Lénine est le concepteur d'un parti totalitaire

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pouce d'argument Cet argument est un argument POUR dans le débat Lénine est-il le précurseur de Staline ?
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Le parti léniniste est inspiré d'organisations proto-totalitaires

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Le parti léniniste est inspiré d'organisations proto-totalitaires
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« L’une des originalités du Que faire ? porte précisément sur le type d’organisation révolutionnaire préconisé par Lénine, le parti « de type nouveau ». S’opposant à toute structure large et démocratique, il veut imposer une organisation dont le modèle serait Terre et Liberté, premier groupe terroriste russe des années 1870 et successeur de Netchaïev : clandestine, secrète, peu nombreuse, très centralisée, formée de gens rigoureusement choisis, professionnels de la subversion et de la lutte contre la police politique. De fait, le respect strict des règles de la clandestinité interdit les relations horizontales entre les cellules qui forment l’organisation, et donc le libre échange des opinions. Quant à la référence à Netchaïev, elle va jusqu’à réaffirmer que « pour se débarrasser d’un membre indigne, une organisation de révolutionnaires véritables ne reculera devant aucun moyen » – le meurtre à justification politico-idéologique est déjà l’un des principes de base de l’organisation léniniste. »
Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
« En tant que phénomène de minorité idéologique agissante, le totalitarisme est le résultat de l’invention par Lénine, dès 1902-1903, du parti de révolutionnaires professionnels, le Parti bolchevique, prototype fabriqué à partir de l’exemple du Club des Jacobins, retravaillé par les propositions radicales de Netchaïev dans son Catéchisme du révolutionnaire de 1869 et mis en œuvre par ce dernier avec l’assassinat « révolutionnaire » de l’étudiant Ivanov. Tout ceci avait été décrit, compris et analysé dès 1870 par Dostoïevski dans son fameux roman Les Possédés, comme il l’écrivait à son ami Katkov : « Il me semble, tant les faits ont frappé mon esprit, que j’ai imaginé exactement le type d’homme capable de commettre un crime de ce genre ! » Car là était le problème ; il fallait « imaginer » ce qui jusque-là était inimaginable : un « type d’homme » qui annonce la mort de Dieu et le triomphe d’une liberté individuelle absolue, source d’une formidable volonté de puissance, et pour qui le culte du héros, apparu sous la Révolution française, se transforme en culte d’un chef qui n’accepte aucune limite à son action et à son pouvoir. C’est ce type d’« homme spécial » – annoncé par Tchernychevski dans son célèbre roman utopique-révolutionnaire de 1864, Que faire ?, et incarné par Netchaïev avec l’assassinat de l’étudiant Ivanov – qui, une fois armé d’une idéologie marxiste abstraite, devenue doctrine non tempérée par le courant démocratique, présidera à l’apparition d’un idéologue d’action comme Lénine, l’inventeur du mouvement puis du parti-État totalitaire entre 1902 et 1923. »
Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

Le parti léniniste est le parti d'une avant-garde autoproclamée

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Le parti léniniste est le parti d'une avant-garde autoproclamée
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« La conclusion générale du Que faire ? est radicale : Lénine y affirme que l’idéologie socialiste, parce qu’elle est « scientifique », ne peut pas émerger du monde ouvrier, mais doit lui être apportée de l’extérieur par les intellectuels révolutionnaires. Il renverse délibérément la conception social-démocrate du parti : ce n’est pas la classe ouvrière qui, au cours de la lutte des classes, crée le parti, mais ce sont les intellectuels révolutionnaires qui, détenteurs de la théorie socialiste, créent le parti ; fort de son idéologie qui pénètre chez les ouvriers révolutionnaires et d’une organisation qui permet de démultiplier la force, c’est le parti qui produit la classe, donc la lutte des classes, et donc l’histoire. En substituant le parti à la classe, Lénine modifie profondément la pensée marxiste. Dans sa dimension messianique et scientiste faisant de la violence un moyen nécessaire et légitime, celle-ci recelait déjà des germes de totalitarisme. Mais avec Lénine on bascule d’une pensée proto-totalitaire à l’invention d’une organisation proto-totalitaire, sorte de contre-société où est expérimenté un mode de domination totale et qui préfigure à la fois le type de société dont rêve Lénine et les moyens d’action qu’il est disposé à employer pour y parvenir. »
Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Perrin, Paris, 2009.

