Lénine a fait massacrer la famille impériale

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flèche vers le haut dans un cercle Cet argument est un sous-argument de Lénine a mené la terreur contre ses opposants
SOUS-ARGUMENTS OBJECTIONS
Lénine a violemment réprimé les paysans
Lénine a violemment réprimé les ouvriers
Lénine a violemment réprimé les socialistes
Lénine a violemment réprimé les anarchistes
Lénine a fiché et expulsé les intellectuels
Lénine a exterminé les Cosaques
Lénine a réprimé certaines personnes pour leur seule appartenance de classe
Lénine a violemment réprimé les ecclésiastiques
Lénine a fait massacrer la famille impériale
Document sur les cent koulaks à pendre apocryphe : daté ici du 10, ailleurs du 11, contenant par ailleurs une information coupée par des points de suspension, sur un autre télégramme, à ce jour inexistant.
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Présentation de l'argument

Archives et témoignages à l'appui, le massacre de la famille de Nicolas II-seule victime incontestée des Bolcheviks- dans la nuit du 16 u 17 juillet 1918, dont aucun corps n'a été retrouvé par les nouvaux occupants à Ekaterinbourg, a été solidement contesté par une poignée d'historiens dont en 1987 la fille du général Denikine, Marina Grey à partir d'une enquête pionnière de deux journalistes britannique, Anthony Summers et Tom Mangold parue en France en 1980 sous le titre Le Dossier Romanov. Ont suivi la voie documentée de Marina Grey, dès 1990 les historiens Marc Ferro, Michel Wartelle, Elie Durel, Marie Stravlo (laquelle découvrit et édita en 2012 les mémoires d'Olga N. fille ainée de Nicolas II, écrites en 1957). Les accusations formulées par Stephane Courtois ne reposent à l'inverse sur aucune source archivée et tournent le dos aux aspirations du personnage à la révolution mondiale qui l'amenaient à demander en échange aux Allemands la libération de spartakistes. Plusieurs points doivent être précisés : la Terreur Rouge n'était pas encore à l'ordre du jour (fin août début septembre 1918) ; comme le reconnaît Nicolas Werth en 1997 dans le livre Noir du communisme p. 112 mais sans référence à l'affaire des Romanov, les décrets sur la frappe d' otages au sein des familles d'officiers tsaristes ne seront votés par Trotsky qu'en 1919 ; c'étaient à l'été 1918 les SR de gauche en guerre contre les Bolcheviks, qui, par haine de l'Allemagne impériale, en voulaient à la vie de la famille germanique de Nicolas Romanov, au moins à celle de la tsarine. Par ailleurs d'après Marc Ferro l'allégation d'un massacre collectif de toute la famille et de sa suite dans la maison d'Ipatief commandé par Jacob Iourovsky arriva vers 1920 et fut précédée pendant une année au moins d'une accusation de cette tuerie collective à la prison d'Ekaterinbourg où ces détenus ne furent pourtant jamais internés ; ce sur témoignage du prince L'vov, qui ne séjourna jamais dans cette maison bourgeoise d'Ipatiev dépourvue de toute cellule de prison.

