La classe ouvrière est en voie de disparition

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pouce d'argument Cet argument est un argument CONTRE dans le débat La classe ouvrière est-elle la seule classe révolutionnaire ?
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SOUS-ARGUMENTS OBJECTIONS
La classe ouvrière a perdu son pouvoir économique du fait de l'éclatement de la production
La classe ouvrière a perdu son pouvoir économique du fait de la fin des ouvriers professionnels
La classe ouvrière a perdu son pouvoir économique du fait du passage à une production à flux tendu
La classe ouvrière a perdu son pouvoir économique du fait de la montée du chômage de masse
La classe ouvrière est en voie de disparition
La classe ouvrière a perdu son pouvoir économique du fait de la désindustrialisation
La classe ouvrière a perdu son pouvoir économique du fait de la tertiarisation de l'économie
La classe ouvrière n'a jamais été aussi importante à l'échelle mondiale
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Sous-arguments

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Objections

La classe ouvrière n'a jamais été aussi importante à l'échelle mondiale

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La classe ouvrière n'a jamais été aussi importante à l'échelle mondiale
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« Le fait que la classe ouvrière ne pèse plus, au niveau politique, permet à tous les défenseurs du capitalisme de proclamer sa disparition, non seulement politiquement mais même, aussi absurde que ce soit, socialement. Combien de fois chaque jour n’entendons-nous pas que « la classe ouvrière n’existe plus », que l’on serait entré dans l’ère de la « société des services », dans la période post-industrielle ? La question se pose donc de savoir ce que représente le prolétariat dans la société d’aujourd’hui. La réponse est simple : en tant que force sociale, le prolétariat mondial est aujourd’hui infiniment plus puissant, plus développé qu’il ne l’a jamais été – et plus seulement à l’échelle des seuls pays riches. »
« C’est bien le prolétariat – c’est-à-dire l’ensemble des travailleurs salariés – qui est en passe de devenir, de façon absolue, la classe la plus nombreuse sur la planète. Le prolétariat représentait en 2005, selon une étude du Bureau international du travail, environ deux milliards d’êtres humains : le BIT comptabilisait alors 600 millions d’ouvriers d’industrie, 450 millions d’ouvriers agricoles, et environ un milliard d’employés des services. Les chiffres généralement admis faisant état d’une population active mondiale d’environ trois milliards d’individus, le prolétariat en représente donc les deux tiers, ou la moitié si l’on ne compte que le prolétariat urbain. Ce qui, on l’avouera, n’est pas si mal pour une classe qui est censée avoir disparu. »

La classe ouvrière est majoritaire en France quand on ne comprend pas que les ouvriers d'industrie

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La classe ouvrière est majoritaire en France quand on ne comprend pas que les ouvriers d'industrie
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« Sur la base des deux critères [vente de la force de travail et extorsion de plus-value ainsi que non-participation à la chaîne de commandement du capital], la classe ouvrière comprend :
  • les ouvriers industriels identifiables à partir de leur image « traditionnelle », dans le secteur « primaire » (ouvriers agricoles, marins pêcheurs, mineurs), dans le « secondaire » (bâtiment, travaux publics, industrie manufacturière) ou dans le « tertiaire » (transports et services, privés ou publics), qualifiés et non-qualifiés. Ils sont encore 7 millions et représentent environ 25 % de la population active, ce qui est loin d’être négligeable.

Au sein du « tertiaire », qui comprend 75 % des salariés, il faut compter avec :

  • les employés, et les ouvriers qui n’apparaissent plus comme tels, dont le statut et/ou l’emploi ont été « tertiarisés ». Soit l’emploi relevait des fonctions « supports » de l’industrie  : nettoyage, maintenance, etc., et a été externalisé, soit il a tout simplement « basculé » sur le papier dans la case « services ». Les ouvriers intérimaires, même s’ils occupent un emploi industriel (presque un demi-million aujourd’hui), sont systématiquement comptés comme « employés » parce que leur employeur, les agences d’intérim sont des sociétés de services. L’important est que si, au sens de l’INSEE, les « employés » du « tertiaire » sont la « CSP » la plus grande, ils ne constituent aucunement une classe autonome.
  • Ces deux premières catégories s’étendent aux travailleurs ayant un emploi précaire (non seulement leurs revenus sont les plus modestes, mais de plus ils ont le moins de chance d’être employés continûment ou même seulement régulièrement) : CDD et intérimaires, travailleurs à domicile (notamment télétravail et « auto-entrepreneurs »), stagiaires, apprentis, les plus fragiles étant les travailleurs de l’économie souterraine (travail « au noir »  : textile, services au particulier)… Et à tous les chômeurs qui ne pourraient prétendre qu’à des emplois d’ouvriers ou d’employés (les plus nombreux), et à plus forte raison la partie la plus pauvre et la plus marginalisée parmi les chômeurs chroniques, jusqu’aux degrés maximaux du paupérisme(lumpenproletariat).
  • Mais il faut aussi inclure les travailleurs dont l’emploi s’est prolétarisé, même s’ils n’étaient pas ouvriers antérieurement. Outre les employés subalternes, cela concerne une fraction par définition très élastique des « cadres et professions intermédiaires », qui représentent environ 25 % (plus de 6 millions) de la population active en 2012 tous secteurs confondus. La prolétarisation de fractions importantes de ces « couches moyennes » est une donnée clé de la période de transition actuelle. Véritable mille-feuille, ces couches concernent tout particulièrement les travailleurs « intellectuels » qui ne sont pas simplement « employés » : informaticiens, techniciens de laboratoire, enseignant-e-s (primaire et secondaire), contremaîtres, cadres administratifs d’échelon subalternes du privé ou du public (gestion, comptabilité), etc.
De ce fait, on voit que la classe ouvrière, en un sens à la fois englobant et scientifique, reste aujourd’hui la classe de travailleurs employés majoritaire en France, qui augmente de façon importante quand on inclut les travailleurs au chômage, et même si en son sein elle n’est plus à majorité industrielle. »
Courant communiste révolutionnaire du NPA, La classe ouvrière en France : Mythes & réalités, n°2, Cahiers de Révolution permanente, mai 2014.

