La liberté d'expression doit-elle être limitée ?

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Pour comprendre le débat

Définition de la liberté d'expression

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La liberté d'expression est le droit fondamental d'exprimer son opinion et sa pensée par tous les moyens, que ce soit par la parole, l'écriture, l'art, la presse, la manifestation, la réunion ou l'association. Elle comprend donc la liberté d'opinion, de manifestation, de réunion et d'association. Elle est incluse dans l'ensemble plus large des libertés publiques, liées à la définition du citoyen en démocratie.

Fondements juridiques

En France, la liberté d'expression a ses fondements dans l'article 11 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 (insérée dans le préambule de la Constitution française de 1958) :

« La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. »

Le même principe est rappelé dans l'article 19 de la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948[1] et dans la Convention européenne des droits de l'homme de 1950[2].

La loi sur la liberté de la presse de 1881 en est également considérée comme un texte fondateur.

Limites légales en France

Cette liberté n'est cependant pas totale et les différents textes nommés en définissent les limites. La Déclaration de 1789 précise bien que l'expression des opinions est libre « sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi » (article 11) et « pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi » (article 10). De même, la Convention européenne des droits de l'homme stipule :

« L'exercice de ces libertés comportant des devoirs et des responsabilités peut être soumis à certaines formalités, conditions, restrictions ou sanctions prévues par la loi, qui constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité nationale, à l'intégrité territoriale ou à la sûreté publique, à la défense de l'ordre et à la prévention du crime, à la protection de la santé ou de la morale, à la protection de la réputation ou des droits d'autrui, pour empêcher la divulgation d'informations confidentielles ou pour garantir l'autorité et l'impartialité du pouvoir judiciaire. »
La liberté d'expression est également limitée en France par la loi Pleven de 1972, condamnant la provocation publique à la haine raciale, définie comme visant certaines personnes ou groupes de personnes « à raison de leur origine ou leur appartenance ou non appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée ». En 1990, à la suite notamment de la profanation du cimetière juif de Carpentras et de l'émotion qui s'en est suivie, est votée la loi Gayssot, sanctionnant le négationnisme.

La liberté d'expression dans le monde

La liberté d'expression n'est pas appliquée de la même manière dans chaque pays. Elle dépend de la législation, de la culture, des traditions, des régimes politiques, etc. Chaque année, Reporters sans frontières publie un classement mondial de la liberté de la presse. À la première place en 2017, on retrouve la Norvège, en dernière place la Corée du Nord. La France est classée en 39e position sur 180 pays[3].

Les limites de la liberté d'expression à travers l'histoire

Tout au long de l'histoire, les différents pouvoirs ont eu tendance à vouloir contrôler l'information et user de censure. Ainsi, au Moyen-Âge, les Inquisitions espagnole et portugaise pratiquèrent pendant plusieurs siècles l'autodafé, la destruction par le feu des livres et des personnes jugés dangereux par l'Église. Dans les monarchies de droit divin, tous les ouvrages imprimés devaient passer l'épreuve de la censure royale et les auteurs considérés critiques étaient emprisonnés. En 1933, dès leur arrivée au pouvoir, les nazis organisèrent divers autodafés de livres d'écrivains juifs, communistes ou pacifistes. Durant les années 1960 et 1970, en France, des ouvrages furent interdits pour « atteinte aux bonnes mœurs » et pornographie. Des journaux satyriques ou irrévérencieux comme Hara Kiri, l'ancêtre de Charlie Hebdo, furent également victimes de procès à répétition. Un arsenal de lois visant à protéger la jeunesse furent promulguées, et on voulut même interdire la BD de Tarzan[4]. Aux États-Unis, à Hollywood, la volonté de lutter contre l'indécence conduisit à un code de règles contraignantes, obligeant les cinéastes à redoubler d'inventivité pour suggérer la passion[5]. Les années 1980 et 1990 virent fleurir les controverses autour du négationnisme, et il devint alors légitime d'interdire la diffusion des « faussaires de l'Histoire », comme on qualifia les personnes niant l'existence de la Shoah.

Actualité du débat

La question de la liberté d'expression et de ses limites rejaillit fréquemment dans l'actualité, comme en témoignent les évènements récents. En particulier, la question est revenue à la une, en janvier 2015, à travers l'attentat contre le journal satirique Charlie Hebdo, qui avait publié un ensemble de caricatures du prophète Mahomet, jugées offensantes pour une partie des fidèles. Suite aux attentats de novembre 2015, le gouvernement français instaure l'état d'urgence dans le pays, conduisant à de nouvelles restrictions de liberté, notamment de manifestation.

Enjeux généraux

Limiter toujours plus la liberté d'expression ne court-il pas le risque d'un glissement vers un régime de censure, contraire à l'esprit de la démocratie ? La liberté d'expression ne doit-elle pas être totale, comme le défendent certains auteurs ? De façon plus subtile, les limites posées à la liberté d'expression n'installent-elles pas une "pensée unique", un art aseptisé, et ne constituent-elles pas une régression du débat voire de la création dans toutes leurs dimensions, y compris polémiques et choquantes ? Vous trouverez sur cette page un inventaire des divers arguments du débat, regroupés par familles.
Logo de l'encyclopédie Wikipédia Voir aussi : Liberté d'expression sur Wikipédia.

Carte des familles d'arguments

POUR
CONTRE

Pouce vert tendu vers le hautLogo d'argument pour{{{2}}} Pour ne pas faire de tort aux personnes
Pouce vert tendu vers le hautLogo d'argument pour{{{2}}} Pour lutter contre les contenus choquants
Pouce vert tendu vers le hautLogo d'argument pour{{{2}}} Pour lutter contre les idées dangereuses
Pouce vert tendu vers le hautLogo d'argument pour{{{2}}} Pour éviter les troubles à l’ordre public
Pouce vert tendu vers le hautLogo d'argument pour{{{2}}} Pour protéger l'État et les entreprises
Pouce vert tendu vers le hautLogo d'argument pour{{{2}}} Pour respecter la propriété intellectuelle

Pouce rouge tendu vers le basLogo d'argument contre{{{2}}} Limiter la liberté d’expression est antidémocratique
Pouce rouge tendu vers le basLogo d'argument contre{{{2}}} Limiter la liberté d’expression est dangereux
Pouce rouge tendu vers le basLogo d'argument contre{{{2}}} Limiter la liberté d’expression est inefficace
Pouce rouge tendu vers le basLogo d'argument contre{{{2}}} Limiter la liberté d’expression n'est pas nécessaire
Pouce rouge tendu vers le basLogo d'argument contre{{{2}}} La liberté d’expression doit être totale

Arguments POUR

1. Pour ne pas faire de tort aux personnes

Pour lutter contre les propos injurieux

Une injure est comme une gifle. Insulter quelqu'un, c'est le blesser et lui causer une souffrance, donc un dommage qui demande réparation. Les injures doivent être sanctionnées.