Le parti bolchévik n'avait pas d’enracinement dans la société civile

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Le parti bolchévik n'avait pas d’enracinement dans la société civile
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« Hannah Arendt a souligné à juste titre qu’en dépit de leur appellation « parti » – Parti bolchevique, Parti national-socialiste, Parti fasciste –, l’une des caractéristiques des mouvements totalitaires est précisément d’avoir abandonné la formation de classe portant les intérêts d’une catégorie sociale – et donc à vocation parlementaire, voire gouvernementale –, pour se transformer en mouvements formés majoritairement de déracinés des diverses classes – ce qu’elle nomme « la populace ». Et de fait, alors que les grandes social-démocraties d’avant 1914 avaient un caractère ouvrier très marqué, le Parti bolchevique compte peu d’ouvriers mais nombre d’intellectuels déclassés et d’aventuriers qui n’hésitent pas à agir avec des bandits de grand chemin, des maîtres chanteurs ou des escrocs. Là réside dès 1902 l’une des sources ultérieures du totalitarisme communiste. »
Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

Lénine a instauré un culte du chef

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Lénine a instauré un culte du chef
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« Derrière ce parti [bolchevik] promu démiurge de l’Histoire, se profile la silhouette de son chef. Car, derrière le discours explicite, en apparence rationnel, du révolutionnaire se montrant attaché à l’efficacité générale du mouvement socialiste, pointe le discours implicite d’un homme qui cherche à imposer sa suprématie personnelle. À travers sa défense d’un marxisme radical et dogmatique, Lénine revendique le monopole de l’idéologie révolutionnaire : monopole de la pensée, réservé aux intellectuels au détriment des ouvriers et autres petits-bourgeois, et monopole du savoir révolutionnaire de Lénine – et de ses partisans – au détriment des autres groupes et leaders de la social-démocratie russe et internationale. Même si par prudence il ne précise jamais qui va diriger son « parti de type nouveau », il est clair qu’il s’en réserve le monopole de direction. »
Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
« Dès le 14 novembre 1917, dans un moment de courage, Lounatcharski déclare devant une réunion de bolcheviks à Petrograd qu’« il ne restera bientôt qu’un seul homme dans le parti – le Dictateur ». Le 15 novembre, Kamenev est mis en accusation. Lénine convoque chaque membre du Comité central et les contraint à signer l’ultimatum qu’au nom de la majorité du CC il veut imposer à sa minorité, sous peine d’exclusion. Le 17 novembre, Zinoviev, Kamenev et Rykov démissionnent du Comité central et cinq commissaires du peuple sur quinze démissionnent du Sovnarkom. Ils publient une lettre ouverte où ils dénoncent la logique de monopole du pouvoir, symbolisée par un gouvernement purement bolchevique ne pouvant, à leurs yeux, se maintenir que « par la terreur politique », ce qui mènerait « à l’établissement d’un régime incompréhensible et à la destruction de la révolution et du pays ». « Incompréhensible » : l’aveu est de taille sur l’incapacité, chez ces protestataires, à imaginer ce qui est en train de se dérouler, même s’ils ont instinctivement senti la logique du processus engagé. Le 17 novembre encore, Lozovski proteste contre les méthodes dictatoriales de la fraction léniniste dans le parti et déclare que « le culte du héros » qui entoure Lénine est devenu le principe de base de la discipline du parti. On le voit, la logique du culte du chef ne date pas de Staline, même si Lénine était plus habile pour la camoufler. »
Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