Même dans les pays industrialisés, les ouvriers d'industrie sont très loin d'avoir disparu

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Même dans les pays industrialisés, les ouvriers d'industrie sont très loin d'avoir disparu
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« La baisse du nombre de travailleurs dans le secteur industriel, dans les pays riches, n’est pas si énorme qu’on voudrait nous le faire croire : de 1980 à 2009, elle oscille, selon les pays, entre 5 et 18 %. Ce dernier chiffre concerne les États-Unis, ce qui n’empêche pas ce pays de compter encore pas moins de 24 millions d’ouvriers d’usine ! En France, sur cette période, la baisse a été de 5 %, le nombre d’emplois industriels passant de 6,1 à 5,7 millions. »
« Le diagnostic sur la « fin de la classe ouvrière » est alors fortement à nuancer puisque les classes populaires, associant ouvriers et employés, ont connu depuis les années 1960 une stabilité de leurs effectifs, représentant autour de 60 % de la population active. »
Julian Mischi, Nicolas Renahy, « Classe ouvrière », Encyclopædia Universalis.

Les statistiques du nombre d'ouvriers d'industrie dans les pays industrialisés sont à manier avec des pincettes

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Les statistiques du nombre d'ouvriers d'industrie dans les pays industrialisés sont à manier avec des pincettes
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« Ces chiffres sur les effectifs de l’industrie sont à manier avec des pincettes. Les statistiques contribuent largement à sous-estimer le nombre réel de travailleurs de ce secteur – et les patrons eux-mêmes ont contribué à cet effort, en externalisant de très nombreuses tâches qui étaient, auparavant, exécutées en interne. Ainsi, dans le passé, les tâches d’entretien, de contrôle, de nettoyage, de logistique, etc., étaient assurées par des salariés de l’usine, qui entraient donc dans la catégorie des salariés de l’industrie. Aujourd’hui que ces tâches sont exécutées par des sous-traitants, les salariés de ces sous-traitants, qui n’ont pas changé de métier mais seulement de bleu de travail, deviennent des employés de services ! Il est bien sûr impossible de savoir combien de travailleurs de l’industrie sortent ainsi des statistiques, mais on peut probablement faire confiance à un porte-parole de la très patronale Fédération des industries métallurgiques de Grande-Bretagne, qui déclarait il y a quelques années dans le Financial Times : « L’industrie manufacturière crée une large portion de l’industrie des services en sous-traitant ses activités. (...) L’industrie pourrait représenter jusqu’à 35 % de l’économie – au lieu des 20 % généralement acceptés – si elle était mesurée en faisant usage de définitions statistiques appropriées. » Alors certes, le prolétariat ne se limite pas aux ouvriers d’industrie ; mais il est absurde et mensonger de prétendre que celui-ci aurait disparu ou serait en passe de disparaître. »
« La catégorie socioprofessionnelle des ouvriers selon l’I.N.S.E.E. est en effet devenue trop restrictive sous l’effet de la transformation de certains emplois de production répertoriés désormais du côté des services (manutention, logistique, etc.). Les salariés d’exécution de service occupent des emplois socialement voisins de ceux des autres ouvriers. Ainsi un magasinier sera-t-il classé comme ouvrier s’il travaille dans un atelier ou comme employé s’il exerce son activité dans une grande surface commerciale. »
Julian Mischi, Nicolas Renahy, « Classe ouvrière », Encyclopædia Universalis.
« Au sein du « tertiaire » qui comprend 75 % des salariés, il faut compter avec les employés, et les ouvriers qui n’apparaissent plus comme tels, dont le statut et/ou l’emploi ont été « tertiarisés ». Soit l’emploi relevait des fonctions « supports » de l’industrie : nettoyage, maintenance, etc., et a été externalisé, soit il a tout simplement « basculé » sur le papier dans la case « services ». Les ouvriers intérimaires, même s’ils occupent un emploi industriel (presque un demi-million aujourd’hui), sont systématiquement comptés comme « employés » parce que leur employeur, les agences d’intérim sont des sociétés de services. L’important est que si, au sens de l’INSEE, les « employés » du « tertiaire » sont la « CSP » la plus grande, ils ne constituent aucunement une classe autonome. »
Courant communiste révolutionnaire du NPA, La classe ouvrière en France : Mythes & réalités, n°2, Cahiers de Révolution permanente, mai 2014.

