droits d'autrui, pour empêcher la divulgation d'informations confidentielles ou pour garantir l'autorité et l'impartialité du pouvoir judiciaire. »

La liberté d'expression est également limitée en France par la loi Pleven de 1972, condamnant la provocation publique à la haine raciale, définie comme visant certaines personnes ou groupes de personnes « à raison de leur origine ou leur appartenance ou non appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée ». En 1990, à la suite notamment de la profanation du cimetière juif de Carpentras et de l'émotion qui s'en est suivie, est votée la loi Gayssot, sanctionnant le négationnisme.

La liberté d'expression dans le monde

La liberté d'expression n'est pas appliquée de la même manière dans chaque pays. Elle dépend de la législation, de la culture, des traditions, des régimes politiques, etc. Chaque année, Reporters sans frontières publie un classement mondial de la liberté de la presse. À la première place en 2017, on retrouve la Norvège, en dernière place la Corée du Nord. La France est classée en 39e position sur 180 pays .

Les limites de la liberté d'expression à travers l'histoire

Tout au long de l'histoire, les différents pouvoirs ont eu tendance à vouloir contrôler l'information et user de censure. Ainsi, au Moyen-Âge, les Inquisitions espagnole et portugaise pratiquèrent pendant plusieurs siècles l'autodafé, la destruction par le feu des livres et des personnes jugés dangereux par l'Église. Dans les monarchies de droit divin, tous les ouvrages imprimés devaient passer l'épreuve de la censure royale et les auteurs considérés critiques étaient emprisonnés. En 1933, dès leur arrivée au pouvoir, les nazis organisèrent divers autodafés de livres d'écrivains juifs, communistes ou pacifistes. Durant les années 1960 et 1970, en France, des ouvrages furent interdits pour « atteinte aux bonnes mœurs » et pornographie. Des journaux satyriques ou irrévérencieux comme Hara Kiri, l'ancêtre de Charlie Hebdo, furent également victimes de procès à répétition. Un arsenal de lois visant à protéger la jeunesse furent promulguées, et on voulut même interdire la BD de Tarzan . Aux États-Unis, à Hollywood, la volonté de lutter contre l'indécence conduisit à un code de règles contraignantes, obligeant les cinéastes à redoubler d'inventivité pour suggérer la passion . Les années 1980 et 1990 virent fleurir les controverses autour du négationnisme, et il devint alors légitime d'interdire la diffusion des « faussaires de l'Histoire », comme on qualifia les personnes niant l'existence de la Shoah.

Actualité du débat

La question de la liberté d'expression et de ses limites rejaillit fréquemment dans l'actualité, comme en témoignent les évènements récents. En particulier, la question est revenue à la une, en janvier 2015, à travers l'attentat contre le journal satirique Charlie Hebdo, qui avait publié un ensemble de caricatures du prophète Mahomet, jugées offensantes pour une partie des fidèles. Suite aux attentats de novembre 2015, le gouvernement français instaure l'état d'urgence dans le pays, conduisant à de nouvelles restrictions de liberté, notamment de manifestation.

Enjeux généraux

Limiter toujours plus la liberté d'expression ne court-il pas le risque d'un glissement vers un régime de censure, contraire à l'esprit de la démocratie ? La liberté d'expression ne doit-elle pas être maximale, comme le défendent certains auteurs ? De façon plus subtile, les limites posées à la liberté d'expression n'installent-elles pas une "pensée unique", un art aseptisé, et ne constituent-elles pas une régression du débat voire de la création dans toutes leurs dimensions, y compris polémiques et choquantes ? Vous trouverez sur cette page un inventaire des divers arguments du débat, regroupés par familles.
Voir aussi : Liberté d'expression sur Wikipédia.

Carte des arguments

POUR
CONTRE

Limiter la liberté d'expression est antidémocratique
Limiter la liberté d'expression est dangereux
Limiter la liberté d'expression est inefficace
Limiter la liberté d'expression n'est pas nécessaire
La liberté d'expression doit être maximale

Il faut protéger les personnes
Il faut lutter contre les contenus choquants
Il faut lutter contre les idées dangereuses
Il faut éviter les troubles à l'ordre public
Il faut protéger l'État et les entreprises
Il faut respecter la propriété intellectuelle

Arguments POUR

Limiter la liberté d'expression est antidémocratique

La liberté d'expression est un pilier de la démocratie

La loi doit garantir la liberté d'expression et non la limiter. Les citoyens doivent être libres de penser et de s'exprimer sans être inquiétés pour leurs opinions. Ainsi, dans une véritable démocratie, l'opinion publique n'est pas être contrôlée et toute personne est libre de mener ses recherches, de s'informer, commenter et critiquer. Un espace public digne de ce nom est fondé sur la liberté de la presse, la comparaison et la libre critique de toutes les opinions. Toute censure nuit au jeu démocratique.
« Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit. »
Comité de rédaction de l'ONU, « Déclaration universelle des droits de l'homme », article 19, 1948.
« Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'au bout pour que vous ayez le droit de le dire. »
S. G. Tallentyre, The Friends of Voltaire, 1906.
« Dans une libre république, il est permis à chacun de penser ce qu’il veut et de dire ce qu’il pense. »
Spinoza, Traité théologico-politique, chapitre XX.

Elle conditionne l'exercice de nombreux autres droits

La liberté d'expression est un droit qui permet la création, l'information et la contestation. Elle donne ainsi la liberté de critiquer les religions et l'ordre établi, de manifester, de dessiner des caricatures, etc., mais aussi de faire valoir ses droits. Sans liberté d'expression, il n'est pas possible de dénoncer les abus de pouvoir.
« Soutenons la liberté de la presse, c'est la base de toutes les libertés, c'est par là qu'on s'éclaire mutuellement. »
Voltaire, Œuvres complètes, tome 25.