Pour lutter contre les propos incitant à la haine

Il ne faut pas que la liberté d’une personne pose problème à celle d’une autre. Les propos blessants et qui incitent à la haine doivent être punis.

Citation(s)

En Belgique par exemple, la loi stipule que "quiconque (…) incite à la discrimination", "à la haine ou à la violence", "à la discrimination ou à la ségrégation", " à l'égard d'une personne (…), d'un groupe, d'une communauté ou de leurs membres" en raison de sa "nationalité, (d’) une prétendue race, (de) la couleur de peau, (de) l'ascendance ou (de) l'origine nationale ou ethnique" est passible d’un mois à un an de prison. Autrement dit, en Belgique, l’incitation à la haine ou à la discrimination pour des motifs xénophobes ou racistes est passible de prison ferme."

https://www.rtbf.be/info/societe/detail_liberte-d-expression-quelles-sont-les-limites-que-dit-la-loi?id=8722028


Pour lutter contre le harcèlement

En particulier, l'émergence des réseaux sociaux implique une réglementation pour éviter les propos haineux ou injurieux anonymes - ou non.

"Le cyber-harcèlement est défini comme « un acte agressif, intentionnel perpétré par un individu ou un groupe d’individus au moyen de formes de communication électroniques, de façon répétée à l’encontre d’une victime qui ne peut facilement se défendre seule ». Le cyber-harcèlement se pratique via les téléphones portables, messageries instantanées, forums, chats, jeux en ligne, courriers électroniques, réseaux sociaux, site de partage de photographies etc." http://www.nonauharcelement.education.gouv.fr/que-faire/faire-face-au-cyberharcelement/


Pour lutter contre la diffamation et les propos mensongers

Limiter la liberté d'expression en interdisant la diffamation et le mensonge permet de maintenir une exigence de vérité.

Citation(s)

« La diffamation est une fausse accusation qui porte atteinte à l'honneur et à la considération d'une personne. La diffamation peut être raciste, sexiste, homophobe. Elle relève d'une procédure spécifique permettant de protéger la liberté d'expression". https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F32079


Pour respecter la vie privée et le droit à l'image

Il est essentiel que chaque individu puisse conserver une vie privée et décider de lui-même lorsqu'elle devient publique, sinon sa liberté est restreinte par la liberté d'expression.

Citation(s)

L'article 9 alinéa 1 du code civil dispose que « Chacun a droit au respect de sa vie privée. ». Ainsi, chacun a, sur le fondement de l'article 9 du code civil, le droit de s'opposer à la reproduction de son image ou la diffusion de tout commentaire relatif à sa vie privée. https://www.legavox.fr/blog/maitre-anthony-bem/droit-respect-privee-definition-conditions-16644.htm


Pour protéger les minorités

Il faut protéger les groupes minoritaires car ils peuvent faire l'objet de persécutions. Ceux qui exigent la "libre parole" sont souvent des extrémistes ou des racistes qui cherchent des boucs-émissaires. Or on ne peut pas se réclamer de la lutte émancipatrice d’un Voltaire quand on participe, peu ou prou, à la stigmatisation d’une minorité.

Par rapport à ceux qui réclamaient la liberté de caricaturer Mahomet au nom de Voltaire, le sémiologue Tzvetan Todorov s'insurgeait : "Il est non moins abusif de situer cette attitude dans le sillage de Voltaire, luttant au XVIIIème siècle contre les abus de l’Eglise catholique. Ceux qui le font se gardent bien de rappeler une différence de taille : Voltaire et ses compagnons s’opposaient aux institutions dominant leur société, l’Etat et l’Eglise, alors que les militants actuels (de la liberté d’expression) reçoivent l’appui et l’encouragement de ministres et des chefs de partis au pouvoir." Tzvetan Todorov, "La peur des barbares", Laffont, p. 219


Objections à la famille d'arguments « Pour ne pas faire de tort aux personnes »

Les paroles et les images ne sont pas des actes

Quand on veut sanctionner des écrits, des dessins ou des paroles, on les considère comme des actions physiques. On met sur le même plan un vol, une gifle, et une représentation ou des mots. Or les mots ou les caricatures ne blessent que de façon symbolique. Ils font partie de désagréments qu'il faut supporter. La notion même de "violence symbolique" est problématique.


Les critiques peuvent toujours être considérées comme des attaques

Écrire un résumé de l'objection.


Tolérer les propos blessants est un mal nécessaire

Le coût de l'interdiction des propos blessants est élevé en termes de libertés publiques, il implique une société de surveillance mutuelle et une judiciarisation de la vie quotidienne. Chacun doit s'autocensurer voire dénoncer tel dessin, tel contenu sur le net. On entre au fur et à mesure dans un monde orwellien, assez invivable. Certes, il n'est pas toujours agréable de supporter des propos blessants, mais c'est un moindre mal qu'une société où tous les rapports humains sont contrôlés par la loi ou l'Etat !



2. Pour lutter contre les contenus choquants

La pornographie

Celle-ci donne une image dégradante de la femme et une image fausse des relations amoureuses et de la sexualité. Elle risque d'induire des comportements "comme dans les films" pour les sujets jeunes et influençables. De plus, elle constitue un préjudice au sens défini par Ruwen Ogien.

"Ruwen Ogien propose trois critères par lesquels une offense devient préjudice : si l'on ne peut l'éviter (auditoire captif) ; si elle relève d'une intention de nuire systématiquement ; si son intensité est élevée (R. Ogien, La Liberté d'offenser, op. cit., p. 19). Ainsi Ruwen Ogien, en refusant de minimiser l'importance de certaines offenses (telles les injures racistes et sexistes, qui pourtant relèvent du symbolique, est amené à prendre en considération la perception subjective des personnes qui s'estiment offensées.

Or, selon certaines féministes (en particulier Catherine McKinnon et Andrea Dworkin), la pornographie remplirait sans difficultés les trois critères proposés par Ruwen Ogien. Elles soutiennent que dans une société de mâles consommant de la pornographie, il est très difficile d'échapper à son influence ; que la pornographie cherche en permanence à rabaisser et à humilier les femmes ; que la pornographie est omniprésente par ses affiches, sur internet, etc., et qu'en présentant les femmes comme des proies toujours disponibles et consentantes, elle s'impose à elles de manière particulièrement intense."

