L'Europe occidentale est-elle en déclin ?

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"Michel Onfray : La vérité cruelle est que notre civilisation s'effondre. Elle a duré 1 500 ans. C'est déjà beaucoup. Face à cela, je me trouve dans une perspective spinoziste : ni rire ni pleurer, mais comprendre. On ne peut pas arrêter la chute d'une falaise.

François-Xavier Bellamy. – Je partage avec vous l'impression de voir une civilisation s'effondrer, et le sentiment que personne n'en a encore vraiment pris la mesure ; mais la sagesse ne peut pas être qu'un consentement résigné à ce qui advient! Nous pouvons encore décider, dans nos vies personnelles comme dans nos choix collectifs, de recevoir et de transmettre ce qui dans notre culture demeure fécond, et plus actuel que les faux progrès qu'on nous vend. Malheureusement, de ce point de vue, le débat politique et intellectuel oppose plutôt des liquidateurs de faillite que des décideurs capables de tracer des perspectives."

Un regain du sujet

Depuis quelques années, le thème du "déclin" est devenu à la mode sous l'impulsion d'un certain nombres d'auteurs appelés "déclinistes", qui s'expriment dans toute l'Europe. Ceux-ci prédisent une agonie de l'Europe occidentale, atteinte de mille symptômes qu'ils se plaisent à énumérer. L'Europe, vieillissante et déprimée, anomique du point de vue économique, aux mains de dirigeants incapables de vision et attachés à une pure gestion comptable, irait vers les abîmes. Elle croirait que l'histoire tragique est finie et ne se préparerait pas à affronter le retour des crises géopolitiques ni des conflits "civilisationnels" qui s'avancent...

Ce discours est souvent l'apanage d'auteurs classés à droite ou dans le camp réactionnaire. Ceux-ci seraient des nostalgiques de la France de jadis, ils nieraient le progrès, auraient peur des avancées sociétales et du métissage, vivraient dans des souvenirs d'un passé mythifié. Leur discours préparerait les esprits aux replis identitaires, voire ferait le jeu des populistes.

Par refus de ces conséquences politiques prévisibles, un certain nombre d'intellectuels et de journalistes récusent à priori ce "déclinisme", renvoyé à une forme de peur psychologique. Ils rejettent ce qui leur apparaît plus comme une réaction affective que le fruit d'une analyse objective et fondée sur les données sociales. Les "déclinistes" sont souvent des essayistes à dominante littéraire voire des romanciers (Houellebecq), méfiants vis-à-vis des sciences sociales.

Le "déclinisme" est bien une idéologie très présente aujourd'hui. Est-elle fondée ? Cette notion de "déclin" correspond-elle à une réalité ?

Cette question revient à esquisser une philosophie de l'histoire au présent : où vont nos sociétés ? Derrière les excès, les outrances ou les aspects non scientifiques, les "déclinistes" ne reposent-ils pas la question du sens de notre "vivre-ensemble" et du vide de grands projets collectifs ? Ne s'agit-il pas de penser le présent, en voyant au-delà des questions purement économiques, pour oser affronter les aspects existentiels de notre malaise collectif ?

Un débat qui a une longue histoire

La question du "déclin" de l'Occident a une longue histoire. Déjà après la Première Guerre mondiale, quelques auteurs ont considéré que le progrès était une forme d'illusion, et que la société européenne voyait les prémisses de sa fin. Mais c'est à partir de la Seconde Guerre que le diagnostic est apparu comme une évidence ; l'école de Francfort a vu la montée simultanée du communisme d'Etat soviétique et des fascismes, sans oublier la déshumanisation des sociétés libérales. C'est sur le constat de ces échecs multiples, dans une analyse lucide de cet effondrement des idéaux du monde occidental, qu'elle a élaborée sa réflexion.

Plus tard, les précurseurs de l'écologie sont aussi partis du constat des échecs des sociétés industrielles et productivistes, qu'elles s'inspirent d'un modèle libéral, social-libéral ou communiste. Pour eux le productivisme était l'erreur fondamentale commune à toutes ces sociétés.

Plus radical, Heidegger et les courants qui s'en inspirent voient la cause déterminante de cette folie déshumanisante du monde occidental dans ses prémisses ; pour eux, c'est l'usage de la raison comme outil de domination sur le monde, devenue raison instrumentale, qui a causé en cascade la série des catastrophes. Dès ses prémisses, la philosophie masquait un désir de domination qui a accouché de la technique et a voulu "arraisonner" le monde, tant humain que naturel. Il y a une logique qui se poursuivrait, menant de Platon aux Lumières et des Lumières à Hitler, disent alors les plus radicaux, critiques de la civilisation occidentale.

On voit par ces brefs rappels que la question du "déclin de l'Occident" a une longue histoire, et que les "déclinistes" ne sont pas forcément des réactionnaires – il peut aussi s'agir de révolutionnaires qui récusent la voie empruntée par notre société, voire des utopistes qui rêvent à une autre civilisation.

Néanmoins nous ne pourrons pas traiter toutes ces approches, pour resserrer le débat sur les courants d'idées contemporains, qui s'affrontent autour de ces questions.

Nous laisserons en bibliographie les références d'auteurs "classiques" sur le sujet du déclin pour permettre d'élargir la perspective.

Les familles d'acteurs

Aujourd'hui, les thèmes du "déclin", qu'ils soient justifiés ou non, sont au cœur du débat. En ce sens, les "déclinistes" ont remporté une victoire idéologique et ont relégué les conceptions plus optimistes, tournées vers l'avenir et le progrès, à l'arrière-plan. On peut croire que les théories "déclinistes" sont exagérées, voire traverses de fantasmes et motivées plus par l'émotion que par la raison ; on ne peut pas les ignorer.

Le débat porte principalement sur trois aspects.

  • Pour les souverainistes et les antimondialistes, le déclin vient principalement de "la mondialisation" : les pays européens sont soumis au joug de puissances financières et politiques "mondialistes" qui imposent des normes juridiques et économiques au désavantage des peuples, et au bénéfice des grands groupes financiers (ou des Etats-Unis) ;
  • Pour les populistes et les droites radicales, le déclin vient principalement de l'immigration, de la perte de "cohésion nationale", du multiculturalisme, voire de "l'islamisation" ;
  • Pour les anti-américainistes et porteurs du « modèle européen » (faute de meilleure appellation), le déclin vient de l'américanisation, qui est souvent culturelle (langue, séries, musiques...) mais bien plus profonde, et affecte les mœurs, l'économie et l'ensemble des modes de vie et du rapport au monde des Européens.

Ces trois positions se recoupent parfois mais peuvent aussi s'opposer. Ainsi certains courants de gauche peuvent dénoncer la mondialisation mais considérer comme des fantasmes les discours sur "l'islamisation", et comme du racisme le rejet de l'immigration ; de même, certains partisans du libéralisme et du mondialisme peuvent rejoindre les populistes sur des thématiques conservatrices, constituant un courant "libéral-conservateur", alors que d'autres libéraux, au nom de la liberté de circulation et de l'économie ouverte, rejoignent la gauche sur l'immigration dans la volonté d'ouverture des frontières. Politiquement, ces ambiguïtés ne se retrouvent pas, puisqu'on a clairement à gauche un camp anti-mondialisation (économique, voire parfois culturelle), et à droite un camp anti-immigration – à tel point qu'un récent sondage considère que le marqueur le plus accentué gauche/droite est bien cette question de l'immigration.

Le débat sur le déclin et ses différentes facettes se retrouve dans toute l'Europe, notamment au travers de livres-chocs : en France, le succès d'Eric Zemmour avec Le suicide français (500 000 exemplaires), en Allemagne, le livre de Thilo Sarrazin, L'Allemagne disparaît (les 25 000 exemplaires de la première édition ont été vendus le jour même de sa sortie), au Royaume-Uni, le livre La mort de l'Europe, évoquent tous une thématique commune. Le clivage entre déclinistes, conservateurs, critiques ou ennemis du multiculturalisme, et progressistes, adeptes de l'ouverture à l'Autre et des avancées sociétales, structure en partie les débats de société.

On peut considérer que cette opposition forme un des clivages essentiels, clivage qui ne se recoupe pas toujours avec des forces politiques identifiées – même si, on l'a vu, un réel recoupement avec le clivage "gauche/droite" pourrait se lire au travers du thème de l'immigration, clivage ne rendant pas compte de tous les aspects du débat. Pour certains auteurs, il s'agit fondamentalement de la défense des Lumières – qui se trouve "polluée" par des thèmes nationalistes et xénophobes.

"L'esprit critique, l'affirmation de l'autonomie individuelle, le rejet des formes d'autorité refusant tout lien contractuel [...] sont autant d'idées qui furent certes formulées en Occident mis qui ne sont pourtant liées de façon essentielle à aucune ethnie, aucune couleur de peau ni aucune religion. Le projet des Lumières n'est pas le seul fait de penseurs occidentaux, d'autres y ont collaboré, et ses principes ne sont pas considérés comme pertinents – ou du moins attirants – uniquement en Europe et en Amérique du Nord. Sauf que, soumise au politiquement correct et trop occupée à continuer de se flageller pour les péchés du passé, une grande partie de la gauche européenne et américaine ne défend plus avec constance et fierté les piliers des Lumières. La défense de notre culture se retrouve donc pour ainsi dire externalisée, laissée à la droite. [...] Les effets sont dévastateurs parce que, au lieu de mettre en avant les fondamentaux des Lumières, la droite insiste sur les caractéristiques et les intérêts nationaux et, de ce fait, mise exactement sur la tactique qui, dans la première moitié du XXeme siècle, a plongé l'Europe dans l'enfer et la barbarie." (C. Strenger, Le mépris civilisé, Belfond 2016, p. 26)

Un auteur comme Carlo Strenger appelle donc la gauche à se ressaisir et à ne plus "externaliser" la défense des valeurs des Lumières à la droite. Il tente de re-positionner le discours sur "le déclin" en un débat plus légitime sur les principes fondateurs de nos sociétés.

Le débat autour du "déclin" est difficile à mettre en oeuvre sereinement, car les principaux camps (pro et anti mondialisation, pro et anti-immigration) s'accusent mutuellement et font surtout porter la discussion sur le terrain moral. Ainsi, rejeter l'immigration est se montrer raciste, ou au contraire vouloir l'ouverture des frontières, serait être "bisounours" et ne pas voir la réalité. Au lieu de poser à plat les arguments et de se situer le plus possible sur le plan de la raison, on attise les passions et les positions deviennent parfois caricaturales ou extrémistes. Le plus inquiétant dans cette configuration est que certains acteurs ne veulent plus débattre, car ils considèrent leurs adversaires comme des "ennemis" à détruire, et dont les arguments n'ont même pas à être envisagés. Le climat redevient quelque peu similaire à celui qui prévalait aux heures les plus idéologiques de la société, quand pro et anti-communistes s'affrontaient et s'invectivaient. Nous voudrions poser les bases d'un débat qui ne soit pas caricatural, où tous les arguments puissent être examinés, même s'ils choquent ou semblent fantasmatiques. Lutter contre les illusions est à ce prix.

Arguments POUR
Arguments CONTRE

Pouce vert tendu vers le hautLogo d'argument pour{{{2}}} Un déclin économique

Pouce vert tendu vers le hautLogo d'argument pour{{{2}}} Un déclin politique

Pouce vert tendu vers le hautLogo d'argument pour{{{2}}} Une baisse globale de la qualité de la vie

Pouce vert tendu vers le hautLogo d'argument pour{{{2}}} Un déclin démographique

Pouce vert tendu vers le hautLogo d'argument pour{{{2}}} Un déclin culturel

Pouce vert tendu vers le hautLogo d'argument pour{{{2}}} Un déclin moral

Pouce vert tendu vers le hautLogo d'argument pour{{{2}}} Du vide au désir de mort

Pouce rouge tendu vers le basLogo d'argument contre{{{2}}} L'Europe est un attracteur

Pouce rouge tendu vers le basLogo d'argument contre{{{2}}} Un lieu de concentration des richesses

Pouce rouge tendu vers le basLogo d'argument contre{{{2}}} Une puissance politique

Pouce rouge tendu vers le basLogo d'argument contre{{{2}}} Un progrès scientifique et moral

Pouce rouge tendu vers le basLogo d'argument contre{{{2}}} En transition vers une société plus écologique et éthique

Pouce rouge tendu vers le basLogo d'argument contre{{{2}}} Une société multiculturelle

Arguments POUR

Oui, car le monde occidental est déjà mort avec la Seconde Guerre mondiale

Oui, mais ce n’est pas simplement l’Occident qui va décliner, ce sont tous les peuples qui vont le suivre dans une descente aux abimes pour n’avoir pas à temps été économes en tout : « La plus grande caractéristique de la civilisation orientale est de connaître le contentement, alors que celle de l’Occident est de ne pas le connaître. » Cette maxime de Hu-Shih résume à elle seule la boulimie sans retenue de la civilisation du toujours plus qui amènera la planète au chaos. (Chitour)

Le déclin se ressent au niveau individuel. La nouvelle génération ne se sent pas décliner. Le "sentiment de déclin" est lié à la vision pessimiste diffusée par les médias.

Le monde passe d'une domination sans partage de l'Occident (monde uni-polaire) au début du XXème siècle à un monde multi-polaire (équilibre de plusieurs super-puissances).

1. Un déclin économique

Le monde occidental est dans une crise économique et financière qui va s'aggraver

Objections
Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} La crise économique va être surmontée et la "machine" repartira

L'Europe occidentale suit un modèle de développement court-termiste

L'Europe n'a plus les moyens de sa politique sociale

Elle tend à privatiser les services publics, réduire les aides, pressuriser les travailleurs indépendants, bloquer les salaires des fonctionnaires, etc. Partout les budgets sociaux sont rognés.

L'Europe est dépassée par les puissances émergentes

Objections
Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} L'Union européenne constitue la première puissance économique mondiale

Les 28 Etats membres de l'Union européenne ne représentent que 508 millions d’habitants, mais ils constituent la première puissance économique mondiale.

Ref http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/05/09/journee-de-l-europe-le-poids-de-l-ue-en-trois-graphiques_4916275_4355770.html

L'Europe devient un désert industriel

Disparition des grandes unités de production dans les années 80 du siècle dernier : textile, acier, même voitures.

Des pays comme la France ou le Royaume-Uni perdent leur industrie lourde, délocalisent leur production.

Les emplois ouvriers disparaissent, mettant en chômage une partie importante des populations.

L'automatisation et l'informatisation détruisent les emplois peu qualifiés

Les emplois de caissières, de coursiers, d'employés aux écritures, etc., disparaissent. Il n'y a plus assez de travail pour le nombre de personnes non qualifiées. Au lieu de profiter à tous, la modernisation ne sert qu'aux plus qualifiés, qui peuvent s'y adapter.

