Les religions se rejoignent-elles ?

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Sommaire


Introduction

Dans les milieux spiritualistes, il est courant d'entendre dire que les différences religieuses portent sur un aspect "ésotérique", extérieur, mais qu'au fond toutes les grandes traditions se rejoignent.

De même, pour certains penseurs de la philosophie éternelle, les mystiques ont fait la même expérience transcendante, qui souvent a été "traduite" par des dogmes se différenciant et modifiant plus ou moins le message originel - qui est un.

Au contraire, la plupart des théologiens reconnaissent d'emblée les différences entre leurs religions respectives : différences dans les dogmes essentiels et dans les pratiques qui en sont issues. Ces différences ont d'ailleurs eu des effets dévastateurs, suscitant conflits voire guerres de religions.

Par crainte du fanatisme religieux, pensant y remédier, beaucoup de spiritualistes occidentaux et adeptes de la nébuleuse du "New Age" répètent désormais que "toutes les religions se rejoignent". Ce discours est-il vrai, ou est-il une sorte de "religieusement correct" qui implique le confort intellectuel et le refus de confronter les différentes visions du monde ?

Les religions se rejoignent-elles ?

Carte des familles d'arguments

POUR
CONTRE

Toutes les religions affirment la même vérité
Les religions apportent le même message
Les religions poursuivent la même finalité
Les religions sont fondées sur la même expérience ultime
Les religions reflètent la même tradition primordiale

Les religions s'opposent sur des questions essentielles
Les religions sont en conflit historique
Les religions sont des chemins différents
Les expériences spirituelles divergent
Il y a une diversité irréductible de l'Ultime

Arguments POUR

1. Toutes les religions affirment la même vérité

Dieu est Juste, donc Il délivre la vérité à tous les peuples

Il n'existe qu'un Dieu et qu'une Vérité ; Il y a donc un seul message vrai, qui se trouve donné à chaque peuple. Les différences sont de simples "adaptations" de la Vérité, car Dieu, étant Juste, apporte des moyens de salut à tous les humains.


Les religions sont des révélations progressives de l'unique Vérité

Dieu éduque et élève peu à peu l'humanité ; celle-ci n'est pas à même de comprendre l'univers, sa finalité et son Créateur d'emblée ; le Créateur a donc aménagé une révélation progressive, adaptée au niveau de conscience des humains. Les diverses religions sont des moments d'une révélation globale de l'Esprit.

"(...) pour Krishna, bien qu'il n'existe peut être qu'une religion parfaite - la sienne -les autres religions en sont toutefois au moins des approximations, et en conséquence il les encourage toutes." R.C. Zaehner, Inde, Israël, Islam, p. 230.


On ne peut pas prétendre qu'il y a une seule vraie religion, car c'est intolérant

Moralement, il est inacceptable de dire qu'une forme de croyance est vraie, car cela implique de dire que les autres sont fausses. De quel droit un groupe ou un individu se considérerait ainsi "supérieur" aux autres ? L'humilité commande de se dire que l'on est faillible et que les autres ont autant de raisons d'avoir raison que soi ; c'est la seule attitude éthique possible, qui évite le fanatisme et les guerres religieuses. "Chacun sa voie, chacun sa vérité".


Les divergences religieuses viennent de la conscience illusoire

Supposons 3 aveugles qui touchent un éléphant : l'un touche une patte, et dit "c'est un arbre !" ; l'autre touche une oreille et dit "c'est une feuille !" ; le troisième touche le dos et dit "c'est un rocher !" L'Absolu est Un, mais les hommes le perçoivent différemment parce qu'ils sont plongés dans l'illusion. On ne peut pas se fier à l'homme ordinaire pour juger de l'ultime réalité, car cet homme est endormi, ou du moins il perçoit le monde à travers des lunettes déformantes. Il faut se fier aux connaissants, aux sages qui se sont dépouillés de leurs illusions et affirment que, lorsque l'on s'éloigne de l'illusion, on découvre l'unité spirituelle derrière les apparences.