Lénine a théorisé et réalisé la dictature de la direction bolchévik

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Lénine a théorisé et réalisé la dictature de la direction bolchévik
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« Lénine croit à la continuation, et même à l’aggravation de la lutte des classes sous la dictature de parti unique ; donc, logiquement le parti doit être traversé par cette lutte : en son sein se trouvent des ennemis. Nul besoin ici d’attribuer une psychologie de persécuté à Lénine, il suffit de supposer qu’il raisonne logiquement. Il proclame que, devant l’apparition d’une « déviation syndicaliste et anarchiste dans le parti », « l’épuration et l’assainissement s’imposent », ceci au Xe Congrès où il proclame aussi que le temps des discussions au sein du parti est terminé et qu’il faut maintenant parler avec les fusils. Le congrès décide aussi l’interdiction des fractions et la dissolution des groupes organisés autour de plates-formes, comme l’Opposition ouvrière d’Alexandra Kollontaï et Gregori Chliapnikov : ceci conduit mécaniquement à la dissimulation et à la suspicion de dissimulation. Et le système est tel que l’innocence ne peut être prouvée puisque les saboteurs ont des allures d’innocents, des visages et des comportements qui masquent leurs desseins. Staline conduira à l’extrême cette logique : plus un communiste à l’air d’être un bon communiste, plus on peut le soupçonner d’être un mauvais communiste masqué. »
Dominique Colas, « Lénine et la terreur de masse », Quand tombe la nuit, L'Âge d'Homme, Lausanne, 2001.
« Depuis le printemps 1918 et la rupture tant avec les anarchistes qu’avec les socialistes-révolutionnaires de gauche – qui participaient au Sovnarkom et ont rompu en s’opposant au traité de Brest-Litovsk –, Lénine renforce sans cesse le monopole du pouvoir au bénéfice des bolcheviks, accélère la conquête de l’appareil d’État par le parti et en multiplie les moyens d’action, en particulier grâce à la Tcheka – qui compte déjà 12 000 hommes fin juin 1918 pour atteindre le chiffre de 280 000 début 1921 – et à l’Armée rouge – armée de guerre civile qui, à partir du 9 juin 1918, bénéficie du service militaire obligatoire. Et, depuis le Xe congrès du Parti bolchevique en mars 1921, et l’interdiction des fractions au sein du parti, le processus est enclenché qui mènera au pouvoir absolu de la direction sur le parti, et bientôt à celui du secrétaire général sur la direction. »
Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

Lénine a théorisé et réalisé l'épuration du parti

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Lénine a théorisé et réalisé l'épuration du parti
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« Revenons à la formule en épigraphe de Que faire ? – « Le Parti se renforce en s’épurant » – et soulignons que le vocabulaire mécanique – « force », « multiplication » – dont l’horizon est la guerre, est lié à un vocabulaire biologique, celui du corps propre – « épuration », « nettoyage », c’est étymologiquement le même mot, en russe, que « purge » – et l’on trouve chez Lénine à de multiples reprises l’affirmation de la nécessité de « nettoyer la terre russe ». Donc un modèle mécanique – celui de la force –, un modèle militaire – celui de la guerre de classes –, et un modèle de l’hygiène social – celui de l’épuration –, définissent les formes du combat bolchevique. Le parti uni et unique doit unifier la société. Terreur sur le parti, terreur par les masses et terreur sur les masses sont reliées fonctionnellement. »
Dominique Colas, « Lénine et la terreur de masse », Quand tombe la nuit, L'Âge d'Homme, Lausanne, 2001.