L’Europe vit une crise de l’avenir

Les nouvelles générations ne croient plus qu’elles vivront mieux que celles qui les ont précédées.

Ref (Chitour2) (Rapport publié par l’Institut de recherche sociale d’Ipsos MORI : « Le postulat d’un avenir systématiquement meilleur pour la génération à venir n’existe plus dans une majeure partie de l’Occident. » https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-144115-loccident-cette-civilisation-en-declin-1175980.php

La promesse du progrès est bafouée

Partout s'amorcent des régressions sociales : précarité, loi Travail, démantèlements des services publics

L'Europe occidentale devient de plus en plus inégalitaire

Concentration des richesses chez les hyper-riches et recul voire une disparition des classes moyennes (Réf. Pinçon-Charlot)

On voit l'émergence d'une société à deux vitesses, avec les insiders privilégiés et les outsiders précarisés

Guilluy analyse de "La France périphérique"

Objections à l'argument "Un déclin économique"

Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Objection à écrire

2. Un déclin politique

La fin du monde unipolaire

Au monde unipolaire et dominé par l’Occident succède une nouvelle géopolitique marquée par la multiplication des acteurs influents. L’affaissement actuel du système financier ne peut qu’accélérer ce mouvement de repli occidental" (Chitour2)

Une faiblesse militaire

Recul de l'interventionnisme américain et faiblesse militaire de l'Europe

La crise des institutions

Les institutions assurent la solidité de la société. Or celles-ci s'effritent. Crise de l'État, de la famille, de la Ve République, du contrat, des institutions européennes, de la justice… Ces institutions sont contestées et les citoyens considèrent qu'elles fonctionnent mal.

"(...) la violence symbolique exercée ordinairement par l’institution ne va plus de soi (les notes des enseignants peuvent se trouver contestées, les décisions du tribunal violemment remises en cause) et les demandes de justification se multiplient : les malades réclament des droits, les prisonniers un traitement plus humain. Loin de se réduire au programme institutionnel caractéristique des institutions punitives (de la prison au pensionnat, de la maison de redressement à l’hospice), magistralement décrites par Michel Foucault dans Surveiller et punir (1975), les institutions font désormais l’objet de remises en question parfois explicites, à la manière de la police, perçue lors de ses interventions dans les quartiers dits difficiles comme une puissance hostile, occupant indûment un territoire étranger."

https://www.alternatives-economiques.fr/crise-institutions/00037133

Objections
Cette "crise des institutions" accompagne le besoin d'émancipation

Ecole, justice, police, famille etc. sont des carcans qui empêchent l'individu de se libérer et d'exprimer sa personnalité. Qu'elles soient contestées est positif.

Au contraire, on assiste à un retour de l'ordre

On a jamais autant exalté le mariage et la famille ; la justice reste respectée et domine la société, avec parfois une dérive vers l'envie du pénal. L'école républicaine continue d'être un pilier de la société.

Un alignement sur la politique étrangère américaine

Réintégration de l'OTAN sous Sarkozy, Hollande en Syrie, tensions avec la Russie, etc.

Politique qui perd son indépendance et son équilibre : au Proche-Orient, face à la Russie voire à la Chine

Objections
Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} L'Europe a encore une voix importante

Deux États européens possèdent le droit de véto au conseil de l'ONU (France, Royaume-Uni), trois si l'on compte la Russie (partagée entre l'Europe et l'Asie, capitale en Europe)

Un recul de la démocratie

Lors du référendum de 2005, les dirigeants européens sont passés en force pour imposer la "Constitution" qui avait été rejetée par plusieurs pays (France, Hollande).

Loupe de débat connexe Débat connexe : Sommes-nous en démocratie ?

La perte de cohésion nationale

François Hollande dans son ouvrage d'entretiens ("Un Président ne devrait pas dire cela") évoque les divisions internes aux sociétés européennes, parlant de "sécessions" ; l'ouvrage collectif "Les Territoires perdus de la République" dénonçait déjà cette situation mais celle-ci irait s'envenimant jusqu'à l'éclatement de "guerres civiles" (discours attribué aux "néo-réacs" : Rioufol "La guerre civile qui vient", mais que l'on trouve chez des observateurs de diverses tendances, par exemple le psychosociologue Charles Rojzmann "Vers la guerre civile"...).

Objections
L'Etat entretient le mythe de la guerre civile pour des raisons politiques

En suscitant des peurs irrationnelles, l'Etat justifie des mesures répressives. Au lieu de s'attaquer aux véritables causes des tensions, il pratique une politique sécuritaire qui va se renforcer, car plus elle s'étend, moins elle donne de résultats, ce qui provoque une fuite en avant.

"Il y a dix ans, dans une somme particulièrement lucide sur notre monde, La Dissociété, Jacques Généreux avait pris le parti de dénoncer ce qu’il comprenait déjà comme une guerre civile. Dans le même sens que Giorgio Agamben, il dénonçait la stratégie de l’État de sécurité, de cet état d’urgence qui a, en réalité, « bien du mal à faire reculer la violence globale puisqu’elle n’en combat jamais les causes », et qu’en conséquence « le risque est grand de devoir indéfiniment consentir de nouvelles dépenses et renier les libertés publiques, sans effet notable sur l’insécurité réelle comme sur le sentiment d’insécurité ».

Et c’est à partir de ce premier constat que l’avertissement de l’économiste politique prenait le tour le plus critique : « Dans une nation qui préserve au moins l’apparence d’une démocratie, le gouvernement engagé dans ce cercle vicieux (du sécuritaire) doit justifier l’injustifiable devant des électeurs : un État policier qui ne fait pas vraiment la police ! La poursuite d’une telle politique, dans un régime d’élections libres, ne peut reposer que sur le mensonge et la stimulation d’une peur irrationnelle qui, à défaut de légitimer vraiment cette politique, peut du moins entretenir l’illusion de sa nécessité. Paradoxalement, dans ce monde de fous, toute nouvelle violence un peu spectaculaire est bonne à prendre puisqu’elle vient justifier une politique dont elle révèle pourtant la vanité ! »"

Antoine Peillon, extrait de Résistance (Le Seuil, 2016).

https://blogs.mediapart.fr/antoine-peillon/blog/170516/les-fauteurs-de-guerre-civile

Ayant perdu son ennemi communiste, le libéralisme se crée un nouvel ennemi sous forme de l'islamiste

Pour justifier sa politique et obtenir des sacrifices économiques ou politiques, ainsi qu'une forme de cohésion de groupe, les régimes se créent des ennemis souvent fantasmés. Ce fut le cas avec le communisme naguère ; aujourd'hui, cette fonction est dévolue aux islamistes.

L'abstention aux élections et l'anomie

Défiance vis-à-vis des politiques, votes aux extrêmes, manque de représentativité des dirigeants

Des pays dirigés par une élite de plus en plus coupée des citoyens ordinaires

Les nouvelles élites sont sélectionnées par leurs hautes études et leur capital culturel. Elles méprisent "le peuple", le considérant comme peu apte à user de sa raison. Leurs intérêts et leur mode de vie divergent de plus en plus des citoyens ordinaires. Une nouvelle lutte des classes s'engage entre des élites qui tiennent un discours faussement humaniste et ouvert, prônent la mondialisation et imposent leurs décisions et les victimes de l'ordre économique libéral, qu'elles qualifient souvent de populistes.

"La mondialisation, d’après le sociologue (Christopher Lasch), a transformé les élites en touristes dans leurs propres pays. Les membres de cette nouvelle classe, qui se rêvent «citoyen[s] du monde» mais qui n’acceptent «aucune des obligations que la citoyenneté dans une forme de cité sous-entend normalement», se sont «retirés de la vie commune et ne veulent plus payer pour ce qu’ils ont cessé d’utiliser».

C’est ce qui amène Christopher Lasch à conclure, en référence à La révolte des masses (1929) du philosophe espagnol José Ortega y Gasset: «Naguère, c’était la “révolte des masses” qui était considérée comme la menace contre l’ordre social […]. De nos jours, cependant, la menace principale semble provenir de ceux qui sont au sommet de la hiérarchie sociale et non pas des masses.» Car cette «révolte des élites» détruit le débat démocratique. Le marxiste explique que «l’isolement croissant des élites signifie entre autre chose que les idéologies politiques perdent tout contact avec les préoccupations du citoyen ordinaire». La conséquence est que «le débat politique se restrei[nt] la plupart du temps aux “classes qui détiennent la parole”».

Or, ces dernières demeurent protégées des nouveaux problèmes qui touchent les classes populaires. Elles «ont perdu tout contact avec le peuple». Celui-ci vit «le déclin de l’activité industrielle et la perte d’emploi qui en résulte; le recul de la classe moyenne; l’augmentation du nombre des pauvres; le taux de criminalité qui monte en flèche; le trafic de stupéfiants en plein essor; la crise urbaine».

Le résultat de cette scission du haut de l’échelle est que «personne n’a de solution vraisemblable à apporter à ces problèmes inextricables» et qu’on «assiste à des batailles idéologiques furieuses sur des questions annexes». Dans le même temps, «ceux qui fabriquent l’opinion cultivée» perçoivent les «gens ordinaires» comme «désespérément minables, ringards et provinciaux, […] peu au fait des évolutions du goût ou des modes intellectuelles, […] obnubilés par la littérature de gare, les romans d’amour ou d’action, et abrutis par une surdose de télévision»."

Kevin Boucaud

http://www.slate.fr/story/137267/montee-populisme-lire-christopher-lasch

Voir Christopher Lasch, La révolte des élites

Objections à l'argument "Un déclin politique"

Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Objection à écrire

3. Une baisse globale de la qualité de la vie

Une hausse de la pollution de l'air, de l'eau et des maladies environnementales

La montée de la malbouffe

Malbouffe, restauration rapide, kebabs, recul de la gastronomie (Onfray qui recrée une Académie du goût)

L'explosion des maladies dues au mode de vie

Problème des pesticides et des perturbateurs endocriniens dénoncés par Hamon, OGM, obésité, explosion des cancers

La détérioration des relations humaines

Rapports hommes/femmes ("guerre des sexes"), perte de la civilité (Finkielkraut), phénomène des geeks, vie et amours virtuels

Défiance, les gens ne vont plus les uns vers les autres : par rapport années 80 échange, ouverture

Disparition des cafés, des lieux de convivialité, des cinémas de quartier, des petits commerces ; chacun devant son ordinateur

La montée de l'insécurité

Agressions gratuites, femmes qui n'osent plus sortir (proposition de wagons de métros réservés aux femmes), "incivilités", "La France Orange mécanique" (Obertone) ; une accumulation de faits divers qui sont un fait de société

Objections
Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}}L'insécurité existait depuis longtemps

Il y avait de la violence dans les années 60 (les "blousons noirs") et pire avant au 19e siècle

Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Des sociologues contestent cette augmentation de l'insécurité

"La hausse de l’insécurité est surtout due à la progression des vols de voitures et des cambriolages dans les années 70 et au début des années 80. Depuis, on assiste plutôt à une stabilisation. Mais il est vrai que les " petits vols " (vol à l’étalage, etc.) font de plus en plus de victimes, qui portent plainte de moins en moins souvent. On ne note pas de forte hausse de la violence grave contre les personnes (le taux d’homicide baisse plutôt) ; en revanche, les coups et blessures ont progressé. Principales victimes, les habitants des quartiers pauvres des grandes agglomérations." (2001)

Voir Laurent Mucchielli

https://www.alternatives-economiques.fr/violences-insecurite-fantasmes-realites-debat-francais/00024178

Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Les médias se focalisent sur les faits divers
Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} La droite utilise le sentiment d'insécurité pour promouvoir une politique de répression

"La deuxième dimension est une analyse des discours sur l’insécurité. L’auteur montre comment la violence est mise en scène, par une partie des médias, de la police et certains " experts " de la question. Tous concourent à monter en épingle le phénomène pour vendre de la copie, de l’expertise ou bien encore la nécessité d’une plus forte répression."

Voir travaux de Laurent Mucchielli

https://www.alternatives-economiques.fr/violences-insecurite-fantasmes-realites-debat-francais/00024178

Une baisse de la qualité de vie au travail

  • précarisation,
  • "opens spaces" qui empêchent l'intimité,
  • obligation de s'adapter sans cesse à de nouvelles technologies, mobilité non choisie,
  • rapports brutaux, et insécurité dans certains secteurs (agressions à l'hôpital et agression de policiers, pompiers, etc.)
  • augmentation des cadences et de la productivité

Des transports qui s'allongent

éloignement lieu de travail/lieu de vie

La privatisation des services publics

... qui perdent en qualité et en extension, deviennent plus chers

La dégradation des conditions de vie des personnes âgées

  • mise à l'écart, solitude,
  • paupérisation (petites retraites)
  • dégradation des lieux de vie

Une montée du malaise existentiel

  • nombre de célibataires qui explose, solitude qui croît, villes anonymes
  • suicides, divorces
  • drogues et autres addictions : jeux vidéos
  • crise du modèle familial

La dureté de la condition paysanne

  • suicide, solitude, appauvrissement, maladies dues aux engrais
  • désertification rurale, disparition des cafés, des épiceries, des lieux de convivialité
  • disparition des services publics

Objections à l'argument "Une baisse globale de la qualité de la vie"

Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Objection à écrire

4. Un déclin démographique et un choc migratoire

Cette partie du débat implique trois sous-questions :

  1. Qu'est-ce que "l'identité d'une nation" ou de l'Europe ? Alain Juppé mettait au cœur de sa campagne aux primaires de la droite et du centre "l'identité heureuse", quand Alain Finkielkraut intitule un de ses essais "l'identité malheureuse".
  2. Quels sont les chiffres de l'immigration ?
  3. Quels sont les besoins en termes de migration ?

Chacune de ces trois questions constitue un débat à part entière. Nous ne ferons ici qu'évoquer les arguments essentiels.

L'Europe fait venir des immigrés qui déstabilisent son identité

L'Europe occidentale vieillit. Elle craint un lent déclin démographique et, pour compenser la baisse des jeunes actifs en âge de soutenir le système de retraite, elle recherche de nouveaux arrivants. Or, les effets de l'immigration sont des facteurs de crise identitaire. On ne peut pas faire l'impasse des questions culturelles dans l'accueil des immigrés. "La France n'est pas un hôtel."