Citations

« L’acte le plus symbolique [de la terreur] fut le massacre de la famille impériale, y compris les enfants et les serviteurs, dans des conditions horribles dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918. Cette opération fut organisée par Lénine en personne, à l’insu même de la direction bolchevik. »
Stéphane Courtois, « Lénine, l'inventeur du totalitarisme », Le Figaro – Histoire, n°30, février-mars 2017.
« Le 16 juillet 1918, l’assassinat de la famille impériale scelle dans le sang la volonté terroriste de Lénine, qui est l’organisateur secret et personnel de ce carnage. »
Stéphane Courtois, « Guerre et totalitarisme », Communisme et totalitarisme, Perrin, Paris, 2009.
« The File on the the Tsar (le dossier Romanov), l'ouvrage de deux journalistes de la BBC, Anthony Summers et Tom Mangold, inconnus au bataillon des historiens brevetés, ouvrit en 1976 une piste pleine de promesses pour répondre aux questions posées. Après une quête et enquête de plusieurs années, les deux hommes découvrirent à Harvard l'existence du dossier complet de l'instruction concernant la fin des Romanov, celui-là même d'où le juge Sokolov chargé d'enquêter pour les Blancs avait tiré son ouvrage : ils constatèrent que dans son enquête publiée en 1924, Sokolov avait systématiquement éliminé toutes les pièces qui pouvaient témoigner de la survie des filles du tsar et de l'impératrice. »
Marc Ferro, La vérité sur la tragédie des Romanov, p.117-118, chapitre 6, Tallandier, Paris, 2012.
« Le 27 septembre 1918 alors que depuis une semaine les milieux diplomatiques britanniques accréditaient, "officiellement", la thèse d'un massacre collectif de la famille impériale, la marquise de Milford Halven, la propre soeur de la tsarine, recevait un télégramme qui l'infirmait. Ce télégramme envoyé de Stokholm par la Crown Princess of Swerden était ainsi conçu : "Ernie now telegraphs that has heard from two trustworth sources that Alix and all the Children are alive". (Ernie vient de télégraphier qu'il a appris de deux sources dignes de foi qu'Alix et tous les enfants sont vivants"). Ernie était le grand-duc Ernst Ludwig, le chef de la maison Hesse-Darmstad, le frère de la marquise et de la tsarine. »
Marina Grey, Enquête sur le massacre des Romanov, p.153, chapitre 11, Perrin, Paris, 1987.
« Dès la fin de juillet 1918, sur l'initiative du roi Alphonse XIII, le ministre des affaires étrangères espagnol entre en pourparlers avec le gouvernement de Lénine pour la libération de la famille de Nicolas II ; le Danemark se joint à l'Espagne qui s'offre à héberger la Tsarine et ses filles.

Le 8 août, le Hamburger Freundeblatte annonce :

Les bolcheviks ont consenti à laisser partir pour l'Espagne la Tsarine et ses filles. Des négociations seraient en cours au sujet des garanties exigées. »
Marina Grey, Enquête sur le massacre des Romanov, p.142-143, chapitre 10, Perrin, Paris, 1987.
« Témoignage de Natacha Vassilievna Moutnykh (8 mars 1919)

Il me parvint par hasard que la famille de l'ancien tsar -sa femme et ses quatre filles- avait été transportée à Perm très secrètement dans une cave de la maison Beriozine, où se trouvait un atelier(...)

