L'univers n'a pas de cause ni de raison d'être

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pouce d'argument Cet argument est une objection dans le débat Dieu existe-t-il ? (nouvelle version)
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flèche vers le haut dans un cercle Cet argument est une objection à Dieu est la cause première de l'univers
SOUS-ARGUMENTS OBJECTIONS
Il ne peut y avoir une infinité de causes
Il ne peut y avoir un passé infini
L'univers a commencé d'exister avec le Big Bang
Il ne devrait exister rien exister
L'univers n'a pas de cause ni de raison d'être
Le principe de causalité ne s'applique pas à l'univers
L'univers s'est créé à partir de rien
L'univers n'a pas de commencement
L'univers est contingent
La cause première est le Big Bang
La cause première est un point immatériel
Tout a une cause, et Dieu en particulier
Il n'y a pas de raison que ce soit Dieu la cause première
La cause première est inconnaissable
et L'univers a commencé d'exister avec le Big Bang
SOUS-ARGUMENTS OBJECTIONS
Aucun sous-argument n'a été entré. L'univers n'a pas de cause ni de raison d'être
L'univers n'a pas de commencement
Il y a une infinité de Big Bangs et de Big Crunches
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Présentation de l'argument

Pas de cause car :
  • il n'existe rien en dehors de l'univers qui soit susceptible de le causer
  • on ne voit pas en quoi pourrait consister une cause de l'univers
  • le principe de raison suffisante est (toujours, partout) faux (cf. "principe d’irraison" de Meillassoux)

Citations

« C’est une maxime générale en philosophie que tout ce qui commence d’exister doit avoir une cause d’existence. Cette maxime est couramment considérée comme accordée dans tous les raisonnements sans aucune preuve donnée ou demandée. On suppose qu’elle est fondée sur l’intuition, et qu’elle est une de ces maximes que l’on peut nier avec les lèvres mais dont on ne peut douter réellement dans son cœur. […] Mais voici un argument qui prouve d’un seul coup que la proposition précédente n’est ni intuitivement ni démonstrativement certaine. Nous ne pouvons jamais démontrer la nécessité d’une cause pour toute nouvelle existence, ou pour toute nouvelle modification d’existence, sans montrer en même temps qu’il est impossible que quelque chose commence d’exister sans un principe producteur ; et si la dernière proposition ne peut être prouvée, nous devons désespérer d’être jamais capables de prouver la première. Or cette dernière proposition n’est absolument pas susceptible d’une preuve démonstrative ; nous pouvons nous en assurer en considérant que, comme toutes les idées distinctes sont séparables les unes des autres, et comme les idées de la cause et de l’effet sont évidemment distinctes, il nous sera aisé de concevoir qu’un objet n’existe pas à un moment, et qu’il existe au moment suivant, sans y joindre l’idée distincte d’une cause ou d’un principe producteur. Il est donc clairement possible à l’imagination de séparer l’idée d’une cause de l’idée de commencement d’existence, et, par conséquent, la séparation effective de ces objets est possible pour autant qu’elle n’implique ni contradiction ni absurdité ; et donc, elle n’est pas susceptible d’être réfutée par un raisonnement partant des seules idées ; et, sans ce raisonnement, il est impossible de démontrer la nécessité d’une cause. »
David Hume, Traité de la nature humaine, livre I, partie III, section III.
« Pourquoi n’y aurait-il pas un stock permanent de matière dont l’essence n’impliquerait pas l’existence mais qui ne dériverait son existence de rien d’autre ? »
John Leslie Mackie, The Miracle of Theism, Oxford University Press, 1982.
« Rien, en vérité, n’a de raison d’être et de demeurer ainsi plutôt qu’autrement – pas plus les lois du monde, que les choses du monde. Tout peut très réellement s’effondrer – les arbres comme les astres, les astres comme les lois, les lois physiques comme les lois logiques »
Quentin Meillassoux, Après la finitude, p.73, Le Seuil, Paris, 2006.
« Ce n’est pas comment est le monde qui est le Mystique, mais qu’il soit. »
Ludwig Wittgenstein, Tractatus logico-philosophicus, p.111, Gallimard, Paris, 1993.