Objections
Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} La "question identitaire" est une fausse question, qui masque les véritables enjeux
  • S'il y avait une économie qui fonctionne, du travail pour tous, moins d'inégalités, presque personne ne s'inquiéterait pour des "conflits identitaires" !
  • Les musulmans servent souvent de boucs-émissaires pour masquer les vrais problèmes (sociaux, économiques, etc.)
  • La "fièvre identitaire" s'est emparée brusquement des peuples, alors que cette question n'existait guère. Il faudrait s'en étonner. "Qu'est-ce qui fait que, dans le monde entier, des femmes et des hommes de toutes origines redécouvrent aujourd'hui leur appartenance religieuse et se sentent poussés à l'affirmer de différentes manières, alors que ces mêmes personnes, quelques années plus tôt, auraient préféré mettre en avant, spontanément, d'autres appartenances ? Qu'est-ce qui fait qu'un musulman de Yougoslavie cesse un jour de se dire yougoslave pour s'affirmer avant tout musulman ? Qu'est-ce qui fait qu'en Russie, un ouvrier juif, qui s'était considéré tout au long de sa vie, d'abord comme un prolétaire, commence à se percevoir un jour d'abord comme juif ? Comment se fait-il que l'affirmation altière de l'appartenance religieuse, qui aurait paru naguère inconvenante, paraît à présent naturelle et légitime, et dans tant de pays à la fois ? Le phénomène est complexe [...] il est évident que le déclin puis l'effondrement du monde communiste ont joué un rôle déterminant [...] Cela fait tout de même plus d'un siècle que le marxisme promet d'établir sur l'ensemble de la planète une société d'un type nouveau d'où l'idée de Dieu serait bannie ; l'échec de ce projet [...] a eu pour conséquence de réhabiliter les croynces qu'il avait voulu jeter aux poubelles de l'Histoire. Refuge spirituel, refuge identitaire, la religion fut, de la Pologne à l'Afghanistan, un point de ralliement évident pour tous ceux qui se battaient contre le communisme. Aussi la défaite de Marx et de Lénine est-elle apparue comme une revanche des religions [...]"

Amin Maalouf, Les Identités meurtrières, pages 99-100

Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Le discours sur l'identité relève d'une mythologie nationaliste

"Ce discours sur l’invasion [migratoire] a été d’autant plus efficace qu’il est venu se greffer – deuxième thématique sur laquelle nous voudrions insister ici – sur une certaine conception de la nation française. L’immigration ne peut en effet être présentée comme un danger pour la France que parce que celle-ci est conçue comme une entité basée sur une « identité » homogène et immuable à travers des siècles. Cette nation, garantie par l’existence d’un socle de populations « de souche », héritière de valeurs communes, ne pourrait par conséquent se perpétuer qu’en limitant l’arrivant de corps « étrangers ». Cette conception nationaliste, construite sur un modèle « organiciste », nie l’histoire déjà longue de l’immigration en France, mais aussi les conditions sociales et économiques de l’intégration des immigrés. Cette vision se traduit surtout par une série de déclarations sur le « seuil de tolérance » et d’appels répétés à la mise en œuvre de « quotas »."

"La lepénisation des esprits", par P. Tévanian et S. Tissot

https://blogs.mediapart.fr/jean-marc-b/blog/030517/la-lepenisation-des-esprits-par-pierre-tevanian-et-sylvie-tissot

Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Il existe au moins quatre conceptions de l'identité

"Pour certains, la France est d’abord définie par son territoire. C’est lui qu’il faut défendre et mettre en valeur. Pour ceux qui pensent ainsi, rien ne vaut plus que les frontières ; rien n’est plus important que ceux qui sont nés sur ce territoire, qui en sont seuls propriétaires. La politique se réduit donc à sa mise en valeur, et à sa défense.

Pour d’autres, la France est définie par une langue et une culture ; ce sont elles qu’il faut défendre et promouvoir avant tout. Et pour cela, la priorité du politique doit aller à l’éducation, à la culture, à la défense de l’usage du Français, à sa promotion dans le monde. Tout étranger est donc bienvenu à condition qu’il apprenne et parle parfaitement notre langue et qu’il accepte notre mode de vie ; il faut en particulier attirer les meilleurs créateurs, les meilleurs étudiants.

Pour d’autres encore, la France est définie par des valeurs, qu’il faut défendre à tout prix, en France et ailleurs : la liberté, l’égalité, la fraternité, les droits de l’homme. Pour ceux-là, le plus important est de construire et de défendre un Etat de droit et un système économique et social conformes à ces valeurs, de les exporter, de construire une Europe et un monde conforme à ces idéaux.

Pour d’autres encore, la France n’est plus définie que comme un simple lieu de vie, où chacun doit se sentir heureux et avoir des perspectives personnelles ; et chacun doit se sentir libre d’en partir s’il n’en obtient pas ce qu’il en espère. Pour ceux-là, la France n’est qu’un hôtel parmi d’autres, avec lequel aucun client, aucun employé, n’a de lien particulier ; et elle doit donc d’abord offrir, si elle veut retenir sa jeunesse, un bon système de santé, de sécurité et des emplois.

Chacune de ces façons de penser la France est apparue successivement, dans cet ordre, à diverses étapes de notre Histoire ; chacune se nourrit de la précédente ; elles sont de plus en plus virtuelles, de plus en plus abstraites, de moins en moins assumées, de moins en moins discutés : on peut mourir pour un territoire, une culture ou des valeurs. Qui mourrait pour un hôtel ?

On ne peut espérer défendre également ces quatre conceptions.

La rareté des ressources force, plus que jamais, à des choix. A chacun de nous d’oser assumer ce que nous rêvons pour la France, avant de choisir son avenir."

http://www.attali.com/societe/penser-la-france/

Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} L'identité n'est pas quelque chose de figé

"La notion d’identité me gêne aussi, car elle implique un état statique, limité, défini. Or s’il devait y avoir quelque chose comme une identité, il faudrait la comprendre comme processus, travail de soi sur soi –mais à partir d’un héritage qui limite les capacités heuristiques de ce travail de soi sur soi. Je préfère le terme de «personnalité»."

Régis Debray

http://www.slate.fr/story/149742/comment-nous-sommes-devenus-americains

Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} On ne peut pas essentialiser

Il est faux de constituer une sorte de bloc homogène des "musulmans", des "Français", des catholiques, des juifs, car il n'existe que des personnes, traversées d'identités et d'appartenances multiples et complexes.

On est infiniment plus proches de nos contemporains que de nos coreligionaires :

"De fait, nous sommes tous infiniment plus proches de nos contemporains que de nos ancêtres. Serais-je en train d'exagérer si je disais que j'ai bien plus de choses en commun avec un passant choisi au hasard dans une rue de Prague, de Séoul ou de San Francisco, qu'avec mon propre arrière-grand-père ? Non seulement dans l'aspect, dans le vêtement, dans la démarche, non seulement dans le mode de vie, le travail, l'habitat, les instruments qui nous entourent, mais aussi dans les conceptions morales, dans les habitudes de pensée.

Ainsi que dans les croyances. Nous avons beau nous dire chrétiens – ou musulmans, ou juifs, ou bouddhistes, ou hindouistes – , notre vision du monde comme de l'au-delà n'a plus guère de rapports avec celle de nos "coreligionnaires" qui vivaient il y a cinq cent ans. Pour la grande majorité d'entre eux, l'Enfer était un lieu aussi réel que l'Asi mineure ou l'Abyssinie, avec des diables aux pieds fourchus qui poussaient les pécheurs vers le feu éternel comme dans les peintures apocalyptiques. Aujourd'hui, plus personne, ou presque, ne voit les choses de la sorte. [...] Bien des comportements qui sont aujourd'hui acceptables pour le croyant auraient été inconcevables pour ses "coreligionnaires" d'autrefois. [...]

En somme chacun d'entre nous est dépositaire de deux héritages : l'un "vertical" lui vient de ses ancêtres, des traditions de son peuple, de sa communauté religieuse ; l'autre, horizontal, lui vient de son époque, de ses contemporains. C'est ce dernier qui est, me semble-t-il, le plus déterminant [...]. Pourtant cette réalité ne se reflète pas dans notre perception de nous-même. Ce n'est pas de l'héritage "horizontal" que nous nous réclamons, mais de l'autre.

[...] à vrai dire, si nous affirmons avec tant de rage ns différences, c'est justement parce que nous sommes de moins en moins différents. Parce qu'en dépit de os conflits, de nos inimitiés séculaires, chaque jour qui passe réduit un peu plus nos différences et augmente nos similitudes."

Amin Maalouf, Les Identités meurtrières, page 119-120

Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Les difficultés sont passagères, il faut voir le renforcement de l'Europe par cet apport migratoire sur le long terme
Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} L'identité de l'Europe se définit par l'ouverture à l'Autre et le cosmopolitisme

Il est contradictoire de prétendre que l'on incarne et défend l'universalisme et les Droits de l'Homme, puis de se cramponner à une identité plus ou moins mythifiée.

" (...) la France se voit revêtue d’une auréole: sa particularité serait de rejeter sa particularité ; son identité nationale résiderait dans le refus du principe même d’une identité nationale. En somme, à la manière dont, selon Marcel Gauchet, le christianisme est la religion de la sortie de la religion, la France serait la nation de la sortie de la nation. La négation de son identité historique accomplirait sa vocation historique."

Stéphane Perrier, auteur de "La France au miroir de l'immigration", Le Débat/Gallimard 2017

http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2017/09/04/31003-20170904ARTFIG00212-l-immigration-massivecause-ou-symptome-du-malaise-francais.php?redirect_premium

Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} L'identité est définie par l'adhésion à un projet et non par le droit du sol

Cf. Renan

Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} La notion d'identité n'est pas pertinente

il y a l'humanité, les citoyens du monde

Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} L'identité de l'Europe est une structure juridique
Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} L'immigration constitue un atout

A terme, l'Europe sera un ensemble intégrant les deux rives de la Méditerranée

Cf. l'Empire romain, qui comprenait les deux rives de la Méditerranée

La Méditerranée est la mer intérieure de l'Europe

En réunissant les deux rives, l'Europe sera à égalité de puissance avec la Chine, les USA

Les coopérations et les échanges entre les deux rives tendent à terme à une intégration économique et géopolitique

http://www.la-croix.com/Archives/2010-11-26/La-Mediterranee-deviendra-la-mer-interieure-d-un-espace-geopolitique-integre-_NP_-2010-11-26-390578

En termes de ressources, les deux rives sont complémentaires

L'arrivée de nombreux musulmans en Europe est un atout culturel et économique

Développement des relations économiques avec le Sud, étudiants étrangers, etc., influence et rayonnement de l'Europe, etc.

L'intégration est en échec

"Je me suis concentré sur les pays où j'ai effectué des reportages et que je pense connaître assez bien : la France, l'Allemagne, l'Italie, la Grande-Bretagne, le Danemark, l'Espagne, les Pays-Bas, la Suède. Certes, selon les pays que j'ai étudiés, des différences sont perceptibles dans les rapports entre la société d'accueil et la population immigrée. Cependant, ce sont les mêmes problèmes qui reviennent d'une manière ou d'une autre. Pour commencer, l'intégration des immigrés s'apparente globalement à un échec. Et les mêmes questions sont posées partout : les taux de chômage et de délinquance supérieurs à la moyenne dans les quartiers peuplés de migrants, les revendications concernant les prescriptions alimentaires islamiques, les demandes de séparation des sexes à l'hôpital ou dans les activités sportives, la recherche d'interlocuteurs musulmans modérés... Quand on voyage d'un pays européen à l'autre, comme je l'ai fait pendant plusieurs années, on entend les mêmes préoccupations, les mêmes mots, et jusqu'aux mêmes blagues.

  • Aux lecteurs français, votre livre paraîtra d'une grande liberté de ton, parce qu'ici, ce sujet ne se manie qu'avec la plus grande prudence...

Je sais que chez vous, ce thème est entouré de tabous et de non-dits. Mais je suis journaliste, et le plus grand service que puisse rendre un journaliste est d'ouvrir un débat. Si l'on cherche une différence entre pays européens quant au traitement de l'immigration, elle est précisément là : en France, la parole est verrouillée, contrairement à la Grande-Bretagne, à l'Italie ou à l'Allemagne. Pierre-André Taguieff a raison quand il évoque l'idéologie de l'« immigrationnisme ». Chez vous, il est presque illégal d'avoir une réflexion négative sur un phénomène qui, comme tout fait de société, ne devrait pas échapper à l'esprit critique. Ce que mon regard peut apporter, en tant qu'étranger, c'est un peu de distance. Citoyen américain, c'est de l'extérieur et sans passion personnelle que j'observe la société européenne.

Christopher Caldwell

http://www.lefigaro.fr/lefigaromagazine/2011/10/08/01006-20111008ARTFIG00522--l-islam-est-le-plus-grave-de-pose-a-l-europe.php

Objections
Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} S'il y a "échec de l'intégration", c'est dû aux discriminations et au racisme des pays d'accueil

"On assimile des individus, pas des peuples"

"Causeur : Donc, vous ne croyez plus à la République ? Si l’assimilation des Italiens, des Juifs et des Polonais a marché, pourquoi en irait-il différemment des immigrés musulmans ?

Eric Zemmour : Pour trois raisons. La première et la plus fondamentale, c’est le nombre. Comme l’a écrit Engels, « à partir d’un certain nombre, la quantité devient une qualité ». À cela, il faut ajouter cette observation du général de Gaulle : « On assimile des individus, pas des peuples.» Or nous avons fait venir un peuple entier, qui se considère désormais comme un peuple en soi et veut pérenniser son être sur le sol français. D’ailleurs, cela ne marche pas mieux aux États-Unis. J’ai lu cet été deux livres de Samuel Huntington, Le Choc des civilisations et Qui sommes-nous ? Il explique très bien que tout au long du xixe et du xxe siècle, les États-Unis n’étaient pas beaucoup plus multiculturalistes que la France. Et beaucoup plus assimilationnistes qu’on le prétend en France. En revanche, depuis l’arrivée en masse des Mexicains qui ont hispanisé des villes entières de la Floride à la Californie, la diaspora latino est devenue un peuple dans le peuple américain. Selon Huntington, ce processus aboutira à l’horizon de cinquante ans à une nouvelle guerre de sécession entre le peuple mexicain et le peuple anglo-américain.(...)

https://www.causeur.fr/eric-zemmour-islam-immigration-quinquennat-140443

Michèle Tribalat

Malika Sorel

Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} L'intégration fonctionne
Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} L'Europe va s'en sortir renforcée

Les difficultés sont passagères, il faut voir le renforcement de l'Europe par cet apport migratoire sur le long terme

Il y a un choc migratoire et un "remplacement des populations"

On ne sait pas vraiment le nombre d'immigrés et de leurs descendants, mais il est très important : d'ici 20 à 50 ans, les déclinistes prévoient que la majorité des populations en Europe sera d'origine musulmane. Ce phénomène historique est dissimulé par de nombreux procédés.

"Imaginons que dans un pays les femmes liées à la population de « souche » aient en moyenne 1,3 ou 1,4 enfant/ femme tandis que la population d’origine immigrée (ce qui veut dire en Europe, principalement musulmane) ait un taux de fécondité de 3,4 à 4 enfants par femme. Postulons qui plus est que cette population nouvelle ne représente que 10 % de la population totale…

Chacun va penser que « bien du temps » va se passer avant que la majorité ne bascule en direction de la population immigrée et que d’ici là tous ces enfants feront comme dans la chanson « et tout cela ça fait d’excellents français », après être passés par notre remarquable système éducatif.

