Wikidébats:Foire aux questions

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logo Wikidébats à droite, pictogrammes d'arguments pour et contre et d'objections à gauche

Sur la présentation des débats

Pourquoi ne pas présenter les débats sous forme de cartes mentales (mind-mapping) ?

La présentation sous forme de cartes a ses avantages en termes de visualisation, notamment quand il n'y a que des mots à organiser (c'est ce qui se fait avec les « cartes sémantiques » ou les « cartes conceptuelles »), ou bien quand il y a peu d'éléments. Mais dès qu'il s'agit d'un débat, le défi est de présenter plusieurs dizaines d'arguments et d'objections, correspondant chacun(e) à l'équivalent d'un court paragraphe. La carte censée représenter ces arguments, et les liens qui les articulent, est alors de taille considérable comparée à l'espace de l'écran. On est alors confronté au dilemme suivant : ou bien on lit distinctement le texte, mais on navigue à l'aveugle sur la carte ; ou bien on conserve une vision d'ensemble, mais on ne peut pas lire correctement. Trouver un format de carte adapté au débat pose un vrai problème technique, ce qui pourrait expliquer le fait qu'aucun site n'a fait le choix de ce format [1].

C'est pourquoi, sur Wikidébats, les arguments sont plutôt présentés sous forme de listes d'arguments « pour » et « contre », eux-mêmes regroupés en familles. Ce qui n'empêche pas que les familles d'arguments soient résumées dans un tableau à deux colonnes, faisant office de sommaire, afin d'avoir une vision d'ensemble des arguments du débat.

Pourquoi ne pas présenter les débats sous forme d'arbres d'arguments (argument-mapping) ?

Les arbres d'arguments ont pour principal objectif de faire prendre conscience, à celui qui les a construites ou à celui qui les parcourt, de la structure logique des débats et des arguments[2]. Une présentation sous forme d'arbre mise donc sur le fait que l'on gagnerait à expliciter les liens logiques qui structurent les divers arguments du débat, et que là se situerait l'information essentielle à celui qui veut se faire une opinion sur un débat.

Permettons-nous de douter d'une telle hypothèse. Un débat n'est pas une démonstration mathématique ou un raisonnement logique complexe : il se réduit à une simple structure en arguments « pour », arguments « contre », et pour chacun d'eux en une série de sous-arguments et d'objections[3]. En cela, une présentation sous forme de deux listes (« pour » et « contre »), elles-mêmes composées de sous-listes, suffit à appréhender simplement la structure du débat. De la même façon, il ne semble pas utile d'expliciter la structure d'un argument en ses différentes prémisses : quand bien même elle ne serait pas perçue intuitivement, il n'est pas sûr que cette décomposition en prémisses ait d'autre effet que d'alourdir la lecture. Un enjeu à cette présentation serait en effet de pouvoir vérifier la validité logique de l'argument ; mais ce serait estimer que les sophismes et les erreurs logiques envahissent les argumentations écrites, alors qu'ils sont en réalité l'exception[4].

En définitive, une présentation sous forme d'arbres tend à oublier que l'apport essentiel d'un outil comme Wikidébats se situe avant tout dans le contenu de chacun des arguments et objections. Cela ne veut pas dire que la forme n'a pas son importance, puisque la spécificité d'un tel outil réside dans son format de présentation[5] ; mais une figuration des liens logiques n'est pas nécessaire, ni même commode, puisque, comme pour les cartes mentales, elle est confrontée au problème de la visualisation du contenu dès lors que le débat n'est pas réduit à un petit nombre d'arguments... Ce qui est le cas de la majorité des débats[6].

Sur l'exhaustivité des arguments

Pourquoi mettre au même niveau des arguments ayant fait la preuve de leur validité et des arguments pseudoscientifiques ?

Sur Wikidébats, tous les arguments sont présentés sur le même plan, quel que soit le niveau de preuve qui les fondent, en accord avec le principe de neutralité. En effet, comment faire pour déterminer les arguments ayant « fait leurs preuves » ? En particulier, qui décide que telle donnée a fait ses preuves ? Si ce sont les institutions scientifiques, elles sont parfois contestées – par leurs liens possibles avec des lobbies industriels, par exemple pour les questions écologiques, nucléaires, etc. Les arguments « pseudoscientifiques » sont considérés par leurs partisans comme scientifiques. Au nom de quoi un organisme de débat les décrèterait-il à priori comme « pseudoscientifiques » ? C'est l'intérêt du débat de faire apparaître, à posteriori, quels sont les arguments valables et ceux qui ne le sont pas.

