Lénine assimilait la politique à la guerre

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Citations [ modifier ]

« Aveu remarquable, qui touche au cœur même du fonctionnement du système : la nécessité permanente de réactiver la dynamique de la violence, qui avait donné au cours des années 1917-1922, du point de vue des bolcheviks, des résultats remarquables. Cette dynamique de la violence est au centre de la dynamique totalitaire, une dynamique fondée sur l’identification de la politique et de la guerre ou, plus précisément, comme l’écrit Pierre Hassner, « sur l’inversion de la formule clausewitzienne par une formulation commune à Lénine et à Ludendorff selon laquelle la politique est la continuation de la guerre par d’autres moyens ». La trêve, c’est à brève échéance la « dégénérescence ». Dégénérescence des activistes noyés dans « l’océan paysan », dégénérescence du parti infiltré par des « éléments socialement étrangers », dégénérescence de l’État, noyauté par les « spécialistes bourgeois ». »
Nicolas Werth, « Les Bolcheviks et la restauration du « principe de l’État » », Quand tombe la nuit, L'Âge d'Homme, Lausanne, 2001.
« Cette idéologisation de la politique s’accompagne d’une forte militarisation de la pensée politique. On n’en finirait pas de relever, dès 1902, les innombrables expressions de type militaires dont use Lénine pour parler du combat politique tant contre le régime tsariste que contre les autres groupes marxistes russes et internationaux. « Guerre », « assaut », « front », « avant-garde », « détachements », « état-major », « mobiliser une troupe permanente », « armée apte à livrer un combat décisif », « opération militaire d’une troupe mobilisée », « l’ennemi », « se mettre en campagne contre l’ennemi », « le siège en règle de la forteresse ennemie » : autant d’expressions qui montrent qu’il n’a pas fallu attendre la guerre de 1914 pour voir le discours léniniste dominé par une vision militaire. La pensée elle-même en est contaminée, qu’il s’agisse de l’action – Lénine fixant comme objectif suprême « l’insurrection armée du peuple » contre le régime – ou de l’organisation. »
Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
« L’irruption de la guerre moderne, de masse et industrielle, accentue la vision manichéenne de Lénine. Dans l’un de ses principaux écrits, L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme, il estime que le capitalisme a atteint sa phase finale et « pourrissante ». Toute sa pensée est écrasée par la dimension guerrière et aboutit à une conception radicale : tout conflit politique ou social est désormais assimilé à une guerre qui n’est plus un moment exceptionnel mais un temps ordinaire et permanent. La guerre civile domine la conception léniniste de la politique en général et de la révolution en particulier. Extrapolant les événements en cours, Lénine considère que le monde est entré dans « l’époque de la guerre » qui fait de la guerre civile le principal moyen d’action du prolétariat – dans son esprit, le Parti bolchevique – pour s’emparer du pouvoir et façonner une nouvelle société. Dès août-septembre 1916, il écrit : « A la guerre bourgeoise impérialiste, à la guerre du capitalisme hautement développé, ne peuvent objectivement être opposées, du point de vue du progrès, du point de vue de la classe d’avant-garde, que la guerre contre la bourgeoisie, c’est-à-dire avant tout la guerre civile du prolétariat contre la bourgeoisie pour la conquête du pouvoir, guerre sans laquelle tout progrès sérieux est impossible » Désormais, pour Lénine, la révolution est définitivement inséparable de la « guerre civile pour le socialisme ». Or celle-ci est « aussi une guerre, par conséquent elle doit aussi ériger inévitablement la violence au lieu et place du droit. […] Le but de la guerre civile est de s’emparer des banques, des fabriques, des usines, etc., d’anéantir toute possibilité de résistance de la bourgeoisie, d’exterminer ses troupes ». Il le rappellera en octobre 1917 : « Cette guerre pourra être violente, sanguinaire, elle pourra coûter la vie de dizaines de milliers de propriétaires fonciers, de capitalistes et d’officiers qui épousent leur cause. Le prolétariat ne reculera devant aucun sacrifice pour sauver la révolution. » »
Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.

