Lénine a fomenté le coup d'État d'Octobre 17

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SOUS-ARGUMENTS OBJECTIONS
Lénine a fomenté le coup d'État d'Octobre 17
Lénine a dissout l'Assemblée constituante de janvier 1918
Lénine a interdit les partis et journaux d'opposition
Lénine savait qu'il ne pouvait prendre le pouvoir de façon démocratique
Lénine défendait la dictature du prolétariat
Le manque de démocratie pendant la Révolution russe est un héritage de la société tsariste
Lénine a toujours pris parti pour la démocratie des soviets
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Présentation de l'argument

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Citations

« Le 7 novembre 1917 est le moment du passage à l’acte majeur. Il ne s’opère pas par une insurrection populaire mais par un coup d’État mené à Petrograd par une troupe de quelques milliers d’hommes et pratiquement sans effusion de sang, puis par une tentative identique à Moscou qui fera des centaines de tués. Cet acte déclenche presque automatiquement la mise en œuvre de deux logiques : l’une redoutée et annoncée par toute la classe politique révolutionnaire, celle de la guerre civile ; l’autre inédite et inattendue, celle de la transformation du mouvement totalitaire en parti-État. »
Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

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Sous-arguments

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Objections

Le gouvernement provisoire n'était pas démocratique

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Le gouvernement provisoire russe de 1917 n'était pas démocratique
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« On affirme souvent que « le coup de force bolchevik d’octobre-novembre 1917 renversa une démocratie naissante… ». Rien n’est plus faux. La république n’était pas encore proclamée en Russie, aucune institution démocratique n’existait sérieusement en dehors des Soviets ou Conseils des ouvriers, des paysans et des soldats… Le gouvernement provisoire, présidé par Kerenski, s’était refusé à accomplir la réforme agraire, refusé à ouvrir les négociations de paix réclamée par la volonté populaire, refusé à prendre des mesures effectives contre la réaction. Il vivait dans le transitoire entre deux vastes complots permanents : celui des généraux et celui des masses révolutionnaires. Rien ne permettait de prévoir l’établissement pacifique d’une démocratie socialisante, la seule qui eût été hypothétiquement viable. À partir de septembre 1917, l’alternative est celle de la dictature des généraux réactionnaires ou de la dictature des Soviets. Deux historiens opposés s’accordent pleinement là-dessus : Trotsky et l’homme d’Etat libéral de droite, Milioukov. La révolution soviétique ou bolchevik fut le résultat de l’incapacité de la révolution démocratique, modérée, instable et inopérante que la bourgeoisie libérale et les partis socialistes temporisateurs dirigeaient depuis la chute de l’autocratie. »
Victor Serge, « Trente ans après la Révolution russe », 1947.

Les bolchéviks étaient majoritaires au seul organe de pouvoir légitime

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Les bolchéviks étaient majoritaires dans les soviets en octobre 1917
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« Lorsque le deuxième congrès des soviets se réunit les 25 et 26 octobre, les bolcheviks et leurs alliés sont majoritaires. Les dirigeants mencheviques et socialistes-révolutionnaires, comprenant qu’il s’agit de la seule source de légitimité, tentent de liquider cette dernière en appelant leurs partisans à quitter le congrès. Si ce dernier n’avait réuni qu’une minorité des délégués élus, sa légitimité aurait été ébranlée. Mais l’appel des partisans du gouvernement provisoire faillit et la poursuite de la guerre est un fiasco. Seuls une cinquantaine de délégués sur environ six cents suivent l’appel de leurs dirigeants. Neuf délégués sur dix restent au congrès, qui désigne le nouveau gouvernement, intitulé Conseil des commissaires du peuple, après la prise du palais d’Hiver où se terraient les ministres du gouvernement resté à jamais provisoire, à peu près sans effusion de sang. »
Jean-Jacques Marie, « Octobre 1917 : Révolution ou coup d’État ? », Cahiers du mouvement ouvrier, n°43.

Aucune solution démocratique n'était possible

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Aucune solution démocratique n'était possible en octobre 1917 en Russie
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« Cette « facilité » relative de la prise insurrectionnelle du pouvoir par les bolchéviks illustre l'impuissance de la bourgeoisie russe entre février et octobre, son incapacité à remettre sur pied un État et à édifier sur les ruines du tsarisme un projet de nation moderne. Le choix n'était plus dès lors entre la révolution et la démocratie sans phrases, mais entre deux solutions autoritaires, la révolution et la dictature militaire de Kornilov ou d'un quelconque semblable. »
Daniel Bensaïd, « Communisme contre stalinisme », Rouge, n°1755, 1997.