Le parti bolchévik avait sa milice privée

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Le parti bolchévik avait sa milice privée
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« Ce parti de la populace [le parti bolchevik] devient très rapidement un parti-milice, autre donnée fondamentale du phénomène totalitaire : alors que l’État détient en principe le monopole de la force armée, les bolcheviks organisent leur force armée privée, formée de soldats en rébellion ou déserteurs et de civils en armes, appelée garde rouge, et bientôt dirigée par un Comité révolutionnaire militaire bolchevique. Dès juin 1917, Lénine compte sur cette force pour s’emparer du pouvoir et, le 17 juin, il annonce publiquement devant le congrès des Soviets que le Parti bolchevique est prêt à s’emparer seul du pouvoir – ce qui alors provoque un éclat de rire général. »
Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

Lénine a construit un parti-État

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Lénine a construit un parti-État
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« Parallèlement émerge un phénomène inédit, caractéristique des totalitarismes : le parti-État. En s’emparant du pouvoir, Lénine est bien décidé à s’emparer de l’État, à la fois comme lieu du pouvoir, mais aussi comme appareil de ce pouvoir. Dès lors, ce parti est appelé à remplir simultanément les fonctions d’un État – censé répondre à l’intérêt général – et celles d’un parti – qui ne poursuit que son intérêt particulier, ce qui passe, entre autres, par la nomination de membres du parti à tous les postes dirigeants de l’État. Cette forme de pouvoir inédite prend le nom de Conseil des commissaires du peuple ou Sovnarkom dont Lénine est le président en même temps que le chef du parti. Très logiquement, il impose d’emblée le régime du parti unique – caractéristique des régimes totalitaires – et abolit la séparation des pouvoirs, s’emparant à la fois de l’exécutif, du législatif et du judiciaire. Or très vite, c’est contre cette abolition de la moindre part de pluralisme, y compris au sein du camp révolutionnaire, que vont s’élever plusieurs des principaux dirigeants bolcheviques, obligeant Lénine à dévoiler la vraie nature de son pouvoir : la dictature sur le parti. »
Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
« En conquérant le pouvoir le 7 novembre 1917, Lénine modifie, nolens volens, la nature du Parti bolchevique. En effet, il s’empare de l’État, à la fois comme lieu et appareil du pouvoir. Dès lors, le parti est appelé à remplir simultanément les fonctions d’un parti – qui ne poursuit que son intérêt particulier – et celles d’un État – censé répondre à l’intérêt général. Cela passe, en particulier, par la nomination de membres du parti à tous les postes dirigeants de l’État. Cette forme de pouvoir inédite est symbolisée par le Conseil des commissaires du peuple ou Sovnarkom dont Lénine est le président, en même temps qu’il est le chef du parti. Le parti extrémiste d’opposition devient un parti-État : parti unique aspirant à détenir les monopoles de la politique, de l’idéologie et de l’économie, et à se substituer tant à l’État qu’à la société. Aucun des successeurs et émules de Lénine – Staline, Khrouchtchev, Brejnev à partir de 1977, Andropov, mais aussi Mao, Castro, Kim II-sung, etc. – ne dérogera à ce principe cardinal, cumulant souvent les fonctions de secrétaire général du parti, de président de la république et de maréchal chef des armées. Dès la première constitution soviétique de 1919, jusqu’à celle de Brejnev en 1977, ce principe intangible est affirmé : « La force dirigeante, le guide de la société soviétique, le noyau de son système politique et de toutes les organisations sociales et étatiques est le PCUS ». »
Stéphane Courtois, « Du parti de révolutionnaires professionnels au parti-État totalitaire », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
« Cette mutation a trois conséquences. D’une part, le parti devient un appareil administratif qui génère une gigantesque bureaucratie avec à sa tête la nomenklatura. Dès 1920, le PCUS compte 600 0000 membres et plus d’un million en 1926. Ceux-ci troquent le statut de militant contre celui d’apparatchik, et abandonnent l’éthique du désintéressement pour celle de la nouvelle élite privilégiée et toute-puissante, mais qui doit obéissance absolue au parti. D’autre part, sous la pression des circonstances qui favorisent la pente totalitaire du léninisme, le parti devient monolithique dès mars 1921, quand Lénine y interdit les fractions et le dirige en autocrate, à travers un Politburo qui prend les décisions en lieu et place du Comité central. Enfin, devenu instance suprême monolithique, « LE PARTI » acquiert un caractère sacré, proclamé dès 1924 par Trotski, lors de son XIII° congrès : « Aucun d’entre nous ne peut avoir raison contre son parti. En dernier ressort, le Parti a toujours raison. […] Qu’il ait tort ou raison, c’est mon Parti ». »
Stéphane Courtois, « Du parti de révolutionnaires professionnels au parti-État totalitaire », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

