Lénine a instauré les premières mesures du communisme de guerre dès mai-juin 1918

De Wikidébats
Aller à : navigation, rechercher

Présentation de l'argument

[ + Ajouter un résumé ]

Citations [ modifier ]

« En mai-juin 1918, le gouvernement bolchevique prit deux mesures décisives qui inauguraient la période de guerre civile que l’on nomme traditionnellement « communisme de guerre ». Le 13 mai 1918, un décret attribua des pouvoirs extraordinaires au commissariat du peuple au Ravitaillement, chargé de réquisitionner les produits alimentaires et de mettre sur pied une véritable « armée du ravitaillement ». En juillet 1918, près de douze mille personnes participaient déjà à ces « détachements de ravitaillement » qui compteront, à leur apogée en 1920, jusqu’à quatre-vingt mille hommes dont une bonne moitié d’ouvriers de Petrograd au chômage, attirés par un salaire décent et une rémunération en nature proportionnelle aux quantités de céréales confisquées. Seconde mesure, le décret du 11 juin 1918 instituant des comités de paysans pauvres, chargés de collaborer étroitement avec les détachements de ravitaillement et de réquisitionner aussi, en échange d’une part des prises, les surplus agricoles chez les paysans aisés. Ces comités de paysans pauvres devaient aussi remplacer les soviets ruraux, jugés peu fiables par le pouvoir, car imprégnés d’idéologie socialiste-révolutionnaire. Étant donné les tâches qu’ils étaient appelés à exécuter – prendre, par la force, le fruit du travail d’autrui – et les motivations censées les aiguillonner – le pouvoir, le sentiment de frustration et d’envie vis-à-vis des « riches », la promesse d’une part du butin –, on peut imaginer ce que furent ces premiers représentants du pouvoir bolchevique dans les campagnes. Comme l’écrit avec perspicacité Andrea Graziosi, « chez ces gens, la dévotion à la cause – ou plutôt au nouvel État – et d’indéniables capacités opérationnelles allaient de pair avec une conscience politique et sociale balbutiante, un fort carriérisme et des comportements "traditionnels", comme la brutalité vis-à-vis des subordonnés, l’alcoolisme, le népotisme. […] Nous avons là un bon exemple de la manière dont "l’esprit" de la révolution plébéienne pénétrait le nouveau régime ». »
Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.
« Sur le plan politique, le durcissement de la dictature au printemps 1918 se traduisit par la fermeture définitive de tous les journaux non bolcheviques, la dissolution des soviets non bolcheviques, l’arrestation d’opposants et la répression brutale de nombreux mouvements de grève. En mai-juin 1918, deux cent cinq journaux de l’opposition socialiste furent définitivement fermés. Les soviets, à majorité menchevik ou socialiste-révolutionnaire, de Kalouga, Tver, Iaroslavl, Riazan, Kostroma, Kazan, Saratov, Penza, Tambov, Voronej, Orel, Vologda, furent dissous par la force. Le scénario était presque partout identique : quelques jours après les élections victorieuses des partis d’opposition et la formation du nouveau soviet, la fraction bolchevique appelait à l’aide la force armée, le plus souvent un détachement de la Tcheka, qui proclamait la loi martiale et arrêtait les opposants. Dzerjinski, qui avait envoyé ses principaux collaborateurs dans les villes gagnées par l’opposition, prônait sans ambages le coup de force, comme en témoignent de manière éloquente les directives qu’il adressa, le 31 mai 1918, à Eidouk, son plénipotentiaire en mission à Tver : « Les ouvriers, influencés par les mencheviks, SR et autres salauds contre-révolutionnaires, ont fait grève et ont manifesté en faveur de la constitution d’un gouvernement rassemblant tous les "socialistes". Tu dois faire placarder dans toute la ville une proclamation indiquant que la Tcheka fera exécuter sur-le-champ tout bandit, voleur, spéculateur, contre-révolutionnaire qui complote contre le pouvoir soviétique. Mets une contribution extraordinaire sur les bourgeois de la ville. Recense-les. Ces listes seront utiles si jamais ils bougent. Tu me demandes avec quels éléments former notre tcheka locale. Prends des gens résolus qui savent qu’il n’y a rien de plus efficace qu’une balle pour faire taire quelqu’un. L’expérience m’a appris qu’un petit nombre de gens décidés peuvent faire basculer une situation. » »
Nicolas Werth, Le livre noir du communisme, Robert Laffont, Paris, 1997.

