Sommes-nous libres ?

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Arguments POUR

Arguments CONTRE

Les comportements humains sont réguliers et prévisibles, ce qui exclut qu'une volonté libre en soit la source.

Objections

Le fait que j'aurais pu faire un autre choix que celui que j'ai fait par le passé est invérifiable.

C'est seulement à posteriori, après les faits, que les hommes affirment qu'ils auraient pu agir autrement. On ne peut observer que théoriquement les possibilités d'action sont multiples au moment où l'on opte pour l'une d'entre elles. En pratique, j'opte pour un choix, en excluant tous les autres, et c'est tout ce que je peux observer avec certitude.

Citation : Bergson

Objections

  • Tous les hommes paraissent avoir le sentiment, après avoir agi, c'est-à-dire après avoir fait le choix d'une certaine action, qu'ils auraient pu agir autrement, c'est-à-dire également faire le choix d'une autre action.
  • Le sentiment de culpabilité individuellement ressenti, de même que le fait que la justice punisse les auteurs de délits ou de crimes, ne peuvent s'expliquer que par la liberté que les hommes auraient de faire une action, ou de s'abstenir, ou bien d'en faire une autre. Si l'on abandonne l'idée de liberté, alors le sentiment de culpabilité et la mission de la justice de punir les coupables deviennent absurdes et injustes.

Albert Camus, Réflexion sur la peine capitale : "Si les hommes sont conduits, par les lois de la nature, à faire ce qu'ils font, on ne peut pas les en blâmer, pas davantage que l'on ne peut reprocher à une montre d'être en avance ou en retard."

    • Deux phénomènes apparaissent simultanément : d'une part, la justice condamne les auteurs de crimes ou de délits, devant donc les tenir pour libres et donc responsables de leurs actes ; d'autre part, c'est précisément dans la comptabilité des crimes et des délits que l'on peut le mieux vérifier empiriquement que les comportements des hommes sont socialement d'une extrême régularité, ce qui exclut l'idée de libre-arbitre. Le domaine des crimes et des délits est donc celui où l'idée de la liberté est la plus nécessaire, et où elle apparaît comme la plus réfutée. Que la justice condamne les auteurs de crimes ne prouve pas qu'ils étaient libres d'agir autrement ; cela prouve en revanche, avec plus de certitude, que la justice établie a besoin de les considérer tels.

Nous ne sommes pas libres de voler dans les airs, de respirer sous l'eau, ni de vivre deux-cents ans.

Il y a beaucoup d'actions que les hommes ne sont, avec certitude, pas libres de faire : ce sont toutes celles qui excèdent leurs capacités physiques. Pour toutes ces actions, bien que je puisse vouloir les faire, je ne suis pas libre de les faire. Je ne suis par exemple pas libre de voler dans les airs, ni même de gagner les prochaines épreuves d'athlétisme lors des prochains Jeux olympiques.

Objections

  • La liberté est ici un synonyme de capacité. Ce n'est pas tant que les hommes ne soient pas libres, mais plutôt qu'ils ne sont pas tout puissants. Si la liberté était la toute-puissance, alors aucun être humain ne pourrait être libre -- et alors la notion de liberté n'aurait aucun sens.
  • Que les capacités physiques humaines soient limitées n'est pas un enjeu très important de la liberté. La liberté à laquelle les hommes semblent aspirer est le libre-arbitre, soit la liberté de la volonté.
  • Les limites physiques dessinent seulement le cadre à l'intérieur duquel des actions et des choix libres sont possibles. Lorsqu'on avance que des limites physiques nouvelles, telles qu'une maladie, nous enlèvent notre liberté, c'est qu'on confond la liberté et le bonheur. C'est qu'on estime faussement que l'on est libre que lorsque l'on fait tout ce qui nous plaît. La liberté consiste à faire des choix qui ne sont pas tous agréables par principe, mais peuvent même être très pénibles.

Jean-Paul Sartre, Cahiers pour une morale (1948) : « Me voilà tuberculeux par exemple. Ici apparaît la malédiction (et la grandeur). Cette maladie, qui m’infecte, m’affaiblit, me change, limite brusquement mes possibilités et mes horizons. J’étais acteur ou sportif ; avec mes deux pneumos , je ne puis plus l’être. Ainsi négativement je suis déchargé de toute responsabilité touchant ces possibilités que le cours du monde vient de m’ôter. C’est ce que le langage populaire nomme être diminué. Et ce mot semble recouvrir une image correcte ; j’étais un bouquet de possibilités, on ôte quelques fleurs, le bouquet reste dans le vase, diminué, réduit à quelques éléments. […] Et d’autre part surgissent avec mon état des possibilités nouvelles : possibilité à l’égard de ma maladie (être un bon ou un mauvais malade), possibilités vis-à-vis de ma condition (gagner tout de même ma vie, etc.). Un malade ne possède ni plus ni moins de possibilités qu’un bien portant ; il a son éventail de possibles comme l’autre et il a à décider sur sa situation, c’est-à-dire à assumer sa condition de malade pour la dépasser (vers la guérison ou vers une vie humaine de malade avec de nouveaux horizons). […] Ainsi suis-je sans repos : toujours transformé, miné, laminé, ruiné du dehors, et toujours libre, toujours obligé de reprendre à mon compte, de prendre la responsabilité de ce dont je ne suis pas responsable. Totalement déterminé et totalement libre. »

  • Les limites à notre liberté peuvent, paradoxalement, en faciliter l'usage. Les limites extérieures restreignent le nombre de nos choix, et, parfois, leur donnent un sens plus déterminé, ce qui a pour effet de faciliter la prise de décision, en écartant l'angoisse d'un horizon infini de choix, différents mais qui se vaudraient plus ou moins. Quand les différents choix qui s'offrent à un individu sont peu nombreux, et d'autant plus si chacun de ces choix a un sens moral déterminé, alors l'individu peut éprouver plus de facilité à faire usage de sa liberté, que s'il se trouvait face à un grand nombre de choix possibles qu'il n'arrive pas à distinguer d'après son sens moral.

Jean-Paul Sartre : "Nous n'avons jamais été aussi libres que sous l'Occupation allemande."

La volonté n'est jamais indifférente. Elle est toujours déterminée par le motif de poursuivre son bien ou son avantage.

Que la volonté soit libre implique qu'elle soit dépourvue d'influence ou de détermination qui serait la cause de son acte. Or, il semble que les hommes poursuivent toujours leur bien ou leur avantage. Pour cette raison, la volonté a au moins cette détermination qu'elle vise toujours son bien. La volonté n'est donc pas libre de tout vouloir. Ce qu'un individu estime pouvoir lui nuire, il ne peut le vouloir ; il n'est pas libre de vouloir son mal.

Objections

  • Seules des influences extérieures à l'individu peuvent le priver de liberté ; une détermination ou une caractéristique intrinsèque à un individu, voire aux êtres humains, ne peut les priver de liberté. Si le fait de poursuivre son bien était une entrave à la liberté de la volonté, cette entrave étant commune à tous les hommes, alors la liberté serait impossible pour tout humain et la notion perdrait son sens.
  • Lorsque plusieurs choix se présentent à une volonté, et que les informations sur ses conséquences manquent, ainsi que la possibilité d'en faire la prévision, la volonté peut se trouver paralysée, c'est-à-dire indifférente à une possibilité ou à une autre. N'étant pas déterminée à opter pour un choix ou pour un autre, elle est libre.
    • Dans ce cas, notre volonté n'est pas indifférente : elle ne cherche en réalité que son avantage, mais elle ne sait pas où le trouver.