Tout dépend en fait de ce que l’on recouvre par la formule « bien du temps ». En fait, et si l’on retient mes hypothèses, le basculement se produira au bout de 30 à 40 ans. Dans 40 ans, il y aura autant de petits enfants issus des 90% que de petits enfants issus des 10%.  Et à ce moment-là, la majorité de la population française deviendra inéluctablement « d’origine musulmane ».

Je ne dis pas que cela sera mal, ou que cela sera bien. Je dis simplement que cela sera fort différent et que nécessairement cela aura de l’influence sur le système politique.

Et donc, dans 40 ans au plus tard, il est à peu près certain que la majorité de la population sera d’origine musulmane, en Autriche, en Allemagne, en Espagne, en Italie, en Belgique, en Hollande.  Encore une fois, il ne s’agit pas de prédictions mais de calculs et je ne fais même pas appel à l’arrivée de nouveaux immigrants.

Je ne verrai pas ce basculement, mais mes enfants le verront sans doute et certainement mes petits-enfants. Ce qui est arrivé à l’Espagne ou à l’Asie mineure aux Xe et XIe siècles va arriver à l’Europe au XXIe siècle, c’est une certitude.

Le phénomène peut être inversé, mais…

Quelques exemples : à Anvers, la majorité des enfants dans les classes du primaire aujourd’hui sont musulmans. C’est donc dire que dans 15 ans, la majorité des nouveaux entrants sur le marché du travail sera musulmane. A Bruxelles, la capitale de l’Europe, 25 % des nouvelles naissances sont musulmanes, au Pays de Galles, en Ecosse le nom le plus populaire à la naissance est Mohamed, et ainsi de suite."

Charles Gave

https://www.causeur.fr/demographie-france-europe-immigration-population-146595

« Trois procédés principaux sont utilisés pour minorer l’ampleur de l’immigration en France.

Le premier est la diversion. On argue du niveau plus élevé des flux d’immigration dans la majorité des pays de l’OCDE pour soutenir que la France n’est pas un pays d’immigration massive. C’est un peu comme si, un 15 août, on soutenait qu’il fait froid en France sous prétexte que le thermomètre n’affiche chez nous que, mettons, 28 °C contre 36 °C en Italie du Sud et 42 °C en Arabie saoudite.

Le deuxième procédé est l’exploitation biaisée des chiffres. On affirme par exemple que les 200.000 entrées annuelles ne représentent que 0,3 % de la population française. Le calcul est exact, mais doublement malhonnête: d’une part, il revient à comparer un flux à un stock, comme si l’immigration était un événement ponctuel ; d’autre part, et surtout, il oublie les naissances engendrées par l’immigration familiale (…).

Le troisième procédé est la manipulation du concept de solde migratoire. Si le nombre de natifs sortant de France est supérieur au nombre de natifs rentrant en France, le solde migratoire diminue, alors que la part des immigrés dans la population augmente. » (…)

Stéphane Perrier, La France au miroir de l'immigration, Le Débat/Gallimard, 2017

http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2017/09/04/31003-20170904ARTFIG00212-l-immigration-massivecause-ou-symptome-du-malaise-francais.php?redirect_premium

Ecouter aussi le débat entre Renaud Camus et Hervé Lebras à l'émission Répliques sur France Culture

Objections
Le thème du "Grand Remplacement" est raciste

Le fantasme du "grand remplacement" s'appuie sur l'idée d'un peuple "pur" qui est "contaminé" par l'étranger. C'est une thèse xénophobe et qui s'appuie sur des présupposés racistes.

"Il est impossible de parler du «grand remplacement» sans évoquer, avant même de parler de chiffres, le sous-texte raciste (et en l’espèce islamophobe) de la théorie, qui déplore la contamination d’une population «de souche» fantasmée (blanche, chrétienne) par l’étranger (ou, ici, le musulman). Mais il est remarquable que cette thèse nauséabonde, qui cherche souvent une caution scientifique, s’appuie quasiment systématiquement sur des hypothèses erronées."

https://oeilsurlefront.liberation.fr/les-intox/2017/09/13/les-calculs-foireux-de-causeur-pour-tenter-de-demontrer-le-grand-remplacement_1596016

Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Les chiffres montrent que la "submersion migratoire" est un fantasme

"Le nombre des immigrés présents sur le sol français augmente du fait de nouvelles arrivées et diminue par départ spontané ou par décès. Elle était de l'ordre de 125 000 par an sur les quinze dernières années. Les immigrés représentaient 8,9 % de la population totale en 2014 (soit 5,9 millions de personnes).[...]

L'Insee a évalué à 6,7 millions le nombre des descendants directs d'immigrés en 2008 (individus dont au moins un parent est immigré). Ce chiffre doit être actualisé en tenant compte de l'accroissement naturel de cette population entre 2008 et 2014. À cet effet, on a évalué le nombre des naissances, cumulé de 2008 à 2013 inclus, à 1,050 million d'individus."

En savoir plus sur https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-156370-les-chiffres-de-limmigration-mode-demploi-1215479.php#zEMuGpyHDYsAx6E6.99

"Commençons par la population musulmane qui représenterait 10% de la population totale. Ce n’est pas le cas. Il n’existe pas de données officielles sur la question, mais selon une étude réalisée par l’Ifop pour l’Institut Montaigne l’année dernière, les musulmans seraient entre trois et quatre millions en France (rappelons que la France comptait un peu moins de 67 millions d’habitants au 1er janvier 2017, selon l’Insee). Il s’agit d’une population jeune, car les musulmans représenteraient selon l’Ifop 10% des moins de 25 ans en France, mais 5,6% des plus de 15 ans. (...)

Venons-en à la deuxième partie du calcul. «Imaginons», nous dit l’auteur, que le taux de fécondité des français dits «de souche» soit de 1,3 à 1,4 alors que celui des immigrés serait de 3,4 à 4. C’est donc selon un calcul imaginaire que Causeur entend nous démontrer la rapidité du «grand remplacement». Et sans surprise, ces chiffres imaginaires sont faux. Primo, l’indice conjoncturel de fécondité des femmes sans lien avec la migration est en fait de 1,85. Ce qui est plus élevé que ce qu’affirme l’auteur. Deuzio, s’il est vrai que l’indice de fécondité des femmes immigrées venant du Maghreb atteint 3,53 (pas 4), c’est un contresens grossier de l’appliquer de manière systématique à la population musulmane.

Car celle-ci est composée d’immigrés, mais aussi de descendants d’immigrés, voire de descendants de descendants d’immigrés… Or, le taux de fécondité des enfants d’immigrés n’est pas le même que celui des immigrés eux-mêmes contrairement à ce qu’affirme curieusement l’auteur…"

https://oeilsurlefront.liberation.fr/les-intox/2017/09/13/les-calculs-foireux-de-causeur-pour-tenter-de-demontrer-le-grand-remplacement_1596016

Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} La France a toujours été un pays de métissage

Sur le plan ethnique, la France est formée de peuples différents : celtes, gallo-romains, wikings, etc. Elle a intégré les régions puis de grandes vagues migratoires (polonais, italiens, portugais...).

Sur le plan culturel et religieux, la coexistence des trois religions a une longue histoire. En Espagne, dans la ville de Cordoue, musulmans, juifs et chrétiens vivaient déjà ensemble en bonne intelligence

Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} La peur de l'autre a toujours été un thème d'extrême-droite

On retrouve des dénonciations alarmistes de l'immigration à la fin du XIXème siècle, à propos des Italiens notamlment. Les mêmes clichés se transportent sur "les Arabes" : on disait déjà des Italiens qu'ils étaient voleurs, voire violeurs, qu'ils étaient violents etc.

Il n'y a pas réellement besoin d'une telle immigration

L'immigration est soutenue par la plupart des libéraux (Medef, grands partis, grands médias...) car elle sert les intérêts des grands capitalistes : elle permet d'embaucher une main d'oeuvre à bas coût (grandes usines automobiles des années 60 et 70, bâtiment) et pour les "classes bobos" d'avoir des services avantageux (nounous africaines, employés au black dans les restaurants, voitures über etc. Voir analyses du sociologue Christophe Guilluy).

"Faut-il faire venir plus de jeunes travailleurs pour payer les retraites des baby-boomeurs ? Selon la démographe de l’Ined, Michèle Tribalat, l’amélioration du taux d’emploi des jeunes et des seniors et une ambitieuse politique nataliste seraient autrement plus efficaces pour limiter les effets du déclin de la population française.

Marianne : L’Europe vieillit. L’immigration est-elle, selon vous, la solution aux conséquences négatives de ce vieillissement?

Michèle Tribalat : Le vieillissement tient à trois causes : les baby-boomeurs ont pris de l’âge, certains pays européens connaissent une fécondité très basse et l’espérance de vie augmente. Afin de renflouer le milieu de la pyramide des âges, on peut envisager l’arrivée d’immigrants. Mais ces derniers vieillissent aussi. S’il s’agit d’équilibrer les finances publiques, il ne faut pas attendre de l’immigration un effet miraculeux.[...]

Pour la France, dont la natalité est supérieure à la moyenne européenne, quelle est l’utilité de l’immigration d’un point de vue démographique ?

M.T. : Le recours à une immigration massive en France éviterait, dit-on, un recul de la population. Or, ce recul n’est pas nécessairement une catastrophe. Quand le vieillissement est lié à une natalité insuffisante, comme en Allemagne, il est inquiétant. Dans le cadre d’une natalité relativement dynamique comme celle de la France, la disparition des baby-boomeurs « arrivés à échéance » aurait plutôt un effet positif.

Cela dit, l’immigration peut-elle effectivement aider à financer les retraites des personnes âgées, en nombre croissant ?

M.T. : Tout dépend des taux d’emploi. Si les taux d’emploi demeurent en France à un niveau relativement faible, notamment en début et en fin de vie active, l’immigration aura un faible impact sur le rapport de soutien réel [...]"

https://www.les4verites.com/politique/lmmigration-une-fausse-solution

Objections
Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Les immigrés payeront les retraites
Les immigrés répondent aux besoins en emplois
Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} L'immigration permet de créer des écoles, de maintenir des services publics, de relancer le logement, etc.
Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Les immigrés soutiennent des secteurs entiers de l'économie (bâtiments, services à la personne, restauration, hôpitaux...)

L'immigration coûte plusieurs milliards par an

Selon l'association Contribuables Associés, l'immigration induit un coût important chaque année. Elle avançait le chiffre d'un "solde négatif" de 26 milliards en 2008.

http://www.contribuables.org/2016/05/infographie-les-principaux-couts-de-la-politique-migratoire-de-la-france/

"Jean-Paul Gourévitch, expert international en ressources humaines. Dans l’étude que nous publions, il compare les dépenses annuelles que l’Etat consent pour les immigrés (71,76 milliards d’euros) avec les recettes qu’il encaisse de leur part (45,57 milliards d’euros), soit un solde négatif de plus de 26 milliards. Enfin, il évalue les investissements engagés par l’Etat pour contenir les flux migratoires ou faciliter l’intégration des immigrés et de leurs enfants (10,81 milliards d’euros). Au terme de cette analyse, il présente les solutions qui permettraient de réduire les coûts de l’immigration."

http://www.contribuables.org/2008/03/le-cout-reel-de-l-immigration-en-france/

Objections
Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} "L'immigration rapporte 12 milliards d'euros par an."
Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} C'est un devoir moral d'accueillir des immigrés

En tant que chrétiens ou qu'humanistes, nous devons accueillir les humains en détresse, ne serait-ce que pour réparer la colonisation et l'esclavage.

L'Europe n'a pas assez de logements et d'emplois pour accueillir de nouveaux arrivants

En situation de chômage de masse, les immigrés n'auront pas d'emploi.

Les logements manquent, on n'en construit plus assez, il y a 2 millions de mal-logés en France

Débat connexe : L'Europe occidentale a-t-elle besoin d'immigration ?

Objection
L'Europe peut se donner tous les moyens voulus, c'est un choix politique

Les politiques libérales font le choix de ne pas taxer fortement le capital et ne se lancent pas dans la poursuite des délinquants en col blancs. Si les Etats européens changeaient de priorité, taxaient vraiment les plus riches et poursuivaient la fraude fiscale comme il se doit, ils dégageraient des moyens suffisants pour développer l'école, le logement, et intégrer les migrants tout comme les immigrés. On verrait que les "problèmes d'intégration" étaient un prétexte pour ne pas poser les vraies questions d'inégalités économiques et désigner des boucs-émissaires.

Objections à l'argument "Un déclin démographique et un 'choc migratoire'

Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} L'accueil des migrants est une question de justice

Le monde occidental déclenche des guerres et sème la misère dans les pays du Sud, puis s'étonne de voir arriver des réfugiés poussés par les guerres et la misère. Si la politique menée par le monde occidental était plus juste, il n'aurait pas provoqué ce genre de situations.

Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} L'immigration est une nécessité pour soutenir la natalité
  • L'Europe est un continent qui ne fait plus d'enfants. Lorsque les baby boomers partiront à la retraite, il y aura un creux et il faudra compenser leur départ.
  • Face à des mastodontes comme la Chine et l'Inde, l'Europe ne pourra faire jeu égal que si elle accroît sa population
Objections à l'objection
Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} On peut décider de mesures incitatives et de politiques natalistes
Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} La natalité doit reculer, on est déjà trop nombreux
Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} La richesse du futur sera dans les nouvelles technologies, pas dans les gens
Une société forte et sûre de ses fondamentaux ne se sent pas menacée par l'Autre

Une société forte a suffisamment confiance en ses valeurs, son mode de vie, sa cohésion, pour ne pas se sentir menacée par l'arrivée de nouveaux venus ou par d'autres cultures. Les Européens sont désorientés, ils ont "perdu la foi", quelque chose s'est cassé. A partir d'un tel constat, on peut supposer une sorte de fin du monde européen, comme Onfray ou Houellebecq.

On peut aussi se proposer de retrouver des assises intellectuelles et culturelles, qui redonnent confiance aux Européens en leur culture et en sa possibilité d'accueillir les différences. Pour Carlo Strenger, il faudrait en quelque sorte "revenir aux Lumières". Ce mouvement ne coïncidera surtout pas à une crispation identitaire, au contraire : en retrouvant les principes fondamentaux qui ont fondé nos sociétés, on aura plus de confiance et de force, ce qui conduira à aborder l'Autre de façon plus sereine.