2. Les religions véhiculent un message identique

Il y a une même doctrine ésotérique derrière les religions

Les religions diffèrent dans leurs dogmes apparents ; mais quand on pénètre en profondeur, on découvre qu'elles se rejoignent : elles permettent toutes de comprendre les mêmes vérités et d'atteindre les mêmes états de l'être.

Les devoirs moraux des religions sont semblables

Toutes les religions préconisent un comportement moral répondant aux mêmes commandements : respect de la vie, adoration de l'Etre créateur, grâces rendues à la création, respect de ses semblables. On retrouve partout les Dix Commandements.

Différents saints et mystiques ont affirmé l'unité des religions

Plusieurs saints, hindous comme Ramakrishna, Soufis, ou autres, ont dit que les religions véhiculent un message similaire, et que leurs divergences ne sont qu'apparentes.

3. Les religions poursuivent la même finalité

Toutes les religions proposent une ascèse

Les religions proposent toutes trois moyens : la connaissance (Jnana), la dévotion (Bhakti), et la restriction des désirs terrestres (Yoga, ascèse chrétienne, privation, pauvreté etc.). Les divergences portent sur des points verbaux ou conceptuels, alors qu'en réalité elles visent à soumettre l'égo aux mêmes disciplines, permettant d'élever sa conscience et d'atteindre des "états" similaires.

Les religions visent à se libérer du "moi"

Le Christ parle de se dépouiller du "Vieil homme", d'autres de mort de "l'égo", etc. Toutes les religions disent qu'il y a un combat interne à l'être humain, qui doit dépasser ses conditionnements, sa vision partielle et limitée, sa conscience ordinaire. Elles visent à une destruction de "l'ago", qui symbolise l'ensemble des forces de ce "moi inférieur" et égocentré.

Les religions prônent l'amour

Amour du prochain, de la création et du divin : les religions préconisent toutes cet élargissement de l'être et cette communion de l'amour tourné vers autrui et vers l'Absolu. Les bouddhistes parlent de compassion, les chrétiens d'amour, d'autres de miséricorde... ces différentes notions recoupent la même attitude de don de soi et d'expansion fusionnelle.

« Malgré leurs divergences métaphysiques, toutes les religions ont la même orientation. Elles attachent toutes la même importance au progrès de l’humanité, à l’amour, au respect de tous, à la solidarité avec ceux qui souffrent. Dans leurs grandes lignes, les points de vue et les finalités sont assez semblables. » Le Dalaï Lama, Cents éléphants sur un brin d’herbe, traduction Lise Médini, éditions du Seuil 1990, p. 66.


Les religions cherchent à atteindre l'Ultime

Les religions commandent de supprimer un certain nombre d'obstacles, qui empêchent les humains de percevoir "ce qui est" et de rencontrer l'Ultime. Ces obstacles sont décrits comme les désirs du corps, les attachements mondains, les conditionnements mentaux etc. Il s'agit donc toujours d'instaurer le même processus de "dépouillement" et de polir le miroir de l'âme pour rencontrer l'Ultime. Ce processus porte des noms différents : "salut", "libération", "moksha" etc.


4. Les religions sont fondées sur la même expérience fondamentale

Les religions ont pour origine le "sentiment océanique"

Les religions viennent du même état mystique où les frontières du moi s'abolissent, tout comme la distiction sujet/objet. Dans cet état modifié de conscience, le sujet n'appréhende plus la question de la mort ou de la finitude de la façon ordinaire car il se sent relié au grand Tout, et partie immortelle d'un absolu qui l'inclut.

L'expérience mystique inclut une dimension cognitive et morale

Les mystiques perçoivent une réalité plus réelle que l'expérience ordinaire, et ils découvrent du même coup une connaissance et une morale. Le fondement de l'être, qui échappe à l'espace et au temps, coïncide en même temps avec la béatitude et le bien.

Les divergences religieuses viennent de déformations dues à l'éloignement de l'expérience mystique

Peu à peu, les religions s'éloignent de leur expérience fondatrice. Leur inspiration s'épuise ou s'altère, et naissent des doctrines plus ou moins figées et déformantes. Le Christ n'a pas enseigné la théologie, qui est une construction "après-coup". En réalité lorsqu'on revient à la source, on comprend que le message primordial de toutes les religions est identique.