Denis Ramond, "Liberté d'expression : de quoi parle-t-on ?" https://www.cairn.info/article.php?ID_ARTICLE=RAI_044_0097

Le blasphème

Certaines images ont pour but de blesser les croyants. Il est anormal que des croyants aient à subir ces agressions envers ce qu'ils ont de plus sacré. Il faut respecter les croyances et le sacré.

La pédophilie

La pédophilie est un délit voire un crime. Les contenus à caractère pédophile doivent être interdits, qu'il s'agisse d'images, de fictions, et d'apologie.


L'ultraviolence

La violence se banalise : il suffit de comparer les séries policières des années 70 et les séries actuelles. Il y a aussi des phénomènes comme les vidéos de "Happy slapping" sur le net où l'on montre des inconnus qui reçoivent une gifle violente "pour le fun". Les jeux vidéos de massacres ou les films ultraviolents comme Scream suscitent des comportements violents (aux USA, un adolescent a même voulu imiter ce film et commettre des crimes). Il est temps d'endiguer ce phénomène qui nous conduit à un monde digne de Mad Max, où la violence sera considérée comme une réponse adéquate et naturelle aux différends.

Les contenus portant atteinte à la dignité humaine

La liberté d'expression ne doit pas porter atteinte à la dignité de la personne humaine. Cette notion est le fondement de toute morale, qui pose des limites absolues. Ainsi, les lancers de nainsLogo de l'encyclopédie Wikipédialancers de nainsLogo de l'encyclopédie Wikipédialancers de nains ont été interdits dans certaines communes françaises et en Floride.


Objections à la famille d'arguments « Pour lutter contre les contenus choquants »

Dans une société plurielle, chacun doit accepter d'être choqué

C'est la condition même du multiculturalisme et de la société ouverte que de comporter des groupes aux valeurs opposées et antagonistes. Dans une société homogène, par exemple catholique ou musulmane, il n'y aura pas en principe de propos publics anti-religieux ; en revanche, si la société est multiculturelle, il y aura à la fois des propos pour et contre les religions, des sectes de toutes sortes, des partisans de tous les dieux. On ne peut pas à la fois exalter la société multiculturelle et vouloir les "avantages" de la société homogène de jadis, où personne n'était choqué car les gens partageaient les mêmes valeurs et croyances fondamentales.


La création ne doit avoir aucune limite

C'est en explorant les aspects choquants et violents de l'âme humaine que les créations les plus fortes existent. Or il est difficile de les explorer sans "se mettre à la place" des personnages les pires, et donc les faire parler. Ceci peut scandaliser, mais on ne pourra plus créer si on sanctionne ce principe même. Dans le roman Les bienveillantesLogo de l'encyclopédie WikipédiaLes bienveillantesLogo de l'encyclopédie WikipédiaLes bienveillantes de Jonathan Littell, l'auteur fait parler un nazi ; dans Il entrerait dans la légende, Louis Skorecki fait parler un serial killer ; dans le film Tueurs nés, Oliver Stone suit des serial killer. Sans parler de Sade, Lautréamont ou Dostoïevski... Quelle est la limite entre montrer, faire parler, et faire l'apologie de ? Doit-on expurger les grandes œuvres littéraires et cinématographiques ? L'ambiguïté n'est-elle pas leur force ?


3. Pour lutter contre les idées dangereuses

Pour lutter contre le racisme

Le racisme n'est pas une opinion, c'est un délit. Compte tenu des effets constatés du racisme au cours des siècles, les propos racistes sont intolérables.


Pour lutter contre le négationnisme

Les négationnistes ajoutent à l'horreur des camps un second assassinat, celui de la mémoire. Ils nient la réalité historique et blessent les personnes concernées (descendants de victimes).


Pour lutter contre le terrorisme

La radicalisation passe par différentes phases. Une de ses phases est la rencontre avec une idéologie qui va justifier la violence et, dans certains cas, inciter au passage à l'acte terroriste. Cette idéologie violente se trouve sur des sites mais peut aussi se diffuser par d'autres moyens. Si on l'empêche de se répandre par la loi, on luttera contre le terrorisme.


Objections à la famille d'arguments « Pour lutter contre les idées dangereuses »

Ce ne sont pas les idées qui déterminent les comportements

Ce n'est pas parce qu'ils sont exposés à des messages violents que certains passent à l'acte, mais parce qu'ils sont soumis à certaines conditions psychologiques, sociales ou économiques. Interdire des discours, c'est oublier l'essentiel, qui consiste à favoriser une vie meilleure, améliorer les conditions économiques, l'égalité entre citoyens, etc.

Il faut opposer aux discours dangereux des contre-discours

Les propos dangereux doivent être déconstruits par la raison. Ce n'est pas à des lois de remplacer les arguments – valables et pertinents – qui s'opposent aux sophismes et aux idéologies haineuses. Il faut faire confiance aux citoyens pour juger, sinon la démocratie n'a plus de sens.


Il faut développer l'éducation au sens critique

La démocratie est liée à l'idée que les citoyens ont un esprit critique et une culture suffisante pour déterminer par eux-mêmes leurs choix, et éviter les pires. De plus, on ne pourra pas bloquer tous les canaux de communication pour empêcher les idées dangereuses de pénétrer l'espace public. Le niveau d'éducation n'est peut-être plus adapté aux nouvelles menaces : fake news, pseudo-sciences etc. Il faut donc insuffler dès l'école de nouveaux outils d'autodéfense intellectuelle. Ceux-ci pourraient comprendre dans leur kit à la fois une connaissance des biais cognitifs, des sophismes, mais aussi des biais psychologiques et des acquis de la philosophie des sciences.



4. Pour éviter les troubles à l’ordre public

Contre les propos incitant à la violence

La loi doit interdire les propos qui sont des incitations à la violence.


Contre les manifestations risquant de troubler l'ordre public

La liberté de manifester doit être encadrée par la loi afin d'organiser la vie publique et d'éviter que des groupes entrent en conflit et provoquent de la violence.

Citation(s)

« Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi », Déclaration des droits de l’homme de 1789 (article 10)

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/06/19/interdiction-de-manifester-que-dit-la-loi_4953602_4355770.html#b4YhSwGLIjQeMySu.99


Objections à la famille d'arguments « Pour éviter les troubles à l’ordre public »

Objection à la famille à compléter

Écrire un résumé de l'objection.


5. Pour protéger l'État et les entreprises

Par le devoir de réserve

Écrire un résumé de l'argument.


Par le secret défense

L'Etat doit pouvoir encadrer la liberté d'expression et la liberté de la presse afin que ne soient pas divulguées des informations qui pourraient mettre en danger la sécurité de l'Etat ou des citoyens. Par exemple, pendant une guerre, il y a le secret défense qui empêche la divulgation d'informations qui pourraient aider l'ennemi.