[ ± Ajouter ou retirer une citation ]

Sous-arguments

[ ± Ajouter ou retirer un sous-argument ]

Objections [ modifier ]

Un journal menchevik,Vsegda VPeriod (toujours en avant), subsiste à Pétrograd jusqu'en février 1919

Page détaillée
Un journal menchevik,Vsegda VPeriod (toujours en avant), subsiste à Pétrograd jusqu'en février 1919
[ modifier ]
Dans les Oeuvres de Lénine (tome 28 p. 469-470) on lit que pour six raisons le 22 février 1919 le Comité exécutif Central de Russie décide l'interdiction du journal menchevik cité supra pour le 26 (note p. 540) ; son dernier numéro était paru le 20 février

La censure de la presse non-bolchevique ne s'abat que progressivement pour devenir définitive en juin 1922 avec la création du glavlit

Page détaillée
La censure de la presse non-bolchevique ne s'abat que progressivement pour devenir définitive en juin 1922 avec la création du glavlit
SOUS-ARGUMENTS OBJECTIONS
D'après Nicolas Werth à un autre endroit du livre noir, les SR de gauche bénéficièrent d'une tolérance relative jusqu'en février 1919
Fin novembre 1918 Lénine appelle à l'établissement de relations de bon voisinage avec les mencheviks et les forces petites-bourgeoises.
Aucune objection n'a été entrée.
[ modifier ]
« La Direction générale des affaires littéraires et de l'édition (Glavnoe Upravlenie po Delam Literatury i Izdatelstv), connue sous le nom de Glavlit, était l'organisme d'État responsable de la censure des imprimés en Union soviétique. Bien que l'imprimé soit son objectif principal, il supervisait parfois la censure d'autres médias, notamment la radio, la télévision, le théâtre et le cinéma. Glavlit a été créée en 1922 pour remplacer un réseau d'agences de censure militaires et civiles non coordonnées créées après la prise du pouvoir par les bolcheviks. Bien que la liberté de la presse existait nominalement en Union soviétique, le gouvernement s'est réservé le droit d'empêcher la publication de certains documents. »
Auteur anonyme, « Glavlit », Encyclopedia.com, 2020.
Voir plus...
Voir les citations restantes dans la page détaillée de l'argument.
« Il est aujourd'hui d'usage de présenter la décision prise à son initiative au Xème congrès du PC en mars 1921 comme une décision capitale de reprise en main, l'instauration d'une dictature interne qui va fournir à Staline une arme redoutable. De cette affabulation revenons aux textes et aux faits tels qu'ils sont (...) On interdit les fractions mais on décide de publier un feuillet de discussion, des brochures et recueils pour continuer la confrontation d'idées. Des camarades de l'Opposition ouvrière ont de nouvelles choses à dire ? Parlez camarades de Samara, nous publierons plusieurs de vos articles. De façon générale, oui, sans aucun doute la maladie existe. Aidez-nous à la guérir. »
Lucien Sève, Octobre 1917. Une lecture très critique de l'historiographie dominante; Suivi d'un choix de textes de Lénine, p.95-98, Non, Staline n'était pas précontenu dans Lénine, Éditions sociales. Les parallèles, 1917 +100,, Paris, 2017.

[ ± Ajouter ou retirer une objection ]

Références

[ ± Ajouter ou retirer une référence ]