Lénine a fait l'éloge de la terreur

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Présentation de l'argument

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Citations [ modifier ]

« L’éloge de la terreur par Lénine, qui a toujours revendiqué son jacobinisme et a pris comme un honneur d’être traité de Robespierre et ceci dès l’apparition en 1903 de la fraction bolchevique au sein du Parti ouvrier social démocrate russe, est bien antérieur à 1922, ou même 1917. Et même à 1914 : un des points que je voudrais montrer, et qui répond au texte de Stéphane Courtois, est que l’impact de la guerre mondiale fut négligeable sur la valorisation de la terreur par Lénine et qu’elle ne fut pas une rupture. »
Dominique Colas, « Lénine et la terreur de masse », Quand tombe la nuit, L'Âge d'Homme, Lausanne, 2001.
« Je souhaiterais surtout faire apparaître ce qu’est la fonction et le fonctionnement de la « terreur de masse » pour Lénine. La formule mérite des guillemets puisqu’elle appartient en propre au système conceptuel et lexical de Lénine : elle apparaît, au plus tard, pour la première fois dans le contexte de la révolution de 1905, elle est martelée pendant le printemps et l’été 1918. Mais le concept, sinon le terme, est utilisé ultérieurement ; ainsi, en avril 1921, Lénine affirme que les mencheviks et les socialistes-révolutionnaires veulent « livrer les masses à la terreur des gardes blancs » mais qu’à la « terreur blanche » doit répondre la « terreur rouge ». Et, j’y insiste, dans tous les cas où il y fait référence, la « terreur de masse » conduite par les bolcheviks est valorisée. »
Dominique Colas, « Lénine et la terreur de masse », Quand tombe la nuit, L'Âge d'Homme, Lausanne, 2001.
« Lénine considère que la participation la plus large du prolétariat à la terreur, mais bien sûr guidé par le parti, est souhaitable. En témoigne notamment sa protestation adressée à G. Zinoviev qui, en juin 1918, s’est opposé au « terrorisme de masse » en réponse à l’assassinat d’un dirigeant du Soviet de Petrograd. Le texte, daté du 26 juin 1918, vaut d’être cité en entier :

« Camarade Zinoviev,

C’est aujourd’hui seulement que nous avons su au CC [Comité Central] que les ouvriers de Petrograd voulaient répondre à l’assassinat de Volodarski par une action terroriste de masse et que vous (non personnellement, mais les membres du CC à Petrograd où les membres du CP [Comité de Petrograd]) les en aviez empêchés.

Je proteste énergiquement !

Nous nous compromettons : même dans les résolutions des Soviets des députés, nous brandissons la menace du terrorisme de masse, mais quand nous arrivons au fait, nous freinons l’initiative révolutionnaire des masses, parfaitement juste.

Cela est im-po-ssi-ble !

Les terroristes [sans doute des socialistes-révolutionnaires] vont nous prendre pour des chiffes. Le moment est d’une extrême gravité.

Il faut encourager l’énergie et le caractère de masse du terrorisme visant les contre-révolutionnaires, ceci particulièrement à Petrograd, car son exemple est décisif.

Salutations !

Lénine »

Cette directive s’inscrit dans une série de textes faisant l’éloge de l’insurrection armée, de la guerre civile et de la violence de masse. Ainsi, en janvier 1917, Lénine exposait-il son regret qu’en 1905 les paysans n’aient pas été assez combatifs pour « débarrasser définitivement la terre russe de cette ignominie qu’est la grande propriété foncière féodale » et pendant toute la révolution de 1905 il n’avait cessé d’appeler à la violence insurrectionnelle. »
Dominique Colas, « Lénine et la terreur de masse », Quand tombe la nuit, L'Âge d'Homme, Lausanne, 2001.

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Sous-arguments

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Objections [ modifier ]

Le 20 septembre 1919 Lénine conteste la terreur en rapportant un article américain anti-interventionniste selon lequel en 1918 "le gouvernement finlandais a été beaucoup plus terroriste que le gouvernement bolchevik".