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Objections [ modifier ]

A partir de février-mars 1918 Lénine voyait l'impérialisme mondial comme le seul ennemi à combattre

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A partir de février-mars 1918 Lénine voyait l'impérialisme mondial comme le seul ennemi à combattre
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En février et mars 1918 Lénine voyait l'impérialisme mondial comme son seul ennemi. En avril il renvoyait dos-à-dos ses anciens ennemis, Nicolas II et Kerensky. En fait "d'extermination de la bourgeoisie" ce dernier mourra dans son lit en 1970 ; à l'instar de la plupart des adversaires ou rivaux politiques (membres du gouvernement provisoire, marxistes rivaux tels que Kautsky et Julius Martov). La guerre internationale imposée par les alliés en est bien en avril 1918 une réalité puisque les Japonais, informe Lénine, viennent de débarquer en Sibérie.
« « Nous avions jusqu'ici devant nous des ennemis lamentables, vils et dignes de mépris (du point de vue de l'impérialisme mondial), un Romanov imbécile, un Kerensky tranche-montagne, des bandes d'élèves-officiers et de fils à papa. Et maintenant se dresse contre nous le géant de l'impérialisme mondial, supérieurement équipé au point de vue technique et admirablement organisé. Il faut se battre contre lui. Il faut savoir se battre contre lui. (...) Cette lutte n'éclatera que lorsque la révolution socialiste embrasera les pays impérialistes avancés. » »
Lénine, Oeuvres de Lénine tome 27 février juillet 1918, p.60, 25 février 1918, Éditions Sociales, Paris, 1961.
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«  Nous ne devons pas oublier à quel ennemi nous avons à faire. Les ennemis auxquels nous avons eu affaire jusqu'à présent : Romanov, Kerensky et la bourgeoisie russe — stupide, inorganisée, inculte, qui baisait la botte de Romanov et qui se mit ensuite à fuir avec des traités secrets dans sa poche — ces ennemis représentent-ils quoi que ce soit en comparaison de cette bourgeoisie internationale qui a fait de toutes les conquêtes de l'esprit humain une arme servant à réprimer la volonté des travailleurs et qui a su adapter toute son organisation à l'extermination des hommes ? »
Lénine, « Discours prononcé au Soviet de Moscou des députés ouvriers, paysans et soldats le 12 mars 1918 », Oeuvres de Lénine, tome 27 -février-juillet 1918., p.169, 12-14 mars 1918, Éditions Sociales, Paris, 1961 (Izvestias 14 mars 1918).

En septembre-octobre 1917 Lénine plaidait au contraire le développement pacifique de la révolution et craignait l'hypothèse des dizaines de milliers de victimes

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En septembre-octobre 1917 Lénine plaidait au contraire le développement pacifique de la révolution et craignait l'hypothèse des dizaines de milliers de victimes
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L'extrait d'octobre 1917 a été tronqué. C'est avec pessimisme à titre d'avertissement que Lénine parlait de dizaines de milliers de morts.Il restait attaché à la révolution pacifique. La dernière phrase du texte, "Mais le prolétariat soutiendrait sans réserve les Soviets, s'ils tentaient la dernière chance d'assurer le développement pacifique de la révolution", coupée par Stephanse Courtois, montre incontestablement où allaient ses préférences.
« Devant la démocratie russe, devant les Soviets, devant les partis socialiste-révolutionnaire et menchevik, s'ouvre aujourd'hui la possibilité extrêmement rare dans l'histoire des révolutions, d'assurer la convocation de l'assemblée constituante à une date fixée sans nouveaux atermoiements, la possibilité de préserver le pays d'une catastrophe militaire et économique, la possibilité d'assurer le développement pacifique de la révolution. Si les Soviets prennent aujourd'hui le pouvoir en main, pour appliquer le programme indiqué ci-dessus, alors non seulement les Soviets sont assurés du soutien des neuf dixièmes de la population de la Russie, du soutien de la classe ouvrière et de l'immense majorité de la paysannerie ; ils sont encore assurés de l'énorme enthousiasme révolutionnnaire de l'armée et de la majorité du peuple, de cet enthousiasme sans lequel la victoire sur la famine et sur la guerre est impossible (...) Si on laisse échapper cette possibilité, tout le cours du développement de la révolution, depuis le mouvement du 20 avril jusqu'à l'aventure Kornilov, indique que la plus âpre guerre civile est inévitable entre la bourgeoisie et le prolétariat (...) A en juger par toutes les données et les considérations accessibles à l'esprit humain, cette guerre aboutira à la victoire totale de la classe ouvrière, par le soutien que lui apportera la paysannerie pauvre pour réaliser le programme exposé ; mais elle pourra être violente, sanguinaire, elle pourrra coûter la vie de dizaines de milliers de propriétaires fonciers, de capitalistes et d'officiers qui épousent leur cause. Le prolétariat ne reculera devant aucun sacrifice pour sauver la révolution, ce qui est impossible en dehors du programme exposé ci-dessus. Mais le prolétariat soutiendrait sans réserve les Soviets, s'ils tentaient la dernière chance d'assurer le développement pacifique de la révolution. »
Lénine, « Les taches de la révolution », Oeuvres de Lénine, tome 26 septembre 1917 -février 1918, p.61-62, Le développement pacifique de la révolution, 9 et 10 octobre (26 et 27 septembre) 1917, Editions sociales, Paris, 1958.

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Références

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