L'extrême-gauche doit-elle lutter contre l'islamophobie ?

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Sommaire

Arguments POUR

1. L’islam est la religion des opprimés

Pouce vert tendu vers le hautLogo d'argument pour{{{2}}} Il existe une oppression spécifique envers les musulmans

« Une partie de la classe politique française actuelle rejette et discrimine les musulmans [...] et il est compréhensible que nombre de jeunes se sentent victimes d’une oppression spécifique, qui existe bel et bien. Comment admettre que les politiciens de droite, qui hurlent à la laïcité et veulent interdire les menus de substitution dans les cantines, soient les mêmes qui combattent pour permettre l’installation de crèches de Noël dans le hall de leur mairie ? La laïcité des politiciens bourgeois d’aujourd’hui est à géométrie variable, et elle est tournée contre la religion musulmane, comme elle l’a été en d’autres temps contre les Juifs. Et c’est d’autant plus choquant que les mêmes n’ont pas hésité, dans le passé, à se servir de l’islam pour tenter de canaliser la colère et le ressentiment des jeunes des banlieues, comme le fit Sarkozy lorsqu’il créa le Conseil national du culte musulman. »

Lutte ouvrière, « Le piège de la « lutte contre l’islamophobie » », Lutte de classe, n°181, février 2017.


Pouce vert tendu vers le hautLogo d'argument pour{{{2}}} L’islam est une religion opprimée

« Penser le phénomène religieux, c’est penser la réalité matérielle dans laquelle il s’inscrit : Marx et les marxistes l’ont maintes fois expliqué en soulignant le fait que les idées – y compris religieuses – n’existent pas indépendamment des forces sociales qui s’en emparent. « La » religion peut ainsi exprimer des dynamiques sociales et politiques diverses, voire contradictoires : viendrait-il à l’esprit de quiconque de prétendre que « la » religion catholique avait la même signification et la même portée, durant les années 1960-1970, pour les travailleurs d’Irlande du nord et pour les dignitaires du régime de Franco ? Évidemment, non. Léon Trotsky n’affirmait rien d’autre en 1933, à propos des États-Unis : « le baptisme d’un Noir est quelque chose de totalement différent du baptisme d’un Rockfeller. Ce sont deux religions différentes. »

Il en va de même pour l’islam aujourd’hui : l’islam pratiqué, voire revendiqué, par certaines catégories de la population résidant en France, ne peut être considéré sur le même plan que l’islam du régime saoudien ou du régime iranien, quand bien même il s’agirait, en dernière instance, du même « dogme religieux ». Dans un cas, l’islam est une religion opprimée par l’État ; dans l’autre, elle est un outil d’oppression de l’État : voilà qui ne devrait pas laisser indifférent des militants se fixant pour tâche le renversement du capitalisme et de ses institutions. »

Julien Salingue, Christine Poupin, Ugo Palheta et Selma Oumari, « Combat contre l’islamophobie : quand Lutte ouvrière inverse la hiérarchie des normes », 2 février 2017.

Pouce vert tendu vers le hautLogo d'argument pour{{{2}}} La classe ouvrière doit prendre sous son aile le combat contre toutes les oppressions

Écrire un résumé de l'argument.

Objections à l'argument « L’islam est la religion des opprimés »

Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Il faut combattre toutes les religions

« Que l’islam soit en France en religion majoritairement pratiquée par des opprimés, c’est-à-dire des prolétaires, c’est une certitude. Mais faire ce constat doit-il mener à se montrer conciliant avec cette religion ? Bien au contraire ! Davantage encore, justement parce que ceux qui sont touchés par cette religion sont les nôtres, nous devons la combattre ! La classe ouvrière, précisément parce qu’elle est la classe opprimée de la société, a moins accès au savoir, à la culture que d’autres couches de la société, ce qui la rend plus perméable à tous les préjugés. Et si ceux-ci prennent la forme de préjugés religieux parmi les travailleurs d’origine maghrébine ou africaine, ils en prennent d’autres, dans d’autres couches du prolétariat. À commencer par le racisme, hélas bien présent dans la classe ouvrière française. Et pourtant, aucun militant n’imagine ne pas le combattre sous prétexte qu’il s’agit de préjugés d’opprimés. Pourquoi en serait-il autrement avec la religion ? »

Lutte ouvrière, « Le piège de la « lutte contre l’islamophobie » », Lutte de classe, n°181, février 2017.



Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Comme l'a toujours fait la tradition marxiste

« Les marxistes ont toujours considéré la propagande antireligieuse comme indispensable. Être communiste, c’est être matérialiste, et être matérialiste, c’est être athée. On peut être athée et se battre, dans une grève, aux côtés d’un travailleur croyant. Mais cela n’empêche pas qu’il est du devoir de n’importe quel révolutionnaire communiste d’essayer d’arracher non seulement les militants qu’il veut gagner à sa cause, mais même ses camarades de travail et de lutte, à l’emprise de la religion. Trotsky l’expliquait, en 1923 : « Nous adoptons une attitude tout à fait irréconciliable vis-à-vis de tous ceux qui prononcent un seul mot sur la possibilité de combiner le mysticisme et la sentimentalité religieuse avec le communisme. La religion est irréconciliable avec le point de vue marxiste. Celui qui croit à un autre monde ne peut concentrer toute sa passion sur la transformation de celui-ci. » Et à la fin des années 1930 il écrivait encore, dans Défense du marxisme : « Nous, les révolutionnaires, nous n’en avons jamais fini avec les problèmes de la religion, car nos tâches consistent à émanciper non seulement nous-mêmes mais aussi les masses de l’influence de la religion. Celui qui oublie de lutter contre la religion est indigne du nom de révolutionnaire. » »

Lutte ouvrière, « Le piège de la « lutte contre l’islamophobie » », Lutte de classe, n°181, février 2017.


Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Être religieux et communiste révolutionnaire est incompatible

« Aujourd’hui, 170 ans après le Manifeste communiste, il faut apparemment encore rappeler que le communisme n’est pas compatible avec la religion. Il est affligeant de voir des prétendus révolutionnaires se solidariser avec des rebuts d’idées que l’on trouve dans des livres comme ceux de Houria Bouteldja. Ces idées sont la négation même des idées communistes. »

Lutte ouvrière, « Le piège de la « lutte contre l’islamophobie » », Lutte de classe, n°181, février 2017.


Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Céder sur la religion est faire preuve d'opportunisme et de démagogie

« Il y a longtemps que la LCR, et plus encore le NPA, se refusent à critiquer clairement le voile, et font preuve vis-à-vis de l’islam d’une bonne dose de démagogie. On se souvient de l’affaire de la candidate voilée du NPA dans le Vaucluse, en 2011. Se refusant à affirmer sans ambages le caractère oppressif du voile et de ses divers avatars vestimentaires, des membres de ce parti sont allés par exemple, en août dernier, jusqu’à organiser dans le cadre de leur université d’été une manifestation pour défendre le droit des femmes à porter le burkini, aux cris de « Trop couvertes ou pas assez, c’est aux femmes de décider ». On n’est, on le voit, pas très loin du féminisme décolonial.

Cela n’a rien de fortuit, de la part d’un courant qui a pour habitude d’épouser les idées d’autres courants, dans l’espoir de gagner l’oreille de telle ou telle fraction de la jeunesse, de la petite bourgeoisie intellectuelle ou du monde du travail. Autrement dit : tentons d’attirer les jeunes des banlieues à nous… en nous rangeant derrière des organisations qui, elles, disent ce que ces jeunes veulent entendre, quelque réactionnaires que soient leurs idées. Cet opportunisme est une vieille tradition d’une partie du mouvement trotskyste, la même qui l’a conduite, dans le passé, à soutenir sans s’en démarquer les nationalistes des pays colonisés, comme le FLN algérien, ou certains courants staliniens, à trouver des vertus aux associations les plus réformistes, comme Attac, ou à faire les yeux doux aux décroissants. »

Lutte ouvrière, « Le piège de la « lutte contre l’islamophobie » », Lutte de classe, n°181, février 2017.


« On ne saurait mieux dire. Car cela évoque tout aussi bien des expériences plus récentes que celles du passé, par exemple lorsqu’on a fini par confondre au NPA la lutte contre le racisme avec des meetings communs avec les organisations précitées qui ne nous tolèrent que parce que nous n’allons jamais les critiquer ouvertement. Ou encore le travail d’implantation dans les quartiers populaires, mené parfois avec une démagogie sans limite, comme on l’a vu notamment à Avignon en 2009 envers quelques militants associatifs, lesquels se donnaient pour but explicite de vérifier s’il était possible au sein du NPA, et en son nom, de parler et d’agir « en tant que musulmanEs ». »