La bourgeoisie n'ignore pas l'existence de la classe ouvrière

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La bourgeoisie n'ignore pas l'existence de la classe ouvrière
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« Prétendre que le prolétariat a disparu, c’est oublier, ou feindre d’oublier tout cela. Ou l’ignorer, tout simplement, parce qu’il y a bien des gens dans les milieux petits-bourgeois que cela n’intéresse pas du tout de savoir qui a fabriqué leur stylo. La bourgeoisie, elle, elle ne l’ignore pas : parce qu’elle sait où se fabrique sa richesse. »

Il ne faut pas confondre classe ouvrière et mouvement ouvrier

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Il ne faut pas confondre classe ouvrière et mouvement ouvrier
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« Depuis les années 1970, dans un pays comme la France, les débats intellectuels à propos de la classe ouvrière portent surtout sur sa fin, constamment annoncée. Il s’agit cependant de ne pas confondre mouvement ouvrier et classe ouvrière, comme cela a souvent été le cas dans le passé. S’il y a bien un déclin du mouvement ouvrier dans la période contemporaine, les mondes ouvriers subissent plus une recomposition sociale et culturelle qu’une simple disparition. »
Julian Mischi, Nicolas Renahy, « Classe ouvrière », Encyclopædia Universalis.

La classe ouvrière est seulement devenue invisible

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La classe ouvrière est seulement devenue invisible
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« Peut-être que les journalistes de la presse bourgeoise ne les voient jamais – mais il suffit, pourtant, de prendre les transports en commun tôt le matin pour les côtoyer, ces ouvriers qui partent au travail déjà harassés de fatigue, ces immigrés pakistanais qui reviennent au petit matin d’une nuit passée à faire le ménage dans les avions à Roissy, ces femmes africaines qui partent à l’aube nettoyer les bureaux. Ah oui, certains ne les voient pas, ils ne les voient jamais ! parce que cela les arrange. Voilà qui fait penser à ce vers du poète Jacques Prévert, où il parlait de « ceux qui, dans les caves, fabriquent les stylos avec lesquels d’autres, en plein air, écriront que tout va pour le mieux. » »
« Prétendre que le prolétariat a disparu, c’est oublier, ou feindre d’oublier tout cela. Ou l’ignorer, tout simplement, parce qu’il y a bien des gens dans les milieux petits-bourgeois que cela n’intéresse pas du tout de savoir qui a fabriqué leur stylo. La bourgeoisie, elle, elle ne l’ignore pas : parce qu’elle sait où se fabrique sa richesse. Mais par bien des aspects, ce ne sont pas les bourgeois eux-mêmes qui façonnent l’opinion, qui l’influencent, ce sont des intellectuels – journalistes, économistes, sociologues… Cette petite bourgeoisie intellectuelle ignore pour la plupart l’existence même du prolétariat – ce qui lui permet d’écrire de doctes articles pour expliquer en toute bonne foi qu’il n’existe plus. Ces gens-là passent tous les jours à côté d’ouvriers africains qui défoncent le bitume à coup de marteau piqueur, ils montent dans des trains conduits et nettoyés par des hommes et des femmes, en chair et en os… mais ils ne les voient pas. Aussi les ouvriers ont-ils pu devenir, pour beaucoup d’intellectuels, une véritable classe invisible. Peut-être parce que ces intellectuels ne prennent pas les transports en commun ? Peut-être parce qu’ils préfèrent circuler en Vélib ? Dans ce cas, rappelons-leur que non seulement les Vélib en question sont fabriqués par des ouvriers d’une usine de Hongrie payés 400 euros par mois, mais également que si chaque matin ils en trouvent un à la borne qui est juste en bas de chez eux, c’est parce qu’il y a une petite armée de 1400 travailleurs qui passe toute la nuit à réparer les vélos et réapprovisionner les stations ! S’il est invisible pour ceux qui sont aveuglés par leurs préjugés de classe, le prolétariat est donc bien une classe sociale toujours plus indispensable au fonctionnement de la société, toujours plus nombreuse, toujours plus implantée à l’échelle mondiale. »
« La principale caractéristique contemporaine de la classe ouvrière est ainsi son invisibilité. Une invisibilité reproduite par les intéressés eux-mêmes puisque la revendication d’appartenance à la classe ouvrière est en nette diminution, surtout pour les jeunes, les salariés du privé et les individus les plus inscrits, familialement, dans les mondes ouvriers. L’évolution des dénominations indigènes est un signe de cette évolution : le terme « opérateur » déclasse progressivement celui d’ouvrier dans les propos des intéressés eux-mêmes, en particulier des jeunes. »
Julian Mischi, Nicolas Renahy, « Classe ouvrière », Encyclopædia Universalis.

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Références

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