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Le 20 septembre 1919 Lénine conteste la terreur en rapportant un article américain anti-interventionniste selon lequel en 1918 "le gouvernement finlandais a été beaucoup plus terroriste que le gouvernement bolchevik".
SOUS-ARGUMENTS OBJECTIONS
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Stuart Chase, ce libéral américain que Lénine cite en septembre 1919 pour démontrer que la Terreur blanche en Finlande surpassa au printemps 1918 la répression rouge pendant toute l'année novembre 1917-novembre 1918, est un des futurs théoriciens du New Deal dans les années 1930. À ce titre, s'il faut comparer Lénine et Staline, c'est bien dans leur alliance avec les progressistes américains, Chase et Franklin Roosevelt, contre la réaction blanche et nazie, ou contre Churchill, ministre interventionniste en 1918-1919, resté ultérieurement très conservateur (colonialiste en diable), malgré sa lucidité face à Hitler. Cela lui vaudra de perdre le pouvoir en 1945 au profit des travaillistes.
« La bourgeoisie mondiale soutient les Maherheim et les Koltchak, soucieuse qu'elle est d'étouffer le pouvoir des Soviets et de le représenter sous un faux jour comme terroriste et non démocratique. Tels sont les faits. Et Kautsky, Martov, Tchernov et Cie ne sont que les thuriféraires de la bourgeoisie quand ils chantent leur petit air sur le terrorisme et la démocratie. C'est précisément à ses accents, c'est en l'employant à tromper les ouvriers que la bourgeoisie mondiale étouffe la révolution ouvrière. »
Lénine, « Comment la bourgeoisie utilise les rénégats », Oeuvres de Lénine, tome 30, p.24, 20 septembre 1919,, Paris,, 1964.
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« Le gouvernement actuel de Finlande, dès son accession au pouvoir a exécuté de sang-froid en quelques jours 16.700 membres de l’ancienne république socialiste et en a interné dans les camps de concentration 70.000 autres. Alors qu’en Russie, le total des exécutions pour l’année qui s’est terminée le 1er novembre 1918 a été, d’après les chiffres officiels de 3. 800, ce nombre comprenant beaucoup de fonctionnaires vendus, aussi bien que des contre-révolutionnaires. Le gouvernement finlandais a été infiniment plus terroriste que le gouvernement russe.  Après avoir tué et arrêté (sic) près de 90. 000 socialistes et après en avoir chassé près de 50. 000 à l’étranger - la Finlande est un petit pays qui ne compte que 400.000 électeurs environ - le gouvernement blanc a estimé qu’il était relativement hors de danger de procéder à des élections. Malgré toutes les précautions, une majorité de socialistes a été élue, mais le général Mannerheim, tout comme les alliés après les élections de Vladivostok, n’a pas confirmé le mandat d’un seul d’entre eux. »
Stuart, Chase, cité par Lénine, « "Mannerheim et Kotchak" New Republic 25 juin 1919 », oeuvres de Lénine tome 30, p.23, 20 septembre 1919, Éditions sociales, Paris, 1964.

Les 2 et 5 décembre 1919, il ne justifie pas le terrorisme mais renvoie l'accusation

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Les 2 et 5 décembre 1919, il ne justifie pas le terrorisme mais renvoie l'accusation
SOUS-ARGUMENTS OBJECTIONS
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« Jusqu'à présent la petite bourgeoisie d'Europe nous a surtout accusé de pratiquer le terrorisme, de réprimer brutalement les intellectuels et les petits-bourgeois. A cela nous répondrons : tout cela c'est vous qui nous l'avez imposé, ce sont vos gouvernements" (...) Et quand les puissances qui détiennent la flotte mondiale, qui détiennent des forces militaires, cent fois supérieures aux nôtres, foncent sur nous et obligent tous les petits Etats à se battre contre nous, ce n'était pas la Terreur peut-être ? »
Lénine, Oeuvres de Lénine tome 30, p.181, 2 décembre 1919, Éditions sociales, 1964.
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Voir les citations restantes dans la page détaillée de l'argument.
« On nous impute d'avoir érigé le terrorisme en principe (...) Ne s'agit-il pas de terreur lorsque la flotte du monde entier fait le blocus d'un pays affamé ? Ne s'agit-il pas de terreur lorsque des représentants étrangers couverts par la prétendue immunité diplomatique organisent des soulèvements de gardes blancs ? »
Lénine, Oeuvres de Lénine, tome 30, p.226, 5 décembre 1919, Éditions Sociales, Paris, 1964.

