Lénine a militarisé le travail

De Wikidébats
Aller à : navigation, rechercher
pouce d'argument Cet argument est un argument POUR dans le débat Lénine est-il le précurseur de Staline ?
.
flèche vers le haut dans un cercle Cet argument est un sous-argument de Lénine a créé les instruments de la terreur stalinienne
SOUS-ARGUMENTS OBJECTIONS
Lénine a pratiqué l'incarcération, la torture et la déportation
Lénine a pratiqué la prise d'otages
Lénine a militarisé le travail
Lénine a encouragé le pillage des riches
Lénine a provoqué des famines pour mater des soulèvements
Lénine a instauré la terreur dès son arrivée au pouvoir
Lénine a manipulé les statistiques officielles
Lénine a légalisé la violence contre les opposants par la création d'un Code pénal
Lénine a organisé les premiers procès truqués ou expéditifs
Lénine a forgé les instruments de répression que Staline n’aura plus qu’à reprendre
Lénine a créé une police politique : la Tchéka
Lénine a restauré la peine de mort dès juin 1918
Lénine a organisé un contrôle social par le travail
Aucune objection n'a été entrée.
.

Présentation de l'argument

[ + Ajouter un résumé ]

Citations

« À la fin de 1919 et au début de 1920, les relations entre le pouvoir bolchevique et le monde ouvrier se dégradèrent encore davantage, à la suite de la militarisation de plus de deux mille entreprises. Principal partisan de la militarisation du travail, Léon Trotski développa, lors du IXe Congrès du Parti, en mars 1920, ses conceptions sur la question. L’homme est naturellement porté à la paresse, expliqua Trotski. Sous le capitalisme, les ouvriers doivent chercher du travail pour survivre. C’est le marché capitaliste qui aiguillonne le travailleur. Sous le socialisme, « l’utilisation des ressources de travail remplace le marché ». L’État a donc pour tâche d’orienter, d’affecter, d’encadrer le travailleur, qui doit obéir tel un soldat à l’État ouvrier, défenseur des intérêts du prolétariat. Tels étaient le fondement et le sens de la militarisation du travail, vivement critiquée par une minorité de syndicalistes et de dirigeants bolcheviques ; elle signifiait, en effet, l’interdiction des grèves, assimilées à une désertion en temps de guerre, le renforcement de la discipline et des pouvoirs de la direction, la subordination complète des syndicats et des comités d’usine, dont le rôle se bornait désormais à mettre en œuvre la politique productiviste, l’interdiction pour les ouvriers de quitter leur poste de travail, la sanction de l’absentéisme et des retards, fort nombreux en ces temps où les ouvriers étaient à la recherche, toujours problématique, de nourriture. »
Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.

[ + Ajouter une citation ]

Sous-arguments

Une catastrophe humaine dans la région du Donbass

Page détaillée
La militarisation du travail a été catastrophique dans la région du Donbass
[ Modifier ]
« Une des priorités du régime, au printemps 1921, était de faire redémarrer la production industrielle qui était tombée à un dixième de ce qu’elle avait été en 1913. Loin de relâcher la pression sur les ouvriers, les bolcheviks maintinrent, voire renforcèrent, la militarisation du travail mise en place au cours des années précédentes. La politique menée, en 1921, après l’adoption de la NEP, dans la grande région industrielle et minière du Donbass qui produisait plus de 80 % du charbon et de l’acier du pays, apparaît, à bien des égards, révélatrice des méthodes dictatoriales employées par les bolcheviks pour « remettre les ouvriers au travail ». À la fin de 1920, Piatakov, l’un des principaux dirigeants et proche de Trotski, avait été nommé à la tête de la Direction centrale de l’industrie charbonnière. En un an, il parvint à quintupler la production de charbon, au prix d’une politique d’exploitation et de répression sans précédent de la classe ouvrière, qui reposait sur la militarisation du travail des cent vingt mille mineurs dépendant de ses services. Piatakov imposa une discipline rigoureuse : toute absence était assimilée à un « acte de sabotage » et sanctionnée par une peine de camp, voire par la peine de mort – dix-huit mineurs furent exécutés en 1921 pour « parasitisme aggravé ». Il procéda à une augmentation des horaires de travail (et notamment le travail le dimanche) et généralisa le « chantage à la carte de rationnement » pour obtenir des ouvriers une augmentation de la productivité. Toutes ces mesures furent prises à un moment où les ouvriers recevaient, en guise de tout paiement, entre le tiers et la moitié du pain nécessaire à leur survie et où ils devaient, à la fin de leur journée de travail, prêter leur unique paire de chaussures aux camarades qui prenaient la relève. Comme le reconnaissait la Direction de l’industrie charbonnière, parmi les nombreuses raisons du fort absentéisme ouvrier figuraient, outre les épidémies, la « faim permanente » et « l’absence quasi totale de vêtements, de pantalons et de chaussures ». Pour réduire le nombre de bouches à nourrir alors que la famine menaçait, Piatakov ordonna, le 24 juin 1921, l’expulsion des villes minières de toutes les personnes qui ne travaillaient pas dans les mines et qui représentaient, par conséquent, un « poids mort ». Les cartes de rationnement furent retirées aux membres des familles des mineurs. Les normes de rationnement furent strictement alignées sur les performances individuelles de chaque mineur, et fut introduite une forme primitive de salaire aux pièces. »
Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.