Limiter la liberté d'expression revient à déléguer le pouvoir à une élite

Interdire l'expression de certaines opinions suppose qu'un groupe ou une institution s'arroge le pouvoir de décider ce que les autres ont le droit de dire et de savoir. Cela est contradictoire avec le principe d'égalité en raison. En effet, cela revient à considérer, contre les Lumières, que certains citoyens ne sont pas capables de penser par eux-mêmes et risquent les pires dérives. Ainsi, on les infantilise et crée une discrimination de fait entre ceux qui ont accès à toutes les opinions, et ceux qui n'y ont pas accès.

Cette inégalité existait au temps de l'Ancien Régime, lorsque les nobles disposaient des livres interdits par l'Église aux simples sujets. Cette situation se retrouve aujourd'hui avec les interdictions sur le négationnisme, réservant l'accès aux contenus interdits aux chercheurs, aux journalistes et aux autorités de l'État.

Limiter la liberté d'expression est typique des régimes autoritaires

Les pays qui limitent le plus la liberté d'expression sont des régimes autoritaires. Ces pays, comme la Chine, la Corée du Nord ou l'Érythrée, font un usage intensif de la surveillance, de la censure et la répression.

Toute liberté comporte des limites

Une liberté n'est jamais absolue. Pour s'exercer, elle nécessite des cadres. Pour que chacun puisse conduire une voiture, il faut que chacun respecte les feux, la signalisation, les limites de vitesse, etc. La liberté d'expression n'est possible que parce qu'elle est encadrée.
Argument détaillé : Toute liberté comporte des limites.

Toutes les limites ne sont pas acceptables

Ce n'est pas parce que toute liberté comporte des limites que toute limite est acceptable. Les partisans de la liberté d'expression admettent en général deux limites : l'appel direct au meurtre et la diffamation. Ils ne prétendent donc pas instaurer une liberté illimitée. Mais pour autant, ils ne sont pas pour limiter les contenus choquants, haineux ou immoraux.

Limiter la liberté d'expression est dangereux

Limiter la liberté d'expression, c'est appauvrir la pensée

Chacun constitue sa pensée à partir de ce qu'il lit, voit, écoute, discute. L'esprit se nourrit des livres, articles, vidéos et œuvres d'art qu'il trouve dans son environnement. Limiter ces ressources culturelles par des interdictions, c'est appauvrir la pensée des individus.
« On dit, il est vrai, que la liberté de parler ou d'écrire peut nous être ôtée par une puissance supérieure, mais non pas la liberté de penser. Mais penserions-nous beaucoup et penserions-nous bien, si nous ne pensions pas pour ainsi dire en commun avec d'autres qui nous font part de leurs pensées et auxquels nous communiquons les nôtres ? Aussi l'on peut dire que cette puissance extérieure qui enlève aux hommes la liberté de communiquer publiquement leurs pensées leur ôte également la liberté de penser, l'unique trésor qui nous reste encore en dépit de toutes les charges civiles et qui peut seul apporter un remède à tous les maux qui s'attachent à cette conduite. »
Kant, Qu'est-ce que s'orienter dans la pensée ?, p.86-87, tome 3, Vrin, 1979.

La liberté d'expression permet de lutter contre les dérives de la pensée dominante

Il est nécessaire, pour qu'un régime évite des erreurs, qu'on puisse critiquer ses décisions. En démocratie, on est libre de dénoncer les dérives des dirigeants, les choix économiques, les lois si on les considère comme mauvaises.

Limiter la liberté d'expression conduit à étouffer la contestation

Sous prétexte d'interdire l'apologie de la violence, du vol ou de comportements immoraux, les États protègent les dominants et maintiennent l'ordre établi – que celui-ci soit juste ou non.

  • Les révolutions sont des évènements violents qui contreviennent à l'ordre public. Interdire les manifestations potentiellement violentes est un moyen d'empêcher les changements sociaux.
  • Les changements sociaux sont souvent accompagnés d'actes de violence.
  • diffamation
  • vol/propriété privée/brevets ; secret des affaires
  • homosexualité, morale dominante

Quand on limite la liberté d'expression, on ne peut plus s'arrêter

Si un groupe, un État ou une loi décide que certains propos sont intolérables, les principes utilisés serviront à interdire de plus en plus de propos. On constate cette dérive aujourd'hui. Des lois qui servaient à l'origine à sanctionner un très petit nombre d'extrémistes et de néo-nazis ont permis d'intenter des procès à des personnalités aussi diverses que Pascal Bruckner ou Daniel Mermet. Ironie du sort : même ceux qui ont milité pour créer des lois contre la liberté d'expression peuvent se retrouver visés par de telles lois. Ainsi, Charlie Hebdo, qui avait proposé l'interdiction du Front national, a lui-même subi de nombreux procès pour caricatures offensantes.
« Il n'y a aucune raison pour que les descendants des victimes de toute l'histoire de France ne réclament et n'obtiennent ce que les fils et filles d'esclaves ont obtenu. Le "génocide" vendéen attend sa reconnaissance officielle, les Russes blancs ne manquent pas d'arguments contre les massacres communistes en Ukraine, pas plus qe les Polonais réfugiés contre les massacres de Katyn. suivraient, avec un argumentaire imparable, les descendants des protestants de la Saint-Barthélémy, les aristocrates guillotinés, les Albigeois exterminés. Et pourquoi, dans la foulée, la France ne se donnerait-elle pas, au nom de ses pincipes fondamentaux, une compétence mémorielle à dimension planétaire, incriminant les Espagnols et les Américains [...] ? L'histoire n'est qu'une longue suite de crimes contre l'humanité. »
Pierre Nora, Liberté pour l'Histoire, p.12-14, CNRS Editions, 2008.
« Philippe Nemo montre, exemples tirés de la jurisprudence à l’appui, comment ces lois volontairement ambigües dans leur énoncé (« l’homophobie », par exemple, est condamnable, mais il n’en existe aucune définition légale !) ne punissent plus les paroles, mais les pensées. De même, celles-ci ne peuvent être examinées en procès que par l’intermédiaire de juges chargés de traquer et de condamner les déviants, comme de nouveaux inquisiteurs.