L’article 413-9 du code pénal dispose que « présentent un caractère de secret de la défense nationale […] les procédés, objets, documents, informations, réseaux informatiques ou fichiers intéressant la défense nationale qui ont fait l'objet de mesures de protection destinées à restreindre leur diffusion ou leur accès ».

Par le secret des affaires

Écrire un résumé de l'argument.

Objections à la famille d'arguments « Pour protéger l'État et les entreprises »

Objection à la famille à compléter

Écrire un résumé de l'objection.


6. Pour respecter la propriété intellectuelle

Par les droits d'auteur

La loi doit encadrer la liberté d'expression afin que les droits de l'auteur soient reconnus. Ils permettent la rétribution du travail des auteurs et donc la vie intellectuelle et artistique, qui est mise en danger par l'exploitation gratuite des contenus. Si les livres, les musiques, voire les films, sont disponibles gratuitement, leurs auteurs ne pourront plus vivre ni en produire de nouveaux ! En limitant le plagiat, c'est aussi la liberté d'expression de l'auteur qui est préservée et la propriété intellectuelle reconnue.

Citation(s)

"Art L121-1 du CPI : L'auteur jouit du droit au respect de son nom, de sa qualité et de son œuvre. Ce droit est attaché à sa personne. Il est perpétuel, inaliénable et imprescriptible. Il est transmissible à cause de mort aux héritiers de l'auteur. L'exercice peut être conféré à un tiers en vertu de dispositions testamentaires. Art L122-1 du CPI : Le droit d'exploitation appartenant à l'auteur comprend le droit de représentation et le droit de reproduction".

Par les brevets

Écrire un résumé de l'argument.

Objections à la famille d'arguments « Pour respecter la propriété intellectuelle »

Objection à la famille à compléter

Écrire un résumé de l'objection.


Arguments CONTRE

1. Limiter la liberté d’expression est antidémocratique

La liberté d’expression est un pilier de la démocratie

La loi doit garantir la liberté d'expression et non la limiter. Les citoyens doivent être libres de penser et de s'exprimer sans être inquiétés pour leurs opinions. Ainsi, dans une véritable démocratie, l'opinion publique n'est pas être contrôlée et toute personne est libre de mener ses recherches, de s'informer, commenter et critiquer. Un espace public digne de ce nom est fondé sur l'expression, la comparaison et la libre critique de toutes les opinions.

Citation(s)
  • "Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit".Déclaration des droits de l'Homme (1948) article 19.
  • « On montre que, dans une libre république, il est permis à chacun de penser ce qu’il veut et de dire ce qu’il pense » Emile Zola
  • « Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'au bout pour que vous ayez le droit de le dire », propos attribués à Voltaire.


Elle conditionne l'exercice de nombreux autres droits

La liberté d'expression est un droit qui permet la création, l'information et la contestation. Elle donne ainsi la liberté de critiquer les religions et l'ordre établi, de manifester, de dessiner des caricatures, etc., mais aussi de faire valoir ses droits. Sans liberté d'expression, il n'est pas possible de dénoncer les abus de pouvoir.

Citation(s)
  • "Sans liberté d'expression, la liberté d'opinion ne serait pas grand chose ! Car sans possibilité de s'exprimer, être libre de penser ne sert à rien ..." Trouver la source.
  • "La liberté d'expression conditionne l'exercice de tous les autres droits" Robert Badinter dans le Monde Hors-série, mars 2015.
  • "le principe de la liberté de la presse n'est pas moins essentiel, n'est pas moins sacré que le principe du suffrage universel. Ce sont les deux côtés du même fait. (Oui ! Oui !). Ces deux principes s'appellent et se complètent réciproquement. La liberté de la presse à côté du suffrage universel, c'est la pensée de tous éclairant le gouvernement de tous. Attenter à l'une c'est attenter à l'autre". Discours de Victor Hugo à l'Assemblée Nationale, 11 septembre 1848


Limiter la liberté d'expression revient à déléguer le pouvoir à une élite

Interdire l'expression de certaines opinions suppose qu'un groupe ou une institution s'arroge le pouvoir de décider ce que les autres ont le droit de dire et de savoir. Cela est contradictoire avec le principe d'égalité en raison. En effet, cela revient à considérer, contre les Lumières, que certains citoyens ne sont pas capables de penser par eux-mêmes et risquent les pires dérives. Ainsi, on les infantilise et crée une discrimination de fait entre ceux qui ont accès à toutes les opinions, et ceux qui n'y ont pas accès.

Cette inégalité existait au temps de l'Ancien Régime, lorsque les nobles disposaient des livres interdits par l'Église aux simples sujets. Cette situation se retrouve aujourd'hui avec les interdictions sur le négationnisme, réservant l'accès aux contenus interdits aux chercheurs, aux journalistes et aux autorités de l'État.


Limiter la liberté d'expression est typique des régimes autoritaires

Les pays qui limitent le plus la liberté d'expression sont des régimes autoritaires. Ces pays, comme la Chine, la Corée du Nord ou l'Érythrée, font un usage intensif de la surveillance, de la censure et la répression.


Objections à la famille d'arguments « Limiter la liberté d’expression est antidémocratique »

Toute liberté comporte des limites

Une liberté n'est jamais absolue. Pour s'exercer, elle nécessite des cadres. Pour que chacun puisse conduire une voiture, il faut que chacun respecte les feux, la signalisation, les limites de vitesse, etc. La liberté d'expression n'est possible que parce qu'elle est encadrée.


La liberté d'expression doit être limitée par les Droits de l'homme

Notre conception de la liberté d'expression est fondée sur les Droits de l'Homme, qui comportent des principes universels comme la dignité de la personne, l'égalité entre les hommes et les femmes, le refus des discriminations, etc. De là découlent nécessairement des limites et des interdictions : on ne peut par exemple tenir de propos racistes sans remettre en question l'égalité entre les personnes. Or, les Droits de l'homme sont au cœur de la démocratie. Limiter la liberté d'expression au nom des Droits de l'homme n'est donc pas antidémocratique.