2. Il y a un potentiel révolutionnaire dans la jeunesse et les travailleurs des banlieues

Pouce vert tendu vers le hautLogo d'argument pour{{{2}}} Les acteurs de la lutte contre l’islamophobie sont anticapitalistes

« Là où Lutte ouvrière ne voit ainsi en Nargesse Bibimoune qu’une femme voilée [...], nous savons également d’elle qu’elle fait partie d’une génération de militants radicalement anticapitalistes, dont les références théoriques sont Frantz Fanon ou Angela Davis. Comme elle le rappelle dans son livre Confidences à mon voile : « Dis-leur que ce n’est pas toi qui nous payes 25 % de moins que les hommes, dis-leur que tu n’es pas responsable du fait que l’on se tape 80 % du travail domestique, dis-leur que polémiquer sur toi c’est encore une fois questionner le paraître des femmes sans jamais se focaliser sur leur réflexion ». »

Julien Salingue, Christine Poupin, Ugo Palheta et Selma Oumari, « Combat contre l’islamophobie : quand Lutte ouvrière inverse la hiérarchie des normes », 2 février 2017.


Pouce vert tendu vers le hautLogo d'argument pour{{{2}}} Ne pas porter ce combat est se couper de cette couche exploitée et opprimée du prolétariat

Il faut travailler à l’auto-organisation des populations racisées
Il ne faut pas laisser le monopole de la radicalité aux imams et à l’islamisme

...


Objections à l'argument « Il y a un potentiel révolutionnaire dans la jeunesse et les travailleurs des banlieues »

Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Il est très difficile d’organiser les populations racisées dans les quartiers

Écrire un résumé de l'objection.



Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Les populations touchées par l’islamophobie sont empreintes de préjugés religieux réactionnaires

Écrire un résumé de l'objection.



Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} La jeunesse des banlieues fait partie du lumpenproletariat

Écrire un résumé de l'objection.



Arguments CONTRE

1. Les leaders et les organisations de la lutte contre l’islamophobie sont réactionnaires

Pouce rouge tendu vers le basLogo d'argument contre{{{2}}} Des organisations faisant du prosélytisme religieux

« Depuis plusieurs années, une galaxie de groupes se donnant pour objectif la « lutte contre l’islamophobie » se développent et prennent diverses initiatives. Certains, comme l’UOIF (Union des organisations islamiques de France) ou PSM (Participation et spiritualité musulmanes), sont ouvertement des associations de prosélytisme religieux. D’autres se défendent d’être des organisations religieuses et se cachent derrière des revendications d’égalité, de lutte contre le racisme et contre l’islamophobie. C’est le cas du CCIF (Collectif contre l’islamophobie en France), de Mamans toutes égales, du Collectif une école pour toutes, Féministes pour l’égalité, et plus récemment d’Alcir (Association de lutte contre l’islamophobie et les racismes). Le Parti des indigènes de la République (PIR) est aussi à ranger dans cette galaxie.

Depuis l’attentat contre Charlie hebdo, en janvier 2015, les initiatives de ces groupes se sont multipliées : rassemblement anti-islamophobie le 18 janvier 2015 à Paris ; meeting contre l’islamophobie et le climat de guerre sécuritaire le 6 mars 2015 à Saint-Denis ; Marche de la dignité et contre le racisme organisée par le PIR le 31 octobre 2015 ; meeting à Saint-Denis contre l’état d’urgence le 11 décembre 2015, ou encore, le 21 septembre dernier, le meeting d’Alcir baptisé « Pour un printemps de la liberté, de l’égalité et de la fraternité », organisé dans le 20e arrondissement de Paris. [...] Ces rassemblements ont tous été en réalité des tribunes pour des organisations islamistes et communautaristes.

Lors du rassemblement du 18 janvier 2015, des jeunes brandissent des drapeaux algériens, turcs, marocains, des panneaux portant des sourates du Coran, et une grande banderole : « Touche pas à mon prophète ». Le meeting du 6 mars 2015 était coorganisé par l’UOIF. Celui du 11 décembre faisait, lui aussi, la part plus que belle aux militants religieux. Certes, des laïcs (journalistes du Monde diplomatique ou représentante du Syndicat de la magistrature) s’y sont exprimés, mais en partageant la tribune avec Tariq Ramadan, Ismahane Chouder, porte-parole de PSM, ou Marwan Muhammad, porte-parole du CCIF. On retrouve les mêmes parmi les signataires de l’appel pour le meeting d’Alcir du 21 septembre 2016. Le nom des porte-parole des associations et groupes religieux musulmans figure sur l’affiche, ornée d’une photo d’une femme voilée drapée… dans un drapeau bleu-blanc-rouge. »

Lutte ouvrière, « Le piège de la « lutte contre l’islamophobie » », Lutte de classe, n°181, février 2017.