J'étais évidemment intéressée par la présence de cette famille du tsar à Perm ; sachant que mon frère y était de garde, je lui demandai de m'y emmener et de me les montrer. Il y consentit et nous y allâmes. C'était en septembre et dans la maison de Beriozine, nous vîmes la chambre faiblement éclairée dans laquelle on distinguait la tsarine et ses quatre filles. Elles étaient dans un état terrible mais je les reconnus bien. Avec moi il y avait Anna Kostina, la secrétaire de Zinoviev, qui partit ensuite pour Pétrograd. La famille de l'Empereur fut cachée quelque part à la campagne. »
Marc Ferro, Nicolas II, p.320, chapitre IV, Payot, Paris, 1990.
« Le 11 septembre le consul allemand à Moscou, Gautchild, communique à Berlin :  Je viens de parler avec Radek de la libération de la tsarine et de ses enfants. Comme l’avait fait Tchitchérine il m’a répondu qu’il n’y avait pas d’opposition de principe, mais qu’il veut obtenir en échange quelque chose d’équivalent. Radek s’est déclaré prêt à en discuter aujourd’hui même avec Lénine.  »
Marina Grey, Enquête sur le massacre des Romanov, p.143, Perrin, Paris, 1987.
« En avril 1922, Tchitchérine (1872-1936), ministre des affaires étrangères de Lénine, arrive à la Conférence de Genève à la tête de la délégation soviétique. Il déclare à la presse étrangère : "le tsar est mort mais les filles sont en vie. Je crois qu'on les a transférées à l'étranger". ( The Times, 25 avril 1922 ) »
Michel Wartelle, L'affaire Romanov ou le mystère de la maison d'Ipatiev, p.88, Louise Courteau, Quebec Canada, 2008.
« Cependant que le juge d’instruction, Sokolov, tenait pour démontrée l’exécution de toute la famille, le chef de la Tcheka, Djerjinski, faisait savoir, sous le sceau du secret, à son collaborateur Orlov que les femmes avaient été sauvées.   »
Essad Bey, Devant la Révolution la vie et le rêgne de Nicolas II, p.373, Payot, Paris, 1935.
« Le 20 septembre (1918), les divers négociateurs apprennent avec étonnement que dans les milieux diplomatiques de Londres, on confirme le massacre collectif (sans que l'on sache encore aujourd'hui si c'était là la conviction de ces milieux diplomatiques ou si c'était le simple reflet de la crainte constante de Georges V d'avoir à héberger cette cousine germaine qu'il continuait à croire germanophile à outrance). »
Marina Grey, Enquête sur le massacre des Romanov, p.143-144, chapitre X, Perrin, 1987.
« Le 13 octobre (1918) on peut lire dans l'Osservatore Romano : "A la suite de l'intérêt montré par le souverain pontife en faveur de la tsarine et de ses filles, des démarches avaient été entreprises par le consul d'Autriche à Moscou auprès des autorités bolcheviques. Celles-ci lui ont dit ignorer le lieu où la tsarine et ses filles se trouvaient. En raison des doutes qui subsistent sur l'exactitude de ces informations, des personnes de confiance ont été chargées de faire des recherches." »
Marina Grey, Enquête sur le massacre des Romanov, p.144, chapitre 10, Perrin, Paris, 1987.
« Moscou,

Le président Sverdlov annonce avoir reçu par fil direct le câble l'informant de l'exécution de l'ex-tsar Nicolas Romanov(...) La femme et de fils de Nicolas furent envoyés en lieu sûr (...)