Citation(s)

  • "Il est vrai que dans les démocraties le peuple paraît faire ce qu'il veut; mais la liberté politique ne consiste point à faire ce que l'on veut (...) La liberté est le droit de faire tout ce que les lois permettent..." Montesquieu, De l'esprit des lois.
  • « Je suis pour les référendums encadrés par une juridiction qui ne permette pas à une majorité de décider contre des minorités. [...] La démocratie ce n’est pas et ça n’a pas le droit d’être la dictature de la majorité contre des minorités. La démocratie c’est la défense des minorités contre les majorités ! » Daniel Cohn-Bendit, député européen
  • «  La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui » Déclaration des droits de Homme et du citoyen, 1789
  • « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi » Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, 1789



2. Limiter la liberté d’expression est dangereux

Limiter la liberté d'expression, c'est appauvrir la pensée

Chacun constitue sa pensée à partir de ce qu'il lit, voit, écoute, discute. L'esprit se nourrit des livres, articles, vidéos et œuvres d'art qu'il trouve dans son environnement. Limiter ces ressources culturelles par des interdictions, c'est appauvrir la pensée des individus.

"On dit, il est vrai, que la liberté de parler ou d'écrire peut nous être ôtée par une puissance supérieure, mais non pas la liberté de penser. Mais penserions-nous beaucoup et penserions-nous bien, si nous ne pensions pas pour ainsi dire en commun avec d'autres qui nous font part de leurs pensées et auxquels nous communiquons les nôtres ? Aussi l'on peut dire que cette puissance extérieure qui enlève aux hommes la liberté de communiquer publiquement leurs pensées leur ôte également la liberté de penser, l'unique trésor qui nous reste encore en dépit de toutes les charges civiles et qui peut seul apporter un remède à tous les maux qui s'attachent à cette conduite." Kant http://sos.philosophie.free.fr/droit.htm


La liberté d’expression permet de lutter contre les dérives de la pensée dominante

Il est nécessaire, pour qu'un régime évite des erreurs, qu'on puisse critiquer ses décisions. En démocratie, on est libre de dénoncer les dérives des dirigeants, les choix économiques, les lois si on les considère comme mauvaises.


Limiter la liberté d'expression conduit à étouffer la contestation

Sous prétexte d'interdire l'apologie de la violence, du vol ou de comportements immoraux, les États protègent les dominants et maintiennent l'ordre établi – que celui-ci soit juste ou non.

  • Les révolutions sont des évènements violents qui contreviennent à l'ordre public. Interdire les manifestations potentiellement violentes est un moyen d'empêcher les changements sociaux.
  • Les changements sociaux sont souvent accompagnés d'actes de violence.
  • diffamation
  • vol/propriété privée/brevets ; secret des affaires
  • homosexualité, morale dominante


Quand on limite la liberté d'expression, on ne peut plus s'arrêter

Si un groupe, un État ou une loi décide que certains propos sont intolérables, les principes utilisés serviront à interdire de plus en plus de propos. On constate cette dérive aujourd'hui. Des lois qui servaient à l'origine à sanctionner un très petit nombre d'extrémistes et de néo-nazis ont permis d'intenter des procès à des personnalités aussi diverses que Pascal Bruckner ou Daniel Mermet. Ironie du sort : même ceux qui ont milité pour créer des lois contre la liberté d'expression peuvent se retrouver visés par de telles lois. Ainsi, Charlie Hebdo, qui avait proposé l'interdiction du Front national, a lui-même subi de nombreux procès pour caricatures offensantes.

En utilisant les arguments qui servent à réprimer "l'incitation à la haine", dans les années 2000, l'écrivain Jean-Christophe Rufin avait remis un rapport au 1er Ministre pour sanctionner les propos antisionistes virulents :

« Nous invitons à réfléchir sur l’opportunité et l’applicabilité d’un texte de loi qui complèterait les dispositions de la loi du 1er juillet 1972 et celles de la loi du 13 juillet 1990 (dite loi Gayssot). Ce texte permettrait de punir ceux qui porteraient sans fondement, à l’encontre de groupes, d’institutions ou d’États, des accusations de racisme, et utiliseraient à leur propos des comparaisons injustifiées avec l’apartheid ou le nazisme. » (A la suite des débats suscités par son Rapport, J.C. Rufin semble être revenu sur sa proposition de légiférer contre « l’antisionisme radical ».)

http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20041019.OBS9398/rufin-lie-antisemitisme-et-antisionisme-radical.html

http://www.lepoint.fr/actualites-politique/2007-01-17/rufin-contre-l-antisemitisme-de-gauche/917/0/32038

"Il n'y a aucune raison pour que les descendants des victimes de toute l'histoire de France ne réclament et n'obtiennent ce que les fils et filles d'esclaves ont obtenu. Le "génocide" vendéen attend sa reconnaissance officielle, les Russes blancs ne manquent pas d'arguments contre les massacres communistes en Ukraine, pas plus qe les Polonais réfugiés contre les massacres de Katyn. suivraient, avec un argumentaire imparable, les descendants des protestants de la Saint-Barthélémy, les aristocrates guillotinés, les Albigeois exterminés. Et pourquoi, dans la foulée, la France ne se donnerait-elle pas, au nom de ses pincipes fondamentaux, une compétence mémorielle à dimension planétaire, incriminant les Espagnols et les Américains (...) ? L'histoire n'est qu'une longue suite de crimes contre l'humanité." Pp. 12-14, Pierre Nora, in P. Nora, F. Chandernagor, Liberté pour l'Histoire, CNRS éditions,

"Philippe Nemo montre, exemples tirés de la jurisprudence à l’appui, comment ces lois volontairement ambigües dans leur énoncé (« l’homophobie », par exemple, est condamnable, mais il n’en existe aucune définition légale !) ne punissent plus les paroles, mais les pensées. De même, celles-ci ne peuvent être examinées en procès que par l’intermédiaire de juges chargés de traquer et de condamner les déviants, comme de nouveaux inquisiteurs.

Il n’est pas besoin de punir tout le monde. La criminalisation du discours repousse les thèses controversées hors de la sphère publique ; l’auto-censure des jeunes professionnels fait le reste. Aucun étudiant en journalisme n’aura la moindre chance de décrocher un simple job de pigiste s’il a le malheur d’exprimer une opinion s’écartant de la norme, même en privé, si celle-ci parvient aux oreilles de son employeur.

Après des décennies le long de ce chemin, le résultat est là : un spectaculaire affaiblissement du débat intellectuel. Le terme de régression n’est pas trop fort. Comme l’explique Philippe Nemo : "Ce qui frappe en effet dans la police des idées qui a été mise en place depuis quelques années en France, c’est son caractère crypto-religieux. Aux personnes qui énoncent des faits et arguments au sujet de l’immigration, des mœurs familiales et sexuelles, de l’école, de la sécurité, de la politique pénale, des politiques sociales, de la fiscalité, etc., n’allant pas dans le sens de l’orthodoxie régnante, on n’oppose pas d’autres faits ou d’autres arguments, mais une fin de non-recevoir. On ne veut pas discuter avec elles, on veut qu’elles disparaissent purement et simplement de l’espace public. On veut que la société soit purifiée de leur présence."

https://www.contrepoints.org/2012/01/23/66000-de-la-regression-intellectuelle-de-la-france

DELITS DE PENSEE

Les paroles sont des actes.