Le 20 aout 1918 Lénine désapprouve les terreurs française de 1793 et britannique de 1649

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Le 20 aout 1918 Lénine désapprouve les terreurs française de 1793 et britannique de 1649
SOUS-ARGUMENTS OBJECTIONS
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« Elle voudrait aujourd'hui, cette bourgeoisie, que nous ne fassions pas la révolution au milieu de ces destructions, parmi les décombres de la culture, les décombres et les ruines amoncelées par la guerre, avec des hommes que la guerre a rendus sauvages ! Oh ! que cette bourgeoisie est humaine et équitable ! Ses valets nous accusent de terrorisme… Les bourgeois anglais ont oublié 1649 et les Français 1793. La terreur était juste et légitime quand la bourgeoisie l'appliquait en sa faveur contre les féodaux. Elle est monstrueuse et criminelle quand les ouvriers et les paysans pauvres ont osé l'appliquer contre la bourgeoisie ! La terreur était juste et légitime quand elle était mise en oeuvre pour substituer une minorité exploiteuse à une autre. Elle est monstrueuse et criminelle dès qu' elle est mise en oeuvre pour aider au renversement de "toute" minorité exploiteuse, dans l'intérêt d'une majorité réellement immense, dans l'intérêt du prolétariat et du semi-prolétariat, de la classe ouvrière et de la paysannerie pauvre  ! »
Lénine, « Lettre aux ouvriers américains », Oeuvres de Lénine, tome 28-juillet 1918-mars 1919, p.66-67, 20 aout 1918, Éditions sociales, Paris, 1961.

Le 26 juin 1918 Lénine répondait à une violence terroriste

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Le 26 juin 1918 Lénine répondait à une violence terroriste
SOUS-ARGUMENTS OBJECTIONS
Zinoviev qui rejetait en juin 1918 la Terreur de masse, la théorise en septembre après les attentats du 30 août 1918
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« Mais enfin la terreur rouge a existé, et Lénine après l'avoir décrétée n' a fait que l'attiser ! (...) Non seulement je ne suis pas enclin à en minimiser la violence, mais je veux souligner qu'il l'exhibe de façon délibérée, constatant avec une grande inquiétude combien si en bas le prolétariat en vient à ne pas faire de quartier (...) en haut chez nombre de bolcheviks même, on reste réticent tous les premiers mois (dixit) de 1918 encore à riposter à l'extrême violence contre-révolutionnaire par l'extrême violence révolutionnaire. En témoigne, par exemple, ce télégramme du 26 juin 1918 à Zinoviev, souvent cité comme accusateur, où Lénine "proteste énergiquement" contre la direction bolchevique de Pétrograd qui a empêché les ouvriers de "répondre" (qu'on veuille bien noter "répondre") par "une action terroriste de masse" à l'assassinat du dirigeant Volodarski - "les terroristes vont nous prendre pour des chiffes molles", écrit-il. "Le moment est d'une extrême gravité" (t. 35, 342). Or ce texte, parmi d'autres, montre clairement que la terreur n'est pas pour Lénine une politique justifiée en soi, une furie "purificatrice" couronnant je ne sais quelle "culture de guerre civile", mais la seule riposte efficace des forces populaires à un adversaire qui ne recule devant rien pour tenter d'écraser la révolution. »
Lucien Sève, Octobre 1917. Une lecture très critique de l'historiographie dominante. Suivi d'un choix de textes de Lénine., p.37-38, "La terreur nous a été imposée", Éditions sociales / Les parallèles 1917 + cent, Paris, 2017.
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« C'est ce que nos auteurs ne veulent absolument pas voir : de même que la violence révolutionnaire est la contre-violence de ceux qu'on exploite et opprime depuis tant de générations, la terreur rouge est la riposte tardive à celle qu'ont aussitôt déclenchée contre les bolcheviks - on va revenir sur cette chronologie cruciale - féodaux et capitalistes avec pour armes premières les attentats perpétrés par la caste militaire et le sabotage organisé par les fonctionnaires tsaristes. Lénine ne cesse d'énoncer cette vérité d'évidence. »
Lucien Sève, Octobre 1917. Une lecture très critique de l'historiographie dominante. Suivi d'un choix de textes de Lénine., p.38, "La terreur nous a été imposée", Éditions sociales / Les parallèles 1917 + cent, Paris, 2017.