5. Les grandes traditions disent que les religions sont unes

Le christianisme affirme qu'il y a unité dans la diversité religieuse

On lit dans les Evangiles la phrase : "Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon père" (Jean, 14:2). Ce verset est souvent interprété comme : "il y a beaucoup de religions qui appartiennent toutes à la maison du Père, qui sont sous la protection de Dieu."


Le judaïsme parle d'une hiérarchisation des "dieux des nations"

Le judaïsme pose l'existence du Dieu suprême, qui est en rapport direct avec le peuple hébreux, et des "dieux des nations", ayant en charge les autres communautés humaines. Ces "dieux des nations" sont légitimes et seront jugés à la fin des temps, ils sont subordonnés à Dieu. On peut donc voir les différentes "nations" et religions comme les expressions de ces "dieux des nations".

"(...) le Shaaré Ora dit et répète avec insistance que les autres dieux, les èlohim a'hërim, sont les soixante-dix princes célestes que le Saint, béni soit-Il a impartis aux soixante-dix peuples. Ces "autres dieux" sont les subordonnées du Dieu de vérité, Elohim Emeth. Ils ont chacun la charge d'une nation particulière qu'ils nourrissent spirituellement et dont ils sont les juges tout au cours de l'année, et les garants le jour de Rosh Hachana, le Nouvel An. Ce jour-là ces "autres dieux" sont jugés par le Dieu suprême et châtiés au cas où leurs nations, celles dont ils sont les dieux tutélaires et les responsables, auraient commis des fautes ou des injustices. On peut dire que ce sont les responsables célestes de leur peuple ainsi que leurs guides.

Leur force, souligne R. Joseph Gikatila, n'est pas une force autonome ; elle leur est concédée par le Dieu de vérité. Israël, en revanche est directement gouverné et jugé par le Saint, béni soit-Il, et il est sa part à lui seul échue. La seule part que le Saint, béni soit-Il gère, le seul peuple qu'Il a en héritage, c'est le peuple d'Israël."

Charles Mopsik, "Les autres dieux, Etude d'un passage du Zohar" : http://www.charles-mopsik.com/Texte70.html


Le soufisme croit en l'unité des religions

Le soufisme, qui est la branche mystique dans le monde musulman, admet souvent et valorise les diverses religions, vues comme des chemins différents pour atteindre le même but et obéir au même Dieu.


L'hindouisme considère toutes les religions comme une manifestation divine

L'hindouisme est connu pour sa tolérance, qui vient de sa tradition et de sa métaphysique. Pour celle-ci, chaque dieu et chaque religion est légitime et sacrée, car elle reflète une expression de l'Absolu. Les diverses religions sont vues comme des approximations positives du Vrai.

"Ceux dont les esprits sont tiraillés par des désirs multiples, dit-il (Krishna), adorent d'autres divinités et accomplissent des rites différents, contraints par leur propre nature. Quelle que soit la forme qu'un homme religieux choisisse d'adorer avec une foi inébranlable, j'affermis sa foi. Ferme dans sa foi, il s'efforce de rendre son dieu favorable, et de ce dieu il obtient les objets de ses désirs, bien que ceux-ci soient en réalité distribués par Moi" Gita, 7-22, cité par Zaehner, Inde, Israël, Islam (Religions mystiques, révélations prophétiques) Desclée de Brouwer, p. 230.
Toutes les religions affirment être la seule vraie

Les religions disent toutes qu'elles sont dépositaires de la Vérité, et sous-entendent ou affirment clairement que les autres traditions sont fausses.


6. Les religions reflètent la même tradition primordiale

Les religions actuelles dérivent d'une Tradition première

Écrire un résumé de l'argument.


Arguments CONTRE

1. Les religions s'opposent sur des questions essentielles

La personne du Christ

Pour les chrétiens, le Christ est "Fils de Dieu", et Il véhicule le salut. Cette notion de "Fils de Dieu" paraît absurde voire blasphématoire pour les autres monothéismes. On ne peut pas dire que les Religions du Livre s'accordent sur le statut et la nature du Christ.


