Discussion:Faut-il supprimer les frontières ?

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À propos de ce flux de discussion

Non modifiable

Idées d'un article de Laura Raim

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Manu P. (discussioncontributions)

http://www.regards.fr/idees/article/faut-il-desirer-un-monde-sans-frontiere

Problème : les politiques migratoires de la forteresse européenne donnent aujourd’hui aux frontières des apparences de cimetière marin

Les frontières sont-elles intrinsèquement nocives ?

Leur suppression est-elle une piste politique réalisable, ou désirable ?

La bonne frontière n’est pas un mur qui protège unilatéralement un côté de toutes ses craintes : l’immigration, le terrorisme, la pauvreté, …

« Le mur interdit le passage, la frontière le régule », Regis Debray, « Éloge des frontières »

La bonne frontière est une porte que l’on peut ouvrir à un réfugié politique et fermer à la tête de la police qui le traque.

Sans frontière, c’est « la loi du plus fort, qui est chez lui partout », « les Palestiniens n’aspirent qu’à une chose, avoir une frontière » Regis Debray, « Éloge des frontières ».

On peut défendre une union des peuples tout en gardant nos frontières, cela s’appelle l’internationalisme.

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L’ouverture des frontières est un rêve libéral.

« C’est une proposition des frères Koch [les plus grands financeurs des Républicains] [...] C’est une proposition de droite. » Bernie Sanders

dans la très libérale construction européenne, l’élimination des contrôles de capitaux depuis 1986 facilite aussi bien la spéculation sur les marchés de capitaux mondiaux et les crises financières que l’évasion fiscale, privant les États des moyens nécessaires à la préservation de leur modèle social.

Quant à la disparition des barrières douanières consécutives à la réalisation du Marché unique en 1993, elle empêche de taxer les produits dont la fabrication viole certaines normes sociales, sanitaires ou environnementales.

Un gouvernement mondial est inéluctable : « Un jour, l’humanité comprendra qu’elle a tout à gagner à se rassembler autour d’un gouvernement démocratique du monde, dépassant les intérêts des nations les plus puissantes, protégeant l’identité de chaque civilisation et gérant au mieux les intérêts de l’humanité. Un tel gouvernement existera un jour. Après un désastre, ou à sa place. Il est urgent d’oser y penser, pour le meilleur du monde. » Jacques Attali, « Demain, qui gouvernera le monde ? »

Une communauté politique mondiale unifiée est impossible : d’une part, les hommes se regroupent sous le coup d’affects tels que la compassion, mais aussi par nécessité vitale : la survie commandant de ne pas être seul, la division du travail conduit au rapprochement. D’autre part, d’autres affects comme la haine, la jalousie ou la rivalité exercent une pression inverse, à l’éloignement et la sécession : « La pluralité des groupements finis distincts s’impose donc comme la solution d’équilibre entre tendances centripètes et tendances centrifuges. » Frédéric Lordon, « Imperium »

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Se dirige-t-on actuellement vers la fin des frontières ?

On observe au contraire un regain du sentiment national, les mouvements indépendantistes en Écosse ou en Catalogne l’ont récemment illustré. Tandis qu’une certaine élite ne se lasse de prédire la fin de la nation, la balkanisation se poursuit : 27.000 kilomètres de frontières « nouvelles » ont été dessinés depuis 1991 selon Regis Debray, qui interprète cette « furie d’appartenance » comme une réaction à une mondialisation qui cherche, précisément, à abattre les frontières et uniformiser la planète.

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« La citoyenneté dans les démocraties libérales occidentales est l’équivalent moderne du privilège féodal : un statut héréditaire qui accroît considérablement les possibilités de vie d’une personne » Joseph Carens, « Ethics of immigration »

Wikinuma (discussioncontributions)

Arguments POUR

On devrait tous pouvoir circuler librement sur la terre

  • L'humanité est une
  • La terre appartient à tous les hommes
  • La liberté implique le droit de circulation (= Pour être libre, on doit pouvoir circuler d'un lieu à l'autre de la planète)
  • Le droit de circuler devrait être également partagé
    • Les citoyens des pays pauvres devraient avoir tout autant le droit de circuler que les citoyens des pays riches
  • On devrait tous avoir le droit de fuir la guerre ou la misère
  • Dans un monde mondialisé où les marchandises et les idées circulent librement, les hommes devraient pouvoir faire de même

La fermeture des frontières occasionne des souffrances et des morts

  • des morts
  • des humiliations
  • des trafics
  • des condamnations, l'enfermement ou la prison
  • la séparation des familles
  • la clandestinité

Ou accent sur les phénomènes :

  • murs et barbelés
  • chasse à l'homme aux frontières
  • contrôle aux frontières
  • mafia des passeurs
  • esclavage en Libye

Les frontières sont les principales sources de conflits et de guerres

  • Les frontières alimentent les conflits entre les peuples et les communautés
  • Il y a eu trop de guerres pour défendre ou redessiner des frontières
  • Les frontières sont au service des dominants

