La terreur bolchévik a été dictée par les circonstances

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pouce d'argument Cet argument est un argument CONTRE dans le débat Lénine est-il le précurseur de Staline ?
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Présentation de l'argument

Avant d'être le précurseur de Staline, Lénine, en marxiste convaincu, fut l'anticipateur des avancées sociales et sociétales qui se sont imposées dans les pays occidentaux dans l'après-guerre, jusqu'à ce que la chute de l'URSS n'encourage certains à tenter de les saper. Qu'on le veuille ou non, les circonstances étaient une réalité et on voit mal comment des dirigeants politiques, quels qu'ils soient, pourraient s'en extraire. Le terrorisme rouge ne débuta qu'en septembre 1918, en réaction au terrorisme blanc clamé ouvertement par le général Kornilov dès décembre 1917, qui ordonnait à ses hommes de ne pas faire de prisonniers. La théorie des circonstances n'est d’ailleurs pas historiographique. Elle est rappelée par Lénine en février 1920 quand il clame la nécessité, déjà en cours, d'un arrêt de la Terreur physique, eu égard aux victoires obtenues si, bien sûr, celles-ci se maintiennent.

Citations

« Les imprécations présentant Lénine comme un tueur visent à la fois à interdire un examen sérieux de son action politique et à effacer de l'Histoire le fait incontestable qu'il a décrété une longue série de réformes démocratiques, qui pour la plupart n'ont été prises que beaucoup plus tard dans les démocraties occidentales quand elles l'ont été : la nationalisation des banques ; la séparation de L'Eglise et de l'Etat, la suppression de l'enseignement religieux obligatoire à l'école, l'interdictions des châtiments corporels pour les écoliers, la journée de travail de huit heures, l'instauration de deux semaines de congés payés, la création d'une inspection du travail, l'interdiction du travail de nuit pour les femmes (que l'Union Européenne imposera, elle, à la France en 2001 !) et pour les enfants de moins de 16 ans, l'interdiction également des travaux souterrains (la mine) pour les adolescents en-dessous de 18 ans, la suppression des discriminations entre ouvriers russes et étrangers ; l'instauration du mariage civil et d'un état civil, l'instauration d'un congé de maternité de huit semaines avant puis après l'accouchement, l'abrogation du code pénal tsariste (qui condamnait au bagne les homosexuels masculins) - abrogation qui entraînait la dépénalisation de l'homosexualité que l'Angleterre ne promulguera qu'en 1967 et l'Allemagne fédérale en 1969, le droit au divorce et, enfin la liberté de l'avortement (...) »
Jean-Jacques Marie, Lénine, la révolution permanente, p.14, avant-propos, Payot, Paris, 2011.
« La nomenklatura, après avoir momifié et statufié Lénine, l'a transformé en démon sanglant et jeté par dessus-bord en même temps qu'elle pillait et disloquait la propriété d'Etat. »
Jean-Jacques Marie, Lénine, la révolution permanente, p.10, avant-propos, Payot, Paris, 2011.
« La vision de Lénine en tueur monomaniaque oublie une règle de l'Histoire : les périodes de révolution, de contre-révolution et de guerre poussent tous leurs acteurs à manier systématiquement l'hyperbole (...) Les bolcheviks engagés dans une lutte à mort savaient ce qui les attendait alors qu'entre octobre 1917 et mars 1921 ils se trouvèrent plus d'une fois au chevet de leur perte. »
Jean-Jacques Marie, Lénine la révolution permanente, p.12 et 13, avant-propos, Payot, Paris, 2011.
« Lénine dit généralement ce qu'il fait et fait ce qu'il dit (...)S'il juge nécessaire de prendre en otage des parents d'officiers tsaristes recrutés dans l'armée rouge comme gage de leur loyauté, et si comme tous les belligérants il fait interner ses adversaires dans des camps de prisonniers, dits de concentration, il l'affirme par un décret ; s'il veut faire face à l'effondrement industriel par l'obligation du travail exigeant la contrainte, ou réquisitionner le blé des paysans qui se refusent à le vendre, il le dit, l'écrit et le répète ; face à la pénurie, il répartit, dit-il, les maigres ressources en fonction non du principe de la justice, mais pour sauver le pouvoir de ceux qui l'exercent. Il présente sans fard toutes ces décisions politiques, publiques, au nom de la nécessité, sans les déguiser en formes supérieures d'une morale éternelle. »
Jean-Jacques Marie, Lénine La révolution permanente, p.17, avant-propos, Payot, Paris, 2011.
« Les citations authentiques ne suffisent pas à certains. Les fausses pulullent. L'émigré Georgii Solomon fait dire à Lénine "je crache sur la Russie... Nous allons tout détruire et sur les ruines nous construirons notre temple." Ce crachat inventé se mue en citation. En 2004 Balland réédite "Un bagne en Russie rouge", grossier pamhlet publié en 1927. L'auteur encensé par son préfacier, Nicolas Werth, met dans la bouche de Lénine deux phrases ubuesques évidemment privées de toute référence, dont un appel au génocide : "les neuf/dixièmes du peuple russe n'ont qu'à périr pourvu qu'un dixième survive au moment de la révolution mondiale." Dans le droit fil de ce faussaire, l'introduction du livre noir du communisme (1997) attribue à l'action de Lénine une dimension génocidaire, où "le génocide de classe" rejoindrait le "génocide de race." »
Jean-Jacques Marie, Lénine, la révolution permanente, p.12, avant-propos, Payot, Paris, 2011.
« Dans une guerre civile d'une violence inouïe où les mot comme les actes sont, il est vrai, hyperboliques, la seule vraie déclaration génocidaire de l'époque est celle du général blanc Kornilov : "même si nous devons brûler la moitié de la Russie et tuer les trois quarts de sa population pour la sauver, nous le ferons". Cette phrase lapidaire du général qui interdisait à ses subordonnés de faire des prisonniers définit bien les conditions dans lesquelles ont agi les forces en jeu, les bolcheviks et Lénine en particulier. »
Jean-Jacques Marie, Lénine Biographie 1870-1924, p.8, avant-propos, Balland, Paris, 2004.
« Mais Lénine a répété maintes fois sa volonté, affirmée le 9 juillet 1919, de "lutter implacablement contre cette idée présomptueuse (...) (dixit) que les travailleurs sont à même de vaincre le capitalisme et l'ordre bourgeois sans rien apprendre des spécialistes bourgeois" (à savoir les officiers, mèdecins, ingénieurs, savants etc) " sans les utiliser, sans passer par une longue" école de travail " à leurs côtés." »
Jean-Jacques Marie, Lénine biographie 1870-1924, p.8, avant-propos, Balland, Paris, 2004.
« Certes, dans le combat sans merci où il est engagé, Lénine utilise les ressources du secret et de la propagande. Trosky l'a souligné en 1938 : "la guerre est aussi inconcevable sans mensonge que la machine sans graissage" et chacun y cherche à égarer et tromper l'adversaire. Mais à la différence de Staline, le secret, la manoeuvre, la ruse ne sont chez lui que des moyens dérivés et seconds d'une politique dont il définit sans cesse les fondements dans ses articles, brochures et livres publics et ses multiples lettres depuis longtemps publiées dans leur écrasante majorité. »
Jean-Jacques Marie, Lénine biographie 1870-1924, p.15, Balland, Paris, 2004.
« (...) Lénine vouait un véritable amour aux idées de Marx et Engels. Et de la même manière, c'est avec le marxiste le plus éminent de sa génération, Karl Kautsky - ou plus exactement avec les écrits de Kautsky- qu'il a eu la relation la plus longue, la plus violente et la plus affective de sa génération (...) Ce qui suscite sa ferveur, c'est "le scénario qu'il porte toute sa vie", le scénario à travers lequel il interprète les bouleversements du monde. Il contient un thème essentiel - "l'héroïque leadership de classe" -qui se déploie sur deux niveaux. D'abord au niveau le plus fondamental, il s'agit d'un leadership "par" la classe : le prolétariat russe qui dirige l'ensemble du peuple, principalement composé de paysans (...) Lénine nourissait en outre une vision romantique du leadership "au sein de" la classe. Il voulait insuffler au militant de base -"le praktik" - une idée exaltée de ce que, par son leadership, ce dernier pouvait accomplir. »
Lars T., Lih, Lénine Une biographie, p.13-14, Introduction, Les prairies ordinaires, Paris, 2015 (2011).