Il n’est pas besoin de punir tout le monde. La criminalisation du discours repousse les thèses controversées hors de la sphère publique ; l’auto-censure des jeunes professionnels fait le reste. Aucun étudiant en journalisme n’aura la moindre chance de décrocher un simple job de pigiste s’il a le malheur d’exprimer une opinion s’écartant de la norme, même en privé, si celle-ci parvient aux oreilles de son employeur.

Après des décennies le long de ce chemin, le résultat est là : un spectaculaire affaiblissement du débat intellectuel. Le terme de régression n’est pas trop fort. Comme l’explique Philippe Nemo : "Ce qui frappe en effet dans la police des idées qui a été mise en place depuis quelques années en France, c’est son caractère crypto-religieux. Aux personnes qui énoncent des faits et arguments au sujet de l’immigration, des mœurs familiales et sexuelles, de l’école, de la sécurité, de la politique pénale, des politiques sociales, de la fiscalité, etc., n’allant pas dans le sens de l’orthodoxie régnante, on n’oppose pas d’autres faits ou d’autres arguments, mais une fin de non-recevoir. On ne veut pas discuter avec elles, on veut qu’elles disparaissent purement et simplement de l’espace public. On veut que la société soit purifiée de leur présence. »
Stéphane Montabert, « De la régression intellectuelle de la France », Contrepoints, 23/01/2012.

La liberté d'expression totale est le paravent des populistes et des racistes

On constate que des personnes visant à exprimer des propos racistes, haineux ou choquants instrumentalisent le principe de la liberté d'expression totale. Ainsi, ils peuvent justifier la publication et la diffusion des écrits de Sade ou des propos négationnistes, voire de caricatures racistes. La liberté d'expression est alors prostituée aux plus bas penchants de l'être humain.
« Aujourd’hui, la demande d’une liberté d’expression intégrale est la façade habituelle de la xénophobie, le thème commun de mouvements comme le Parti du Peuple danois, l’Intérêt flamand ou le parti de la Liberté en Autriche. […] Un précédent significatif vient à l’esprit : à l’époque de l’affaire Dreyfus, l’organe le plus virulent de l’antisémitisme, animé par Edouard Drumont, s’appelait, déjà, La libre parole… »
Tvzevan Todorov, La peur des barbares, p.218-219, Robert Laffont, 2008.

Il ne faut pas laisser le monopole de la liberté d'expression aux populistes

Le principe de la liberté d'expression est essentiel à un espace public démocratique. Il serait grave de laisser le monopole d'un principe aussi élevé à des mouvances xénophobes ou antidémocratiques.

La liberté d'expression est toujours potentiellement transgressive

Chaque époque érige certains principes éthiques intouchables :

  • Au dix-huitième siècle, il s'agissait de principes religieux ;
  • Dans les années 1960, la morale accordait beaucoup d'importance aux bonnes mœurs ;
  • Aujourd'hui, il s'agit des principes liés à l'antiracisme et à la non-discrimination.
On ne peut donc pas défendre la liberté d'expression sans laisser la parole aux propos dérangeants de son époque – actuellement, les propos racistes, discriminants ou populistes. Sans possibilité de transgression, la liberté d'expression est illusoire.

Limiter la liberté d'expression est inefficace

On ne peut pas empêcher les gens de penser ce qu'ils veulent

On peut empêcher les gens de communiquer leurs pensées, de "faire bouger leur langue", mais pas de penser et d'éprouver certains sentiments. Allons plus loin : si une personne elle-même voulait se dessaisir de son propre droit de penser, elle ne le pourrait pas. Ce qui caractérise l'homme, ce qui le définit est la pensée.
« Spinoza part d'une constatation de fait qui semble évidente : la pensée est du domaine de la conscience intérieure. Or la conscience est inaccessible à autrui. Il semble clair qu'aucune personne et aucun État ne semble pouvoir faire en sorte que les sujets admettent comme vrai et rejettent comme faux ce qu'il aura décidé tel. On peut régenter les paroles et les actes mais non les esprits. On peut forcer quelqu'un à dire que 2

On ne peut pas contrôler la diffusion des idées

Croire que l'on peut contrôler les opinions est illusoire. Pour cela, il faudrait déployer des moyens policiers dont aucun État ne dispose : il faudrait mettre un agent derrière chaque citoyen, un agent derrière chaque agent, etc. Aucun régime totalitaire n'a réussi à avoir un tel contrôle de l'information. En URSS et dans le bloc de l'Est par exemple, malgré de gros moyens de surveillance, le régime n'a pas pu empêcher les dissidents de reproduire et diffuser les écrits clandestins par le système du samizdat.

Internet ruine toute tentative de censure

À l'heure d'internet, n'importe quel citoyen connecté peut recevoir et émettre des informations diffusées dans le monde entier. Articles, images, vidéos, messages, tout contenu circule sans censure à travers les réseaux sociaux, les blogs ou les forums. On ne peut pas bloquer une opinion, car elle se retrouvera ailleurs. On le voit pour le négationnisme, qui prospère malgré son interdiction.

Interdire certains discours empêche leur propagation

Interdire certains discours a des effets. En faisant des propos racistes, sexistes et homophobes des délits, on réduit leur présence dans l'espace public et médiatique. D’autre part, les gens tendent à s’autocensurer et à réfréner leurs tendances racistes. On favorise alors un climat où les comportements discriminants tendent à se raréfier et à être réprouvés par la majorité des gens. Ces opinions devenues hors-la-loi, il faut déployer de plus en plus d’efforts et d’inventivité pour y accéder. En ce sens, l'interdiction est efficace.

Ainsi, depuis les lois Gayssot et Pleven, les blagues racistes, sexistes ou homophobes ont quasiment déserté l’espace médiatique. L’antisémitisme a régressé et le négationnisme est resté confidentiel. Sur le long terme, les agressions racistes et homophobes sont en baisse. Enfin, les mouvances de type nazi ne se sont plus développées.

Interdire des discours ne lutte pas contre les vraies causes des discriminations et de la haine

En s'attaquant aux discours, on ne s'attaque pas aux causes réelles de la haine et des discriminations. Le racisme, le sexisme, l'homophobie et l'antisémitisme perdurent parce que la situation sociale et économique les alimente. Crise économique, chômage de masse et concurrence entre travailleurs favorisent la désignation de boucs-émissaires. Un raciste est quelqu'un qui se trompe de colère.