D'autres dirigeants bolcheviks nièrent tour à tour l'assassinat collectif des Romanov : Tchitchérine, le commissaire aux affaires étrangères dans le New York Times du 20 septembre 1918 ; puis son succcesseur Litvinov le 17 décembre 1918 et Zinoviev, membre du bureau politique du Parti communiste et de l'éxécutif du comité central dans le "San Francisco Sunday Chronicle" du 11 juillet 1920, sans oublier Karl Radek, le meilleur connaisseur des milieux révolutionnaires allemands. La déclaration la plus explicite fut donnée par Tchitchérine au Chicago Tribune, lors de la conférence de Gênes, en mai 1922(...) »
Marc Ferro, La vérité sur la tragédie des Romanov, p.22 et 24, chapitre 1, Tallandier, Paris, 2012.
« « Dans la nuit du 19 au 20 juillet (1918), vers une heure du matin, les cinq femmes sont transférées dans l'immeuble de la Perception, situé non loin de la gare n 2 de Perm. (...) Désormais, Alexandra et ses filles sont entre les mains de la Tcheka toujours en rivalité avec les soviets au sujet du sort à réserver aux Romanof. A Moscou Lénine hésite à donner des instructions à sa police secrète pour faire disparaître définitivement les cinq femmes dans un couvent, conformément à leur demande. En effet il a toujours dans l'idée de les échanger contre des amis communistes arrêtés et emprisonnés en Allemagne. » »
Elie Durel, L'autre fin des Romanof et le prince de l'ombre,, p.p.277 et 278, chapitre 13,, Lanore,, Paris, 2008.
« « Mon frère (Loukoianov, président de la Tcheka régionale de l'Oural) me dit que parler de ce qui s'était passé dans la maison Ipatiev à la mi-juillet lui était pénible, qu'il pouvait seulement me certifier que seul le tsar y avait été tué et que le reste de la famille avait été évacué par le train qui transportait le trésor. Dans ce train il y avait un wagon de voyageurs où on les a fait monter. Ce train est demeuré à la gare n° 2 de Perm, sévèrement gardé. Mon frère ne m'a jamais menti. C'est pourquoi je l'ai cru. (Témoignage de Vera Kaharnoukhova, secrétaire du comité du parti bolchevique de Perm). » »
Marina Grey, Enquete sur le massacre des Romanov,, p.p. 158, chapitre 11, Perrin, Paris, 1987.
« Je publie cette lettre comme préface afin que mes lecteurs puissent se faire immédiatement une idée des doutes troublants pour tous ceux qui, sur le théâtre même du drame, ont essayé de se faire une conviction. Le discours prononcé par M. Pichon à la Chambre, le 29 décembre 1918, n'est point fait pour les dissiper. Voici comment s'exprima le ministre des Affaires étrangères : Le prince Lwoff était dans une cellule voisine de celle où se trouvaient les membres de la famille impériale... Ils les ont réunis dans une seule pièce et les ayant fait asseoir l'un à côté de l'autre, ils les ont pendant toute la nuit lardés de coups de baïonnette, pour les achever l'tin après l'au- tre le lendemain à coups de revolver : l'empereur, l'impératrice, les grandes-duchesses, le tsarévitch, la dame d'honneur, la lectrice de l'impératrice et tontes les personnes qui touchaient à la famille impériale, si bien que dans cette pièce c'était, m'a dit le prince Lwoff, une véritable mare de sang ! A cela, moi qui ai vu le lieu du crime, je réponds que : 1° Il n'y a pas de cellules dans la maison Ipatieff qui, loin d'être une prison, est une des maisons bourgeoises les plus élégantes d'Ekaterinenbourg »
Joseph Lasies, la tragédie sibérienne, p.92, L'édition francaise, Paris, 1921.
« Je viens de recueillir à l'instant le témoignage d'un témoin qui se trouvait à Ekaterinbourg le jour du drame et fut toujours en très bonnes relations avec le prince Lwoff. Il en résulte que c'est M. Pichon qui a évidemment mal compris le prince Lwoff. Celui-ci a bien été emprisonné à la prison d'Ekaterinenbourg, distante de quatre kilomètres de la maison Ipatieff dans laquelle il n'a jamais séjourné ! Le seul témoin direct connu est mort en prison sans avoir rien révélé. »
Joseph Lasies, La tragédie sibérienne, p.96, L'Edtion francaise, Paris, 1921.
« Le 18 mai 1919, en gare d'Ekaterinbourg, le député français Joseph Lasies eut une violente dispute avec le journaliste Robert Wilton. Ce dernier stupéfia ses auditeurs en s'écriant : "Commandant Lasies, même si le tsar et la famille impériale sont vivants il faut dire qu'ils sont morts". »
Michel Wartelle, L'affaire Romanov ou le mystère de la maison d'Ipatiev, tome 1  ; "tome 2 avec nouveaux documents inédits", p.61 ; 68, chapitre 5, Louise Courteau, Quebec Canada, 2008 ; 2017.
