La classe ouvrière est seulement devenue invisible

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Citations [ modifier ]

« Peut-être que les journalistes de la presse bourgeoise ne les voient jamais – mais il suffit, pourtant, de prendre les transports en commun tôt le matin pour les côtoyer, ces ouvriers qui partent au travail déjà harassés de fatigue, ces immigrés pakistanais qui reviennent au petit matin d’une nuit passée à faire le ménage dans les avions à Roissy, ces femmes africaines qui partent à l’aube nettoyer les bureaux. Ah oui, certains ne les voient pas, ils ne les voient jamais ! parce que cela les arrange. Voilà qui fait penser à ce vers du poète Jacques Prévert, où il parlait de « ceux qui, dans les caves, fabriquent les stylos avec lesquels d’autres, en plein air, écriront que tout va pour le mieux. » »
« Prétendre que le prolétariat a disparu, c’est oublier, ou feindre d’oublier tout cela. Ou l’ignorer, tout simplement, parce qu’il y a bien des gens dans les milieux petits-bourgeois que cela n’intéresse pas du tout de savoir qui a fabriqué leur stylo. La bourgeoisie, elle, elle ne l’ignore pas : parce qu’elle sait où se fabrique sa richesse. Mais par bien des aspects, ce ne sont pas les bourgeois eux-mêmes qui façonnent l’opinion, qui l’influencent, ce sont des intellectuels – journalistes, économistes, sociologues… Cette petite bourgeoisie intellectuelle ignore pour la plupart l’existence même du prolétariat – ce qui lui permet d’écrire de doctes articles pour expliquer en toute bonne foi qu’il n’existe plus. Ces gens-là passent tous les jours à côté d’ouvriers africains qui défoncent le bitume à coup de marteau piqueur, ils montent dans des trains conduits et nettoyés par des hommes et des femmes, en chair et en os… mais ils ne les voient pas. Aussi les ouvriers ont-ils pu devenir, pour beaucoup d’intellectuels, une véritable classe invisible. Peut-être parce que ces intellectuels ne prennent pas les transports en commun ? Peut-être parce qu’ils préfèrent circuler en Vélib ? Dans ce cas, rappelons-leur que non seulement les Vélib en question sont fabriqués par des ouvriers d’une usine de Hongrie payés 400 euros par mois, mais également que si chaque matin ils en trouvent un à la borne qui est juste en bas de chez eux, c’est parce qu’il y a une petite armée de 1400 travailleurs qui passe toute la nuit à réparer les vélos et réapprovisionner les stations ! S’il est invisible pour ceux qui sont aveuglés par leurs préjugés de classe, le prolétariat est donc bien une classe sociale toujours plus indispensable au fonctionnement de la société, toujours plus nombreuse, toujours plus implantée à l’échelle mondiale. »
« La principale caractéristique contemporaine de la classe ouvrière est ainsi son invisibilité. Une invisibilité reproduite par les intéressés eux-mêmes puisque la revendication d’appartenance à la classe ouvrière est en nette diminution, surtout pour les jeunes, les salariés du privé et les individus les plus inscrits, familialement, dans les mondes ouvriers. L’évolution des dénominations indigènes est un signe de cette évolution : le terme « opérateur » déclasse progressivement celui d’ouvrier dans les propos des intéressés eux-mêmes, en particulier des jeunes. »
Julian Mischi, Nicolas Renahy, « Classe ouvrière », Encyclopædia Universalis.

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