Pouce rouge tendu vers le basLogo d'argument contre{{{2}}} Des organisations antiféministes

« Ce livre [Les Blancs, les Juifs et nous, d'Houria Bouteldja, porte-parole du PIR] défend les idées les plus réactionnaires, à commencer par [...] une prise de position contre le féminisme, dénoncé comme une exportation blanche : « Mon corps ne m’appartient pas. Aucun magistère moral ne me fera endosser un mot d’ordre conçu par et pour des féministes blanches. […] J’appartiens à ma famille, à mon clan, à mon quartier, à ma race, à l’Algérie, à l’islam. » Bouteldja, qui dit préférer appartenir « à [sa] race et à l’islam » plutôt que de dire que son corps lui appartient, va même plus loin : « Un féminisme décolonial doit avoir comme impératif de refuser radicalement les discours et pratiques qui stigmatisent nos frères. » Elle absout ainsi d’avance les lapideurs de femmes et les exciseurs, au nom du féminisme décolonial.

On peut également mentionner le récent livre de Nargesse Bibimoune, Confidence à mon voile. On y lit par exemple : « Mon cher voile, dis-leur que tu es la preuve de ma soumission à Dieu et uniquement Lui ! Dis-leur qu’à mes yeux tu es un instrument d’émancipation face à une société qui souhaiterait me dicter ma manière d’être une femme libérée. »

[...] Marwan Muhammad signe régulièrement des communiqués communs avec Idriss Sihamedi, responsable de l’association BarakaCity, lequel, sur un plateau télé en janvier 2016, expliquait qu’il était « un musulman normal », et qu’en conséquence il « ne serre pas la main des femmes ». Récemment Marwan Muhammad, lors d’un débat, a affirmé que la polygamie ne le regardait pas, puisqu’elle était, « comme l’homosexualité, un choix de vie personnel ». »

Lutte ouvrière, « Le piège de la « lutte contre l’islamophobie » », Lutte de classe, n°181, février 2017.


Pouce rouge tendu vers le basLogo d'argument contre{{{2}}} Des organisations antisémites

« Ce livre abject [Les Blancs, les Juifs et nous, d'Houria Bouteldja, porte-parole du PIR] défend les idées les plus réactionnaires, à commencer par un antisémitisme nauséeux (« Vous les Juifs […] je vous reconnaîtrais entre mille, votre zèle est trahison. ») »

Lutte ouvrière, « Le piège de la « lutte contre l’islamophobie » », Lutte de classe, n°181, février 2017.


Pouce rouge tendu vers le basLogo d'argument contre{{{2}}} Des organisations homophobes

« L’UOIF ? Elle a participé, en toute logique, aux défilés contre le mariage homosexuel. Elle a notamment accueilli dans ses congrès Christine Boutin, Dieudonné, Alain Soral, et les deux égéries de la Manif pour tous, Frigide Barjot et Ludovine de La Rochère. Réactionnaires de toutes religions, unissez-vous ! »

Lutte ouvrière, « Le piège de la « lutte contre l’islamophobie » », Lutte de classe, n°181, février 2017.


Pouce rouge tendu vers le basLogo d'argument contre{{{2}}} Des organisations ennemies de la classe ouvrière

« Le PIR se veut le porte-parole de cette évolution. Il étudie toute la société sous le prisme de la couleur de la peau, jamais sous celui des classes sociales ni des rapports économiques. Il assume totalement cette vision racialiste, fondée sur l’idée que les Blancs sont tous coupables de l’oppression des peuples coloniaux hier, et des immigrés aujourd’hui. Dans son dernier livre, Les Blancs, les Juifs et nous, la porte-parole du parti, Houria Bouteldja, écrit : « Au-dessus de moi, il y a les profiteurs blancs. Le peuple blanc, propriétaire de la France : prolétaires, fonctionnaires, classes moyennes. Mes oppresseurs. Petits actionnaires de la vaste entreprise de spoliation du monde. » Puis : « Le Français, dans son bureau, ça roule pour lui. L’Arabe, lui, est balayeur. » »

Lutte ouvrière, « Le piège de la « lutte contre l’islamophobie » », Lutte de classe, n°181, février 2017.