La question de Dieu

Pour les religions monothéistes, il existe un Dieu créateur, alors que les bouddhistes récusent cette notion (ou disent qu'il n'est pas nécessaire d'en parler), et que les hindouistes considèrent qu'au-delà du créateur il existe le Brahman, le Soi, dont chacun est une parcelle. La querelle est donc évidente entre les religions monothéistes, le panthéisme hindou et la vacuité bouddhiste.


La question du sujet

Pour les monothéistes, il existe bien un "moi", un sujet, une créature, alors que pour les hindouistes cet ego n'est qu'une apparence et au fond l'individu se confond vec le Soi, l'Absolu. Quant aux bouddhistes, ils récusent toute nature substantielle au sujet, qui n'est qu'un agrégat de propriétés et devra se dissoudre dans la vacuité. Ces trois conceptions sont donc opposées et irréconciliables.


La réincarnation

Pour l'hindouisme, le bouddhisme et chez certains juifs, la réincarnation existe, ce qui n'est pas le cas pour les chrétiens ou les musulmans. La réincarnation permet notamment d'aborder le mystère de l'injustice ("pourquoi certains naissent riches, ou pauvres, infirmes ou en bonne santé ?"). Pour les réincarnationnistes, le malheur et les différences de conditions s'expliquent par des "vies précédentes", alors que pour le chrétien par exemple, ces injustices de naissance restent très difficiles à comprendre.


La fin ultime de la création

Pour les monothéistes, il y aura un Jugement à la fin des temps, qui séparera les bons et les mauvais, jetant les uns dans l'enfer éternel et donnant accès aux autres au paradis éternel. Pour les hindous, l'univers se résorbera dans l'Un sans second, tous les êtres réintégrant le Brahman comme des gouttes d'eau qui retournent à l'océan. Quant au bouddhisme, il suppose que chacun atteindra le nirvana, l'inconditionné. Ces trois conceptions diffèrent largement et semblent difficilement réductibles.


2. Les religions sont en conflit historique

Des saints ont prêché la Croisade

Différents saints comme St Dominique ont prêché le combat voire la croisade - considérant les autres religions comme fausses. Il n'y a pas de raison de croire que ces autorités spirituelles étaient dans l'erreur, alors qu'ils représentaient les plus grands docteurs en leur temps.


Les religions sont en guerre depuis toujours

Il y a presque toujours eu des conflits religieux, chacun considérant l'autre dans l'erreur. Ces conflits, souvent soutenus par des théologiens de renom, ne viennent pas d'erreurs d'interprétations, mais tiennent à la vérité même des religions. "Je ne suis pas venu apporter la paix mais l'épée".


Il y a des raisons théologiques aux conflits religieux

Pour plusieurs théologiens et saints, les religions s'opposent. Ainsi les chrétiens ont toujours condamnés "le panthéisme", c'est-à-dire l'idée que Tout est Dieu. Pour eux, il y a un Etre transcendant, distinct du monde. De même, ils se sont opposés aux doctrines qui identifient le sujet avec l'Absolu. Ces différences ne sont pas seulement théoriques, mais elles renvoient à des pratiques distinctes, à un rapport différent avec l'Ultime, et à des expériences fondatrices divergentes.


3. Les religions sont des chemins différents

Leurs voies diffèrent

Foi en Jésus pour les chrétiens, orthopraxie (suivre les commandements) pour les juifs et les 5 piliers de l'islam pour les musulmans, discipline mentale pour les bouddhistes, éveil pour les hindous etc. Les chrétiens sont indifférents à la conformité au respect des Lois divines et privilégient l'Esprit. Les bouddhistes ne s'intéressent ni à "la foi" ni aux Lois divines.


