Lénine est le concepteur d'un parti totalitaire

De Wikidébats
Aller à : navigation, rechercher

Présentation de l'argument

[ + Ajouter un résumé ]

Citations

[ ± Ajouter ou retirer une citation ]

Sous-arguments [ modifier ]

Le parti léniniste est inspiré d'organisations proto-totalitaires

Page détaillée
Le parti léniniste est inspiré d'organisations proto-totalitaires
SOUS-ARGUMENTS OBJECTIONS
Aucun sous-argument n'a été entré. Le Régime de Nicolas II était un régime proto-fasciste avec ses Cent-Noirs, tueurs d'opposants politiques et massacreurs de juifs
[ modifier ]
« L’une des originalités du Que faire ? porte précisément sur le type d’organisation révolutionnaire préconisé par Lénine, le parti « de type nouveau ». S’opposant à toute structure large et démocratique, il veut imposer une organisation dont le modèle serait Terre et Liberté, premier groupe terroriste russe des années 1870 et successeur de Netchaïev : clandestine, secrète, peu nombreuse, très centralisée, formée de gens rigoureusement choisis, professionnels de la subversion et de la lutte contre la police politique. De fait, le respect strict des règles de la clandestinité interdit les relations horizontales entre les cellules qui forment l’organisation, et donc le libre échange des opinions. Quant à la référence à Netchaïev, elle va jusqu’à réaffirmer que « pour se débarrasser d’un membre indigne, une organisation de révolutionnaires véritables ne reculera devant aucun moyen » – le meurtre à justification politico-idéologique est déjà l’un des principes de base de l’organisation léniniste. »
Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
Voir plus...
Voir les citations restantes dans la page détaillée de l'argument.

Références

  • Jean Elleinstein, Histoire de l'URSS, 4 volumes - tome 1 1917-1921 la conquête du pouvoir, Éditions sociales, Paris, 1975.  
  • Lidia MIlakova, Nicolas Werth, Le livre des pogroms ; antichambre d'un génocide Ukraine, Russie, Biélorussie, 1917-1922, Calman Levy, Paris, 2006.  
  • Lénine, oeuvres de lenine tome 17 decembre 1910-avril 1912, Stolypine et la révolution », 18-31 octobre 1911, Éditions sociales, Paris, 1968.  
  • Lénine, Oeuvres de Lénine, tome 17 décembre 1910-avril 1912, A propos des mots d'ordre et de la conception du travail social-démocrate à la Douma et en dehors, 8-21 décembre 1911, Editions sociales, Paris, 1968.  

    Le parti léniniste est le parti d'une avant-garde autoproclamée

    Page détaillée
    Le parti léniniste est le parti d'une avant-garde autoproclamée
    SOUS-ARGUMENTS OBJECTIONS
    Aucun sous-argument n'a été entré. Aucune objection n'a été entrée.
    [ modifier ]
    « La conclusion générale du Que faire ? est radicale : Lénine y affirme que l’idéologie socialiste, parce qu’elle est « scientifique », ne peut pas émerger du monde ouvrier, mais doit lui être apportée de l’extérieur par les intellectuels révolutionnaires. Il renverse délibérément la conception social-démocrate du parti : ce n’est pas la classe ouvrière qui, au cours de la lutte des classes, crée le parti, mais ce sont les intellectuels révolutionnaires qui, détenteurs de la théorie socialiste, créent le parti ; fort de son idéologie qui pénètre chez les ouvriers révolutionnaires et d’une organisation qui permet de démultiplier la force, c’est le parti qui produit la classe, donc la lutte des classes, et donc l’histoire. En substituant le parti à la classe, Lénine modifie profondément la pensée marxiste. Dans sa dimension messianique et scientiste faisant de la violence un moyen nécessaire et légitime, celle-ci recelait déjà des germes de totalitarisme. Mais avec Lénine on bascule d’une pensée proto-totalitaire à l’invention d’une organisation proto-totalitaire, sorte de contre-société où est expérimenté un mode de domination totale et qui préfigure à la fois le type de société dont rêve Lénine et les moyens d’action qu’il est disposé à employer pour y parvenir. »
    Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Perrin, Paris, 2009.