L'insurrection d’Octobre est le résultat d'une année d'actions des masses

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L'insurrection d’Octobre 1917 est le résultat d'une année d'actions des masses
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« On affirme encore que l’insurrection du 7 novembre (25 octobre, vieux style) 1917 fut l’œuvre d’une minorité de conspirateurs, le Parti bolchevik. Rien n’est plus contraire aux faits véritables. 1917 fut une année d’action de masses étonnante par la multiplicité, la variété, la puissance, la persévérance des initiatives populaires dont la poussée soulevait le bolchevisme. Les troubles agraires s’étendaient à toute la Russie. L’insubordination annihilait dans l’armée la vieille discipline. Cronstadt et la flotte de la Baltique avaient catégoriquement refusé l’obéissance au gouvernement provisoire et l’intervention de Trotsky auprès du Soviet de la base navale avait seule évité un conflit armé. Le Soviet de Tachkent, au Turkestan, avait pris le pouvoir pour son propre compte… Kerenski menaçait le Soviet de Kalouga de son artillerie… Sur la Volga, une armée de 40 000 hommes refusait l’obéissance. Dans les faubourgs de Petrograd et de Moscou, des gardes rouges ouvrières se formaient. La garnison de Petrograd se plaçait aux ordres du Soviet. Dans les Soviets, la majorité passait pacifiquement et sans fraude des socialistes modérés aux bolcheviks, du reste surpris eux-mêmes de ce changement. Les socialistes modérés se détournaient de Kerenski. Celui-ci ne pouvait plus compter que sur des militaires devenus tout à fait impopulaires. C’est pourquoi l’insurrection vainquit à Petrograd presque sans effusion de sang, dans l’enthousiasme. Que l’on relise sur le sujet les bonnes pages de John Reed et de Jacques Sadoul, témoins oculaires. Le complot bolchevik fut littéralement porté par une colossale vague montante. »
Victor Serge, « Trente ans après la Révolution russe », 1947.

Les bolchéviks réalisent les aspirations des masses

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Les bolchéviks réalisent les aspirations des masses dans la première année du régime soviétique
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« Le 25 octobre au soir, l’insurrection n’était pas même terminée que se réunissait déjà le congrès des soviets des députés ouvriers et soldats de toute la Russie. Comme le raconte Trotsky, ce n’étaient pas des députés bien habillés, fleurant le parfum à la mode. C’étaient des ouvriers du rang, des soldats en grossier uniforme, des paysans barbus. Et c’est sans doute pour cela qu’ils firent ce qu’aucun gouvernement n’avait encore jamais fait dans l’histoire : ils traduisirent immédiatement en actes les aspirations des opprimés. Aussitôt proclamé, le pouvoir soviétique signa les décrets que les opprimés attendaient depuis huit mois et que le gouvernement s’était toujours refusé à prendre. Il décréta l’armistice, dénonça les buts impérialistes de la guerre, publia les traités secrets et appela les peuples d’Europe à suivre l’exemple des travailleurs russes. Il décréta le partage des terres et encouragea les paysans à se les répartir afin de mettre fin au parasitisme des grands propriétaires terriens. En s’appuyant sur la mobilisation des travailleurs dans les usines et les quartiers populaires, il organisa la production et le ravitaillement pour répondre aux besoins urgents de la population. Il imposa le contrôle ouvrier et expropria la bourgeoisie quand celle-ci ne voulait pas collaborer. Il décréta encore le droit pour les nationalités qui étaient sous la domination de l’empire russe de se libérer et d’être indépendantes si elles le décidaient. Il légalisa le divorce, instaura l’égalité des femmes, et fit tout son possible pour les libérer des tâches domestiques et les associer à tous les niveaux du pouvoir. Aucun autre gouvernement prétendument démocratique n’a réalisé ne serait-ce que la moitié de cela. Pour cela il fallait que surgisse un pouvoir d’un genre nouveau : un pouvoir dirigé par les exploités pour les exploités. »
Lutte ouvrière, « 1917-2017 : la révolution russe », octobre 2017.