L'interdiction incite à la transgression

En interdisant un propos, on va donner envie à certaines personnes, par provocation, par curiosité malsaine ou par goût de la transgression, de s'y intéresser. Paradoxalement, interdire donne de la valeur à ce qu'on interdit et n'est donc pas efficace.

Limiter la liberté d'expression n'est pas nécessaire

Les individus sont doués de raison et capables de s'autocensurer

Interdire des opinions, c'est considérer les citoyens comme des enfants qui ne peuvent pas juger par eux-mêmes. C'est tout l'inverse du projet d'émancipation des Lumières, qui voulaient libérer les Hommes de la tutelle des Églises, des rois et des docteurs. Or, tous les individus sont dotés de raison et n'ont pas besoin d'autorité au-dessus d'eux pour leur dire ce qu'ils doivent lire, penser et faire. Ils sont donc capables de savoir ce qui est bon pour eux et de s'autocensurer quand il le faut.

Chacun doit faire preuve de tolérance

Plutôt que de poser toujours plus de limites à la liberté d'expression, mieux vaut développer la tolérance. Celle-ci implique que toutes les opinions et toutes les formes d'expression doivent être considérées comme légitimes si on veut vivre dans une société ouverte. Chacun y sera choqué, pourra se considérer offensé et devra assumer qu'il existe des opinions inadmissibles pour lui.
« La tolérance consiste à s'abstenir d'intervenir […] dans les opinions d'autres personnes alors même que ces opinions […] nous paraissent désagréables, franchement déplaisantes […] ou moralement répréhensibles. […] quel sens y aurait-il à parler de tolérance si l'on ne faisait que tolérer ce qu'on aime bien ou ce qu'on peut à la rigueur supporter ? […] Ce qui fait la difficulté, c'est que la décision de tolérer ne dépende pas d'une position sceptique, mais d'une forme de certitude : je sais que c'est mal, mais si la tolérance est une vertu aussi absolue, elle implique qu'il est moralement bon d'accepter aussi ce qui est mauvais. »
Monique Canto-Sperber, Jusqu'où tolérer ?, Le Monde Editions, 1996.
« Car ce qui le porte à exiger et à préserver la tolérance, ce n’est pas un égard pour le contenu des théories à tolérer mais la connaissance du fait que seule la tolérance peut créer et maintenir l’état de paix dans la société, sans lequel l’humanité serait retombée dans l’inculture et la pauvreté des temps révolus. C’est avec les armes de l’esprit et non avec celles de la force brutale et de l’oppression que le libéralisme combat la stupidité, l’absurdité, l’erreur et l’esprit du mal. »
Ludwig von Mises, Le libéralisme, Editions Charles Coquelin, 1996.

Les paroles ne sont pas des actes

Il existe une différence de nature entre les mots et les choses qu'ils désignent : un chien peut mordre, mais le mot "chien" ne mord pas. De même, une insulte n'est pas une gifle, une caricature n'est pas un incendie, une menace de mort n'est pas un meurtre. Les atteintes morales ne peuvent pas être mises sur le même plan que les atteintes physiques. Selon la formule de Pierre Vidal-Naquet : "On combat un Eichmann de papier par le papier, et un Eichmann en armes par les armes."
Argument détaillé : Les paroles ne sont pas des actes.

L'opinion publique s'autorégule

Il n'y a pas besoin de lois pour encadrer la liberté d'expression, car les opinions intolérables seront reconnues comme telles par la majorité des citoyens. Peu à peu, elles seront éliminées ou marginalisées, les gens n'osant plus les exprimer : l'opinion publique s'autorégule.

Ainsi, les discours qui justifiaient la violence au nom de la nation, de la révolution ou de la lutte des peuples étaient largement répandus au cours du vingtième siècle. Ces discours sont aujourd'hui devenus archaïques : ils ont été combattus dans l'opinion publique sans introduire de lois spécifiques.
« L’opinion publique, voilà le seul juge compétent des opinions privées, le seul censeur légitime des écrits. Si elle les approuve, de quel droit, vous, hommes en place, pouvez-vous les condamner ? Si elle les condamne, quelle nécessité pour vous de les poursuivre ? Si, après les avoir improuvés, elle doit, éclairée par le temps et par la réflexion, adopter tôt ou tard, pourquoi vous opposez-vous aux progrès des Lumières ? comment osez-vous arrêter ce commerce de la pensée, que chaque homme a le droit d’entretenir avec tous les esprits, avec le genre humain tout entier ? L’empire de l’opinion publique sur les opinions particulières est doux, salutaire, naturel, irrésistible ; celui de l’autorité et de la force est nécessairement tyrannique, odieux, absurde, monstrueux »
Maximilien de Robespierre, Oeuvres de Robespierre, 1867.
Argument détaillé : L'opinion publique s'autorégule.

Limiter la liberté d'expression est nécessaire pour protéger les personnes et maintenir l'équilibre global de la société

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La liberté d'expression doit être maximale

Pour faire émerger les opinions vraies

Censurer certaines opinions nuit à la recherche de la vérité. Des opinions censurées dans le passé, telles que l'héliocentrisme à l'époque de Galilée, se sont plus tard révélées exactes. À l'inverse, certaines opinions considérées vraies sont peut-être fausses et doivent être mises à l'épreuve, y compris face aux idées considérées immorales, irrationnelles, marginales ou farfelues. Ce n'est que par la discussion libre que l'on peut faire émerger les opinions les plus fiables.
« La liberté complète de contredire et de réfuter notre opinion est la condition qui permet de présumer sa vérité en vue d'agir : c'est là la seule façon rationnelle donnée à un être doué de facultés humaines de s'assurer qu'il est dans le vrai. »
John Stuart Mill, De la liberté de pensée et de discussion, Folio, 2008.