Une militarisation théorisée par Trotski

Page détaillée
Trotski a théorisé la militarisation du travail
[ Modifier ]
« Synonyme « d’efficacité » et de succès, le modèle militaire servit d’exemple, une fois la guerre contre les « Blancs » gagnée, pour mener des expérimentations qui devaient être autant de « raccourcis vers le communisme ». L’une des plus marquantes fut la « militarisation du travail », prônée tout particulièrement par Trotsky. Dans une lettre adressée à Lénine le 27 février 1920, Trotsky explicitait ainsi sa vision du modèle militaire appliqué à l’ensemble des activités sociales : « Nos armées seront restructurées pour accomplir des tâches économiques. Les spécialistes du travail remplaceront les spécialistes militaires […]. Les états-majors enverront leurs instructions au front du travail : pour couper le bois, moissonner les récoltes, réparer les locomotives. Le Directoire de mobilisation préparera les listes de tous les spécialistes expérimentés et compétents. Et tous les soirs, des milliers de téléphones sonneront dans les états-majors, rendant compte de nos conquêtes sur le front du travail ». Quelques semaines plus tard, au IXe Congrès du parti, Trotsky développa sa conception de la militarisation du travail dans l’État socialiste, fondée sur « le droit de la dictature du prolétariat d’envoyer chaque travailleur à la place requise par l’État ». Dans cette optique, les ouvriers n’étaient que de la rabsila – force de travail – et les paysans du mujitskoie syrie – « de la matière première moujik ». Initié sur le réseau ferré, puis étendu à des milliers d’entreprises, le régime de la « militarisation du travail », qui signifiait l’interdiction des grèves, l’imposition d’une discipline rigoureuse, la subordination complète des syndicats et des comités d’usine à l’effort productiviste, s’appliqua bientôt aux soldats démobilisés, contraints de s’engager dans des « armées du travail ». La forme la plus extrême de cet enrégimentement général fut le projet de « régulation étatique de l’agriculture », développé par N. Ossinski, un des responsables du commissariat du peuple à I’Approvisionnement, en septembre 1920. »
Nicolas Werth, « Les Bolcheviks et la restauration du « principe de l’État » », Quand tombe la nuit, L'Âge d'Homme, Lausanne, 2001.

Une préfiguration du travail forcé instauré par Staline

Page détaillée
La militarisation du travail est une préfiguration sous Lénine du travail forcé instauré par Staline
[ Modifier ]
« Toutes ces mesures allaient à l’encontre des idées d’égalité et de « rationnement garanti » dont se berçaient encore maints ouvriers, abusés par la mythologie ouvriériste bolchevique. Elles préfiguraient, de manière remarquable, les mesures anti-ouvrières des années 30. Les masses ouvrières n’étaient que de la rabsila (la force de travail) qu’il fallait exploiter de la manière la plus efficace possible, en contournant la législation du travail et des syndicats inutiles réduits au simple rôle d’aiguillons de la productivité. La militarisation du travail apparaissait comme la forme la plus efficace d’encadrement de cette main-d’œuvre rétive, affamée et peu productive. On ne peut manquer de s’interroger sur la parenté entre cette forme d’exploitation du travail libre et le travail forcé des grands ensembles pénitentiaires créés au début des années 30. Comme tant d’autres épisodes de ces années matricielles du bolchevisme – qui ne sauraient être réduites à la seule guerre civile –, ce qui se passait dans le Donbass en 1921 annonçait un certain nombre de pratiques qui allaient être au cœur du stalinisme. »
Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.

[ + Ajouter un sous-argument ]

Objections

[ + Ajouter une objection ]

Références

[ + Ajouter une référence ]


Débat parent