La question de l'insurrection était publiquement débattue dès septembre

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La question de l'insurrection bolchévik était publiquement débattue dès septembre 1917
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« Contrairement à l’image qu’a tenté d’imprimer sur nos rétines l’historiographie officielle, l’insurrection d’Octobre n’a rien du complot fomenté dans l’ombre. Dès les premiers jours de septembre, elle est le sujet de discussion qui anime la vie publique russe. L’historien américain Alexander Rabinowitch relate l’intensité de cette improbable séquence politique dans Les bolcheviks prennent le pouvoir. Jusqu’aux derniers instants qui précédèrent Octobre, l’insurrection occupe à elle seule l’ordre du jour de toutes les assemblées politiques, et figure à la une de tous les journaux, des plus enthousiastes aux plus hostiles. Le débat enflamme la société. Les dissensions internes du parti sur la question, entre Lénine et Kamenev, sont également de notoriété publique. »
Olivier Besancenot, Que faire de 1917 ?, Autrement, Paris, 2017.
« Techniquement, militairement, l’insurrection d’Octobre fut exécutée par une minorité d’ouvriers et de soldats, mais elle ne fut pas un putsch, comme voudraient le faire croire les détracteurs des bolcheviks. Ou alors, ce serait un putsch d’un genre complètement inédit. Car l’insurrection d’Octobre fut ouvertement annoncée, largement débattue et même soumise au vote. Tout au long du mois d’octobre, il n’était plus question que de l’insurrection. Quand les mencheviks et les socialistes-révolutionnaires la rejetaient, les bolcheviks distribuaient des tracts, organisaient des meetings pour en expliquer l’urgence. Les colonnes des journaux étaient remplies de pour et de contre. Faut-il oui ou non remettre tout le pouvoir aux soviets et renverser le gouvernement provisoire ? C’est sur cette question que se faisaient toutes les élections dans les soviets. Voter bolchevique, c’était voter pour l’insurrection. Et semaine après semaine, les soviets votèrent massivement pour les bolcheviks. Oui, Octobre fut bien l’insurrection des masses, une révolution, en ce sens que l’immense majorité des travailleurs et des soldats en avaient compris la nécessité, la soutenaient et l’attendaient. »
Lutte ouvrière, « 1917-2017 : la révolution russe », octobre 2017.