Pour faire progresser la science et la recherche

Les scientifiques doivent pouvoir avancer les théories qui leur semblent vraies indépendamment des pressions économiques, politiques et religieuses. Quand l'Église a voulu régenter l'astronomie (affaire Galilée), quand le parti communiste en URSS a voulu s'aventurer sur le terrain de la biologie (affaire Lyssenko), la connaissance a reculé. La recherche théorique ne doit pas être soumise à des impératifs moraux ou politiques. La science est une enquête ouverte à toutes les hypothèses – y compris quand elles dérangent des vérités politiques, religieuses, etc., ou des pouvoirs traditionnels, des intérêts économiques et des préjugés bien admis dans une société donnée.

Pour laisser les arts et l'humour s'épanouir

La censure rend les œuvres artistiques moins audacieuses. L'humour et l'art étant essentiels à l'équilibre de la vie et de la société, ils ne doivent pas être limités.
« Il n'y a pas de limites à l'humour, qui est au service de la liberté d'expression car, là où l'humour s'arrête, bien souvent, la place est laissée à la censure ou à l'autocensure. »
Cabu, L'Express, 4 avril 2012.

Pour laisser les individus libres de se réaliser

Être libre de s'exprimer sans aucune censure permet à l'individu d'explorer toutes ses possibilités intérieures : son imaginaire, ses fantasmes, ses rêves ou ses croyances. Cela permet alors de se connaitre, d'assumer sa personnalité, de se confronter aux autres et ainsi de se définir en tant que sujet.

Pour pouvoir dénoncer les abus

La liberté d'expression doit être maximale afin de permettre la critique de tous les groupes, institutions ou personnes. Tout groupe, qu'il soit dominant ou dominé, reconnu ou marginal, est en effet susceptible d'avoir des comportements nuisibles ou dangereux. Ainsi, il est essentiel de pouvoir dénoncer les mensonges d'État ou des grandes entreprises, les dérives sectaires, les pratiques archaïques telles que l'excision, etc.

Pour ne pas favoriser l'hypocrisie et l'autocensure

Dans les régimes autocratiques (royautés, dictatures, etc.), l'État réprime le moindre propos déviant. Les individus se surveillent les uns les autres et ne peuvent exprimer leurs sentiments ni leurs opinions réels. Dans un tel contexte, on ne peut s'exprimer sincèrement sans risquer des problèmes (amendes, procès, prisons, etc.). Or il existe un certain continuum entre les régimes les plus autoritaires et les démocraties contemporaines, qui répriment les propos choquants par des lois et instaurent un climat d'intimidation. Seule une liberté d'expression maximale permet aux individus de livrer leurs sentiments tels qu'ils sont.
« Sans la liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur. »
Beaumarchais, Le mariage de Figaro, 1876.

Il y a des opinions qui n'ont pas à être discutées

Les opinions absurdes (exemple donné par Freud : « Le centre de la terre est composé de confiture de fraises »), antiscientifiques (« La terre est plate », « L'univers a été créé en six jours »), ou qui ont montré leurs effets au travers de l'histoire (le racisme), doivent être éliminées de l'espace public. On n'a pas à les discuter, car cela serait mettre sur le même plan la raison et l'irrationnel.

La vérité progresse en démêlant les sophismes

L'erreur est féconde. C'est en identifiant en quoi un raisonnement est faux ou trompeur que l'on élimine peu à peu les distorsions dans notre compréhension du monde. Se confronter à des raisonnements fallacieux est donc un élément positif pour le progrès de la pensée.
« SOCRATE

Si Socrate revenait parmi nous incognito, on le reconnaîtrait à ce qu'il ne voudrait pour rien au monde discuter avec les créationnistes, les fascistes, les racistes.

Le plus prosaïque des traders est plus conséquent qu'un philosophe qui ne philosophe qu'aux heures de bureau.

Pierre : Je suis intolérant, et je ne tolère pas ces propos.

Paul : Je suis tolérant, mais ces propos sont intolérables.

On peut discuter de tout, mais pas avec n’importe qui. Que les n’importe qui lèvent la main !

Quand je flaire la mauvaise foi chez un contradicteur, je jubile car il me donne l’occasion de mettre à l’épreuve la cohérence logique de mes convictions les plus profondes.

- Offenser n’est pas débattre.

- Le débat n’est pas l’offense.

Vos propos m’ont choqué ; merci de m’avoir invité à penser. »
Emmanuel Juste-Duits, Didier Barbier, La logique de la bête, Editions de l'Eclat, 2014.

Beaucoup d'opinions n'auraient alors pas à être discutées

Si l'on ne doit pas discuter des opinions absurdes ou nocives, de nombreuses opinions ne doivent alors pas être discutées. En effet, il n'y a jamais d'évidence partagée sur ce qui est absurde ou ne l'est pas. Même une opinion comme "La Terre est plate" a des défenseurs qui avancent des arguments. Ce qui est absurde pour les uns ne l'est pas forcément pour les autres.

De plus, si l'on doit exclure du débat toutes les opinions immorales ou dangereuses, il faut étendre la liste à quasiment toutes les idéologies. Libéralisme, communisme et religions ont tous eu des effets dévastateurs au cours de l'Histoire.
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Arguments CONTRE

Il faut protéger les personnes

Pour lutter contre les propos injurieux

L’injure est « toute expression outrageante, termes de mépris ou invective qui ne renferme l’imputation d’aucun fait précis » (article 29 de la loi sur la liberté de la presse de 1881).

Traiter une personne de « pauvre con », de « salaud » ou de « crétin », c'est comme une gifle. Insulter quelqu'un, c'est le blesser et lui causer une souffrance, donc un dommage qui demande réparation. Les injures doivent être sanctionnées.