    Le parti bolchévik n'avait pas d’enracinement dans la société civile

    « Hannah Arendt a souligné à juste titre qu’en dépit de leur appellation « parti » – Parti bolchevique, Parti national-socialiste, Parti fasciste –, l’une des caractéristiques des mouvements totalitaires est précisément d’avoir abandonné la formation de classe portant les intérêts d’une catégorie sociale – et donc à vocation parlementaire, voire gouvernementale –, pour se transformer en mouvements formés majoritairement de déracinés des diverses classes – ce qu’elle nomme « la populace ». Et de fait, alors que les grandes social-démocraties d’avant 1914 avaient un caractère ouvrier très marqué, le Parti bolchevique compte peu d’ouvriers mais nombre d’intellectuels déclassés et d’aventuriers qui n’hésitent pas à agir avec des bandits de grand chemin, des maîtres chanteurs ou des escrocs. Là réside dès 1902 l’une des sources ultérieures du totalitarisme communiste. »
    Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

    Lénine a instauré un culte du chef

    « Derrière ce parti [bolchevik] promu démiurge de l’Histoire, se profile la silhouette de son chef. Car, derrière le discours explicite, en apparence rationnel, du révolutionnaire se montrant attaché à l’efficacité générale du mouvement socialiste, pointe le discours implicite d’un homme qui cherche à imposer sa suprématie personnelle. À travers sa défense d’un marxisme radical et dogmatique, Lénine revendique le monopole de l’idéologie révolutionnaire : monopole de la pensée, réservé aux intellectuels au détriment des ouvriers et autres petits-bourgeois, et monopole du savoir révolutionnaire de Lénine – et de ses partisans – au détriment des autres groupes et leaders de la social-démocratie russe et internationale. Même si par prudence il ne précise jamais qui va diriger son « parti de type nouveau », il est clair qu’il s’en réserve le monopole de direction. »
    Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
    Voir plus...
    Voir les citations restantes dans la page détaillée de l'argument.

    Lénine a théorisé et réalisé la dictature de la direction bolchévik

    Page détaillée
    Lénine a théorisé et réalisé la dictature de la direction bolchévik
    SOUS-ARGUMENTS OBJECTIONS
    Aucun sous-argument n'a été entré. Aucune objection n'a été entrée.
    [ modifier ]
    « Lénine croit à la continuation, et même à l’aggravation de la lutte des classes sous la dictature de parti unique ; donc, logiquement le parti doit être traversé par cette lutte : en son sein se trouvent des ennemis. Nul besoin ici d’attribuer une psychologie de persécuté à Lénine, il suffit de supposer qu’il raisonne logiquement. Il proclame que, devant l’apparition d’une « déviation syndicaliste et anarchiste dans le parti », « l’épuration et l’assainissement s’imposent », ceci au Xe Congrès où il proclame aussi que le temps des discussions au sein du parti est terminé et qu’il faut maintenant parler avec les fusils. Le congrès décide aussi l’interdiction des fractions et la dissolution des groupes organisés autour de plates-formes, comme l’Opposition ouvrière d’Alexandra Kollontaï et Gregori Chliapnikov : ceci conduit mécaniquement à la dissimulation et à la suspicion de dissimulation. Et le système est tel que l’innocence ne peut être prouvée puisque les saboteurs ont des allures d’innocents, des visages et des comportements qui masquent leurs desseins. Staline conduira à l’extrême cette logique : plus un communiste à l’air d’être un bon communiste, plus on peut le soupçonner d’être un mauvais communiste masqué. »
    Dominique Colas, « Lénine et la terreur de masse », Quand tombe la nuit, L'Âge d'Homme, Lausanne, 2001.
    Voir plus...
    « Depuis le printemps 1918 et la rupture tant avec les anarchistes qu’avec les socialistes-révolutionnaires de gauche – qui participaient au Sovnarkom et ont rompu en s’opposant au traité de Brest-Litovsk –, Lénine renforce sans cesse le monopole du pouvoir au bénéfice des bolcheviks, accélère la conquête de l’appareil d’État par le parti et en multiplie les moyens d’action, en particulier grâce à la Tcheka – qui compte déjà 12 000 hommes fin juin 1918 pour atteindre le chiffre de 280 000 début 1921 – et à l’Armée rouge – armée de guerre civile qui, à partir du 9 juin 1918, bénéficie du service militaire obligatoire. Et, depuis le Xe congrès du Parti bolchevique en mars 1921, et l’interdiction des fractions au sein du parti, le processus est enclenché qui mènera au pouvoir absolu de la direction sur le parti, et bientôt à celui du secrétaire général sur la direction. »
    Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