« Le professeur Francis Camps, pendant près de 30 ans, médecin légiste au ministère de l'intérieur britannique, fut interrogé par Tom Mangold, journaliste à la BBC, en 1972 sur les différentes hypothèses du juge Sokolov. Il ressort de cet interrogatoire que rien de ce qu'on a découvert dans la maison Ipatiev ne constitue une preuve stricto sensu que onze personnes y soient mortes et moins encore la Famille impériale (...) En 1972, le professeur Camps terminait l'étude de l'enquête du juge Sokolov en ces termes : "je n'en accepte pas un seul mot. C'est l'exemple classique du rapport tendancieux, établi de bout en bout pour aboutir à des conclusions dictées d'en haut. Ces conclusions basées sur de simples présomptions sont irrecevables. Aujourd’hui aucun tribunal britannique ne considèrerait que ce document prouve quoique ce soit et permette de prononcer la peine capitale. A n’en croire que le dossier, la famille impériale n’est pas morte. L’enquêteur Sokolov a mal servi l’Histoire ». »
Michel Wartelle, L'affaire Romanov ou le mystère de la maison d'Ipatiev tome 2 "nouveaux documents inédits", p.73 et 74, chapitre 5, Louise Courteau, Quebec Canada, 2017.
« Pendant le mois de décembre de cette année (1918) les rumeurs sur la survie de la famille se sont répandue dans toute la Russie, devenant aussi des articles de presse que les divers envoyés spéciaux des principaux journaux du monde, dans l’Oural, publiaient avec de gros titres, nourris par les témoignages de témoins occasionnels qui parlaient de trahisons, de corruption, de fuites miraculeuses d’un ou plusieurs membres de la famille, de fouilles de trains, de maisons, par une partie des gardes rouges et de la police secrète bolchevique (Tcheka), à la recherche de quelque fugitif survivant. Dans certains articles de presse on signalait que les sources d’information émanaient de personnes proches des disparus, comprenant même des parents du tsar, comme il en était des déclarations du Grand-Duc Cyrille Wladimirovitch Romanov, cousin germain du tsar, en novembre 1918, dans lesquelles il affirmait avoir reçu une lettre de Tatiana, deuxième fille de l’empereur Nicolas II, l’informant que l’impératrice et ses filles étaient toutes vivantes, et que Nicolas II n’avait pas été exécuté ( New York Times, 9 janvier 1919 ). »
Marie Stravlo, Olga Nicolaiena Romanov, Estoy Viva Las Memorias inéditas de la última Romanov, Marie Stravlo (dir), p.19-20, Introduction a Las Memorias inéditas de la última Romanov., Ed. Martinez Roca, Madrid, 2012.
« A la fin de son livre l’auteur (Marc Ferro) se demande pourquoi, au contraire de ces événements historiques que sont la mort de Charles Ier et de Louis XVI, celle de Nicolas II est un « non-événement », ou rien de plus qu’un fait divers. Le lecteur peut se poser autrement la question. Voilà un ouvrage où est peinte avec une grande force une période capitale de l’histoire du monde. Au centre du récit, un homme victime de sa naissance et de l’héritage, écrasant pour lui, d’un despotisme oriental vieux de mille ans. Or pas moins d’un quart de ce livre est consacré à ce seul « fait divers ». C’est qu’il valait d’être examiné pour la première fois dans l’esprit critique le plus objectif. Marc Ferro a su rassembler les pièces significatives les plus « parlantes » relatives à l’événement. Elles forment la plus éclatante des cacophonies et le plus étonnant tissu de contradictions. On note aussi que les juges appelés à en connaître, comme les autres témoins qui exprimèrent leurs doutes sur la version courante - la mise à mort totale, - furent fusillés, ou moururent subitement d’une opportune maladie. Pour le lecteur qui a tout bien pesé, l’assassinat collectif d’Ekaterinbourg, suivi de la destruction par le feu des treize corps et leur ensevelissement avec vêtements et bijoux, tout cela ne fut qu’une mise en scène. Seul le tsar sera fusillé, un peu plus tard et ailleurs ; très probablement avec son fils, déjà condamné à mort par la maladie. Ce crime-là serait sans excuse. Les cinq femmes auront été sauvées. Il ne faut pas oublier que l’Allemagne les considérait comme allemandes, par leur mère, et qu’au moment de Brest-Litovsk on ne pouvait que tout faire pour répondre à cette exigence. Tout cela n’empêche pas les plus sérieux des dictionnaires d’avoir enregistré dans tous ses détails, avec les dates, un massacre qui n’a probablement jamais existé. Reste que ce « fait divers », ce « non-événement » éclaire d’un jour violent l’état de la Russie pendant ces quelques mois : elle a éclaté dans la plus totale anarchie. L’autorité effective de Lénine ne doit guère dépasser Moscou. Quoi qu’il en soit, le mot prêté par un témoin aux exécuteurs du tsar est très significatif de la réalité du moment : « La révolution va mourir, tu dois mourir aussi. " »
Yves Florennes, « recension : "Nicolas II par Marc Ferro », le Monde Diplomatique, mars 1990.