Dans les faits, l’injure privée relève des contraventions de la 1ère classe, alors que l’injure publique est un délit punissable de 12 000 euros d’amende maximum, voire de 22 500 euros et de 6 mois d’emprisonnement dans le cas où elle présente un caractère raciste ou bien lorsqu’elle vise une personne à raison de sa religion, de son sexe, de son orientation sexuelle ou de son handicap.
« Si un grand ami parle mal de ma mère, il peut s'attendre à un coup de poing, et c'est normal, assure de son côté le pape François, interrogé dans l'avion qui l'emmenait de Colombo (Sri Lanka) à Manille (Philippines). On ne peut provoquer, on ne peut insulter la foi des autres, on ne peut la tourner en dérision ! [...] Il y a tant de gens qui parlent mal des autres religions, les tournent en dérision, font un jouet de la religion des autres : ce sont des gens qui provoquent. »
« "La liberté de la presse ne signifie pas la liberté d'insulter", a déclaré Ahmet Davutoglu à la presse à Ankara (...). "Nous ne pouvons accepter les insultes faites au Prophète", a insisté le Premier ministre turc. (...) Le dernier numéro de Charlie Hebdo, réalisé par les survivants à l'attaque contre le journal satirique le 7 janvier, a été publié mercredi, avec en couverture un dessin de Mahomet la larme à l'oeil et tenant une pancarte "Je suis Charlie". »

Pour lutter contre les propos incitant à la haine

Chacun doit être responsable de ses paroles, car le verbe n'est pas anodin : c'est une arme qui peut enflammer les passions et déclencher des massacres. Depuis le nazisme et les grands discours d'Hitler, toute parole d’incitation à la haine et de stigmatisation apparaît comme annonciatrice de tragédies et de crimes. Les propos qui incitent à la haine doivent être proscrits, permettant ainsi d'établir une cité apaisée.
« En Belgique par exemple, la loi stipule que "quiconque (…) incite à la discrimination", "à la haine ou à la violence", "à la discrimination ou à la ségrégation", " à l'égard d'une personne (…), d'un groupe, d'une communauté ou de leurs membres" en raison de sa "nationalité, (d’) une prétendue race, (de) la couleur de peau, (de) l'ascendance ou (de) l'origine nationale ou ethnique" est passible d’un mois à un an de prison. Autrement dit, en Belgique, l’incitation à la haine ou à la discrimination pour des motifs xénophobes ou racistes est passible de prison ferme." »
Rédaction RTBF, « Liberté d'expression : quelles sont les limites ? Que dit la loi ? », RTBF, 06 janvier 2015.
« La colère a son origine dans ce qui nous touche personnellement, tandis que la haine est indépendante de ce qui se rattache à notre personne ; (…) la colère s'attaque toujours à telle personne en particulier, par exemple, à Callias ou à Socrate, tandis que la haine peut atteindre toute une classe de gens (…) L’une de ces passions peut guérir avec le temps, mais l’autre est incurable (…) L’homme (qui se met en colère), à la vue de maux nombreux soufferts par son adversaire, pourrait être saisi de pitié, mais (l’homme haineux) dans aucun cas. »
Aristote, La Rhétorique, livre II, XXIII.

Pour lutter contre le cyber-harcèlement

L'émergence des réseaux sociaux entraine la multiplication des messages agressifs, parfois anonymes, relevant du harcèlement. Suite à de tels comportements, certains jeunes ont sombré dans la dépression, voire pire. Il est nécessaire de limiter ces risques en sanctionnant les harceleurs numériques.
« Le cyber-harcèlement est défini comme « un acte agressif, intentionnel perpétré par un individu ou un groupe d’individus au moyen de formes de communication électroniques, de façon répétée à l’encontre d’une victime qui ne peut facilement se défendre seule ». Le cyber-harcèlement se pratique via les téléphones portables, messageries instantanées, forums, chats, jeux en ligne, courriers électroniques, réseaux sociaux, site de partage de photographies, etc. »
Ministère de l'Education nationale, « Faire face au cyberharcèlement ».

Pour lutter contre la diffamation et les propos mensongers

Limiter la liberté d'expression en interdisant la diffamation et le mensonge permet de maintenir une exigence de vérité.
« La diffamation est une fausse accusation qui porte atteinte à l'honneur et à la considération d'une personne. La diffamation peut être raciste, sexiste, homophobe. Elle relève d'une procédure spécifique permettant de protéger la liberté d'expression »
Direction de l'information légale et administrative française, « Diffamation ».

Pour respecter la vie privée et le droit à l'image

Il est essentiel que chaque individu puisse conserver une vie privée et décider de lui-même lorsqu'elle devient publique, sinon sa liberté est restreinte par la liberté d'expression.
« L'article 9 alinéa 1 du code civil dispose que « Chacun a droit au respect de sa vie privée. ». Ainsi, chacun a, sur le fondement de l'article 9 du code civil, le droit de s'opposer à la reproduction de son image ou la diffusion de tout commentaire relatif à sa vie privée. »

Pour protéger les minorités

On juge un régime à sa façon de traiter ses minorités. Un des grandes progrès de nos démocraties est de garantir protection aux groupes minoritaires (homosexuel/les, religions minoritaires, handicapés etc.) - car ils peuvent faire l'objet de persécutions par la majorité. Et qui songerait, de ce point de vue, à contester que la création de délits d’opinion puisse être un progrès ? Puisque on fait rentrer dans l’exception à la liberté d’expression la protection de gens ou de groupes sociaux qui ont été discriminés pendant des décennies, voire des siècles, et auxquels la loi accorde sa protection.

Ceux qui exigent la "libre parole" sont souvent des extrémistes ou des racistes qui cherchent des boucs-émissaires. Or on ne peut pas se réclamer de la lutte émancipatrice d’un Voltaire quand on participe, peu ou prou, à la stigmatisation d’une minorité.
« Il est non moins abusif de situer cette attitude dans le sillage de Voltaire, luttant au XVIIIème siècle contre les abus de l’Eglise catholique. Ceux qui le font se gardent bien de rappeler une différence de taille : Voltaire et ses compagnons s’opposaient aux institutions dominant leur société, l’Etat et l’Eglise, alors que les militants actuels (de la liberté d’expression) reçoivent l’appui et l’encouragement de ministres et des chefs de partis au pouvoir. »
Tzvetan Todorov, La peur des barbares, p.219, Laffont, 2008.