La neutralité est un simple point de départ : demander à toute position de présenter ses arguments, sans les écarter à priori. Cette neutralité n'empêchera pas que les mauvais arguments ou les arguments pseudoscientifiques soient démontés et donc, à posteriori, il y aura bien une différence de fait entre les bons et les mauvais arguments. L'idée sous-jacente de la neutralité de Wikidébats est que toute bonne théorie ou tout argument fiable doit pouvoir être redémontré de façon transparente, à chaque fois que c'est demandé, et ne doit pas être affirmé comme un argument d'autorité par des experts ou des institutions.

Au lieu de transformer les énoncés scientifiques en vérités dogmatiques, définitives et que personne ne devrait remettre en cause, il s'agit de montrer pourquoi ces énoncés scientifiques sont meilleurs que leurs concurrents – sur un strict plan rationnel et vérifiable.

Sur le projet Wikidébats

Pourquoi parler de Wikidébats comme du « chaînon manquant de la démocratie » ?

On constate l'avancée du parti des abstentionnistes et la montée des populismes. Cette situation peut être vue comme un désinvestissement du politique. Lors du Brexit en Angleterre, il y a eu un grand débat sur l'utilité ou le danger des référendums. Beaucoup de dirigeants européens craignent que les référendums fassent le lit du populisme, car ils donneraient l'avantage aux discours émotionnels. Mais l'alternative proposée est de remettre toujours plus de pouvoir au sein d'instances composées d'experts et de juristes. On présente donc deux mauvaises issues : soit les référendums avec des citoyens plus ou moins influencés par les émotions, donc manipulés ; soit l'exercice du pouvoir confié à des experts. C'est de cette alternative qu'il faut sortir, en inventant des outils facilitant la délibération des citoyens.

Wikidébats, en offrant la possibilité de voir les arguments de façon contradictoire sur un problème donné, est le meilleur moyen de se forger une opinion éclairée. Wikidébats permet aussi de déconstruire les sophismes et les fausses évidences, non par l'anathème ou la diabolisation, mais en montrant en quoi il s'agit de mauvais arguments. L'usage d'un tel outil permet donc un dépassement par le haut de nombreuses erreurs et de la rhétorique qui cherche à fausser le réel. Ainsi, à partir de cette délibération, d'une information contradictoire et structurée, il sera possible de recourir à des référendums.

« L’UE se trouve à la croisée des chemins : soit elle continuera sa fuite en avant vers la dépossession du pouvoir accordé aux citoyens, au bénéfices d’experts capables de s’y retrouver dans des structures de plus en plus complexes et opaques ; soit les décisions reviendront aux peuples d’Europe, au travers de nouveaux mécanismes. La question centrale est donc la création d’un chaînon manquant, véritable outil démocratique de débat, permettant aux citoyens de prendre des décisions enfin éclairées par la raison. Notons ici que de telles procédures efficaces de débats ont été mises au point avec l’expérience du Deliberatorium aux Etats-Unis, voire avec les conférences de consensus. Si nous n’arrivons à créer ce nouvel outil de débat méthodique et éclairant, on pourra dire adieu à l’idéal même de la démocratie – le pouvoir du peuple pour le peuple – et nous connaîtrons une régression inimaginable vers le pouvoir de ces nouveaux philosophes-rois que sont les experts et les juristes des instances européennes. »
Emmanuel-Juste Duits, « Après le Brexit, inventer une démocratie éclairée ».

Nous nous inscrivons ici dans le courant des civic tech, qui souhaitent mettre les nouvelles technologies au service d'un saut qualitatif de la démocratie.

Notes et références

  1. Voir notre comparatif d'encyclopédies de débats.
  2. Prenant la forme d'arbres, ces cartes distinguent en effet clairement les branches associées aux arguments « pour », les branches associées aux arguments « contre », et, pour chacune de ces branches, les sous-branches associées aux sous-arguments qui les soutiennent ainsi qu'à leurs objections. Chaque argument peut alors, également, être décomposé en ses différentes prémisses, qui peuvent elles-mêmes être reliées séparément à leurs objections.
  3. Puisqu'un débat est un ensemble de débats, un débat possède en réalité une structure beaucoup plus complexe. Si on voulait représenter cette structure sur une page de navigateur, elle aurait tellement de ramifications que cette page serait indigeste et ne permettrait aucunement d'avoir une vision d'ensemble du débat. C'est pour cela qu'il apparaît bien plus judicieux de réduire le débat aux arguments de premier et deuxième niveaux, sans rentrer dans les sous-débats, sous-jacents à chacun des arguments.
  4. Toutefois, il y aurait un réel intérêt à mettre en évidence ces « moisissures argumentatives » dans les argumentations orales, qui sont, elles, beaucoup plus touchées par les fautes – volontaires ou involontaires – de raisonnement.
  5. Voir la question : « Quelle différence avec une encyclopédie comme Wikipédia ? ».
  6. Voir la question : « Pourquoi ne pas présenter les débats sous forme de cartes mentales (mind-mapping) ? ».

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