« On trouve il est vrai cent fois sous sa plume et à tout propos l'exigence "d'arrêter", "fusiller," "pendre", même vis-à-vis de ses collaborateurs (...) L'hyperbole rituelle chez Lénine répond à une triple fonction gommée par ses dénonciateurs : elle lui sert à souligner pour lui-même l'importance d'un problème et vise à la fois à paralyser la volonté de l'adversaire en le terrorisant et à secouer ses partisans, ceux dont il craint la molesse, l'indécision, l'inertie, l'insouciance, ou le dilettantisme (...) Les destinataires de ces invitations furieuses s'y habituent vite et font le gros dos. Mécontent, Lénine redouble de vigueur verbale et ses imprécations font les choux gras des feuilletonistes en tout genre qui prennent les mots pour le grain des choses. »
Jean-Jacques Marie, Lénine. La révolution permanente, p.11, avant-propos, Payot, 2011.
« « "On ne peut étudier la Terreur rouge en passant sous silence la Terreur blanche qui la précéda, contrairement à ce que fait Soljénitsyne dans l'Archipel du Goulag (... )Face à elle les Bolcheviks étaient plutôt restés passifs jusqu'en août 1918." » »
Jean Elleinstein, Histoire de l'URSS tome 1 (1917-1921 ), p.p.189-190, Editions Sociales, Paris, 1975- deuxième édition.
« La Terreur nous a été imposée par le terrorisme de l'Entente, au moment où les hordes des grandes puissances mondiales ont fondu sur nous, sans reculer devant rien. Nous n'aurions pas pu tenir deux jours si nous n'avions répliqué de la manière la plus impitoyable aux tentatives des officiers et des gardes blancs ; cela signifiait la Terreur, mais elle nous était imposée par les méthodes terroristes de l'Entente. Aussitôt après avoir remporté une victoire décisive, avant même la fin de la guerre, dès la prise de Rostov, nous avons renoncé aux exécutions capitales, démontrant que nous suivions comme nous l'avions promis notre propre programme. Nous disons que l'usage de la violence est nécessaire pour écraser les exploiteurs, écraser les propriétaires fonciers et les capitalistes. Quand cela sera fait, nous renoncerons à toutes les mesures d'exception. Nous l'avons démontré dans les faits. Et je pense, je l'espère et j'en ai la conviction que le Comité exécutif central ratifiera à l'unanimité cette mesure du Conseil des Commissaires du Peuple et qu'il fera en sorte que les exécutions capitales deviennent impossibles en Russie. Il va de soi que toute tentative de l'Entente en vue de reprendre les procédés de guerre nous obligera à revenir à la Terreur (... ) »
Lénine, « Rapport d'activité du CECR et du Conseil des Commissaires du Peuple », oeuvres de Lénine, tome 30, p.338, 2 février 1920, Editions Sociales, Paris, 1964.