    Lénine a théorisé et réalisé l'épuration du parti

    Page détaillée
    Lénine a théorisé et réalisé l'épuration du parti
    SOUS-ARGUMENTS OBJECTIONS
    Lénine a théorisé l'épuration du parti
    Lénine a réalisé l'épuration du parti
    Aucune objection n'a été entrée.
    [ modifier ]
    « Revenons à la formule en épigraphe de Que faire ? – « Le Parti se renforce en s’épurant » – et soulignons que le vocabulaire mécanique – « force », « multiplication » – dont l’horizon est la guerre, est lié à un vocabulaire biologique, celui du corps propre – « épuration », « nettoyage », c’est étymologiquement le même mot, en russe, que « purge » – et l’on trouve chez Lénine à de multiples reprises l’affirmation de la nécessité de « nettoyer la terre russe ». Donc un modèle mécanique – celui de la force –, un modèle militaire – celui de la guerre de classes –, et un modèle de l’hygiène social – celui de l’épuration –, définissent les formes du combat bolchevique. Le parti uni et unique doit unifier la société. Terreur sur le parti, terreur par les masses et terreur sur les masses sont reliées fonctionnellement. »
    Dominique Colas, « Lénine et la terreur de masse », Quand tombe la nuit, L'Âge d'Homme, Lausanne, 2001.

    Le parti bolchévik avait sa milice privée

    Page détaillée
    Le parti bolchévik avait sa milice privée
    SOUS-ARGUMENTS OBJECTIONS
    Aucun sous-argument n'a été entré. Aucune objection n'a été entrée.
    [ modifier ]
    « Ce parti de la populace [le parti bolchevik] devient très rapidement un parti-milice, autre donnée fondamentale du phénomène totalitaire : alors que l’État détient en principe le monopole de la force armée, les bolcheviks organisent leur force armée privée, formée de soldats en rébellion ou déserteurs et de civils en armes, appelée garde rouge, et bientôt dirigée par un Comité révolutionnaire militaire bolchevique. Dès juin 1917, Lénine compte sur cette force pour s’emparer du pouvoir et, le 17 juin, il annonce publiquement devant le congrès des Soviets que le Parti bolchevique est prêt à s’emparer seul du pouvoir – ce qui alors provoque un éclat de rire général. »
    Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

    Lénine a construit un parti-État

    Page détaillée
    Lénine a construit un parti-État
    SOUS-ARGUMENTS OBJECTIONS
    Aucun sous-argument n'a été entré. Aucune objection n'a été entrée.
    [ modifier ]
    « Parallèlement émerge un phénomène inédit, caractéristique des totalitarismes : le parti-État. En s’emparant du pouvoir, Lénine est bien décidé à s’emparer de l’État, à la fois comme lieu du pouvoir, mais aussi comme appareil de ce pouvoir. Dès lors, ce parti est appelé à remplir simultanément les fonctions d’un État – censé répondre à l’intérêt général – et celles d’un parti – qui ne poursuit que son intérêt particulier, ce qui passe, entre autres, par la nomination de membres du parti à tous les postes dirigeants de l’État. Cette forme de pouvoir inédite prend le nom de Conseil des commissaires du peuple ou Sovnarkom dont Lénine est le président en même temps que le chef du parti. Très logiquement, il impose d’emblée le régime du parti unique – caractéristique des régimes totalitaires – et abolit la séparation des pouvoirs, s’emparant à la fois de l’exécutif, du législatif et du judiciaire. Or très vite, c’est contre cette abolition de la moindre part de pluralisme, y compris au sein du camp révolutionnaire, que vont s’élever plusieurs des principaux dirigeants bolcheviques, obligeant Lénine à dévoiler la vraie nature de son pouvoir : la dictature sur le parti. »
    Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
    Voir plus...
    Voir les citations restantes dans la page détaillée de l'argument.

