Lénine conçoit la terreur comme de l'hygiène sociale

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Citations [ modifier ]

« Lénine a combiné une vision de la société en termes de guerre des classes et d’hygiène sociale. Il a considéré que le premier but de la révolution était l’épuration du sol russe et que cette entreprise devrait être guidée par un parti lui-même épuré. Pour épurer la société et pour épurer l’épurateur, le recours à la terreur de masse n’est donc pas une méthode fortuite, accidentelle ou occasionnelle. L’origine de l’éloge de la terreur de masse est donc à référer à la doctrine léniniste dès qu’elle se forme avec la théorisation du bolchevisme dans les années 1900 et la théorisation du cours de la révolution russe après 1905. »
Dominique Colas, « Lénine et la terreur de masse », Quand tombe la nuit, L'Âge d'Homme, Lausanne, 2001.
« La terreur de masse, à la différence de la guerre, est une violence contre des cibles sans critère de dangerosité manifeste, ce qu’on peut appeler les « ennemis objectifs ». Elle renvoie à une conception du rôle du parti où celui-ci doit accomplir les tâches que le capitalisme a réalisées de lui-même en Occident. Lénine, et ceci dès le début de ses publications à la fin du XIXe siècle, considère que les koulaks sont des « vampires », des « sangsues ». Surtout il s’appuie en 1905 sur des textes de Marx concernant l’accumulation du capital en Angleterre et le « cleaning of estates » qui s’y déroula, pour indiquer qu’il faudra débarrasser la terre russe, la nettoyer, et le mot utilisé est tchiska, le terme générique qui sert aussi à désigner l’épuration dans le parti. Le parti doit réaliser les tâches que le capitalisme a accomplies en Occident, spécialement le nettoyage des campagnes. »
Dominique Colas, « Lénine et la terreur de masse », Quand tombe la nuit, L'Âge d'Homme, Lausanne, 2001.
« Au printemps 1918, il s’agit non de se battre contre des ennemis, mais de détruire des « insectes nuisibles », des « parasites », des « vampires ». C’est ainsi que le 9 août 1918, dans deux ordres envoyés sous forme de lettres à des dirigeants bolcheviques de province, il ordonne qu’à Nijni-Novgorod on applique la « terreur de masse » en fusillant et déportant les prostituées qui entraînent les soldats à boire, les anciens officiers de l’armée tsaristes, les mencheviks et les « suspects » et que, dans la province de Penza, où l’on craint un soulèvement de koulaks, on applique une « impitoyable terreur de masse contre les koulaks, popes et gardes blancs » – ce qui signifie les exterminer – et que l’on enferme les suspects dans un camp de concentration – terme qui, en russe, est repris de l’allemand. La terreur de masse ne vise pas des ennemis qui seraient animés par une volonté hostile, mais des groupes – cheminots mencheviks, intellectuels, popes et surtout, par leur nombre, koulaks – qui sont considérés comme nuisibles, désignés comme des insectes, des poux, des punaises, des parasites, qu’il faut détruire. Célébrant le cinquième anniversaire d’Octobre, Lénine se félicitera d’avoir accompli en aussi peu de temps la première étape de la révolution, la destruction des anciennes institutions, et il compare le travail accompli à celui d’Hercule nettoyant les écuries d’Augias. Degré encore plus bas que les insectes nuisibles, les groupes à détruire sont assimilés à du « fumier moyenâgeux ». »
Dominique Colas, « Lénine et la terreur de masse », Quand tombe la nuit, L'Âge d'Homme, Lausanne, 2001.

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Sous-arguments

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Objections [ modifier ]

A l'occasion du quatrième et non du cinquième anniversaire de la révolution d'octobre, il s'exprime ainsi sans employer les mots fumier moyenageux

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A l'occasion du quatrième et non du cinquième anniversaire de la révolution d'octobre, il s'exprime ainsi sans employer les mots fumier moyenageux
SOUS-ARGUMENTS OBJECTIONS
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Pour le cinquième anniversaire d'octobre 1917 en novembre 1922, Lénine défendait exclusivement la NEP et le capitalisme d'état mis en place au printemps 1921. C'est l'année précédente en octobre 1921 qu'il se livre à un bilan de l'oeuvre sociale confrontée à l'oeuvre sociale des précédentes révolutions. Dans cette édition les mots nettoyer, écuries d'Augias, sont employés dans le premier des deux extraits. Nous n'avons pas trouvé "fumier moyen-âgeux." A défaut nous reproduisons le passage où les termes, "moyen-âge", "moyen-âgeux" et "moyenageuses", sont utilisés.
« Quelles étaient les manifestation essentielles, survivances et vestiges du servage en Russie à la veille de 1917 ? La monarchie, les castes, la propriété terrienne et la jouissance du sol, la situation de la femme, la religion, l'oppression des nationalités. Prenez n'importe laquelle de ces "écuries d'Augias" laissées, soit dit à propos dans une notable mesure, incomplètement nettoyées par tous les états avancés au moment où ils firent "leurs" révolutions démocratiques bourgeoises, il y a 125, 250 ans et plus (1649 en Angleterre), -prenez n'importe laquelle de ces écuries d'Augias : vous verrez que nous les avons nettoyées à fond. En quelques "dix semaines", depuis le 25 octobre (7 novembre) 1917 jusqu'à la dissolution de la Constituante (5 janvier 1918), nous avons fait dans ce domaine mille fois plus que n'ont fait, "en huit mois" d'exercice de leur pouvoir, démocrates et libéraux bourgeois (cadets) et démocrates petits-bourgeois (mencheviks et socialistes-révolutionnaires). »
Lénine, « Pour le quatrième anniversaire de la révolution d'octobre », oeuvres de Lénine, tome 33 Aout 1921-Mars 1923, p.44, 14 octobre 1921, Editions Sociales, Paris, 1963.
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« La Russie ne connaît plus cette bassesse, cette infamie et cette ignominie, qu'est l'absence de droits ou l'inégalité des droits pour la femme, cette survivance révoltante de la féodalité et du moyen âge, replâtrée dans tous les pays du globe, sans exception aucune, par la bourgeoisie cupide et la petite bourgeoisie obtuse et effarée. C'est là le contenu de la révolution démocratique bourgeoise. Il y a cent-cinquante et deux cent cinquante ans les chefs éclairés de cette révolution ( de ces révolutions s'il s'agit de chaque variété nationale d'un type commun) avaient promis aux peuples d'affranchir l'humanité des privilèges moyenâgeux, de l'inégalité de la femme, des prérogatives accordées par l'Etat à telle ou telle religion (...) , de l'inégalité des nationalités. Cette promesse ils ne l'ont pas tenue. Ils ne pouvaient le faire, car ils en ont été empêchés par le "respect" de la "sacro-sainte propriété privée". Notre révolution prolétarienne n'avait pas ce "respect" maudit à l'égard de ces survivances moyenâgeuses trois fois maudites et de cette "sacro-sainte propriété privée." »
Lénine, « Pour le quatrième anniversaire de la révolution d'octobre », Oeuvres de Lénine : tome 33, p.45-46, 14 octobre 1921, Editions sociales, Paris, 1963.

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Références

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