Les frontières sont des barrières au développement humain et culturel

  • Les frontières enferment (sont un frein à la connaissance de la diversité)
  • Les frontières divisent les êtres humains (les empêchent de prendre conscience de ce qui les lie)
  • Les frontières nuisent au progrès culturel
  • Les frontières n'ont rien de naturel
  • Les migrations ont toujours existé, nous sommes tous le fruit de migrations

La gestion des frontières coûte cher

Un monde sans frontières est un monde fait de paix et de fraternité

  • Un monde sans frontières est un monde sans guerre
  • Un monde sans frontières est un monde fraternel
  • Un monde sans frontières est un monde de métissage culturel
  • Il faut réaliser ce vieux rêve humaniste

Arguments CONTRE

Les frontières garantissent la sécurité des populations

  • Les frontières nous protègent de l'afflux de migrants
  • Les frontières nous protègent du terrorisme
  • Les frontières sont des protections contre les guerres

Les frontières préservent l'identité et la diversité des cultures

  • Les frontières préservent l'identité des peuples et des nations
  • Les frontières permettent la richesse et la diversité des cultures

Les frontières nous protègent du libéralisme débridé

  • Les frontières protègent du dumping social et économique
  • Les frontières garantissent notre souveraineté économique
  • Les frontières garantissent notre souveraineté politique

Supprimer les frontières est une utopie totalitaire

  • Un monde sans frontières n'est possible que si tous les pays du monde le décident, ce qui est utopique
  • Un monde sans frontières serait un monde uniformisé, homogène et lisse, fait d'individus tous semblables, sans différences
  • Un monde sans frontières serait un État totalitaire
Manu P. (discussioncontributions)

identité / liberté, sécurité / humanité, séparation / préservation,

Déclaration des droits de l’homme, valeur : humanisme

La terre appartient à tous (cf débats sur l’accès aux ressources)

L’inégalité entraine la migration (tension, pression)

Frontière comme accumulateur de tension mais aussi tampon face aux chocs (migratoires, économiques)

L’interdiction entraine la clandestinisation

Les migrations ont toujours existé, nous sommes tous le fruit de migrations.

Le sentiment de propriété renforce la valeur de l’effort

La frontière donne un sentiment d’homogénéité qui rassure, qui est confortable

Le mélange attaque la notion d’identité

Ouverture des frontières comme une variable à optimiser

Cyberic71 (discussioncontributions)

Pour : les frontières fermées entrainent beaucoup de souffrances (séparation, clandestinité, pauvreté, mort, viols, exploitation...)

Pour : la fermeture des frontières est inefficace : les migrants viennent de toute façon

Pour : les frontières fermées font prospérer les passeurs (économie souterraine)

Pour : économie coûts contrôle frontières, justice, police, douanes

Pour : les frontières fermées dissuadent les migrants illégaux de retourner chez eux (rigidification des flux)

Contre : ne peut pas être fait par un seul pays ou seulement quelques pays. Il faut un mouvement général d'ouverture des frontières

Contre : aucun pays riche n'a fait l'expérience d'une ouverture totale de ses frontières, on ne sait pas ce qui pourrait se passer

Contre : l'opinion publique ne serait pas favorable

Contre : ouvrir les frontières ne suffit pas. A quoi sert d'ouvrir les frontières si on laisse les migrants sans droit au travail ou sans travail, sans accès à l'éducation, à la santé ?

Justin (discussioncontributions)

Sur les acteurs du débat, on pourrait songer à la grille suivante :

- Les libéraux veulent qu'il y ait libre circulation des marchandises et des personnes.

- Les conservateurs veulent qu'il y ait libre circulation des marchandises et régulation des personnes.

- Les internationalistes veulent la libre circulation des personnes et la régulation des marchandises.

- Les souverainistes/nationalistes veulent qu'il y ait régulation des marchandises et des personnes.

On voit alors que la question de l'ouverture des frontières ou non ne coïncide pas avec le débat droite/gauche, et qu'elle se pose à deux niveaux : l'ouverture (ou non) aux marchandises et l'ouverture (ou non) aux personnes.

Herder et le "génie des peuples"

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Justin (discussioncontributions)

Bonjour. Dans ce débat, je me demande s'il ne serait pas intéressant d'introduire les idées du philosophe Herder (XVIIIe siècle), auquel Kant répondait. Herder est considéré comme à la fois l'un des pères du nationalisme et un des précurseurs du multiculturalisme. Il pensait que chaque nation a un génie qui lui est propre et coïncide avec sa langue et sa culture - mais il refusait de dire qu'une culture était supérieure à une autre, puisque chacune développait ses propres critères.

Si l'on prend l'idée de Herder, l'humanité n'est pas une mais diverse : c'est le différentialisme. On peut alors voir dans les frontières le cadre légal des différents peuples avec leur culture, où ils pourront épanouir leur "génie" propre.

Finkielkrait a montré dans "La Défaite de la pensée" à quel point cette vision différentialiste est importante aujourd'hui, conduisant à l'idée du "droit à la différence", du droit de chaque culture à s'exprimer sans être bridée ni limitée.

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