« Hassan Aglagal, un militant marocain du NPA, plus lucide que nombre de ses camarades, écrit dans une tribune intitulée Assez de PSM dans nos luttes : « Participation et spiritualité musulmanes (PSM) est l’association qui représente en France le mouvement Al Adl Wal Ihsane (Justice et bienfaisance), mouvement de l’islam politique fondé en 1973 au Maroc par le mystique soufiste Abdelassame Yassine. » Ce groupe est notamment responsable, au Maroc, « de l’assassinat de deux étudiants d’extrême gauche », en 1991 et 1993. »

Lutte ouvrière, « Le piège de la « lutte contre l’islamophobie » », Lutte de classe, n°181, février 2017.


Objections à l'argument « Les leaders et les organisations de la lutte contre l’islamophobie sont réactionnaires »

Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Ces organisations ne se réduisent pas à cela

« On apprend ainsi que le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) pourrait être résumé au fait que l’un de ses porte-parole, Marwan Muhammad, est un « ancien trader » qui a par le passé fait tribune commune avec un imam intégriste, signé des textes avec un dirigeant associatif conservateur et « [qu’il] a affirmé que la polygamie ne le regardait pas ». C’est tout ? C’est tout.

On ne saura pas « quelles idées » le CCIF défend dans les initiatives incriminées (contre l’islamophobie ou l’état d’urgence), et l’on ne saura pas non plus [...] que cette « organisation communautariste » s’est prononcée, au printemps dernier, contre la loi Travail, et a appelé à se mobiliser contre elle. Aucune évocation, en outre, de la tribune signée en avril 2016 par celui qui était alors porte-parole du CCIF, Yasser Louati, qui fustigeait la politique antisociale de Valls et l’accusait de tenter de « voiler son bilan » par un discours stigmatisant les musulman-e-s. Aucune mention, enfin, de cet article publié sur le site du CCIF en novembre dernier, dont le titre, explicite, n’aurait pourtant pas dû échapper à Lutte ouvrière : « Le fiasco burkini : Une distraction de l’attaque contre les travailleurs de la loi Travail "El Khomri" ». »

Julien Salingue, Christine Poupin, Ugo Palheta et Selma Oumari, « Combat contre l’islamophobie : quand Lutte ouvrière inverse la hiérarchie des normes », 2 février 2017.



Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} On peut faire des alliances critiques

« [Ce serait oublier] l’un des acquis fondamentaux de Trotsky, dont Lutte ouvrière aime pourtant se revendiquer, qui expliquait en 1928, à propos de l’hypothèse d’alliances avec le Kuomintang chinois : « Depuis longtemps, on a dit que des ententes strictement pratiques, qui ne nous lient en aucune façon et ne nous créent aucune obligation politique, peuvent, si cela est avantageux au moment considéré, être conclues avec le diable même. Mais il serait absurde d’exiger en même temps qu’à cette occasion le diable se convertisse totalement au christianisme ». Que l’on ne se méprenne pas ici sur la référence à cette métaphore de Trotsky : nous ne souhaitons convertir personne au christianisme ! Mais il s’agit de souligner que dans d’autres contextes, les marxistes ont eu l’occasion, lorsqu’ils estimaient que la situation le nécessitait, de s’entendre avec des courants divers, voire fort éloignés, sans que cela ait signifié qu’ils renonçaient à leur indépendance. Les fronts auxquels le NPA participe ne sont aucunement des cadres dans lequel nous nous lions les mains, ni des systèmes d’alliance qui nous obligeraient à renoncer à formuler nos critiques des intégrismes religieux, quels qu’ils soient. »

Julien Salingue, Christine Poupin, Ugo Palheta et Selma Oumari, « Combat contre l’islamophobie : quand Lutte ouvrière inverse la hiérarchie des normes », 2 février 2017.



Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Un prétexte pour ne pas lutter contre les discriminations envers les musulmans

« Derrière ces prétextes, difficile de ne pas percevoir l’absence totale de volonté, de la part de LO, de mobiliser concrètement contre l’islamophobie, et de participer à des fronts aux côtés d’organisations dont les anticapitalistes et révolutionnaires peuvent par ailleurs être très éloignés. »

Julien Salingue, Christine Poupin, Ugo Palheta et Selma Oumari, « Combat contre l’islamophobie : quand Lutte ouvrière inverse la hiérarchie des normes », 2 février 2017.