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Sous-arguments

Le massacre de la famille impériale n'a jamais existé, comme l'ont montré depuis les années 1980 Marina Grey, fille du général Denikine et Marc Ferro.

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Lénine n'a fait allusion que deux fois en novembre 1918 et octobre 1921 à la nuit ouralienne du 16 au 17 juillet 1918, sans jamais n'évoquer que la mort du tsar

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Lénine n'a fait allusion que deux fois en novembre 1918 et octobre 1921 à la nuit ouralienne du 16 au 17 juillet 1918, sans jamais n'évoquer que la mort du tsar
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A deux époques différentes en novembre 1918 quand la révolution est militairement en grand danger et en octobre 1921 lorsqu'elle est pratiquement sauvée, Lénine dément implicitement les premières rumeurs de 1918 devenues accusations en 1920 de massacre de la famille impériale et ne reconnaît que l'exécution solitaire du tsar. Marc Ferro qui a relevé la première allusion perçoit chez Lénine la prépondérance marxiste de l'économique et du social sur les individus et le rappel que les révolutions bourgeoises et régicides de France et de Grande-Bretagne n'ont pu empêcher de restaurations. Il en est de même de la deuxième allusion où l'on voit que Lénine toujours à l'esprit l'échec des révolutions britannique et française (même s'il ne les nomme pas) qu'il attribue à leur non-prise en compte de la lutte contre le capitalisme.
« L'expérience de toutes les révolutions qui ont éclaté jusqu'ici en Europe confirme que la révolution subira une défaite, si la paysannerie ne triomphe pas de l'emprise des koulaks. Toutes les révolutions européennes n'ont abouti à rien, précisément parce que la campagne n'a pas su venir à bout de ses ennemis. Les ouvriers des villes ont renversé les monarques (en Angleterre et en France on a exécuté les rois il y a déjà quelques centaines d'années et nous étions seuls en retard avec notre tsar) et pourtant après un certain temps, l'Ancien Régime était restauré (...) »
Lénine, oeuvres de Lénine tome 28, p.176, 8 novembre 1918, Editions Sociales, Paris.
« Maintenant il n’y a plus de grands propriétaires déclarés. Les Wrangel, les Koltchak et les Denikine sont, pour une part, partis rejoindre Nicolas Romanov, et pour une autre part se sont tapis en lieu sûr à l’étranger. Le peuple ne voit pas d’ennemi manifeste, comme auparavant le grand propriétaire foncier et le capitaliste (...) Comment le peuple peut-il prendre conscience du fait que, à la place de Koltchak, de Wrangel et de Dénikine se trouve ici même, parmi nous l'ennemi qui a fait avorter toutes les révolutions antérieures ? Car si les capitalistes prennent le dessus sur nous, cela signifie le retour au passé, comme le confirme l'expérience de toutes les révolutions antérieures ? La tâche de notre parti est de faire pénétrer dans la conscience cette vérité que l'ennemi, parmi nous, c'est le capitalisme anarchique et l'échange anarchique des marchandises. »
Lénine, Oeuvres de Lénine, tome 33, aout 1921- mars 1923, p.60-61, 17 octobre 1921, Editions sociales, Paris, 1963.
« Alors que la mort de Charles Ier ou de Louis XVI ont été de grands évènements historiques, celle de Nicolas II constitue même l'exemple d'un fait divers, d'un non-évènement(...)

(...) L'essentiel, expliquait Lénine, était de détruire les propriétaires terriens, les koulaks. La mort de Nicolas II ne méritait ni explication, ni mention, ni justification. Lénine y faisait allusion comme une information sur quelque chose qui lui était étranger. Mais c'était si peu important que cela ne méritait pas qu'on s'y attardât.