5. L'idéologie multiculturaliste détruit la cohésion des nations européennes

L'idéologie multiculturaliste conduit à l'inversion du devoir d'intégration

En prétendant que le pays d'accueil doit s'adapter à la culture des nouveaux arrivants, l'idéologie multiculturaliste favorise l'émergence d'enclaves qui vivent différemment. A terme, cette politique aboutit à fracturer la communauté nationale au profit de "communautés", voire de territoires qui vivent avec des mœurs et des règles différentes.

"Le multiculturalisme a fait son apparition politique au Canada avec la Charte canadienne des droits et libertés en 1982, promue par le Premier ministre Pierre Elliott Trudeau. En France, c’est plutôt le débat autour de l’immigration qui a entraîné dans les années 1980 ce discret mais définitif séisme sémantique que fut le passage du modèle de l’assimilation culturelle au multiculturalisme, jusqu’à prôner, explique l’auteur du Multiculturalisme comme religion politique, une inversion de la notion d’intégration, puisque ce n’est plus à l’immigré, figure idéologiquement sacralisée, d’adapter sa culture et ses valeurs à la société d’accueil, mais bien à cette dernière d’adapter constamment les siennes aux populations arrivantes. Une logique qui dépasse la seule question des politiques d’intégration mais reflète plus largement un rapport très problématique des sociétés occidentales à l’Histoire. En effet, le multiculturalisme, comme projet ou religion politique, a pour horizon l’indifférenciation culturelle généralisée, dans des sociétés modernes où le rapport à l’Histoire tend à être remplacée par l’idéologie du compassionnel et du développement personnel, une sorte de meilleur des mondes post-modernes : « A partir du moment où les nations ne sont plus que des labels recouvrant, tout au plus, une simple réalité administrative, à ce moment nous pourrons dire que la véritable diversité culturelle aura été pulvérisée », assène encore l’orateur."

https://www.causeur.fr/bock-cote-multiculturalisme-avant-garde-37973

"il y a deux manières d'envisager la cohabitation de cultures différentes au sein d'une même société: le modèle français traditionnel d'intégration, appliqué pendant des décennies, demandait aux immigrés d'apprendre à connaître et de respecter la culture française, et, en cas de conflit avec leur culture d'origine, de faire prévaloir les normes et valeurs françaises. Ce modèle n'entrave ni n'interdit l'évolution de l'identité culturelle de la population majoritaire, évolution qui dépend naturellement aussi de l'influence des cultures importées, mais cette influence ne peut affecter certaines valeurs qui font consensus dans la société et qui sont jugées indépassables et inaltérables, telles l'égalité des droits des citoyens ou le respect de l'intégrité physique des individus. (...)

A l'opposé, le Canada a décidé il y a quarante-six ans que ce qui le caractérisait ne serait plus sa culture propre, celle de ses peuples fondateurs (Canadiens-Anglais et Canadiens-Français) mais son ouverture à la diversité. Les conflits culturels ne se résolvent pas par un principe hiérarchique de la prééminence de la culture de l'accueillant sur celle de l'accueilli mais par l'accommodement que l'accueillant mettra à disposition de l'accueilli pour lui permettre de vivre sa culture comme il la vivait dans son pays d'origine. Toutes les cultures représentées sur son territoire peuvent coexister, car elles sont toutes aussi légitimes les unes que les autres, toutes aussi valables les unes que les autres. Dès lors, comme l'explique très bien le sociologue québécois Mathieu Bock-Côté, le modèle multiculturaliste canadien se caractérise par «l'inversion du devoir d'intégration. Ce n'est plus aux immigrants de prendre le pli identitaire de la société d'accueil. C'est à cette dernière de se reconstruire pour accommoder la diversité»."

http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2017/08/01/31002-20170801ARTFIG00115-trudeau-le-canada-et-l-excision-derriere-la-polemique-le-paradoxe-du-multiculturalisme.php

"Dans toute l'Europe, des voix se font entendre qui expriment une forte inquiétude devant les évolutions erratiques de nos sociétés. En France, Eric Zemmour, en Allemagne, Henryk Broder et Necla Kelek, aux Pays-Bas, Geert Wilders et Ayan Hirsi Ali, au Danemark Nicolai Sennels, en Italie Oriana Fallaci sont les porte-voix d'angoisses et de peurs populaires, ignorées, disent-ils, par des élites inconscientes, irresponsables et cyniques.

Sont en cause, selon en eux, une idéologie multiculturaliste qui ignore les réalités d'une cohabitation difficile entre des populations vivant sous le même toit national, la disparition progressive des civilités qui permettent un vivre ensemble paisible, enfin et surtout, la montée d'un Islam radical, meurtrier et revendicatif."

http://www.huffingtonpost.fr/charles-rojzman/propos-eric-zemmour_b_6358810.html

La fin de l'héritage et des nations

"Il faut viser substantiellement comme symboliquement une égalité entre groupes victimisés et groupes dominants. Il faut accueillir la diversité et non pas vouloir l'assimiler. La logique du contractualisme doit l'emporter sur celle de l'héritage. L'éducation doit participer à ce mouvement en prônant la déconstruction  plutôt que la transmission.

-         Le conservatisme est, au mieux, une fragilité psychologique, mais plus probablement une pathologie liée à des phobies diverses. Son point de vue est irrecevable. Le multiculturalisme, seul discours valable, est devenu une religion.

-         L'Etat-nation, les frontières et l'autorité sont désuets, l'Europe doit être le modèle de gouvernance d'une forme de communauté potentiellement mondialisée." Read more at http://www.atlantico.fr/decryptage/multiculturalisme-comme-religion-politique-lire-en-priorite-critique-livre-mathieu-bock-cote-arnaud-joly-culture-tops-editions-2725959.html#CAiQDXXbBgz23BVr.99

Objections
Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Le recul des nations est une bonne nouvelle

Les nations ont passé leur temps à faire la guerre

Il faut aller vers un super-Etat européen, gage de paix et de prospérité

Une Europe des régions sera plus démocratique et tiendra mieux compte des diversités

Le modèle national est amené à disparaître

Les "accommodements raisonnables" favorisent le communautarisme

Les citoyens restent sous le contrôle et la pression sociale de leur communauté.

Les "accommodements raisonnables" tendent à favoriser l'émergence de territoires où la loi commune ne s'applique plus. A terme, ce serait la naissance de micro-sociétés distinctes.

"L’immigration était bienvenue, caressée et choyée. Des quartiers entiers de Göteborg et de Stockholm ont vu pousser des mosquées comme champignons après la pluie. Les points de vente de niqab, hijab et burqa se sont multipliés. Des écoles islamiques ont vu le jour.

C’est allé loin, très loin, sans doute trop loin. Comme en témoigne une émission de la chaine suédoise TV4 et un article très circonstancié d’Aftonbladet, le plus grand quotidien du pays. L’une des réalisatrices de l’émission s’est rendue avec une caméra cachée dans plusieurs cafés de quartiers répertoriés comme « sensibles ». Des hommes lui ont demandé d’aller s’assoir à un autre endroit de l’établissement, loin de leurs regards. Des femmes ont témoigné racontant qu’elles avaient été harcelées par une « police de la morale islamique » parce qu’elles sortaient seules même en promenant leur chien…

Une femme d’un autre quartier « sensible » a raconté comment des voisins ont commencé à l’invectiver parce qu’elle était sur son balcon en train de boire un verre de vin. Quelques minutes plus tard, un groupe de jeunes hommes s’est rassemblé devant son appartement, l’a menacé avant de tenter de rejoindre son domicile via la gouttière."

https://www.causeur.fr/suede-multiculturalisme-attentat-stockholm-islamisme-143662

Le récit national est attaqué par une histoire mondiale tronquée

L'idéologie du multiculturalisme implique un autre regard sur l'Histoire ; son enseignement devrait adopter un point de vue qui sort des carcans étroits du point de vue national. On élabore donc d'autres récits, plus englobants, qui ont vocation à influencer l'éducation des citoyens mais leur fait "perdre leurs repères" et les coupe de leur héritage.

"Pierre Nora, célèbre pour avoir dirigé en 1989 l’ouvrage Les Lieux de mémoire, débusque dans le livre de son collègue un vice plus fondamental. Adossé à une chronologie qui ferait l’impasse sur les jalons reconnus de l’histoire de France, il relativiserait les frontières. Il apporterait sa contribution à un discours axé sur l’acceptation d’un passé «métissé» et dévaloriserait l’idée de nation. Complaisamment alangui dans l’air du temps, il instrumentaliserait l’histoire à des fins politiques."

https://www.letemps.ch/opinions/2017/05/22/une-histoire-nationale-peutelle-mondiale

"On se croirait revenu aux années 1970: "Other is beautiful. Same is horrible!" "Foreigner is beautiful. French is horrible!" Du coup, le parti pris politico-idéologique apparaît: opposer ce qui, dans l'histoire de la France, venait de l'étranger -les musulmans, les colonisés, etc.-, toujours positif, et ce qui concernait l'étranger -esclavage, colonisation, ignorance, fanatisme, trahison, déshonneur-, toujours négatif.

(...) rien de l'immense aventure collective de la construction des cathédrales qui marquent nos paysages et notre histoire depuis mille ans, et qui fut pourtant éminemment internationale. Bref, à vouloir remplacer le noir "roman national" par un glorieux "roman international", on tombe dans les mêmes travers d'une histoire téléologique. "

http://www.lexpress.fr/culture/livre/histoire-et-meteorologie-politique-attention-m-boucheron_1894123.html

La liberté des individus doit primer sur les exigences de la famille, de la religion ou de la communauté d'origine

L'émancipation se fait toujours contre les modèles familiaux ou religieux ; les Etats laïcs sont là pour protéger les individus qui souhaitent s'émanciper des carcans, la fille qui veut sortir avec un garçon d'une autre religion que la sienne, l'homosexuel-le, etc.

Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} L'individualisme occidental est un échec, il faut accepter que d'autres citoyens fassent prévaloir leur communauté
Objections
Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Le multiculturalisme permet à chacun de vivre sa culture, c'est un progrès des libertés
Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} La culture et les valeurs occidentales n'ont pas à s'imposer comme si elles étaient supérieures aux autres
Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Les tensions viennent d'une gestion néocoloniale des quartiers
Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} C'est en laissant les différences et les cultures s'exprimer que l'on évitera les conflits

Objections à l'argument "L'idéologie multiculturaliste détruit la cohésion des nations européennes"

Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Le multiculturalisme est une chance et non un problème
Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Une société peut fonctionner sur la base de règles communes

Les Libéraux américains (Rawls) ont théorisé une société pérenne composée de communautés aux valeurs distinctes, pouvant néanmoins s'accorder sur le Juste. Ce type de société renonce à fixer les finalités pour se concentrer sur les procédures juridiques qui permettent de vivre-ensemble.

Une société ne peut établir des règles communes que s'il y a des valeurs partagées

Pour les libéraux notamment au sens américain du terme, une société peut fonctionner sur la base de seules règles juridiques, en comportant des communautés ayant une vision du bien distincte voire opposées. Mais leurs détracteurs ont montré que le système de règles "neutres" comportait en réalité des valeurs implicites sous-jacentes. Lorsque ces valeurs font défaut, une même "règle du jeu" devient elle-même problématique.

"Ce qu'a montré le débat avec les Communautariens, c'est que les procédures « axiologiquement neutres » des Libéraux renvoient in fine à un socle de valeurs – notamment la valeur du débat, qui implique l'égalité des sujets discourants : « Ce que Rawls évacue dans le premier principe de justice, il le réintroduirait subrepticement dans la démarche conduisant vers le second, laquelle exigerait du sujet une ouverture à l'intersubjectivité et, par ce biais, le souci de certaines valeurs » (p. 110, Sylvie Mesure et Alain Renaut, Alter ego, Champs-Flammarion, 2002). Les Libéraux admettent en leur sein une pluralité restreinte de positions, ayant en commun certaines conceptions comme la tolérance."

E.J. Duits, Après le relativisme, Le Cerf 2016

"(...) au sein d'une "société démocratique relativement juste", les diverses cultures représentées ont en commun (...) un ensemble d'"idées intuitives" suffisant pour rendre possible un accord sur les principes juridiques de leur coexistence. Produit par simple recoupement entre les divers systèmes de valeurs culturellement connotés, le consensus sur de tels principes, qui fait émerger un espace, celui de la politique et du droit, où les appartenances sont dépassées, n'empêcherait donc aucunement l'état libéral de s'affirmer comme neutre (...) D'une certaine façon, le moi qui choisit les principes de justice serait en vérité toujours "situé", puisqu'il possède tout de même certaines déterminations. Non seulement il est un être qui poursuit des fins et s'affronte avec d'autres au problème commun de la répartition des ressources, mais il partage avec eux certaines intuitions morales fortes.

Minimales, ces intuitions morales, comprises dans le fait même de chercher à justifier argumentativement des principes de justice, sont néanmoins fortes, en ce sens qu'elles prédéterminent de manière contraignante certains contenus normatifs ; par exemple, si nous acceptons de tenir tout autre membre de la société pour un partenaire doté de droits égaux dans la discussion, il en résulte que, quelle que soit notre conception du bien, l'esclavage ou le sacrifice humain ne peuvent apparaître comme moralement acceptables."

Sylvie Mesure et Alain Renaut, Alter ego (les paradoxes de l'identité démocratique), Champs Flammarion, pp. 86 -87

Il faut aller vers une gouvernance mondiale

"Les espaces de désirs déterritorialisés sont mondiaux. Les réseaux terroristes et mafieux sont mondiaux. L’économie est mondiale. Quand les grands problèmes sont mondiaux, on ne peut pas à long terme se passer d’une gouvernance mondiale. Comment faire ? Un parlement mondial serait un premier pas. Il ne serait pas, comme l’Assemblée générale des Nations unies, le reflet des exécutifs nationaux. Il faut réaliser que l’Etat-nation n’est qu’une forme politique parmi d’autre adaptée à un certain périmètre de gestion. On peut très bien protéger les identités locales, les langues, dans le cadre d’une gouvernance mondiale. On peut tout imaginer, plusieurs étages décisionnels, des domaines globaux comme l’écologie, d’autres domaines gérés régionalement, des ministères régionaux, des conseils des ministres mondiaux, continentaux et régionaux, qui pourraient se coordonner et cibler des problèmes spécifiques. Il y aurait des allers-retours entre le local et le global. Nous en sommes loin, mais il va bien falloir y penser si nous voulons survivre."

Raphaël Liogier

http://www.liberation.fr/debats/2016/01/10/raphael-liogier-il-n-y-a-pas-de-guerre-des-civilisations-car-il-n-y-a-qu-une-seule-civilisation_1425488

6. L'islamisation de l'Europe

Les "déclinistes" s'inquiètent essentiellement de l'islamisme et de son influence (selon eux grandissante), qui pourrait déstabiliser nos sociétés. Les discours sur "l'islamisation de l'Europe" sont divers, et présentent de nombreux glissements : on passe d'une dénonciation des reculs de la laïcité et de la République à une critique de l'islam radical et parfois, chez certains, à une véritable vision apocalyptique du "choc des civilisations" - qui se poursuivrait en quelque chose désormais à l'intérieur même des sociétés européennes.