Les paroles et les images ne sont pas des actes

Quand on veut sanctionner des écrits, des dessins ou des paroles, on les considère comme des actions physiques. On peut écrire "je repeins mon plafond", cela n'équivaut pas à repeindre le plafond ! Le mot "chien" ne mord pas. On ne peut pas comparer des mots (ou des dessins) et des actions, qui ont un effet physique constatable.

Certes, des mots peuvent blesser mais de façon symbolique. Ces "blessures" font partie de désagréments qu'il faut supporter.

La notion de "violence symbolique" est problématique, car elle permet de justifier des réponses réellement violentes à une simple parole ou à un dessin. Si la violence symbolique existe, cela légitime des menaces ou des actes agressifs envers des dessinateurs qui ont blessé telle ou telle susceptibilité.

Il existe des violences symboliques

La violence n'est pas que physique. Être humilié en public, recevoir des insultes, sont des formes de violence qui doivent être sanctionnées, tout comme se voir caricaturer avec de grandes oreilles.
Argument détaillé : Il existe des violences symboliques.

Il faut lutter contre les contenus choquants

Contre la pornographie

Celle-ci donne une image dégradante de la femme et une image fausse des relations amoureuses et de la sexualité. Elle risque d'induire des comportements "comme dans les films" pour les sujets jeunes et influençables.
« Ruwen Ogien propose trois critères par lesquels une offense devient préjudice : si l'on ne peut l'éviter (auditoire captif) ; si elle relève d'une intention de nuire systématiquement ; si son intensité est élevée (R. Ogien, La Liberté d'offenser, op. cit., p. 19). Ainsi Ruwen Ogien, en refusant de minimiser l'importance de certaines offenses (telles les injures racistes et sexistes, qui pourtant relèvent du symbolique, est amené à prendre en considération la perception subjective des personnes qui s'estiment offensées. Or, selon certaines féministes (en particulier Catherine McKinnon et Andrea Dworkin), la pornographie remplirait sans difficultés les trois critères proposés par Ruwen Ogien. Elles soutiennent que dans une société de mâles consommant de la pornographie, il est très difficile d'échapper à son influence ; que la pornographie cherche en permanence à rabaisser et à humilier les femmes ; que la pornographie est omniprésente par ses affiches, sur internet, etc., et qu'en présentant les femmes comme des proies toujours disponibles et consentantes, elle s'impose à elles de manière particulièrement intense. »
Denis Ramond, « Liberté d'expression : de quoi parle-t-on ? », Raisons politiques, vol. 4, n°44, Presse de Sciences Po, 2011.

Contre le blasphème

Certaines images ont pour but de blesser les croyants. Il est anormal que des croyants aient à subir ces agressions envers ce qu'ils ont de plus sacré. Il faut respecter les croyances et le sacré.

Contre la pédophilie

La pédophilie est un délit voire un crime. Les contenus à caractère pédophile doivent être interdits, qu'il s'agisse d'images, de fictions, et d'apologie.

Contre l'ultraviolence

La violence se banalise : il suffit de comparer les séries policières des années 70 et les séries actuelles. Il y a aussi des phénomènes comme les vidéos de "Happy slapping" sur le net où l'on montre des inconnus qui reçoivent une gifle violente "pour le fun". Les jeux vidéos de massacres ou les films ultraviolents comme Scream suscitent des comportements violents (aux USA, un adolescent a même voulu imiter ce film et commettre des crimes). Il est temps d'endiguer ce phénomène qui nous conduit à un monde digne de Mad Max, où la violence sera considérée comme une réponse adéquate et naturelle aux différends.

Contre les contenus portant atteinte à la dignité humaine

La liberté d'expression ne doit pas porter atteinte à la dignité de la personne humaine. Cette notion est le fondement de toute morale, qui pose des limites absolues. Ainsi, les lancers de nains ont été interdits dans certaines communes françaises et en Floride.

Dans une société plurielle, chacun doit accepter d'être choqué

C'est la condition même du multiculturalisme et de la société ouverte que de comporter des groupes aux valeurs opposées et antagonistes. Dans une société homogène, par exemple catholique ou musulmane, il n'y aura pas en principe de propos publics antireligieux ; en revanche, si la société est multiculturelle, il y aura à la fois des propos pour et contre les religions, des sectes de toutes sortes, des partisans de tous les dieux.

On ne peut pas à la fois exalter la société multiculturelle et vouloir les "avantages" de la société homogène de jadis, où personne n'était choqué car les gens partageaient les mêmes valeurs et croyances fondamentales.

Il faut mettre hors la loi ce qui porte préjudice

On peut accepter jusqu'à un certain point ce qui blesse les croyances ou les valeurs, mais pas ce qui porte préjudice. Les messages invasifs (que l'on ne peut pas éviter dans l'espace public), blessants et répétitifs, doivent être sanctionnés.
« Pour Joel Feinberg, les mots offensants sont comme de simples piqûres de moustiques :­ ils ne deviennent préjudiciables qu'à condition de se répéter. Mais comment résoudre le paradoxe du tas, ici appliqué aux moustiques ? Dans La Liberté d'offenser, Ruwen Ogien propose dans le sillage de Mill un cadre qui permettrait de différencier le préjudice de la simple offense ­ qui selon lui ne devrait faire l'objet d'aucune poursuite. Tout ce qui n'attaque que des entités symboliques ou abstraites, les « crimes sans victimes » ne saurait être prohibé. Mais, ne serait-ce qu'intuitivement, il semble incontestable qu'il existe certains types d'« offenses » qui, sans constituer des « préjudices » physiques concrets, doivent être limités : la diffamation, qui porte atteinte à la réputation et à l'honneur, les menaces répétées, les rumeurs ou encore les injures racistes ou sexistes. Ruwen Ogien propose ainsi trois critères par lesquels une offense devient préjudice : si l'on ne peut l'éviter (auditoire captif) ; si elle relève d'une intention de nuire systématiquement ; si son intensité est élevée. Ainsi Ruwen Ogien, en refusant de minimiser l'importance de certaines offenses (telles les injures racistes et sexistes, qui pourtant relèvent du symbolique est amené à prendre en considération la perception subjective des personnes qui s'estiment offensées. »
Denis Ramond, « Liberté d'expression : De quoi parle-t-on ? », Raisons politiques, vol. 4, n°44, Presse de Sciences Po, 2011.