Voilà qui ne l'empêchait pas d'ailleurs, de négocier avec les Allemands le sort de l'impératrice et de ses filles. Mais ces négociations secrètes, condamnées la veille encore, demeuraient soigneusement cachées sous la chappe d'une théorie de l'Histoire qui était censée ignorer les individus et ne connaître que les classes et modes de production...C'est ainsi qu'une telle négociation, pareille exécution purent devenir de non-évènements, disparaître de l'Histoire. »
Marc Ferro, Nicolas II, p.344-345, Payot, 1990.

Lénine n'a pas dit qu' "il faut tuer tous les Romanov c'est-à-dire une bonne centaine"

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Lénine n'a pas dit qu' "il faut tuer tous les Romanov c'est-à-dire une bonne centaine"
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Dans le but de démontrer une volonté de tuer le tsar avec toute sa famille, Edvard Radzinsky (Nicolas II le dernier tsar) et Hélène Carrère d'Encausse dans ses biographies respectives de Lénine et de Nicolas II ont rapporté cette phrase sans la sourcer. On la trouve dans de multiples sites internets. Nous avonsv puisé dans les oeuvres de Lénine la véritable apostrophe formulée en décembre 1911 Il y plaidait au contraire l'instauration sans effusion de sang d'une république. Il s'adressait aux libéraux favorables à une monarchie constitutionnelle à l'anglaise. Celle-ci s'imposa au XVIIème siècle dans un pays plus évolué que la Russie du début du XXème siècle, par le régicide à la hache, en 1649 d'un Stuart : le "bandit couronné", Charles Ier. L'existence impunie "d'assassins Cent-Noirs" inexistants dans l'Angleterre monarchique des années 1640, impliquait, dans l'esprit de Lénine, l'existence de cent commanditaires au sein de la grande Maison Romanov. Il aurait donc fallu, pour imposer une monarchie à l'anglaise, engager "au moins" cent procédures judiciaires, afin d'obtenir "au moins" cent condamnations à mort par décapitation ("couper la tête"), construire "au moins" cent gibets, forger "au moins" cent haches, recruter "au moins" cent bourreaux professionnels, afin de faire comprendre aux enfants ou successeurs de cette centaine (ou plus) de Romanov criminels, qu'une monarchie constitutionnelle, telle qu'elle fut imposée en 1660 par Charles Stuart II, renforcée par Guilllaume d'Orange en 1688 était possible. Cela apparaissait évidemment impossible à Lénine. Depuis 1900 pour lui la propagande, les tracts et non les massacres constituaient les moyens de sape du tsarisme autocratique d'abord, constitutionnel ensuite. Loin d'être un appel à la violence ce texte est au contraire un des rares échos de l'engagement de Lénine en faveur de l'abolition de la peine de mort, rapporté en 1918 par son frère ennemi, le menchevik de gauche Julius Martov.
« Pourquoi la lutte pour la république, est-elle une condition réelle de la conquête de la liberté en Russie ? Parce que l’expérience, la grande, l’inoubliable expérience de l’une des plus grandes décennies de l’histoire russe, je veux dire de la première décennie du XXème siècle, montre de façon claire, évidente, irréfutable, l’incompatibilité de notre monarchie avec les garanties les plus élémentaires de la liberté politique. L’histoire de la Russie, l’histoire séculaire du tsarisme font qu’au début du XXème siècle, il n’y a pas et il ne peut pas y avoir chez nous d’autre monarchie que celle des Cent-Noirs et des pogromistes (...) Les ganaches libérales dissertent sur l'exemple d'une monarchie constitutionnelle de type anglais. Eh bien, si dans un pays aussi cultivé que l'Angleterre, qui n'a jamais connu le joug mongol, l'oppression de la bureaucratie, le déchaînement de la caste militaire, il a néanmoins fallu couper la tête à un bandit couronné pour apprendre aux rois à être des monarques « constitutionnels », en Russie il faudra couper la tête à cent Romanov au moins, pour enlever à leurs successeurs l'habitude d'organiser des bandes d'assassins Cent-Noirs et de déchaîner des pogromes. Si la social-démocratie a retenu quelque chose de la première révolution russe, elle doit maintenant bannir de tous nos discours, de tous nos tracts, le mot d'ordre de « à bas l'autocratie » qui s'est révélé inadapté et vague, et défendre exclusivement celui de "A bas la monarchie tsariste, vive la république". »
Lénine, « A propos des mots d'ordre et de la conception du travail social-démocrate à la Douma et en dehors « "Social-Démocrate" » », Oeuvres de Lénine, tome 17, décembre 1910- avril 1912, p.341, 8/21 décembre 1911, Editions Sociales, Paris, 1968.
« Et qu'on ne vienne pas nous dire que le mot d'ordre de république ne correspond pas au stade actuel de développement politique des ouvriers et des paysans. Il y a dix ou douze ans, il n'y avait pas que les populistes àn ne pas oser évoquer en pensée le mot d'ordre de "A bas l'autocratie !", il se trouvait même des social-démocrates que l'on nommait "économistes" pour protester contre son opportunité. Or, en 1903-1904 le mot d'ordre de "A bas l'autocratie" était passé dans la langue ! Il ne fait pas l'ombre d'un doute qu'une propagande républicaine, systématique, persévérante, trouvera maintenant en Russie le terrain le plus fertile (...) Personne ne peut actuellement déterminer avec quelle rapidité croîtra la semence de la propagande républicaine jetée à terre, là n'est pas l'essentiel ; ce dont il s'agit, c'est que les semailles soient bien faites, de manière réellement démocratique. »
Lénine, « A propos des mots d'ordre et de la conception du travail social-démocrate à la Douma et en dehors « "Social-Démocrate" » », Oeuvres de Lénine, tome 17, décembre 1910- avril 1912, p.341-342, 8/21 décembre 1911, Editions Sociales, Paris, 1968.
« En 1910, au Congrès international socialiste de Copenhague, on a pris la résolution de lutter dans tous les pays contre la barbarie de la peine de mort. Le socialisme international a reconnu que les socialistes ne peuvent jamais, dans aucune condition, admettre ce meurtre de sang-froid des gens sans armes, par ordre de l’Etat, que l’on appelle la peine de mort. Cette résolution, camarades, a été signée par tous les chefs actuels du parti bolcheviste : Lénine, Zinoviev, Trotsky, Kamenev, Radek, Rakovsky, Lounatcharsky. Je les ai vus à Copenhague, lever la main pour la résolution qui déclarait la guerre à la peine de mort. »
Julius Martov, « A bas la peine de mort », août 1918.