A échelle historique, l'Europe s'islamise

Pour le journaliste américain C. Caldwell, on assiste à une véritable "révolution sous nos yeux" : par sa composante musulmane qui croit à grande vitesse, l'Europe change profondément. Ces changements affectent le quotidien, les rapports humains, les habitudes. Quant à Onfray, mettant en regard la vitalité des citoyens musulmans, leur foi, leur démographie, par rapport à la fatigue, au manque de foi, voire au nihilisme des autres Européens, il prédit que l'Europe peut out à fait devenir musulmane.

"Une révolution sous nos yeux" : Christopher Caldwell

"Dans votre livre Une révolution sous nos yeux, vous montriez comment l'islam va transformer la France et l'Europe. Sommes-nous en train de vivre cette transformation?

Très clairement.

Celle-ci passe-t-elle forcément par un choc des cultures?

C'est difficile à prévoir, mais ce qui se passe est un phénomène profond, anthropologique. Une culture – l'islam – qui apparaît, quels que soient ses défauts, comme jeune, dynamique, optimiste et surtout centrée sur la famille entre en conflit avec la culture que l'Europe a adoptée depuis la seconde guerre mondiale, celle de la «société ouverte» comme Charles Michel et Angela Merkel se sont empressés de la qualifier après les attentats du 22 mars. En raison même de son postulat individualiste, cette culture est timide, confuse, et, surtout, hostile aux familles. Tel est le problème fondamental: l'Islam est plus jeune, plus fort et fait preuve d'une vitalité évidente."

http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2016/03/25/31001-20160325ARTFIG00310-christopher-caldwell-les-intuitions-de-houellebecq-sur-la-france-sont-justes.php

Objections
Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}}"L'islamisation de la société" est un mythe qui sert à agiter des peurs
  • Les musulmans tendent à se séculariser, comme les catholiques naguère.
  • Les musulmans représentent une minorité de la populations européenne
  • Les musulmans font souvent partie des défavorisés, ils sont privés de pouvoir et sous-représentés dans les institutions politiques
Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}}Les musulmans sont un atout

Ils permettent de créer des ponts entre l'Europe et la rive Sud de la Méditerranée, ainsi qu'avec des pays musulmans plus lointains (Indonésie...).

Ils apportent leur culture qui permet plus d'ouvertures et d'enrichissement mutuel.

"L'Europe n'est pas un club chrétien". Avec l'Albanie, le Kosovo, la Roumanie, peut-être la Turquie, l'Europe comprend des pays ou des régions musulmanes, qui sont un de ses composantes.

Laïcité vs islamisation

"Selon sa doctrine classique, l'islam se définit comme un tout : religion, société, Etat. (...) C'est pourquoi la notion de laïcité est étrangère au droit public musulman. Donc, dans un pays où la majorité de la population est musulmane, l'islam doit être reconnu comme religion officielle. Même si le Coran ne se prononce pas à son sujet, il inspire un système politico-religieux qui identifie totalement les sphères religieuse et civile." (Voir Annie Laurent : http://www.atlantico.fr/decryptage/pourquoi-islam-et-laicite-font-rarement-bon-menage-annie-laurent-3032300.html). Il en découle des frictions qui deviennent plus importantes au fur et à mesure que le nombre de musulmans s'accroît, avec des revendications de plus en plus nombreuses sur la nourriture, les lieux de prières, au travail, à l'hôpital... jusqu'à la demande de "lois séparées" ("tribunaux islamiques" en UK, au Canada). De plus, un musulman en principe ne peut pas changer de religion, ce qui s'oppose à la laïcité. A terme, cette situation est de moins en moins tenable.

Un musulman ne peut pas changer de religion :

« Le principe de laïcité, rappelle Régis Debray, place la liberté de conscience (celle d’avoir ou non une religion) en amont et au-dessus de ce qu’on appelle dans certains pays la “liberté religieuse” (celle de pouvoir choisir une religion pourvu qu’on en ait une). En ce sens, la laïcité n’est pas une option spirituelle parmi d’autres, elle est ce qui rend possible leur coexistence, car ce qui est commun en droit à tous les hommes doit avoir le pas sur ce qui les sépare en fait. »

Lors de la négociation d'un accord avec les principales organisations musulmanes, J.P. Chevènement avait mis comme point le droit de changer de religion. "Or il y a bien une restriction, puisque le texte initial ajoutait que cette convention « consacre notamment le droit de toute personne à changer de religion ou de conviction ». Assimilée à un acte d’apostasie, cette précision sur le droit à changer de religion ou de conviction a été retirée à la demande des musulmans.

Rappelons que si le Coran réprouve l’incroyance et l’apostasie, il n’accompagne cette condamnation d’aucune peine particulière, en vertu du principe selon lequel la foi, comme tout ce qui concerne le for intérieur, est du domaine exclusif de Dieu. Mais le droit musulman prévoit la peine de mort pour l’apostat en s’appuyant sur un dire controversé du Prophète. Le retrait de cette phrase est donc lourd de conséquences."

https://oumma.com/quelle-liberte-de-conscience/

Pour Zemmour, "la France n'est plus la France à cause de l'islam"

"La France n'est plus la France à cause de l'islam". Interrogé sur le sens de cette déclaration, (Eric Zemmour) a d'abord expliqué dissocier les musulmans et la religion musulmane.

"Je parle d’une civilisation, d’une religion qui n’est pas qu’une religion, qui est une civilisation, je parle du dogme, vous dites 'le radicalisme littéral', mais l’islam est fondamentalement littéral, fondamentaliste depuis les origines, je ne parle pas des hommes, je ne parle pas des gens", a-t-il insisté.

"La liberté individuelle est impossible avec l'islam"

"Pour être Français, il ne suffit pas de prétendre respecter les valeurs de la République, j’aimerais bien savoir ce que c’est. A part Liberté, égalité, fraternité, mais c’est tellement vague", a-t-il poursuivi, ajoutant à ces valeurs celle de la laïcité. Mais d'après lui, laïcité et religion musulmane ne peuvent cohabiter.

"La laïcité est incompatible avec l’islam, la liberté individuelle est impossible avec l’islam et même la liberté de la nation est impossible avec l’islam, puisqu’ils appartiennent à la Oumma", a-t-il conclu.

http://www.bfmtv.com/societe/eric-zemmour-la-laicite-est-incompatible-avec-l-islam-1043905.html

"Eric Zemmour cite dans Un Quinquennat pour rien le roi du Maroc Hassan II qui a dit : ‘’Je ne suis pas un chef d’Etat laïque car à partir du moment où on est musulman, on ne peut pas être laïque. En réalité, tous les chefs d’Etat du monde musulman, je ne dis pas arabe, ne sont pas des chefs d’Etat laïcs. Et quand ils disent qu’ils veulent être laïcs, je dis qu’ils ne sont plus musulmans, car le droit musulman nous colle à la peau, qu’on le veuille ou non , tant sur le plan du droit public que sur le plan du droit privé’’.

"L’islam n’est pas une religion comparable au christianisme parce qu’il est à la fois une religion et un code juridique ce qui en fait une religion politique."

http://www.breizh-info.com/2016/10/10/51071/quinquennat-rien-zemmour-lislam-lislamisme

Quelles marges de manoeuvre pour une réforme ?

Atlantico : Quelle est la marge de manœuvre de l'islam relativement à la parole de Mahomet ? Pour quelles raisons ?

Rémi Brague : Mais ce n’est pas la parole de Mahomet ! Le Coran, pour les musulmans, c’est la parole de Dieu, et en un sens très littéral, il a été dicté par Dieu. Dieu est pour eux l’auteur du Coran de la même façon que Flaubert est l’auteur de Madame Bovary. Mahomet n’a fait que prendre à la dictée. Il est certes le "bel exemple", ce pourquoi ses déclarations et ses actions (hadith) peuvent servir de sources de droit.

Tout le monde parle d’interpréter le Coran.

Mais si c’est Dieu qui y dicte ses volontés, on ne pourra guère interpréter que le sens des mots. Le voile des femmes restera un voile ; on s’interrogera seulement sur sa longueur et son opacité.

Read more at http://www.atlantico.fr/decryptage/islam-face-modernite-raisons-theologiques-et-historiques-pour-comprendre-pourquoi-musulmans-ont-tant-mal-faire-evoluer-religion-1945343.html#E3JRDfzioHhPiPCW.99

Objections
Les musulmans vivent la laïcité comme les autres croyants

Pour des croyants, la laïcité pose parfois des problèmes, puisqu'elle implique une restriction des expressions religieuses dans l'espace public. Mais à part quelques cas marginaux (quelques jeunes filles voilées, burkinis), souvent montés en épingle par les médias ou par l'extrême droite, les citoyens musulmans n'ont pas plus de problèmes avec la laïcité que les citoyens d'autres religions.

L'islam est une religion tolérante

Il existe plusieurs versets qui inclinent à la tolérance dans le Coran

Juifs et musulmans vivaient en bonne intelligence pendant que les catholiques persécutaient les Juifs

Un islam des Lumières est en train d'émerger

La montée de la défiance

Beaucoup d'Européens ont peur de l'islam : les sondages montrent de la défiance envers l'islam (références). En Allemagne, Pegida organise des manifestations contre l'islamisation, en UK idem avec l'English Defense Leage. Des intellectuels comme Onfray considèrent que l'islam a une vision de la femme, des homosexuel-le-s, et des non-musulmans, qui est problématique et demande au moins débat et clarifications (voir Michel Onfray, Penser l'islam).

Des sondages révèlent aussi une certaine radicalité dans l'opinion des musulmans européens, que ce soit en France, en UK.

"Brice Teinturier, directeur général de l'institut Ipsos dans le journal Le Parisien, au lendemain de l'attentat de Nice explique: «Soyons clair: dans nos études, nous constatons un niveau élevé, voire très élevé, de personnes qui nous disent que la religion musulmane telle qu'elle est pratiquée aujourd'hui dans notre pays, n'est pas compatible avec les valeurs de la société française. Qu'elle cherche à imposer son mode de fonctionnement. Le rejet est particulièrement marqué»."

http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2016/07/28/31001-20160728ARTFIG00159-l-urgence-de-la-laicite-face-au-projet-de-societe-de-l-islam-politique.php

http://www.lexpress.fr/actualite/societe/religion/depuis-les-attentats-les-musulmans-a-l-ere-du-soupcon_1848384.html

"Alain Finkielkraut a défini un jour le politiquement correct comme le fait de ne pas voir ce qu’on montre. Le traitement de l’étude sur les musulmans de France réalisée par l’Institut Montaigne sous la direction de Hakim El Karoui et publiée hier par le JDD nous en a fourni un exemple éclatant. On dirait que les médias se sont concertés pour tenter de planquer la réalité sous des titres lénifiants. « Musulmans de France, l’enquête qui surprend », annonçait le JDD à sa « une ». « L’enquête qui terrifie » aurait été un titre plus adapté.

C’est la première fois, à ma connaissance, qu’un travail aussi sérieux tente d’établir un portrait idéologique et culturel des musulmans de France (trois quarts de Français, un quart d’étrangers). On se disait bien qu’une partie d’entre eux avait quitté le monde commun – ou n’y avait jamais résidé – mais on pouvait encore espérer qu’il s’agissait d’une infime minorité. Or, on apprend que 28 % des musulmans de France estiment que la charia prévaut sur la loi de la République. Oui, vous avez bien lu : près d’un tiers des musulmans vivant dans notre pays vivent mentalement dans une tout autre contrée. Un tiers sur une population estimée (à la baisse) entre 3 et 4 millions, ça fait un million de personnes, souvent jeunes. (...)

On pourrait se réjouir de ce que 70 % des musulmans vivant dans notre pays soient devenus des laïques comme les autres. « Deux tiers des musulmans pensent que la laïcité permet de vivre librement sa religion », affirme Hakim El Karoui. Alors, il doit y avoir maldonne sur le sens du mot laïcité.  En effet, douze ans après le vote de la loi interdisant les signes religieux à l’école, 60 % des personnes interrogées estiment que les filles devraient pouvoir porter le voile à l’école ; 48 % pensent qu’on doit pouvoir affirmer son identité religieuse au travail ; 58 % des hommes et 70 % des femmes sont favorables au port du voile – hijab. Autrement dit, même au sein de la majorité que l’on dit intégrée, on n’entend pas renoncer à ce signe de rupture avec le modèle français qu’est la dissimulation du corps féminin.

Elisabeth Lévy

https://www.causeur.fr/musulmans-islam-charia-jdd-140158

Sur le même sondage :

http://www.lexpress.fr/actualite/societe/15-des-francais-soutiennent-l-etat-islamique-un-etrange-sondage-venu-de-russie_1568756.html
Objections
Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} "Un engrenage qui pourrait dresser les populations les unes contre les autres" (Abdennour Bidar)

Stigmatiser les musulmans, c'est faire le jeu des extrémistes qui veulent diviser les sociétés européennes (cf. Gilles Kepel)

"Car en France aujourd'hui, et dans bien d'autres pays européens se creuse dramatiquement le fossé d'incompréhension entre les musulmans et les autres: d'un côté une véritable allergie se répand à l'égard d'une religion perçue comme violente et agressive, de l'autre se propage le sentiment d'être toujours plus «montrés du doigt», stigmatisés. Le rejet n'en finit plus de monter des deux côtés: les uns rejettent, les autres se sentent rejetés. Voilà le mécanisme, l'engrenage maudit, qui pourrait dresser demain nos populations les uns contre les autres dans des tensions civiles très graves. Face à cela, nous devons avoir un sursaut de lucidité collective: être capables de comprendre le piège à temps, et l'éviter tous ensemble, non musulmans et musulmans unis, avant que ne se déclenche son mécanisme de désastre sur les plans social et politique."

http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2015/11/19/31003-20151119ARTFIG00002-abdennour-bidar-les-musulmans-doivent-passer-a-la-responsabilite-de-l-autocritique.php

Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} La stigmatisation des musulmans est contraire à nos valeurs essentielles
Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} L'islam radical représente une infime minorité

La grande majorité de nos concitoyens musulmans sont paisibles et ne demandent qu'à vivre normalement.

Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Les musulmans sont les premières victimes de l'islamisme
Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Beaucoup de musulmans combattent l'islamisme

"(...) voilà quelques années maintenant que des musulmans, et non des moindres, sont entrés en résistance. Doués de la lucidité et du courage qui manque si souvent à certains « progressistes », ils parlent. Ils s’appellent Hélé Béji, Ghaleb Bencheikh, Fehti Benslama, Abdenour Bidar, Kamel Daoud, le regretté Abdelwahhab Meddeb, Moustapha Safouan, Boualem Sansal, et bien d’autres. Ils ne forment pas un groupe, chacun parle pour lui-même, et sans doute ne sont-ils pas d’accord sur tout. Mais ils se rejoignent sur l’essentiel : la lutte contre la barbarie islamiste au péril de leur vie."

