Déconnecter revenu et travail est un non-sens économique

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Résumé

Instaurer un revenu de base revient à distribuer à tous une somme d'argent sans exiger en retour un travail ; cela revient à déconnecter le revenu du travail. Or l'argent à partir duquel est financé le revenu de base provient du travail de nombreux travailleurs, quel que soit le mode de financement du revenu de base, car la valeur économique naît du travail. Si rien n'assure le fait qu'une partie importante de la population continue de travailler, c'est la possibilité même de financer le revenu de base qui s'effondre.

Citations

« Détacher le revenu du travail n'a pas de sens car le travail est le seul producteur de richesse, le seul producteur de valeur économique ; donc il y a forcément un lien entre le travail et le salaire. Le revenu de base est détaché de l'emploi. Le problème aujourd'hui du salaire c'est qu'il est lié à l'emploi pour beaucoup de la population ; et si vous liez le salaire à l'emploi, alors c'est le chantage à l'emploi en permanence. On le connaît bien aujourd'hui, Mittal ne fait pas vivre 20 000 personnes, c'est 20 000 personnes qui le font vivre ; et si on lie le salaire à l'emploi, on donne tous les pouvoirs aux propriétaires lucratifs, et c'est pour cela que tout mouvement syndical au cours du XX° siècle a été pour déconnecter le salaire de l'emploi et pour attacher le salaire à la personne. C'est nous qui produisons la valeur, ce n'est pas Mittal. »
Bernard Friot, « Ce soir ou jamais », 1970/01/01.
« La valeur économique qu’on distribue ne provient que du travail collectif à l’échelle de la société. L’hypothèse d’inconditionnalité pour percevoir un revenu de base suppose qu’un individu pourrait autovalider les activités auxquelles il choisirait de s’adonner. Alexandre le bienheureux peut-il autovalider le fait qu’il reste dans son lit ou qu’il contemple les papillons ? La réponse est non. Ce n’est pas une simple question de morale, elle porte sur ce qui fait une société. Distribuer un revenu, c’est distribuer de la monnaie et cela exige une validation collective, que ce soit par le marché ou par la collectivité à travers une décision politique pour financer, par exemple, une éducation publique par l’impôt. Il n’y a pas d’autre façon de valider le versement d’un revenu monétaire. En outre, certains ont avancé l’idée que le revenu d’existence pourrait être une rente prélevée sur la masse de la richesse accumulée par l’humanité. Mais on ne verse pas un revenu en puisant sur un stock. Un revenu provient toujours d’un flux d’activité. Il y a là une méconnaissance du b.a.-ba des principes de l’économie politique, à savoir que seul le travail crée de la valeur économique qui peut ensuite être distribuée. Tous les revenus proviennent du travail humain, collectif. »
« L’une des implications les plus radicales des thèses sur la fin du travail est que le revenu doit être redistribué indépendamment de la participation à sa création. Mais c’est le travail qui crée la richesse distribuée sous forme de revenus. La question se pose alors de savoir comment vont s’articuler la répartition du revenu et celle du travail social. La proposition d’un revenu garanti inconditionnel n’y répond pas vraiment. S’il n’existe aucune contrepartie, alors une fraction de la population décidera logiquement de ne pas travailler à moins de postuler un degré de conscience sociale qui ne peut être qu’un aboutissement souhaitable mais qu’il serait dangereux de poser en préalable. Pour convaincre une partie des bénéficiaires de revenu garanti de travailler, il faudra leur offrir une rémunération plus élevée. Quel mécanisme social permettra alors de désigner ceux qui doivent occuper l’un ou l’autre de ces statuts ? »
« Seul le travail est créateur de richesse nouvelle dans l’économie. Ni la nature, ni le capital (physique ou financier) ne créent en eux-mêmes de richesse, contrairement aux présentations de l’économie dominante (« facteurs de production »). On ne peut répartir dans la société entre la population que le revenu courant produit par le travail à un moment donné, au fur et à mesure. On ne peut donc pas compter sur un stock de richesses accumulées par la production passée, comme l’argumentent certains partisans du revenu d'existence, pour fournir année après année un stock de revenu, déconnecté du travail. (C’est le même débat que pour le financement des retraites, contre les partisans de la capitalisation : les revenus produits pas le travail des actifs une année financent les pensions des retraités la même année, quelle que soit la clef de répartition). La question du financement du RE reste donc la plupart du temps sans réponse, sauf à proposer de supprimer toutes les prestations sociales existantes comme dans certaines versions du RE, proposition très dangereuse qui risque de tout ramener à un filet de sécurité, et surtout propose une répartition des revenus entre salariés et chômeurs, sans toucher au partage salaires-profits ! »
Stéphanie Treillet, « Revenu d’existence : un danger pour l’autonomie des femmes », texte de discussion de la commission Genre d'Attac.

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Sous-arguments

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Objections

Une déconnexion qui tend à devenir la norme

La déconnexion entre le revenu et le travail est déjà bien amorcée. C'est une tendance des sociétés industrialisées contemporaines qui se matérialise notamment par :

  • l'accroissement de la part des prestations sociales (notamment chômage) au sein du PIB ;
  • l'importance des externalités positives dans la création de valeur économique.
    « Ce qui était vrai aux temps les plus reculés de notre histoire ne l’est plus totalement aujourd’hui car, depuis, la nature et la place du travail ont fortement évolué dans notre société. D’ores et déjà, une fraction croissante du revenu des ménages se forme indépendamment de toute participation à l’effort productif, puisque la part des prestations sociales ne cesse de s’accroître dans le PIB, passant de moins de 12% en 1949 à 30% en 1998. [...] Le produit de notre travail n’est pas le fruit de notre seul mérite. Il est aussi le fruit du savoir né du travail des générations antérieures, qui conditionne l’ensemble des connaissances, le capital matériel et social accumulé, le niveau même des salaires, et encore les infrastructures et la culture même dans laquelle nous vivons. C’est cet ensemble qui est à l’origine de l’efficacité des efforts individuels et caractérise le niveau de vie d’un pays. Ces fruits appartiennent donc à tous, qu’ils travaillent ou non, et la justice sociale impose que chacun en perçoive une part égale. »
    Mouvement français pour un revenu de base, « Quelles sont les critiques ? ».

Des mécanismes régulateurs

Des mécanismes peuvent inciter les personnes touchant un revenu de base à exercer un travail salarié. Par exemple, si le montant du revenu de base n'est pas suffisant pour bien vivre, une grande partie des personnes seront conduites à travailler. Le travail pourra, en ce sens, toujours être la source de financement du revenu de base.

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Références

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