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Sous-arguments

Lénine au pouvoir a eu plusieurs vies

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Lénine au pouvoir a eu plusieurs vies
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« Pour s'en tenir à la période qui suit la révolution d'octobre, la réalité, c'est d'abord celle d'un Lénine "littéralement dévoré par les impératifs de l'action directe en des circonstances dramatiques," puis contraint par la maladie de ralentir son activité dès le mois de décembre 1921, enfin gravement atteint quelques mois plus tard et mis dans l'impossibilité d'assurer effectivement des fonctions de direction. »
Jean-Jacques Goblot, « Lénine et la genèse du stalinisme », Cahiers d'Histoire Espace Marx, vol. 159 pages, n°63, p.94-95, 93-106, Paris, 2ème trimestre 1996.

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Objections

Tous les régimes communistes ont pratiqué la terreur

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Tous les régimes communistes ont pratiqué la terreur
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« L’apologie de la terreur de masse par Lénine n’est ni ponctuelle, ni circonstancielle et sa mise en œuvre ne peut être interprétée comme le résultat de contraintes externes à la logique du bolchevisme. C’est un argument souvent avancé pour sauver le communisme d’une condamnation morale que de référer sa violence à des facteurs exogènes. […] On peut […] rappeler que la « terreur de masse » ne fut nullement un épisode de la révolution russe mais que, sous des formes différentes, elle a accompagné tous les régimes communistes. »
Dominique Colas, « Lénine et la terreur de masse », Quand tombe la nuit, L'Âge d'Homme, Lausanne, 2001.
« L’histoire des régimes et des partis communistes, de leur politique, de leurs relations avec leurs sociétés nationales et avec la communauté internationale, ne se résume pas à cette dimension criminelle, ni même à une dimension de terreur et de répression. En URSS et dans les « démocraties populaires » après la mort de Staline, en Chine après celle de Mao, la terreur s’est atténuée, la société a commencé à retrouver des couleurs, la « coexistence pacifique » – même si elle était « une poursuite de la lutte de classe sous d’autres formes » – est devenue une donnée permanente de la vie internationale. Néanmoins, les archives et les témoignages abondants montrent que la terreur a été dès l’origine l’une des dimensions fondamentales du communisme moderne. Abandonnons l’idée que telle fusillade d’otages, tel massacre d’ouvriers révoltés, telle hécatombe de paysans morts de faim, n’ont été que des « accidents » conjoncturels, propres à tel pays ou à telle époque. Notre démarche dépasse chaque terrain spécifique et considère la dimension criminelle comme l’une des dimensions propres à l’ensemble du système communiste, durant toute sa période d’existence. »
Stéphane Courtois, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.

La terreur est intrinsèque au léninisme

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La terreur est intrinsèque au léninisme
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« La légitimité de la terreur de masse n’est en tout cas nullement reliée par Lénine Iui-même à une sorte de mauvaise rencontre, à des circonstances exceptionnelles, mais il l’inscrit comme un mot d’ordre dans la logique même de la lutte des classes et de l’épuration. On peut sans doute comprendre, à partir de là, pourquoi des partis ou mouvements communistes placés dans des circonstances historiques et sociales très différentes ont, eux aussi, recouru au « terrorisme de masse » qui marque tout le court XXe siècle, qu’on pourrait faire commencer avec le Dimanche rouge de janvier 1905 et se terminer avec le massacre de la place Tienanmen. Le discours et l’appareil léninistes portaient en eux la terreur de masse et le système concentrationnaire, comme les nuées portent l’orage. »
Dominique Colas, « Lénine et la terreur de masse », Quand tombe la nuit, L'Âge d'Homme, Lausanne, 2001.

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Références

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