    [ ± Ajouter ou retirer un sous-argument ]

    Objections [ modifier ]

    Tous les partis révolutionnaires russes étaient autoritaires et fortement centralisés

    Page détaillée
    Tous les partis révolutionnaires russes étaient autoritaires et fortement centralisés avant la Révolution russe
    SOUS-ARGUMENTS OBJECTIONS
    Aucun sous-argument n'a été entré. Aucune objection n'a été entrée.
    [ modifier ]
    « Tous les partis révolutionnaires russes, depuis les années 1870-1880, furent en effet autoritaires, fortement centralisés et disciplinés dans l’illégalité, pour l’illégalité ; tous formèrent des « révolutionnaires professionnels », c’est-à-dire des hommes qui ne vivaient que pour le combat ; tous pourraient être occasionnellement accusés d’un certain amoralisme pratique, bien qu’il soit équitable de leur reconnaître à tous un idéalisme ardent et désintéressé. Presque tous furent imbus d’une mentalité jacobine, prolétarienne ou non. Tous produisirent des héros et des fanatiques. Tous, à l’exception des mencheviks, aspiraient à la dictature, et les mencheviks géorgiens eurent recours à des procédés dictatoriaux. Tous les grands partis étaient étatiques par leur structure et par la finalité qu’ils s’assignaient. En réalité, il y avait au-delà des divergences doctrinales importantes, une mentalité révolutionnaire unique. »
    Victor Serge, « Trente ans après la Révolution russe », 1947.
    Voir plus...
    « Rappelons-nous le tempérament autoritaire de l’anarchiste Bakounine et ses procédés d’organisation clandestine au sein de la première Internationale. Dans sa Confession, Bakounine préconise une dictature éclairée, mais sans merci, exercée pour le peuple… Le Parti socialiste-révolutionnaire, imbu d’un idéal républicain, plus radical que socialiste, constitua, pour combattre l’autocratie par le terrorisme, un « appareil » rigoureusement centralisé, discipliné, autoritaire, qui devint un terrain propice à la provocation policière. La social-démocratie russe, dans son ensemble, visait à la conquête de l’Etat. Nul ne tint à propos de la future révolution russe un langage plus jacobin que son dirigeant, Plékhanov. Le gouvernement Kerenski, dont les socialistes-révolutionnaires et les mencheviks faisaient la force, tint sans cesse un langage dictatorial, purement velléitaire, il est vrai. Les anarchistes eux-mêmes, dans les régions occupées par l’Armée Noire de Nestor Makhno, exercèrent une dictature authentique, accompagnée de confiscations, de réquisitions, d’arrestations et d’exécutions. Et Makhno fut « batko », petit-père, chef… »
    Victor Serge, « Trente ans après la Révolution russe », 1947.

    Les pratiques bureaucratiques étaient enracinées dans la société russe

    Page détaillée
    Les pratiques bureaucratiques étaient enracinées dans la société russe
    SOUS-ARGUMENTS OBJECTIONS
    Aucun sous-argument n'a été entré. Aucune objection n'a été entrée.
    [ modifier ]
    « Les pratiques bureaucratiques préexistaient au déclenchement de la révolution, et avaient cours avant Octobre, et même avant Février, car elles étaient déjà largement enracinées dans la société russe. […] Marc Ferro […] évoque « une subversion des pratiques démocratiques par les démocrates eux-mêmes, toutes tendances réunies ». Sévère avec l’ensemble des organisations du mouvement ouvrier, il ajoute : « Avant Octobre, ils manipulent la représentation des soldats et des paysans, éliminent les sans-parti de toutes les institutions, réduisent celles qu’ils n’ont pas fondées eux-mêmes en niant leur légitimité. » De la sorte, l’historien entend démystifier la « légende » qui « associe l’existence du totalitarisme bureaucratique de type soviétique au léninisme, au parti communiste, et à eux seuls ». « Raisonner ainsi revient à bolchéviser l’histoire » et à « exclure la part que le régime soviétique emprunte au passé propre de la Russie, une part qui existe même s’il est de bonne tactique aujourd’hui chez les marxistes français d’insister à l’excès sur elle ». »
    Olivier Besancenot, Que faire de 1917 ?, Autrement, Paris, 2017.

    [ ± Ajouter ou retirer une objection ]

    Références [ modifier ]

    • Jean Elleinstein, Histoire de l'URSS, 4 volumes - tome 2 1922-1939, Éditions sociales, Paris, 1975.  
    • Lars T Lih, Jean Batou, Lénine une biographie, Les Prairies Ordinaires, Paris, 2015.  
      [ ± Ajouter ou retirer une référence ]

      Débat parent