Ni sous Lénine ni sous Staline aucun Romanov en exil n'est mort assassiné par le pouvoir bolchevik

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Tchitcherine, commissaire soviétique aux affaires étrangères, était apparenté aux Romanov

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Tchitcherine, commissaire soviétique aux affaires étrangères, était apparenté aux Romanov
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L'idée d'une extermination de tous les Romanov par les Rouges est d'autant moins recevable qu' Ii n'y avait aucun inconvénient chez eux à intégrer dans leurs rangs et à un poste clé un Romanov ; lequel qui participe en juillet et août 1918 à des pourparlers avec des cours euroépéennes pour la reconnaissance ferme du régime des Soviets en contrepartie d'une liberté conditionnelle accordée aux Romanov
« Au centre de ces pourparlers : Georgy Tchitchérine. D'origine noble, comme Dzerzinski (le fondateur de la Tcheka), il était le cousin de la comtesse polonaise Alexandrine Huttten Czapski. Or celle-ci était, par son second mariage, l'épouse morganitique du grand duc Louis IV de Hesse, père de la tsarine. La comtesse était ainsi la belle-mère d'Alexandra. " Mais qui savait que Tchitchérine, négociateur et ministre soviétique, était un cousin éloigné de la tsarine ? " Il ne s'en vantait pas. »
Marc Ferro, La vérité sur la tragédie des Romanov, p.141, chapitre 7, Tallandier, Paris, 2012.

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