Certains actes sont des délits.

Donc certaines paroles sont des délits.

Certaines paroles sont des délits.

Les paroles expriment des pensées.

Donc certaines pensées sont des délits.

Duits et Barbier, "La Logique de la Bête" (Exercices d'élucidation), éditions de l'éclat, 2014.


Objections à la famille d'arguments « Limiter la liberté d’expression est dangereux »

La liberté d'expression totale est le paravent des populistes et des racistes

On constate que des personnes visant à exprimer des propos racistes, haineux ou choquants instrumentalisent le principe de la liberté d'expression totale. Ainsi, ils peuvent justifier la publication et la diffusion des écrits de Sade ou des propos négationnistes, voire de caricatures racistes. La liberté d'expression est alors prostituée aux plus bas penchants de l'être humain.

"Aujourd’hui, la demande d’une liberté d’expression intégrale est la façade habituelle de la xénophobie, le thème commun de mouvements comme le Parti du Peuple danois, l’Intérêt flamand ou le parti de la Liberté en Autriche. […] Un précédent significatif vient à l’esprit : à l’époque de l’affaire Dreyfus, l’organe le plus virulent de l’antisémitisme, animé par Edouard Drumont, s’appelait, déjà, La libre parole…" Tvzevan Todorov, "La peur des barbares", Laffont, p. 218-219


3. Limiter la liberté d’expression est inefficace

On ne peut pas empêcher les gens de penser ce qu'ils veulent

On peut empêcher les gens de communiquer leurs pensées, de "faire bouger leur langue", mais pas de penser et d'éprouver certains sentiments.

"Spinoza part d'une constatation de fait qui semble évidente : la pensée est du domaine de la conscience intérieure. Or la conscience est inaccessible à autrui. Il semble clair qu'aucune personne et aucun État ne semble pouvoir faire en sorte que les sujets admettent comme vrai et rejettent comme faux ce qu'il aura décidé tel. On peut régenter les paroles et les actes mais non les esprits. On peut forcer quelqu'un à dire que 2+2=5, on ne peut l'empêcher de penser en son for intérieur que cela fait 4. L'Église parvint à forcer Galilée à dire que la terre est le centre du monde et qu'elle est immobile. Elle parvint à limiter sa liberté d'expression mais Galilée n'en pensait pas moins " Et pourtant elle tourne " Spinoza parle de droit naturel. Cela tient en effet à la nature de l'homme et ici à sa nature d'être raisonnable doué d'une pensée inaccessible à l'autre, d'une conscience intérieure, strictement personnelle. Moi seul sais ce que je pense et nul n'y peut rien. Cela tient à la nature même de la pensée. " Si considérable que soit donc le droit dont une souveraine puissance dispose en tous domaines, si fermement que lui soit reconnu son rôle d'interprète, et du droit humain et du culte le plus fervent, jamais cependant les sujets ne pourront être empêchés de porter des jugements de tout ordre, à leur gré, ni de ressentir tel ou tel sentiment à titre individuel." Allons plus loin : si une personne elle-même voulait se dessaisir de son propre droit de penser, elle ne le pourrait pas. Ce qui caractérise l'homme, ce qui le définit est la pensée.

http://sos.philosophie.free.fr/droit.htm


On ne peut pas contrôler la diffusion des idées

Croire que l'on peut contrôler les opinions est illusoire. Pour cela, il faudrait déployer des moyens policiers dont aucun État ne dispose : il faudrait mettre un agent derrière chaque citoyen, un agent derrière chaque agent, etc.

Aucun régime totalitaire n'a réussi à avoir un tel contrôle de l'information. En URSS et dans le bloc de l'Est par exemple, malgré de gros moyens de surveillance, le régime n'a pas pu empêcher les dissidents de reproduire et diffuser les écrits clandestins par le système du samizdatLogo de l'encyclopédie WikipédiasamizdatLogo de l'encyclopédie Wikipédiasamizdat.


Internet ruine toute tentative de censure

À l'heure d'internet, n'importe quel citoyen connecté peut recevoir et émettre des informations diffusées dans le monde entier. Articles, images, vidéos, messages, tout contenu circule sans censure à travers les réseaux sociaux, les blogs ou les forums. On ne peut pas bloquer une opinion, car elle se retrouvera ailleurs. On le voit pour le négationnisme, qui prospère malgré son interdiction.


Objections à la famille d'arguments « Limiter la liberté d’expression est inefficace »

Interdire certains discours empêche leur propagation

Interdire certains discours a des effets. En faisant des propos racistes, sexistes et homophobes des délits, on réduit leur présence dans l'espace public et médiatique. D’autre part, les gens tendent à s’autocensurer et à réfréner leurs tendances racistes. On favorise alors un climat où les comportements discriminants tendent à se raréfier et à être réprouvés par la majorité des gens. Ces opinions devenues hors-la-loi, il faut déployer de plus en plus d’efforts et d’inventivité pour y accéder. En ce sens, l'interdiction est efficace.

Ainsi, depuis les lois Gayssot et Pleven, les blagues racistes, sexistes ou homophobes ont quasiment déserté l’espace médiatique. L’antisémitisme a régressé et le négationnisme est resté confidentiel. Sur le long terme, les agressions racistes et homophobes sont en baisse. Enfin, les mouvances de type nazi ne se sont plus développées.


4. Limiter la liberté d’expression n'est pas nécessaire

Les individus sont doués de raison et capables de s’autocensurer

Interdire des opinions, c'est considérer les citoyens comme des enfants qui ne peuvent pas juger par eux-mêmes. C'est tout l'inverse du projet d'émancipation des Lumières, qui voulaient libérer les Hommes de la tutelle des Églises, des rois et des docteurs. Or, tous les individus sont dotés de raison et n'ont pas besoin d'autorité au-dessus d'eux pour leur dire ce qu'ils doivent lire, penser et faire. Ils sont donc capables de savoir ce qui est bon pour eux et de s'autocensurer quand il le faut.

Chacun doit faire preuve de tolérance

Plutôt que de poser toujours plus de limites à la liberté d'expression, mieux vaut développer la tolérance. Celle-ci implique que toutes les opinions et toutes les formes d'expression doivent être considérées comme légitimes si on veut vivre dans une société ouverte. Chacun y sera choqué, pourra se considérer offensé et devra assumer qu'il existe des opinions inadmissibles pour lui.