En mai 1918 il compare ses contradicteurs communistes et SR de gauche aux petits-bourgeois révolutionnaires de 1793 et 1794

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En mai 1918 il compare ses contradicteurs communistes et SR de gauche aux petits-bourgeois révolutionnaires de 1793 et 1794
SOUS-ARGUMENTS OBJECTIONS
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Voici donc Lénine en 1918, présenté par ses détracteurs comme un descendant des jacobins de l'an II, qui persifle l'usage politique de la guillotine par ces révolutionnaires terroristes français de l'an II pour vaincre la spéculation ; puis parler avec aversion et dégoût des conceptions de ses contradicteurs qui pourraient aboutir aux mêmes excès, sans davantage de succès.
« Ce n'est pas le capitalisme d'état qui est ici aux prises avec le socialisme, mais la petite-bourgeoisie et le capitalisme privé qui luttent au coude-à coude contre le capitalisme d'état et le socialisme (...) C'est là un fait réel, tout-à-fait indéniable, dont l'incompréhension est à la base de l'erreur économique des "communistes de gauche". Le spéculateur, le mercanti, le saboteur du monopole, voilà notre pire ennemi "intérieur", l'ennemi des mesures économiques, du pouvoir des Soviets. Si il y a 125 ans, les petits-bourgeois français, révolutionnaires des plus ardents et des plus sincères, étaient encore excusables de vouloir vaincre la spéculation en envoyant à l'échafaud un petit nombre "d'élus" et en usant de foudres déclamatoires, aujourd'hui, les attitudes de phraseurs avec lesquelles tel ou tel socialiste-révolutionnaire de gauche aborde cette question n'inspirent qu'aversion et dégoût à tous les révolutionnaires conscients. »
Lénine, « Sur l'infantilisme "de gauche" et les idées petites-bourgeoises », Oeuvres de Lénine tome 27 février-juillet 1918, p.351-352, 9-10-11 mai 1918, Editions sociales, Paris, 1961.

En juin 1917 il se réclame d'un jacobinisme du XXème siècle sans effusion de sang

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En juin 1917 il se réclame d'un jacobinisme du XXème siècle sans effusion de sang
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« Les jacobins de 1793 représentaient la classe la plus révolutionnaire du XVIIIème siècle, les éléments pauvres des villes et des campagnes (...) Contre cette classe qui avait fait justice partiquement (et pas en paroles) de son monarque, de ses grands propriétaires fonciers, de ses bourgeois modérés, par les moyens les plus révolutionnaires, guillotine y comprise (sic), contre cette classe authentiquement révolutionnaire du XVIIIème siècle les morques coalisés d'Europe tournèrent leurs armes (...) Les jacobins déclarèrent ennemis du peuple ceux qui se faisaient "les auxiliaires des intrigues des tyrans coalisés contre la république" (...) Pour cette classe-ci au XXème siècle l'ennemice son les grands propriétaires fonciers et les capitalistes en tant que classe et non les monarques. Si le pouvoir passait aux "jacobins" du XXème siècle, aux prolétaires et semi-prolétaires, ils déclareraient ennemis du peuple les capitalistes qui s'enrichissent à milliards dans la guerre impérialiste (...) Les jacobins du XXème siècle ne se mettraient pas à guillotiner les capitalistes : imiter un bon exemple n'est pas le copier. Il suffirait d'arrêter 50 à 100 magnats du capital bancaire, hauts chevaliers de la prévarication et du pillage bancaire ; il suffirait de les mettre en état d'arrestation pendant quelques semaines, pour divulguer leurs tripotages et montrer à tous les exploités "à qui profite la guerre". Les tripotages des rois de la banque une fois divulgués, on pourrait les remettre en liberté, en plaçant sous le contrôle des ouvriers les banques, les syndicats capitalistes, et les hommes d'affaires travaillant pour le compte du Trésor. »
Lénine, « Sur les ennemis du peuple », Oeuvres de Lénine, tome 25, juin-septembre 1917, p.54-55, 20 (7) juin 1917, Editions sociales, Paris, 1962.

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Références

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