Exclure les contenus choquants est un progrès collectif

Il existe un progrès moral, qui se constate notamment parce qu'une société n'accepte plus certains comportements et certains messages car ils sont sexistes, racistes, homophobes ou font l'apologie d'une crime (pédophilie). Nos sociétés ouvertes ne doivent pas être ouvertes à n'importe quoi : poussé trop loin, le relativisme est dangereux.

On ne peut accepter les contenus opposés aux valeurs qui fondent notre société

Un multiculturalisme complet reviendrait à mettre sur le même plan toutes les pratiques et tous les messages possibles. L'excision ne pourrait pas être interdite, ni la polygamie, ni l'apologie du cannibalisme. Or nos sociétés sont fondées sur un socle de valeurs issues du judéo-christianisme puis des Lumières. On ne peut pas, dans ce cadre, accepter certains contenus opposés à ces valeurs constitutives.

Il faut lutter contre les idées dangereuses

Pour lutter contre le racisme

Le racisme n'est pas une opinion, c'est un délit. Compte tenu des effets constatés du racisme au cours des siècles, les propos racistes sont intolérables.

Pour lutter contre le négationnisme

Les négationnistes ajoutent à l'horreur des camps un second assassinat, celui de la mémoire. Ils nient la réalité historique et blessent les personnes concernées (descendants de victimes).

Pour lutter contre le terrorisme

La radicalisation passe par différentes phases. Une de ses phases est la rencontre avec une idéologie qui va justifier la violence et, dans certains cas, inciter au passage à l'acte terroriste. Cette idéologie violente se trouve sur des sites mais peut aussi se diffuser par d'autres moyens. Si on l'empêche de se répandre par la loi, on luttera contre le terrorisme.

Ce ne sont pas les idées qui déterminent les comportements

Ce n'est pas parce qu'ils sont exposés à des messages violents que certains passent à l'acte, mais parce qu'ils sont soumis à certaines conditions psychologiques, sociales ou économiques. Interdire des discours, c'est oublier l'essentiel, qui consiste à favoriser une vie meilleure, améliorer les conditions économiques, l'égalité entre citoyens, etc.

Il faut éviter les troubles à l'ordre public

Contre les manifestations risquant de troubler l'ordre public

La loi doit interdire les propos qui sont des incitations à la violence.

Il faut limiter la liberté d'expression pour lutter contre les manifestations risquant de troubler l'ordre public

La liberté de manifester doit être encadrée par la loi afin d'organiser la vie publique et d'éviter que des groupes entrent en conflit et provoquent de la violence.
« Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi. »
Comité de rédaction, « Déclaration des droits de l'homme et du citoyen », article 10, 1789.
Il n'y a aucune objection pour le moment.

Il faut protéger l'État et les entreprises

Par le devoir de réserve

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Par le secret défense

L'Etat doit pouvoir encadrer la liberté d'expression et la liberté de la presse afin que ne soient pas divulguées des informations qui pourraient mettre en danger la sécurité de l'Etat ou des citoyens. Par exemple, pendant une guerre, il y a le secret défense qui empêche la divulgation d'informations qui pourraient aider l'ennemi.

L’article 413-9 du code pénal dispose que « présentent un caractère de secret de la défense nationale […] les procédés, objets, documents, informations, réseaux informatiques ou fichiers intéressant la défense nationale qui ont fait l'objet de mesures de protection destinées à restreindre leur diffusion ou leur accès ».
Argument détaillé : Il faut protéger le secret défense.

Par le secret des affaires

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Il faut respecter la propriété intellectuelle

Par les droits d'auteur

La loi doit encadrer la liberté d'expression afin que les droits de l'auteur soient reconnus. Ils permettent la rétribution du travail des auteurs et donc la vie intellectuelle et artistique, qui est mise en danger par l'exploitation gratuite des contenus. Si les livres, les musiques, voire les films, sont disponibles gratuitement, leurs auteurs ne pourront plus vivre ni en produire de nouveaux ! En limitant le plagiat, c'est aussi la liberté d'expression de l'auteur qui est préservée et la propriété intellectuelle reconnue.
« L'auteur jouit du droit au respect de son nom, de sa qualité et de son œuvre.

Ce droit est attaché à sa personne. Il est perpétuel, inaliénable et imprescriptible. Il est transmissible à cause de mort aux héritiers de l'auteur.

L'exercice peut être conféré à un tiers en vertu de dispositions testamentaires. »
Comité de rédaction, « Article L121-1 », Code de la propriété intellectuelle, 3 juillet 1992.

Par les brevets

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Pour aller plus loin

Bibliographie

Plutôt POUR

  • Raoul Vaneigem, Rien n'est sacré, tout peut se dire, La Découverte, 2015.
  • Jean-Jacques Pauvert, Nouveaux (et moins nouveaux) visages de la censure, Les Belles Lettres, 1994.
  • Anastasia Colosimo, Les bûchers de la liberté, Stock, 2016.
  • Elisabeth Lévy, Les maîtres censeurs, Editions JC Lattès, 2002.
  • Ruwen Ogien, La liberté d'offenser, La Musardine, 2007.
  • Philippe Nemo, La régression intellectuelle en France, Texquis, 2011.
  • Emmanuel Pierrat, Le Livre noir de la censure, Le Seuil, 2008.

Plutôt CONTRE

  • Herbert Marcuse, Tolérance répressive, Homnisphères, 2008.
  • Roger-Pol Droit, Jusqu'où tolérer ?, Le Monde Editions, 1996.

Ni POUR ni CONTRE

  • Daniel Schneidermann, Liberté d'expression : a-t-on le droit de tout dire ?, La ville brûle, 2015.

Sitographie

Plutôt POUR

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Plutôt CONTRE

Ni POUR ni CONTRE

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Vidéographie

Plutôt POUR

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Plutôt CONTRE

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Ni POUR ni CONTRE

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Débats connexes