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Sous-arguments

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Objections

La causalité n'est pas liée à la succession temporelle

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La causalité n'est pas liée à la succession temporelle
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« Cette objection, assez attrayante, commet deux erreurs : d’abord elle tient pour acquis qu’une cause est nécessairement antérieure à son effet. Or nous avons vu qu’une cause et un effet simultanés sont concevables. C’est l’asymétrie qui compte, pas le temps. L’absence de moment antérieur n’est donc pas un argument suffisant pour rejeter le besoin d’une cause. […] On oppose parfois à l’idée de causalité simultanée le fait que l’influence causale ne pourrait pas se transmettre plus vite que la lumière. Mais […] une analyse serrée de l’acte même de causation débouche sur l’idée que la cause et l’effet sont toujours simultanés. Nous sommes couramment trompés sur ce point par notre imagination, qui confond l’existence de l’être causant, antérieur à l’être causé, et l’acte même de causation, qui est nécessairement l’exact contemporain du surgissement de l’effet. L’allumette a évidemment existé avant la flamme, mais le moment où le phosphore est suffisamment frotté pour générer la flamme est nécessairement l’exact contemporain du moment où la flamme jaillit. »
Frédéric Guillaud, Dieu existe, p.234, Editions du Cerf, Paris, 2013.

La cause première peut être d'une autre nature que physique

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La cause première peut être d'une autre nature que physique
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« Les raisons de réclamer une cause n’ont pas disparu : l’essentiel dans notre affaire est que l’univers a fait son entrée dans l’existence à un moment du passé. Que ce commencement radical n’ait pas été précédé par un moment physique ne change rien d’essentiel : il existe bel et bien un premier moment de l’existence de l’univers, qui s’est réellement écoulé pour faire place au moment suivant, et qui appelle naturellement une cause, une explication. Que ce premier moment n’ait pas été précédé par un moment physique n’implique pas qu’il n’a pas eu de cause ; cela implique seulement qu’il n’a pas eu de cause physique. La seule échappatoire serait d’affirmer que l’être physique a surgi du néant absolu – autrement dit que le rien a engendré quelque chose. »
Frédéric Guillaud, Dieu existe, p.234, Éditions du Cerf, Paris, 2013.

L'exception au principe de raison suffisante mérite une justification

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L'exception au principe de raison suffisante mérite une justification
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« D’abord, on peut s’étonner que tous ces penseurs reconnaissent la validité du principe de raison suffisante au sein du monde, où ils admettent que les faits contingents ont des explications, et le refusent lorsqu’il s’agit de l’univers. On ne voit pas en effet au nom de quoi l’on pourrait décider que la contingence à l’intérieur du système est justiciable d’une enquête causale systématique mais que la contingence de l’univers lui-même ne doit faire l’objet d’aucune recherche d’explication, et laisser place à une muette admiration mystique (qui appelle généralement la citation du paragraphe de Wittgenstein sur la question). Même les penseurs absurdistes les plus radicaux cherchent d’où vient la panne quand leur voiture ne démarre pas – ils ne tombent pas en extase pour admirer l’absurdité radicale de l’univers. Et pourquoi cherchent-ils une explication ? Parce qu’ils voient bien qu’une panne de moteur n’a rien d’un fait nécessaire par soi […], mais tout d’un fait dépendant, contingent, qui aurait pu ne pas avoir lieu. Mais alors pourquoi renoncent-ils à ce principe en face de la contingence radicale du monde, qui n’a rien non plus d’un fait nécessaire par soi ? L’agrégat de tous les faits contingents est contingent, il appelle donc une cause extérieure. Que cette cause ne puisse pas faire partie des faits contingents physiques (puisque nous parlons de la totalité des faits physiques) n’est pas une raison d’en réfuter l’existence. Pourquoi ce « deux poids, deux mesures » ? La charge de la preuve incombe à ceux qui l’instaurent, pas à ceux qui, benoîtement, maintiennent que l’univers, étant contingent, doit pouvoir avoir une explication. »
Frédéric Guillaud, Dieu existe, p.185, Éditions du Cerf, Paris, 2013.