Se tourner vers Dieu ou se centrer sur ce qui est

Les religions non dualistes axent le travail intérieur sur l'observation de son propre esprit et de "ce qui est" (Krishnamurti), alors que les religions théistes demandent à l'homme de se tourner vers Dieu, par une relation personnelle ou dévotionnelle avec Lui. Ces deux attitudes sont différentes, et l'attitude des religions extrême-orientale est souvent vue comme athée (elle convient d'ailleurs à des athées qui peuvent l'adopter, s'intéresser au bouddhisme, à la méditation etc. sans leur donner un contenu religieux).


Changement du coeur vs techniques mentales

Les religions extrême orientales proposent de véritables techniques mentales, comme le travail sur la respiration, la concentration sur des syllabes, le yoga etc. La religion chrétienne invite à une conversion du coeur, une action fraternelle avec les autres. Même si leurs préceptes moraux peuvent se rassembler, leurs moyens pour élever l'être humain diffèrent profondément.


Leurs finalités ultimes divergent

Les différentes religions ont des visées distinctes : pour les unes il s'agit in fine de rencontrer l'être divin (Jésus, la Vierge...) alors que pour certaines traditions il s'agit de se trouver Soi. Une forme de religion valorise l'union sans confusion avec Dieu, et les panthéistes favorisent l'union, l'identification avec l'Absolu. Les chrétiens recherchent le salut, les hindous la libération, les bouddhistes l'illumination : ces distinctions verbales reflètent des buts ultimes divergents.


4. Les expériences spirituelles divergent

Religion messianique vs religion mystique

A l'origine des religions monothéistes, on trouve une révélation divine, qui est la rencontre d'un Prophète avec le Dieu vivant. A l'origine des religions non dualistes, on trouve l'expérience mystique du Soi. Ces deux expériences fondatrices diffèrent, et constituent des types religieux très contrastés. On ne peut pas réduire l'une à l'autre. .


L'expérience spirituelle n'est pas une

Entre la vision d'André Frossard, qui perçoit Dieu dans une illumination personnelle, et l'abolition du moi des mystiques hindous, il y a discontinuité. L'Ultime rencontré ar les différents mystiques n'est pas identique, il ne s'agit pas du dévoilement du même absolu par degré, mais d'expériences qualitativement différentes. Les chrétiens parlent de la "mystique naturelle" pour désigner celle de la rencontre du Soi, et de "mystique surnaturelle" pour qualifier la rencontre avec le Tout Autre - Dieu.


On peut hiérarchiser de façon opposée les expériences spirituelles

Les partisans de l'unité des religions prétendent que la multiplicité des expériences spirituelles se résorbe : il y a une échelle allant des expériences psychiques les plus douteuses aux sommets de la mystique. Si l'on sut cette échelle, les grands mystiques se rejoignent tous et affirment la même "philosophie perennis" - les divergences d'expériences et de messages ne se situent qu'aux bas niveaux. Mais la difficulté est la suivante : on peut décréter que la plus hute expérience mystique est la rencontre du Dieu-personne (vision du Christ ou du Dieu trinitaire), ou au contraire que la plus haute expérience mystique est l'abolition de toute différence sujet/objet dans l'Un-sans-second des non dualistes. On observe donc l'existence de deux hiérarchies des expériences spirituelles. Phénoménologiquement, il n'y a pas un seul sommet de la vie spirituelle, mais au moins deux sommets divergents, l'un monothéiste, l'autre panthéiste ou non dualiste.


Chaque religion reflète un rapport spécifique à l'Absolu

L'Infini dépasse de toutes parts l'humain. Celui-ci perçoit l'Absolu sous un rapport exclusif.

Fritjof Schuon insiste tout au long de son oeuvre sur une sorte d'exclusivité de chaque grande tradition, l'opposition des nombreuses révélations s’avère inévitable : « (...) la diversité des religions est donnée par la diversité des possibilités que comporte le rapport entre l'homme et Dieu ; ce rapport est à la fois unique et innombrable.(...) Ce qui donne toute sa force au .~.christianisme, c'est la possibilité de principe sur laquelle il se fonde, à savoir que le rapport entre Dieu et l'homme peut prendre une forme sacrificielle, rédemptrice et sacramentelle ; ce qui constitue (...) la limitation de cette religion c'est que cette forme se présente comme seule possible, alors que le rapport entre Dieu et l'homme peut, et par conséquent doit, prendre d'autres formes. » Fritjof Schuon, Approches du phénomène religieux, Le courrier du Livre 1984.