« La tolérance consiste à s'abstenir d'intervenir […] dans les opinions d'autres personnes alors même que ces opinions […] nous paraissent désagréables, franchement déplaisantes […] ou moralement répréhensibles. […] quel sens y aurait-il à parler de tolérance si l'on ne faisait que tolérer ce qu'on aime bien ou ce qu'on peut à la rigueur supporter ? […] Ce qui fait la difficulté, c'est que la décision de tolérer ne dépende pas d'une position sceptique, mais d'une forme de certitude : je sais que c'est mal, mais si la tolérance est une vertu aussi absolue, elle implique qu'il est moralement bon d'accepter aussi ce qui est mauvais. » (Monique Canto-Sperber, in ouvrage collectif, textes réunis par R.P. Droit, Jusqu'où tolérer ?, Le Monde/éditions).

« Car ce qui le porte à exiger et à préserver la tolérance, ce n’est pas un égard pour le contenu des théories à tolérer mais la connaissance du fait que seule la tolérance peut créer et maintenir l’état de paix dans la société, sans lequel l’humanité serait retombée dans l’inculture et la pauvreté des temps révolus. C’est avec les armes de l’esprit et non avec celles de la force brutale et de l’oppression que le libéralisme combat la stupidité, l’absurdité, l’erreur et l’esprit du mal. » — Ludwig von Mises


Les paroles ne sont pas des actes

Il existe une différence de nature entre les mots et les choses qu'ils désignent : un chien peut mordre, mais le mot "chien" ne mord pas. De même, une insulte n'est pas une gifle, une caricature n'est pas un incendie, une menace de mort n'est pas un meurtre. Les atteintes morales ne peuvent pas être mises sur le même plan que les atteintes physiques. Selon la formule de Pierre Vidal-Naquet : "On combat un Eichmann de papier par le papier, et un Eichmann en armes par les armes."


L'opinion publique s'autorégule

Il n'y a pas besoin de lois pour encadrer la liberté d'expression, car les opinions intolérables seront reconnues comme telles par la majorité des citoyens. Peu à peu, elles seront éliminées ou marginalisées, les gens n'osant plus les exprimer : l'opinion publique s'autorégule.

Ainsi, les discours qui justifiaient la violence au nom de la nation, de la révolution ou de la lutte des peuples étaient largement répandus au cours du vingtième siècle. Ces discours sont aujourd'hui devenus archaïques : ils ont été combattus dans l'opinion publique sans introduire de lois spécifiques.

"L’opinion publique, voilà le seul juge compétent des opinions privées, le seul censeur légitime des écrits. Si elle les approuve, de quel droit, vous, hommes en place, pouvez-vous les condamner ? Si elle les condamne, quelle nécessité pour vous de les poursuivre ? Si, après les avoir improuvés, elle doit, éclairée par le temps et par la réflexion, adopter tôt ou tard, pourquoi vous opposez-vous aux progrès des Lumières ? comment osez-vous arrêter ce commerce de la pensée, que chaque homme a le droit d’entretenir avec tous les esprits, avec le genre humain tout entier ? L’empire de l’opinion publique sur les opinions particulières est doux, salutaire, naturel, irrésistible ; celui de l’autorité et de la force est nécessairement tyrannique, odieux, absurde, monstrueux". Robespierre, Œuvres de Robespierre/Sur la liberté de la presse


Objections à la famille d'arguments « Limiter la liberté d’expression n'est pas nécessaire »

Objection à la famille à compléter

Écrire un résumé de l'objection.


5. La liberté d’expression doit être totale

Pour permettre la liberté d’information

La liberté d'expression doit être sans limite pour permettre la liberté d'information. Pour que chaque citoyen puisse se faire un avis sur une question, il doit pouvoir accéder à l'ensemble des informations. Or, dans certains pays, cette liberté est très restreinte et les journalistes risquent leur vie afin que l'on puisse y accéder. Les journalistes doivent livrer les faits et la vérité ou encore une opinion et ensuite chacun peut juger par lui-même.

Citation(s)

"A deux mois des élections, l’environnement est en effet extrêmement hostile pour les journalistes et les blogueurs kényans. Ceux qui enquêtent sur la lutte contre le terrorisme, la corruption ou la répartition des terres sont systématiquement menacés, qu’ils écrivent en anglais ou en kiswahili, qu’ils habitent en province ou à Nairobi". Article du Monde, Au Kenya, « les journalistes renoncent à écrire sur certains sujets de peur d’être pris pour cible » du 30/05/17. "Soutenons la liberté de la presse, c'est la base de toutes les libertés, c'est par là qu'on s'éclaire mutuellement", Voltaire.


Pour faire éclore la vérité des opinions

On ne peut atteindre la vérité que par la confrontation des opinions, y compris les plus immorales, anti-scientifiques ou marginales. Ce n'est qu'après le débat que l'on saura, grâce aux arguments, quelles étaient les opinions les plus robustes.

L'opinion publique est un espace qui implique que les sujets pensent en commun. Dans cet espace, toute limitation soustrait certaines opinions à la critique, et donc les fait se développer dans l'ombre - ou au sein de groupes restreints où tous pensent la même chose.

  • "La liberté complète de contredire et de réfuter notre opinion est la condition qui permet de présumer sa vérité en vue d'agir : c'est là la seule façon rationnelle donnée à un être doué de facultés humaines de s'assurer qu'il est dans le vrai"

J.S. Mill, De la liberté. https://1000-idees-de-culture-generale.fr/liberte-expression-stuart-mill/

  • "La discussion publique des opinions est un moyen sur de faire éclore la vérité, et c'est peut-être le seul" Malesherbes, Mémoire sur la librairie et la liberté de la presse.


Pour faire progresser la science et la recherche

Les scientifiques doivent pouvoir avancer les théories qui leur semblent vraies indépendamment des pressions économiques, politiques et religieuses. Quand l'église voulait régenter l'astronomie (affaire Galilée), quand le parti communiste en URSS voulait s'aventurer sur le terrain de la biologie (affaire Lyssenko), la recherche reculait. Le process scientifique ne peut pas être soumis à des impératifs moraux ou politique. La science implique par définition une raison ouverte à toutes les hypothèses - y compris quand elles dérangent des "vérités" politiques, religieuses etc., ou des pouvoirs traditionnels,des intérêts économiques, et des préjugés bien admis dans une société donnée.


Pour laisser les arts et l’humour s’épanouir

Sans garantie par la loi de la liberté d'expression, les œuvres artistiques moins audacieuse. De plus, lorsque l'intention est humoristique ou artistique, une œuvre ne doit pas être censurée. L'humour et l'art sont essentiels à l'équilibre de la vie et de la société, c'est pourquoi ils ne doivent pas être limités.