André Versaille

https://www.causeur.fr/pour-les-musulmans-edwy-plenel-145052

Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} La plupart des musulmans ont adopté l'idéal « Liberté, égalité, fraternité »

Le réenracinement des deuxième et troisième générations

"Le singulier de cette évolution est qu’elle se déroule au rebours de celles des précédentes immigrations. Traditionnellement, la première génération reste encore très liée à sa communauté d’origine et se sent mal insérée dans le pays d’accueil où la deuxième ou la troisième génération s’inscrit naturellement dans les modes de vie des autochtones. Dans le cas d’une petite mais bruyante partie de la jeunesse musulmane, nous assistons au phénomène inédit inverse décrit par Hugues Lagrange dans Le Déni des cultures, celui d’un « réenracinement des troisièmes et quatrièmes générations de l’immigration dans la culture de leurs parents et de leurs pays d’origine. ». Témoignages de ce « réenracinement », pointés aussi par Malika Sorel-Sutter, le refus de plusieurs jeunes d’utiliser la langue française au quotidien, y compris dans les cours de récréation, la remise en cause de la laïcité, et chez les adultes, le faible taux d’exogamie. Or comme l’avait fait remarquer, il y a plus de 30 ans, Emmanuel Todd dans Le Destin des immigrés : « Le taux d’exogamie, proportion de mariages réalisés par les immigrés, leurs enfants ou leurs petits-enfants avec des membres de la société d’accueil, est l’indicateur anthropologique ultime d’assimilation ou de ségrégation ». (...)

Par ailleurs, l’ouvrier Mohammed des années 1960 ne voyait pas de contradictions insurmontables entre le respect de sa foi et la fréquentation de non-musulmans. Prenons l’exemple des interdits alimentaires : « Ce qui pose question, écrit Dounia Bouzar, c’est la différence de posture envers la définition du halal : ce qui était, pour l’ancienne génération, une donnée négociable et souple est devenue ces dernières années une barrière qui empêche demanger ensemble. Jamais un musulman des premières générations n’aurait refusé de prendre un repas chez un non-musulman. Dans son islam à lui, il aurait eu peur d’être puni par Dieu pour avoir vexé une personne bien intentionnée. Aujourd’hui il arrive que de plus en plus de jeunes refusent une invitation de non-musulman, ou de non-pratiquant. » De même, la majorité des Algériennes venues en France dans les années soixante, n’étaient pas voilées. Aujourd’hui, leurs petites-filles le sont souvent, et comme par un effet de mimétisme ou d’« entraînement », nombre de leurs grands-mères ont fini par se voiler elles aussi."

André Versaille

https://www.causeur.fr/malika-sorel-lagrange-islam-integration-144047

Les jeunes musulmans reviennent à la pratique religieuse

Sondages et données diverses

Objections à la famille "L'islamisation de l'Europe et le risque de sécession"

Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} La peur de l'Islam fait le jeu des extrêmes
Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Il n'existe pas un islam, mais des islams

"Passer de la croyance en un Coran dicté et incréé, de fait hypostase de la divinité, à un Coran inspiré et co-créé par Dieu et l’homme, comme le propose notamment Abdennour Bidar, serait un très grand pas vers une nécessaire autocritique de la religion. Cela aurait également l’avantage de faire évoluer la perception qu’a l’islam du rapport entre le divin et l’humain, l’homme n’étant plus un outil écrasé par le poids du sacré, mais un co-auteur grandi par son compagnonnage avec lui.

Ceci, néanmoins, ne peut venir que des musulmans eux-mêmes et ne saurait leur être imposé.

En revanche, il incombe au reste de la société de favoriser cette démarche, d’encourager le développement d’un « islam des Lumières » et, naturellement, de lutter contre la propagation de « l’islam de l’obscurantisme ». Dans ce but, voici quelques éléments de réflexion, que j’explorerai davantage par la suite mais déjà esquissés à grands traits."

Aurélien Marcq

https://www.causeur.fr/islam-lumieres-islamisme-musulmans-daech-145917

Les religions correspondent à ce que les gens en font

La Bible comporte plus de passages violents que le Coran. Néanmoins juifs et chrétiens l'interprètent dans un sens où ces passages passent à l'arrière-plan. Les textes sacrés contiennent différentes facettes et sont complexes ; les croyants peuvent privilégier tel ou tel aspect. Il est irréaliste de dire que tel livre sacré serait "intrinséquement violent".

Citation Onfray

Il faudrait prendre exemple sur le Consistoire de Napoléon pour l'islam de France

"Puisque hommes politiques et leaders musulmans évoquent sans cesse le modèle juif, son exemple est justement plein d'enseignements ! L'entrée des Juifs dans la nation française, quoiqu'ils aient été déjà là, géographiquement, en France depuis des siècles, s'est faite sous l'égide d'une assemblée convoquée en 1807 par Napoléon pour répondre (de façon quasi comminatoire) à 12 questions extrêmement gênantes, destinées à jauger leur capacité (et leur désir) à devenir français. Ces questions couvraient tous les domaines de l'existence, depuis le statut personnel et les lois qui la régissaient au rapport à la France et aux Français, en passant par le pouvoir rabbinique et la morale économique du judaïsme. (...) Elles obligèrent les Juifs à faire un choix sur des problèmes cruciaux entre la loi juive et l'adhésion à la France. Elles les contraignirent à se réformer à la fois religieusement et civilement (...) Le judaïsme en France est passé par-là, au point d'en avoir gardé une marque indélébile. Ça change tout, même s'il arrive que cette histoire soit l'objet d'un regard critique. (...)

Quelles seraient les questions délicates à poser aux décisionnaires religieux de l'islam, investiguant la nature du rapport que celui-ci pourrait entretenir avec un État laïque d'identité française ? C'est la reconnaissance des non-musulmans qui pose, avant tout, problème avec l'islam. Il faudrait que les autorités de l'islam déclarent sous quelle catégorie elles considèrent la France comme territoire, à la fois géographique et symbolique.

On le sait, la théologie musulmane divise la planète en deux zones, Dar el Islam, la «Maison de l'islam» où doivent régner la paix et la loi coranique dans un univers qui doit être musulman et le Dar el Harb, la «Maison de l'épée» où règnent la guerre et la conquête islamique pour faire triompher le Coran sur les infidèles. C'est là que prend place le djihad, la guerre sainte. Dans cet espace, les non-musulmans n'ont aucun droit et leur avenir est de devenir musulmans (...). Il existe cependant une troisième catégorie d'espace, le Dar el Solh, la «Maison de la trêve» qui, comme son nom l'indique, ne fait que suspendre la guerre contre la «Maison de l'épée», les infidèles, lorsque les conditions de la guerre ne sont pas favorables aux musulmans.

On comprend qu'il y a là l'obstacle majeur à l'intégration de l'islam dans la République. Il faut donc que les autorités musulmanes européennes déclarent solennellement renoncer à la doctrine politique du djihad et donc à cette partition du monde qui empêche toute reconnaissance du non-musulman. Il ne suffirait pas en effet que ces autorités se prononcent sur la catégorie à laquelle appartient l'Europe, car la meilleure catégorie serait celle du Dar el Islam, ce qui impliquerait que l'Europe se soumette à la loi islamique. Déclarer que l'Europe relève de la «Maison de la trêve» comme le fit Tariq Ramadan dans l'émission «Ripostes» de Serge Moati, ne peut en aucune façon rassurer les Européens, on le comprend, car le propre d'une trêve est de finir (...).

L'islam a en effet un problème de taille : il a toujours vécu en majorité même quand il fut dominé. Il a donc naturellement du mal à s'accepter et à se comporter en minorité. C'est tout un travail d'autoréforme qu'il a ainsi à accomplir. C'est ce que firent le judaïsme et le christianisme, en se repliant sur la mystique à défaut de pouvoir se poser dans l'étatique. Le messianisme juif, avec ses attentes dans l'historico-politique, avait constitué un obstacle lors de l'émancipation. Ses représentants trouvèrent une formule pour l'universaliser et le repousser à un avenir indéterminé.

Le deuxième ordre de questions doit concerner la façon dont les autorités de l'islam européen considèrent les autres religions, le judaïsme et le christianisme, si elles acceptent leur légitimité et si elles renoncent au prosélytisme actif. Si des non-musulmans veulent se convertir à l'islam, c'est leur droit (et l'inverse est aussi vrai) mais l'islam ne doit pas dans une République et un État démocratique partir à la conquête des âmes, à l'islamisation de la société civile car cela ne manquerait pas de réveiller en retour la guerre des religions et la surenchère concurrentielle entre elles.

Le troisième ordre de questions doit clarifier le système d'autorité de l'islam afin de désigner des responsables de la doctrine et du bon ordre de la vie religieuse. Avec une particulière attention pour les rapports avec les puissances musulmanes mondiales dont l'islam français comme religion devrait se séparer. (...)

Enfin, quatrième ordre de questions concernant le statut personnel et notamment celui de la femme. Un aspect capital qui commande le rapport à l'autre. Les autorités musulmanes européennes doivent confirmer qu'elles reconnaissent la liberté et les droits de la femme, son droit à divorcer, à contracter mariage avec qui bon lui semble. Elles doivent confirmer la prééminence du droit civil sur la charia.

Ces réponses à ces questions décideront si oui ou non un islam français est possible, si la République peut intégrer l'islam dans ses rangs et l'État avoir confiance dans la population qui se recommande de cette religion. Tout comme on l'a dit pour ce qui est de la décision de la France d'intégrer cette population, qu'on ne peut imaginer négative sous peine d'une guerre civile, on ne peut imaginer de réponse négative à ces questions de la part de l'islam français sous peine d'une très grave crise.

Pourquoi ne pose-t-on pas ces questions ? Parce qu'on a peur que la réponse soit négative ? C'est justement ce qui empoisonne l'atmosphère et fait croître le soupçon, le racisme d'un côté et le ressentiment de l'autre. Qu'on les pose une fois pour toutes, et le problème sera réglé, pour le pire ou, je veux le croire, le meilleur !"

Extrait de Shmuel Trigano (professeur à Nanterre, sociologue des religions, philosophe) "La Démission de la République", Puf 2003

https://www.bladi.info/threads/islam-francais-possible.4265/

La même idée est reprise plus récemment :

"12 ans après la création solennelle et médiatisée du CFCM revient le serpent de mer de l'organisation par la République d'un islam français. Nombreux sont ceux qui, échaudés par le bilan mitigé du CFCM, sont d'avance convaincus que cette initiative est vouée à l'échec. La France possède pourtant une très ancienne tradition d'organisation des religions. (...)

Ce n'est qu'en 1806 que commence sa grande réforme. Napoléon Ier convoque alors une «Assemblée des notables» juifs, nommés par les préfets, à qui il soumet douze questions:

1) Est-il licite aux juifs d'épouser plusieurs femmes?

2) Le divorce est-il permis par la religion juive? Le divorce est-il valable, sans qu'il soit prononcé par les tribunaux et en vertu de lois contradictoires à celles du code français?

3) Une juive peut-elle se marier avec un chrétien et une chrétienne avec un juif?

4) Aux yeux des juifs, les français sont-ils leurs frères? Ou sont-ils des étrangers?

5) Dans l'un et l'autre cas, quels sont les rapports que la loi leur prescrit avec les français qui ne sont pas de leur religion?

6) Les juifs nés en France et traités par la loi comme citoyens français regardent-ils la France comme leur patrie? Ont-ils l'obligation de la défendre? Sont-ils obligés d'obéir aux lois et de suivre toutes les dispositions du Code civil?

7) Qui nomme les rabbins?

8) Quelle juridiction de police exercent les rabbins parmi les juifs? Quelle police judiciaire exercent-ils parmi eux?

9) Cette forme d'élection, cette juridiction de police sont-elles voulues par leurs lois, ou seulement consacrées par l'usage?

10) Est-il des professions que la loi des juifs leur défende?

11) La loi des juifs leur défend-elle de faire l'usure à leur frère?

12) Leur défend-elle ou leur permet-elle de faire l'usure aux étrangers?

Derrière ces douze questions, où se mêlent d'authentiques questions sur la loi de Moïse et des préjugés alors bien établis, est posée la question unique de la compatibilité entre la pratique de la religion juive et les principes du Code civil. Il ne s'agit à aucun moment de demander de préférer la citoyenneté française à l'identité juive, ni même de cantonner la pratique religieuse au strict exercice du culte, niant la dimension sociale de toute religion. Seules le respect de la loi commune et l'amour de la patrie sont exigés."

http://www.lefigaro.fr/vox/religion/2015/02/27/31004-20150227ARTFIG00248-islam-de-france-pourquoi-il-faut-prendre-exemple-sur-le-consistoire-de-napoleon.php

Objection : L'Etat n'a pas à intervenir dans les questions religieuses
Les musulmans se séculariseront comme naguère les catholiques

Le mouvement de la modernité est irrésistible. De par ses séductions, la société moderne amollit les croyances ; quant à l'esprit scientifique, à l'éducation, ils sapent peu à peu l'intégrisme et ouvrent sur des perspectives plus rationnelles. La crainte d'un "revival" religieux est un fantasme.

Citation de spécialistes qui prévoient la fin de l'islamisme à court terme

Objection : On ne peut pas appliquer le schéma chrétien sur l'islam

Le christianisme est "la religion de la sortie de la religion". Dans l'Evangile, le Christ dit de "rendre à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu".

"les Européens, du plus pieux des pratiquants au bouffeur de curés invétéré, pensent tous la religion sur le modèle inconscient du christianisme. Ils réduisent donc la religion à ce qu’ils observent dans les diverses confessions chrétiennes: des actes de culte, la prière, éventuellement des jeûnes et des pèlerinages. Ce qui n’en relève pas est censé être extérieur à la religion. Or, pour l’islam, la religion consiste essentiellement à appliquer la loi divine. C’est parce qu’elle le commande qu’il faut prier, jeûner, etc. Et elle commande aussi le voile, la nourriture halal, etc."