5. Chaque religion affirme être l'unique Vérité

Il est contradictoire de dire "je ne suis pas la seule vérité"

Si une religion prétend ne peut être la seule vérité, elle se contredit elle-même. Pourquoi demanderait-elle à des fidèles de la suivre ? Ils pourraient aussi bien suivre n'importe quelle autre religion, ce serait indifférent. On tomberait alors dans un relativisme complet, "tout est identique", ce qui est l'inverse de l'attitude des religions.


Les religions sont exclusives

Le judaïsme pose en premier commandement : "Tu n'auras pas d'autre dieu devant ma face." Donc il s'agit d'une adoration exclusive, et de considérer comme des idoles les autres dieux. Cette attitude exclusive se retrouve dans le christianisme, qui considère que seul le Christ est la vérité et le chemin du salut. Chaque Révélation en monotéisme est considérée comme l'ultime Vérité et la meilleure formulation du Message de l'Absolu. Les autres sont des erreurs voire des falsifications du message. Ainsi certains musulmans considèrent-ils que juifs et chrétiens ont falsifié leurs Ecritures.


6. Il y a une diversité irréductible de l'Ultime

Il y a des "signes" et des confirmations pour des religions différentes

On trouve des signes et des prodiges dans toutes les grandes traditions, comme si elles étaient toutes validées par l'Absolu. Or elles diffèrent dans leur message. C'est comme si des religions essentiellement dif=vergentes étaient réelles en même temps.


Il y a des expériences spirituelles incommensurables

On ne peut ni réduire l'expérience monothéiste - celle de la rencontre de Dieu - à une modalité de l'expérience non dualiste - celle du Soi - , ni l'inverse. On ne peut pas non plus accorder l'expérience du non Soi des bouddhistes, de la vacuité, et celle de l'Etre des autres traditions. C'est comme si il existait au point ultime plusieurs perceptions de l'être, et que le réel n'était pas Un, mais multiple.


Il y a plusieurs Ultimes

Il existe plusieurs Absolus, plusieurs Ultimes. C'est par habitude que nous croyons que les différences se résorberont et qu'une seule vérité émergera. Le réel lui-même, dans son fonds, est multiple. On pourrait presque dire qu'avec la connaissance des religions les plus diverses, en découvrant qu'elles proposent des doctrines divergentes mais qu'elles ont toutes des preuves, on en arrive à mettre en cause le concept d'unité. Et si il y avait plusieurs vérités ultimes, également réelles, qui coexistent ?


Bibliographie

Plutôt POUR

  • Fritjof Schuon, De l'unité transcendantale des religions
  • Hervé Clerc, Dieu par la face Nord
  • Fabrice Midal, A l'écoute du ciel (Ce qui rapproche les religions... et ce qui les sépare), Albin Michel
  • Aldous Huxley, La philosophie éternelle, Seuil
  • Zaehner, Inde, Israël, Islam (Religions mystiques et révélations prophétiques), Desclée de Brouwer, 1965
  • Hans Kung, Le christianisme et les religions du monde, Seuil

Plutôt CONTRE

  • Valentin Tomberg, Méditations sur les 22 Arcanes du Tarot, Aubier
  • Zaehner, Mystique sacrée, mystique profane, Le Rocher
  • Christian Camus : Introduction à l'étude de la question de l'unité des religions : http://repenser-le-christianisme.org/pdf/introduction_a_la_question_de_lunite_des_religions.pdf
  • Jean-Pierre Jourdan, Dieu des chrétiens, Dieu des musulmans : des repères pour comprendre, Champs Flammarion
  • Gérard Israël, La question chrétienne : une pensée juive du christianisme, Payot
  • William James, L'expérience religieuse, Exergue
  • Gardet, Lacombe, La découverte de soi
  • Rémi Brague, Du Dieu des chrétiens et un ou deux autres..., Flammarion