La révolution d'Octobre est une transformation profonde de toute la vie sociale

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La révolution d'Octobre est une transformation profonde de toute la vie sociale
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« Il suffit de revoir les mesures législatives prises dans les premiers mois et la première année par le nouveau régime pour comprendre qu'ils signifient un bouleversement radical des rapports de propriété et de pouvoir, parfois plus rapide que prévu et voulu, parfois au-delà même du souhaitable, sous la pression des circonstances. De nombreux livres témoignent de cette cassure dans l'ordre du monde (voir Les Dix jours qui ébranlèrent le monde, de John Reed, réédition Seuil, 1996) et de son retentissement international immédiat (cf. La Révolution d'Octobre et le mouvement ouvrier européen, collectif, EDI, 1967). Marc Ferro souligne (notamment dans La Révolution de 1917, Albin Michel, 1997 ; et Naissance et effondrement du régime communiste en Russie, Livre de Poche, 1997) qu'il n'y eut sur le moment pas grand monde pour regretter le régime du tsar et pour en pleurer le dernier despote. Il insiste au contraire sur le renversement du monde si caractéristique d'une authentique révolution, jusque dans les détails de la vie quotidienne : à Odessa, les étudiants dictent aux professeurs un nouveau programme d'histoire ; à Pétrograd, des travailleurs obligent leurs patrons à apprendre « le nouveau droit ouvrier » ; à l'armée, des soldats invitent l'aumônier à leur réunion pour « donner un sens nouveau à sa vie » ; dans certaines écoles, les petits revendiquent le droit à l'apprentissage de la boxe pour se faire entendre et respecter des grands. »
Daniel Bensaïd, « Communisme contre stalinisme », Rouge, n°1755, 1997.
« Le peuple est à l’œuvre et s’attelle à changer sa vie quotidienne dans une multitude de domaines, débordant les lois traditionnelles de l’histoire. Dans les entreprises, la hiérarchisation des rapports entre employeurs et employés est remise en cause. À l’école, les étudiants s’immiscent dans les choix pédagogiques et les questions de programme. Samuel Joshua détaille cette expérience éducative inédite : « Dès 1918, un immense espoir éclata d’en finir avec le despotisme de l’école tsariste, sa fabrication de la hiérarchie de classe, l’élitisme et le formatage. » De cette aspiration naît un nouveau système scolaire gratuit et mixte pour tous les enfants de 8 à 17 ans. « L’autogestion y est la règle », le fonctionnement assuré par une représentation collégiale regroupant les enseignants, le personnel, les élèves de plus de 12 ans ainsi que les organisations ouvrières environnantes. « Les thèmes travaillés sont définis par les enseignants et les élèves ». « Pas d’étude du ‘‘marxisme’’ (comme plus tard du “marxisme-léninisme’’), mais au contraire le fier refus de tout endoctrinement », précise Samuel Joshua, qui met ainsi en lumière un pan méconnu de la révolution russe qui perdura jusqu’au milieu des années 1920. Au sein de l’armée, les choses changent également. Les militaires renversent le poids ancestral du caporalisme. L’Église est traversée publiquement de débats enflammés sur la complémentarité entre religion et socialisme. Les poètes futuristes, dont Vladimir Maïakovski, pourfendent le conformisme ambiant et veulent tuer le vieil art. Dans son livre Russie soviétique (1917-1927). La révolution dans la culture et le mode de vie, Nicolas Fornet s’attarde lui aussi sur les bouleversements quotidiens engendrés par la révolution. Comme Samuel Joshua, il insiste sur le fait que la lutte contre l’analphabétisme devient une priorité effective après Octobre, dans ce pays où l’immense majorité des 150 millions d’habitants ne sait ni lire ni écrire. Les clubs de lecture, les cercles scientifiques, les sections littéraires, les groupes artistiques, les bibliothèques, les maisons du peuple, les théâtres, les expositions et les musées florissent et sèment aux quatre vents une culture accessible au plus grand nombre. Le palais d’Hiver, ancien haut lieu du tsarisme, est officiellement transformé en palais des Arts. Pour les femmes également, l’existence est profondément modifiée : « Le pouvoir soviétique allait ouvrir aux femmes l’accès à tous les domaines économiques, sociaux, politiques et culturels. Il proclama immédiatement l’égalité entre les sexes. Dès décembre 1917, le décret sur le mariage fixa l’égalité des contractants. Abolissant la prérogative masculine en matière familiale et parentale, ainsi que l’incapacité juridique de la femme mariée, il supprima l’indissolubilité du mariage [...] et permit le divorce à la demande de l’un des partenaires. [...] Les femmes pouvaient désormais choisir leur domicile. » La révolution trouvait dans son aptitude concrète à changer la vie son meilleur outil de propagande, son moyen le plus concret de maintenir l’adhésion du prolétariat à son projet, au-delà des difficultés et des épreuves traversées. »
Olivier Besancenot, Que faire de 1917 ?, Autrement, Paris, 2017.

La thèse du coup d'État sert à maintenir le peuple dans un rôle passif

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La thèse du coup d'État bolchévik sert à maintenir le peuple dans un rôle passif
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« Nous vivons dans un monde où le capital aime rappeler qu’il a terrassé son principal adversaire idéologique et banni par là même toute alternative politique crédible. […] Admettre le fait qu’une « classe subalterne » ait pu accéder au pouvoir et se gouverner elle-même, fût-ce de façon éphémère, revient à accepter une idée inacceptable car elle suppose la remise en cause des règles élémentaires de la domination. Aux yeux des oppresseurs, les instants d’émancipation sont des bombes à retardement qu’il s’agit de désamorcer au plus vite, en dénudant les fils de l’histoire s’il le faut. Définir 1917 comme un coup d’État plutôt que comme une révolution n’a pas pour seul intérêt de présenter les bolcheviks comme de dangereux manipulateurs. Cette version présente également l’avantage de maintenir le peuple à son rang de spectateur des événements. D’où l’importance pour la classe dominante de désaffilier les combats actuels des luttes politiques qui les ont précédés et de couper le cordon de récits dissidents qui les relie. Il ne faut pas laisser suggérer que la révolution russe ait pu être l’action du peuple. Elle fut et doit rester, pour tous, le fait de minorités comploteuses. »
Olivier Besancenot, Que faire de 1917 ?, Autrement, Paris, 2017.

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Références

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