La lutte contre l'antiracisme suffit

Pouce rouge tendu vers le basLogo d'argument contre{{{2}}} Le terme « islamophobie » est ambigu

« Le terme d’islamophobie nous a paru ambigu, et il l’est toujours par certains aspects, bien que le mot soit devenu d’usage courant. Nous rejetons et combattons les discriminations qui peuvent s’exercer à l’encontre des musulmans, parce que nous sommes pour la liberté de culte. Mais nous sommes athées, opposés à toutes les religions. Et l’équation, imposée par les islamistes et leurs amis, selon laquelle lutter contre la religion musulmane signifierait être raciste, est une escroquerie. »

Lutte ouvrière, « Le piège de la « lutte contre l’islamophobie » », Lutte de classe, n°181, février 2017.


« Toute critique du port du voile se voit aussitôt qualifiée par certains de manifestation « d'islamophobie ». Mais ce néologisme, qu'affectionnent les musulmans religieux, peut avoir tellement de sens différents qu'il n'en a aucun. Si cela signifie être critique vis-à-vis de l'islam, en tant que matérialistes, que « mécréants » comme ils disent, oui nous sommes islamophobes, comme certains pourraient dire de nous que nous sommes christianophobes, judéophobes, bouddhistophobes, pour ne pas parler de religions plus exotiques. Mais le plus souvent il s'agit de sous-entendre par islamophobie un rejet de tous ceux qui partagent la foi musulmane, ce qui est une ânerie, non seulement quand il vise l'attitude des communistes révolutionnaires, mais même en ce qui concerne l'attitude de l'impérialisme français et des hommes qui le servent au plus haut niveau. »

Lutte ouvrière, « Communisme, religions et intégrismes », Lutte de classe, n°126, mars 2010.


Pouce rouge tendu vers le basLogo d'argument contre{{{2}}} Le terme « islamophobie » recouvre un racisme antipauvre

« Sarkozy ne s'est pas comporté en « islamophobe » hypocrite en mettant en place en 2003, en tant que ministre de l'Intérieur et des cultes, le Conseil français du culte musulman, mais en homme politique de la bourgeoisie française responsable. Ce projet, qui avait été initié par ses prédécesseurs socialistes Chevènement et Vaillant, servait les intérêts de celle-ci en créant une structure susceptible de faire encadrer une large fraction de la population d'origine musulmane par des gens aussi opposés que les ministres de la République à toute contestation sociale. Et nul ne peut dire que les princes saoudiens ou les émirs du Golfe sont victimes d'islamophobie quand ils viennent en France en voyage politique, en voyage d'affaires ou pour un séjour sur la Côte d'Azur.

Si la grande majorité de la population d'origine musulmane est soumise par les autorités à des mesures discriminatoires, vexatoires, c'est bien plus pour des raisons sociales que pour des raisons religieuses, et le maire de Gussainville déjà cité a donné un bon exemple de ce racisme-là, en déclarant qu'il avait voulu parler des chômeurs, des érémistes et des retraités. D'ailleurs les Roms, qui professent pour la plupart un christianisme ostentatoire, sont victimes du même mépris, des mêmes discriminations, des mêmes tracasseries, que les populations pauvres d'origine musulmane, du même racisme antipauvre. »

Lutte ouvrière, « Communisme, religions et intégrismes », Lutte de classe, n°126, mars 2010.


Objections à l'argument « La lutte contre l'antiracisme suffit »

Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} La spécificité de la question musulmane

Écrire un résumé de l'objection.



Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} L'absence de propositions concrètes de lutte contre le racisme

« Mais, et ce n’est pas le moindre des paradoxes, on ne trouvera dans le reste du texte [de Lutte ouvrière, « Le piège de la "lutte contre l’islamophobie" »] aucune analyse du développement de cette oppression que constitue l’islamophobie, ni aucune proposition concrète pour lutter contre la stigmatisation, les discriminations et les violences ciblant spécifiquement les musulman-e-s (ou présumé-e-s tel-le-s). En lieu et place, Lutte ouvrière se livre à une diatribe largement ignorante des débats et des travaux sur la question, visant ainsi à délégitimer par avance ceux qui mènent ces combats, et à proposer comme unique perspective la lutte contre la religion en général, et l’intégrisme islamique en particulier. »

Julien Salingue, Christine Poupin, Ugo Palheta et Selma Oumari, « Combat contre l’islamophobie : quand Lutte ouvrière inverse la hiérarchie des normes », 2 février 2017.



Biliographie

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