Parce que l'univers est contingent, il a une cause

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Parce que l'univers est contingent, il a une cause
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« Selon la thèse absurdiste, le monde, bien que contingent, n’a pas d’explication. La proposition centrale est donc qu’un être contingent peut n’avoir pas d’explication. Nous pensons que cette proposition est fausse. Il est possible de le montrer, en partant d’un principe plus faible que le principe de raison, acceptable y compris par les tenants de la thèse absurdiste. C’est à Richard Gale et Alexander Pruss que nous devons cette idée : ce principe consiste à admettre que « tout être contingent peut avoir une cause » (et non que « tout être contingent a une cause »). Chacun reconnaîtra qu’il est difficile de s’opposer à un principe aussi exigeant. Il va pourtant nous conduire assez loin. Prenons le cas de l’univers considéré dans sa matière primordiale. Même si l’on affirme que cet univers n’a, de fait, pas d’explication, on est obligé d’admettre qu’il pourrait en avoir une (que les êtres métaphysiquement contingents aient une explication est en effet le cas général et l’on ne voit pas ce qui pourrait empêcher que l’existence d’une quantité déterminée d’énergie ait une cause). On admet donc qu’il est logiquement possible que cet être ait une cause explicative. Or, nous savons que tout effet rend sa cause nécessaire (à partir du moment où un événement singulier a une cause, il faut reconnaître qu’il aurait été impossible sans celle-ci). On est donc amené à dire qu’il est possible que l’univers n’ait pas pu exister sans sa cause. Or les règles standard de la logique modale (système S5) posent que si un fait nécessaire est possible, il est réel. Donc, s’il est possible qu’un fait contingent ait une cause explicative, il est possible qu’il ait nécessairement besoin de cette cause, et donc il a une cause. »
Frédéric Guillaud, Dieu existe, p.187-188, Éditions du Cerf, Paris, 2013.
« Pour réfuter le principe de raison d’être, il ne suffit pas de trouver un être dont nous ignorions invinciblement la raison d’être, mais il faut encore prouver que cet être n’a pas réellement de raison d’être. La seule façon d’y parvenir logiquement est de démontrer qu’il ne peut pas avoir de raison d’être. Sans cela, on serait incapable de distinguer entre l’absence réelle de raison d’être et la simple ignorance de la raison. Mais réussir cette prouesse, ce serait précisément démontrer qu’il y a une raison pour laquelle cet être n’a pas de raison. Ce qui est, au pire, contradictoire et qui, au mieux, revient à prouver qu’il existe un être ayant sa raison d’être en lui-même ! On peut résumer cela ainsi : Soit p un fait contingent. On peut définir un fait contingent composé p* décrivant la conjugaison de deux faits : p existe et p n’a pas d’explication. p* étant un fait, il est possible qu’il ait une explication. Il faudra donc reconnaître qu’il est possible qu’il y ait une explication commune du fait que p existe et du fait que l’existence de p n’a pas d’explication. Ce qui est absurde car contradictoire. Il faut donc renoncer à l’idée que p puisse ne pas avoir d’explication, et maintenir que tout fait contingent doit avoir une explication. La proposition centrale de la thèse absurdiste est donc fausse. »
Frédéric Guillaud, Dieu existe, p.188-189, Éditions du Cerf, Paris, 2013.
« Il existe encore une autre façon d’argumenter ce point. Admettons qu’il existe au moins un être – la cause première – dont l’existence soit sans explication. À l’appui de cette conclusion, on peut soutenir que le principe « tout ce qui existe a une explication » n’est qu’un principe empirique, tiré par induction de la considération des êtres contingents qui ont commencé d’exister. La première cause que nous cherchons devrait donc avoir le statut d’un fait brut ultime sans explication (et non celui d’un être nécessaire auto-expliqué). En outre, et en dépit de ce que nous avons dit plus haut, on pourrait continuer de penser que l’idée d’« auto-explication » n’est pas claire. Il serait donc prudent de l’écarter. Doit-on en déduire que l’argument théiste échoue et que l’univers pourrait fort bien tenir lieu de cause première ? Non, car l’univers n’est pas un bon candidat au statut de fait brut ultime. Voyons pourquoi. Si nous récusons le principe d’après lequel « tout ce qui existe a une explication », le principe de remplacement immédiatement inférieur n’est pas que « tout être qui n’a pas besoin d’explication n’a pas d’explication ». Ou encore : « Tout être dont il est impossible qu’il ait une explication extérieure n’a pas d’explication de son existence ». Il est en effet assez clair que seul peut n’avoir pas besoin d’explication un être dont il est impossible de penser qu’il puisse en avoir besoin. Si l’on peut penser qu’un être a besoin d’une explication, c’est très probablement qu’il en a une. C’est, au minimum, un principe inductif bien fondé. Quel est le critère à appliquer pour le savoir ? Nous dirons qu’un être a besoin d’une explication lorsqu’il présente des caractéristiques arbitraires dont toute intelligence rationnelle cherche spontanément à rendre compte. Or de toute évidence, l’univers considéré dans sa matière primordiale présente ce genre de caractéristiques. Il n’est donc pas plausible qu’il soit l’être qui n’a pas besoin d’explication (et qui donc, de fait, n’en a pas). Même si l’on récuse le principe de raison dans sa version forte (qui veut que tout ait une explication), il faut affirmer que l’univers a très probablement une cause extérieure, puisqu’il présente des caractéristiques qui ont besoin d’une explication. Cette cause doit bien évidemment n’être pas dotée des caractéristiques qui nous porteraient, si nous pouvions la contempler, à en rechercher une explication. »
Frédéric Guillaud, Dieu existe, p.189-190, Éditions du Cerf, Paris, 2013.

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Références

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