Citation(s)
  • "L'humour renforce notre instinct de survie et sauvegarde notre santé d'esprit", Chaplin.
  • "Il n'y a pas de limites à l'humour, qui est au service de la liberté d'expression car, là où l'humour s'arrête, bien souvent, la place est laissée à la censure ou à l'autocensure." Cabu - 1938-2015 - interview dans L'Express, 4 avril 2012


Pour laisser les individus s’épanouir

Sans garantie de la liberté d'opinion, il n'y aurait plus de confrontation et moins de possibilité de se définir en tant qu'individu. Etre libre de s'exprimer pour construire une pensée personnelle. Une liberté d'expression sans limite permettrait d'assumer complètement sa personnalité. Cela permet aussi d'avoir une pensée et un avis différents de ceux des autres.


Pour ne pas dévaloriser une information

La valeur d'un propos tient à sa liberté. Une information qui a été censurée ou influencée est dévalorisée. Elle a une plus grande valeur si elle est complètement libre car on peut s'y fier.

Citation(s)

"Sans la liberté de blâmer, il n'est pas d'éloge flatteur", Beaumarchais, Le mariage de Figaro.


Objections à la famille d'arguments « La liberté d'expression doit être totale »

Il y a des opinions qui n'ont pas à être discutées

Les opinions absurdes (ex. donné par Freud : "Le centre de la terre est composé de confiture de fraises"), antiscientifiques ("La terre est plate", "L'univers a été créé en 6 jours"), ou qui ont montré leurs effets au travers de l'histoire (le racisme), doivent être éliminées de l'espace public. On n'a pas à les discuter ; ce serait mettre sur le même plan la raison et l'irrationnel.

"La liberté d’expression a toujours eu des limites, vous le savez.

Dans le cas inverse, on pourrait imaginer bien des choses intéressantes : “Faut-il assassiner les militants d’extrême droite ?”, avec un militant anarchiste en débatteur. “Les chauves doivent-ils être castrés ?”, “L’Etat islamique et la décapitation : pour ou contre ?”, avec un bourreau comme invité. C’est la liberté d’expression, après tout, pas grave s’il appelle à tuer des civils, et puis en plus il a un contradicteur...

Nous sommes donc d’accord, on ne peut pas tout dire. La question est de savoir ou l’on place le curseur."

http://tempsreel.nouvelobs.com/rue89/rue89-politique/20141222.RUE7145/eric-zemmour-de-quelle-liberte-d-expression-parle-t-on.html


L'espace public n'est pas un supermarché

Vouloir la liberté d'expression totale, c'est vouloir appliquer une logique libérale sur un supermarché des idées, celles-ci étant considérées comme des marchandises. Or on voit les effets de l'ultralibéralisme en économie : la loi du plus fort et le chaos. Sur le net sévissent des opinions souvent fausses, qui prennent le dessus sur les opinions scientifiques par exemple. Il faut donc une régulation dans le champ des idées.


Notes et références

  1. « Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit. »
  2. « Toute personne a droit à la liberté d'expression. Ce droit comprend la liberté d'opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu'il puisse y avoir ingérence d'autorités publiques et sans considération de frontière. »
  3. https://rsf.org/fr/classement
  4. http://www.actuabd.com/La-Loi-du-16-juillet-1949-a-60-ans
  5. http://www.vanityfair.fr/culture/cinema/diaporama/quand-la-censure-faisait-la-loi-a-hollywood/24082
Une première version de cette page a été créée par des élèves du collège Iqbal Masih de Saint-Denis dans le cadre d'une semaine interdisciplinaire.

Pour aller plus loin

Livre symbolisant la bibliographieLivre symbolisant la bibliographie{{{2}}} Bibliographie

Plutôt « pour »

Plutôt « contre »

  • Raoul Vanegeim, Rien n'est sacré, tout peut se dire (Réflexions sur la liberté d'expression), La Découverte 2015
  • Jean-Jacques Pauvert, Nouveaux (et moins nouveaux) visages de la censure, Les Belles Lettres 2004
  • Anastasia Colosimo, Les bûchers de la liberté, Stock 2016
  • Elisabeth Lévy, Les Maîtres-censeurs, Grasset
  • Ruwen Ogien, La liberté d'offenser (le sexe, l'art et la morale), coll. L'attrape-corps, La Musardine
  • Philippe Nemo, La régression intellectuelle en France, Texquis
  • Association "La Quadrature du Net" https://blogs.mediapart.fr/felix-treguer/blog/191113/la-liberte-d-expression-sur-internet-envers-et-contre-la-haine

Ni « pour » ni « contre »

  • Le Livre noir de la censure, sous la direction d'Emmanuel Pierrat, Le Seuil 2008
  • Jusqu'où tolérer ? Textes réunis et présentés par Roger-Pol Droit, Le Monde/éditions
  • Sylvain Goudemare, Emmanuel Pierrat, L'édition en procès, Léo Scheer, 2003.
  • Emmanuel-Juste Duits, "Faut-il tuer la liberté d'expression ?", Le Philosophoire n°16, https://www.cairn.info/revue-le-philosophoire-2002-1-page-15.htm
  • Gérald Bronner sur les biais générés par le Net : http://www.pourlascience.fr/ewb_pages/a/article-il-faut-reguler-le-marche-de-l-information-sur-internet-38087.php
  • Citoyen junior (N°037) paru en Décembre 2013
  • Lucien X. Polastron, Livres en feu (Histoire de la destruction sans fin des bibliothèques), Denoël
  • Science & vie junior (N°307) paru en Avril 2015 en p.92
  • Science & vie junior (N°308) paru en Mai 2015 en p.22-25 par Mikael Corre
  • Art et politique, Paru en 2013 aux éditions Palette par Nicolas Martin et Eloi Rousseau
  • Les droits de l'homme, un combat d'aujourd'hui, Paru en 2013 aux éditions Casterman par Isabelle BOURNIER et Florent Silloray
  • La liberté d'expression : a-t-on le droit de tout dire?, Paru en 2015 aux éditions La ville brûle par Daniel SCHNEIDERMANN et Etienne LÉCROART
  • La révolution française, Paru en 2002 aux éditions Mango par Frédérick Casadesus
  • Okapi (N°998) paru le 15 Mars 2015 en p.20-21 par Luc Ihaddadène
  • Citoyen junior (N°018) paru en Mars 2012 en p.4-15

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Plutôt « contre »

Ni « pour » ni « contre »

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Débats connexes