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Objections

Tous les partis révolutionnaires russes étaient autoritaires et fortement centralisés

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Tous les partis révolutionnaires russes étaient autoritaires et fortement centralisés avant la Révolution russe
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« Tous les partis révolutionnaires russes, depuis les années 1870-1880, furent en effet autoritaires, fortement centralisés et disciplinés dans l’illégalité, pour l’illégalité ; tous formèrent des « révolutionnaires professionnels », c’est-à-dire des hommes qui ne vivaient que pour le combat ; tous pourraient être occasionnellement accusés d’un certain amoralisme pratique, bien qu’il soit équitable de leur reconnaître à tous un idéalisme ardent et désintéressé. Presque tous furent imbus d’une mentalité jacobine, prolétarienne ou non. Tous produisirent des héros et des fanatiques. Tous, à l’exception des mencheviks, aspiraient à la dictature, et les mencheviks géorgiens eurent recours à des procédés dictatoriaux. Tous les grands partis étaient étatiques par leur structure et par la finalité qu’ils s’assignaient. En réalité, il y avait au-delà des divergences doctrinales importantes, une mentalité révolutionnaire unique. »
Victor Serge, « Trente ans après la Révolution russe », 1947.
« Rappelons-nous le tempérament autoritaire de l’anarchiste Bakounine et ses procédés d’organisation clandestine au sein de la première Internationale. Dans sa Confession, Bakounine préconise une dictature éclairée, mais sans merci, exercée pour le peuple… Le Parti socialiste-révolutionnaire, imbu d’un idéal républicain, plus radical que socialiste, constitua, pour combattre l’autocratie par le terrorisme, un « appareil » rigoureusement centralisé, discipliné, autoritaire, qui devint un terrain propice à la provocation policière. La social-démocratie russe, dans son ensemble, visait à la conquête de l’Etat. Nul ne tint à propos de la future révolution russe un langage plus jacobin que son dirigeant, Plékhanov. Le gouvernement Kerenski, dont les socialistes-révolutionnaires et les mencheviks faisaient la force, tint sans cesse un langage dictatorial, purement velléitaire, il est vrai. Les anarchistes eux-mêmes, dans les régions occupées par l’Armée Noire de Nestor Makhno, exercèrent une dictature authentique, accompagnée de confiscations, de réquisitions, d’arrestations et d’exécutions. Et Makhno fut « batko », petit-père, chef… »
Victor Serge, « Trente ans après la Révolution russe », 1947.

Les pratiques bureaucratiques étaient enracinées dans la société russe

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Les pratiques bureaucratiques étaient enracinées dans la société russe
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« Les pratiques bureaucratiques préexistaient au déclenchement de la révolution, et avaient cours avant Octobre, et même avant Février, car elles étaient déjà largement enracinées dans la société russe. […] Marc Ferro […] évoque « une subversion des pratiques démocratiques par les démocrates eux-mêmes, toutes tendances réunies ». Sévère avec l’ensemble des organisations du mouvement ouvrier, il ajoute : « Avant Octobre, ils manipulent la représentation des soldats et des paysans, éliminent les sans-parti de toutes les institutions, réduisent celles qu’ils n’ont pas fondées eux-mêmes en niant leur légitimité. » De la sorte, l’historien entend démystifier la « légende » qui « associe l’existence du totalitarisme bureaucratique de type soviétique au léninisme, au parti communiste, et à eux seuls ». « Raisonner ainsi revient à bolchéviser l’histoire » et à « exclure la part que le régime soviétique emprunte au passé propre de la Russie, une part qui existe même s’il est de bonne tactique aujourd’hui chez les marxistes français d’insister à l’excès sur elle ». »
Olivier Besancenot, Que faire de 1917 ?, Autrement, Paris, 2017.

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Références

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