Rémi Brague

http://diplomatie-humanitaire.org/lerreur-de-leurope-de-penser-lislam-modele-christianisme/

Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Au lieu d'alimenter le "choc des civilisations", œuvrer à l'islam des Lumières avec de nombreux musulmans
La grille de lecture par "la religion" est erronée

7. Le spectre d'une guerre civile

Il y a de nombreux territoires perdus de la République

Le vivre ensemble et l'antiracisme sont en échec

  • L'antisémitisme augmente, il est plus virulent que jamais : de nombreux juifs quittent la France ou d'autres pays européens pour aller en Israël.
  • Les jeunes descendants d'immigrés sont toujours autant discriminés à l'emploi, au logement, en boîte de nuit voire au camping (testings).
  • Les associations anti-racistes se lancent dans des procès contre des intellectuels comme Finkielkraut ou des journalistes comme Mermet.
  • L'antiracisme est dévoyé pour des causes controversées --> Pascal Bruckner, "Un racisme imaginaire".
  • L'islamophobie gagne du terrain.
Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Le vivre-ensemble se passe globalement bien, les déclinistes montent en épingle quelques problèmes "à la marge"

La condition des femmes régresse dans les quartiers

Mariages forcés, excision, voire "crimes d'honneur" se retrouvent en Europe

Sans aller jusqu'à ces extrêmes, les femmes sont moins bien acceptées dans l'espace public, elles ne peuvent pas porter les vêtements qu'elles veulent dans certains quartiers

Les gouvernements européens laissent la situation se dégrader

L'ultra-droite attend la confrontation

"Pointant du doigt l'ultra-droite française, le patron du renseignement, Patrick Calvar a, à deux reprises le mois dernier, émis des craintes concernant une "confrontation" en France, voire une "guerre civile"."

http://www.lexpress.fr/actualite/societe/le-patron-de-la-dgsi-evoque-un-pays-au-bord-d-une-guerre-civile_1804877.html

Le spectre de la guerre civile

Les haines montent de toute part

Agressions, racisme, mosquées taguées, synagogues incendiées, églises vandalisées, femmes voilées insultées etc.

Manifestations qui dérapent avec des cris "Mort aux Juifs!"

Cf. Rioufol, Obertone...

Un grand nombre de livres paraissent avec ce thème, montrant un climat autour de ce thème

Les tensions actuelles vont s'exacerber

Faute de solutions et de mesures fortes, le climat se dégrade

Les armes circulent dans les cités

Policiers, pompiers sont attaqués, émeutes urbaines, voitures brûlées

Les attentats augmentent

Les "déséquilibrés" commettent des agressions

Il suffit d'un événement plus dramatique pour que tout s'embrase

Il risque d'y avoir des réactions incontrôlables des populations

"La montée du Front national depuis quelques années et de Marine le Pen aujourd'hui s'explique par le ressentiment qu'éprouve depuis longtemps une grande partie des milieux populaires à l'encontre des Arabes et des musulmans. Ces sentiments sont évidemment renforcés aujourd'hui par les attentats islamistes mais aussi par les revendications religieuses et culturelles de l'islam. "Il faudrait tous les zigouiller". C'est ce que j'entends souvent dans les conversations de comptoir et d'atelier. Il en est de même en face, quand s'exprime le mépris des "gaouris". De telles haines n'ont pas été comprises."

Charles Rojzman

http://www.huffingtonpost.fr/charles-rojzman/la-carte-aveuglante-du-1er-tour-de-lelection-presidentielle_a_22054329/

Objections
Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Les citoyens réagissent avec mesure
Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Les attentats ne divisent pas la société, qui manifeste contre eux dans toutes ses composantes
Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Personne n'a envie de confrontation violente
Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Si la "guerre civile" devait se passer, elle aurait déjà eu lieu
Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Les Etats européens sont suffisamment solides pour éteindre les incendies (dissolution des groupes extrémistes, etc.)
Il est possible de résoudre les conflits "communautaires" au lieu de prophétiser la fin (ou la guerre civile)

"La réconciliation que j'appelle de mes vœux et qui éviterait ce qui pourrait ressembler à une guerre civile est un processus long et douloureux, loin de ce que j'appelle depuis longtemps le "vivrensemblisme", loin du politiquement correct.

Elle suppose, cette réconciliation, que soient mis sur la table, avec les conflits nécessaires, toutes les données de cette inimitié grandissante entre musulmans et une grande partie de la population française. Elle suppose également un véritable dialogue entre ces français qui voient dans l'islam un danger absolu et les autres qui nient ce danger, sous prétexte que le véritable danger est ailleurs, dans un nationalisme étriqué pour les uns, dans les banques et la finance pour les autres.

Cette réconciliation suppose une prise de responsabilité collective et des dialogues conflictuels:

  • prendre en compte la réalité de la criminalité d'une minorité importante de la population d'origine immigrée de confession musulmane, criminalité qui suscite la méfiance et la peur.
  • Regarder les difficultés réelles des habitants des quartiers, la réalité des discriminations dans le travail et le logement. et en même constater leurs sentiments de victimisation confortés par un antiracisme aveugle.
  • Abandonner certaines traditions religieuses et culturelles qui représentent un frein à l'assimilation ou tout au moins à la bonne entente et compréhension entre les populations et rejeter clairement l'antisémitisme, la francophobie et les thèses complotistes de l'islam radical.
  • Accepter cette évidence que nous vivons désormais dans une société mixte, que nous le voulions ou non, que les générations issues de l'immigration font désormais partie intégrante de la nation française et que nous devons respecter les croyances et la foi des uns et des autres, tant qu'elles ne s'imposent pas par un prosélytisme et une visibilité qui heurtent les habitudes de la population majoritaire ou contreviennent aux lois de la république.

Le combat contre les inégalités et les injustices doit être l'affaire de tous. A condition que chacun balaye devant sa porte. Responsabilité, c'est le mot d'ordre qui permet cette réconciliation indispensable, je le répète pour éviter une guerre civile toujours possible mais aussi pour nous permettre d'avancer vers plus d'humanisation de nos sociétés."

Charles Rojzman, fondateur de la Thérapie sociale"

http://www.huffingtonpost.fr/charles-rojzman/la-carte-aveuglante-du-1er-tour-de-lelection-presidentielle_a_22054329/

Objections à l'argument "Le spectre d'une guerre civiles

Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Objection à écrire

8. Un déclin culturel

L'américanisation des mœurs et de la société

Rapports plus violents, culte de la réussite matérielle, des nouvelles technologies, intérêt pour le transhumanisme

Séries, langue, vêtement, consommation (Mac Do). Cette américanisation coïncide avec un certain abrutissement, et affecte les rapports humains, les mœurs, la tendance à la judiciarisation, la "guerre des sexes".

"Trois fétiches venus d’Amérique ont transformé notre manière de voir le monde. L’espace, désormais, comme aux Etats-Unis, remplace le temps. On communique sans cesse d’un bout à l’autre de la planète, on exalte l’horizon et l’esprit de conquête. Mais on ne transmet plus ; le présentisme spatial se substitue à la mémoire et au passé. L’image l’emporte sur l’écrit, comme au pays d’Hollywood et de la télévision. Un bonheur de commande, enfin, remplace la conscience de l’histoire et le sens du tragique. Il est désormais obligatoire d’être jeune, allant et plein d’espoir, de laisser dans l’ombre les épreuves de la vie et du monde, de tout nimber d’un optimisme de commande qui nous protège «du trouble de penser et de la peine de vivre»."

Laurent Joffrin résumant les thèses de Régis Debray in Civilisation : comment nous sommes devenus américains (Gallimard, 2017).

http://www.liberation.fr/debats/2017/05/16/debray-ou-le-declin-de-l-empire-europeen_1569919

Objections
Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Les sociétés européennes se modernisent

Se doter de nouvelles technologies, fluidifier les rapports, ne va pas sans bouleverser les structures sclérosées, ce qui est un réel progrès.

Un recul de la liberté d'expression

Procès aux intellectuels, on remplace le débat d'idées par le débat au prétoire. Une société qui a peur du débat d'idées ou de la liberté de création se met en place.

"Je pense que l’on est sous un régime de censure. […] La censure, c’est maintenant les groupes de pression, les catholiques intégristes, les écologistes, les anti-écologistes, les gays, les anti-gays, les féministes, les anti-féministes, Alain Delon, EuroTunnel… […] Des gens instrumentalisent des lois de police qui avaient été conçues pour réguler les écrits dans un souci de bonne tenue de la société. […] On fait 14 000 procès par an dans la matière dans laquelle j’exerce et c’est à peu près 50 000 francs (environ 7 500 euros) à chaque fois. […] On me soumet des manuscrits, y compris de fiction. On me demande de les relire, de les caviarder, de les censurer pour qu’ils puissent vivre en librairie"1.

http://agora.qc.ca/documents/censure--les_nouvelles_formes_de_censure_par_emmanuel_pierrat

"Avant, seuls certains documents très chauds passaient entre nos mains. Aujourd’hui, on nous demande des relectures préventives, même pour le tiède et la fiction. Le Lolita de Nabokov, écrit par un jeune auteur inconnu, serait impossible à publier en l’état" 1, Maître Bigot, spécialisé dans la propriété littéraire.

Cf. Olivier LE NAIRE, « Qui veut bâillonner l’édition ? », L’Express du 11.04.2002

"Mais ce qui frappe le plus dans cette censure modernisée est l'appréciation du comportement des personnages. Ce n'est plus la débauche en tant que telle qui est jugée, ce n'est plus la connotation raciste des propos du littérateur qui est désignée à l'opprobre. Les personnages sont les vrais coupables.

Si le héros est pédophile, serial killer ou néonazi, il doit faire acte de repentance au dernier chapitre. A défaut, il sera jugé et son créateur lui sera assimilé. Même de fiction, les personnages sont tenus de conserver dignité, morale et respect de la loi. Les temps sont rudes pour Barbe-Bleue, Dracula, les Rapetou ou Arsène Lupin."

http://www.lemonde.fr/livres/article/2011/01/13/au-risque-d-une-censure-modernisee_1465002_3260.html

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/livres/article/2011/01/13/au-risque-d-une-censure-modernisee_1465002_3260.html#cYSc8lKfJSPMLIuB.99

Une régression démocratique

... et une homogénéité des idées dans la presse

"Philippe Nemo montre, exemples tirés de la jurisprudence à l’appui, comment ces lois volontairement ambigües dans leur énoncé (« l’homophobie », par exemple, est condamnable, mais il n’en existe aucune définition légale !) ne punissent plus les paroles, mais les pensées. De même, celles-ci ne peuvent être examinées en procès que par l’intermédiaire de juges chargés de traquer et de condamner les déviants, comme de nouveaux inquisiteurs.

Il n’est pas besoin de punir tout le monde. La criminalisation du discours repousse les thèses controversées hors de la sphère publique ; l’auto-censure des jeunes professionnels fait le reste. Aucun étudiant en journalisme n’aura la moindre chance de décrocher un simple job de pigiste s’il a le malheur d’exprimer une opinion s’écartant de la norme, même en privé, si celle-ci parvient aux oreilles de son employeur.

Après des décennies le long de ce chemin, le résultat est là : un spectaculaire affaiblissement du débat intellectuel. Le terme de régression n’est pas trop fort. Comme l’explique Philippe Nemo : "Ce qui frappe en effet dans la police des idées qui a été mise en place depuis quelques années en France, c’est son caractère crypto-religieux. Aux personnes qui énoncent des faits et arguments au sujet de l’immigration, des mœurs familiales et sexuelles, de l’école, de la sécurité, de la politique pénale, des politiques sociales, de la fiscalité, etc., n’allant pas dans le sens de l’orthodoxie régnante, on n’oppose pas d’autres faits ou d’autres arguments, mais une fin de non-recevoir. On ne veut pas discuter avec elles, on veut qu’elles disparaissent purement et simplement de l’espace public. On veut que la société soit purifiée de leur présence."

https://www.contrepoints.org/2012/01/23/66000-de-la-regression-intellectuelle-de-la-france

Objections
Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Grâce aux lois contre la haine, les idées extrémistes sont mises hors-jeu ou leur diffusion reste confidentielle

L'imposition du politiquement correct de type américain

Il envahit la langue, on crée des "études de genres", on veut de "'l'affirmative action", on tombe dans le ridicule pour respecter une morale puritaine qui coexiste avec la pornographie et la violence. On risque de retrouver à terme dans nos universités les mêmes problèmes que dans les universités américaines (voir Edwad Behr, Une Amérique qui fait peur, Pocket, ou ...., La pensée gnangnan, ).

"L'attitude des enseignants devient parfaitement logique quand on comprend qu'ils cherchent avant tout à éviter tout comportement pouvant être interprété, de près ou de loin, comme raciste, sexiste, ou tenant du harcèlement sexuel. Danger réel dans la mesure où, par exemple, en se penchant au-dessus de la copie d'une étudiante, ils pourraient par mégarde lui poser la main sur l'épaule, ou laisser échapper au cours d'une conférence une référence douteuse, c'est-à-dire leste, sexiste ou raciste – en tout cas considérée comme telle par une seule de leurs étudiantes. On atteint le ridicule : une enseignante de haut niveau, dans une université prestigieuse, n'a-t-elle pas réussi à faire enlever la reproduction d'un tableau "insupportable et qui l'incommodait" – il s'agissait de la Maja desnuda de Goya [...] ? D'autres cas sont moins drôles, et les enseignants, surtout non encore titularisés, vivent dans la terreur d'attirer l'attention des censeurs [...] L'Association des professeurs de collège tient un registre de nombreux cas d'enseignants licenciés pour "harcèlement sexuel" sans la moindre preuve autre que l'accusation de l'étudiante concernée." (E. Behr, Une Amérique qui fait peur, page 49)

Objections
Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Le politiquement correct est positif, il garantit une meilleure protection des minorités et des femmes

Ce sont des "mâles blancs hétérosexuels" de droite qui déplorent sans cesse le "politiquement correct" alors qu'il s'agit de lois visant à faire mieux respecter les minorités (femmes, racisé-e-s, homosexuel-le-s). Non seulement ces lois sont positives, mais il en faudrait davantage et augmenter les sanctions envers ceux qui usent de propos racistes, sexistes ou homophobes.

La fin des débats de qualité

La civilisation occidentale émerge notamment avec Socrate, qui met en débat toutes les opinions sur l'Agora. Et, jusqu'aux années d'après-guerre, on constate des débats de qualité entre intellectuels (Sartre et Camus). Aujourd'hui, nous voyons des débats télévisés qui tiennent du spectacle, ou bien se tiennent des Colloques confidentiels, réservés aux spécialistes. Quant aux sites sur le net, il s'agit de discussions confuses. Qu'est devenu l'espace public des Lumières ?

"Apostrophé par les cordonniers, forgerons, géomètres, pêcheurs, jeunes gens de bonne naissance, rhapsodes, esclaves, orateurs, Socrate déambulait dans les rues d'Athènes, se mêlait aux discussions et accouchait les âmes.

Sous les voûtes de pierre, St Thomas faisait résonner les thèses et antithèses des différents scoliastes dans d’interminables joutes logiques.

A sa place habituelle du Café de Flore, Sartre se faisait interpeller par des étudiants. Dans la fumée de cigarette, ils refaisaient le monde.

Sitôt terminée sa communication sur Historicité du questionnement et fondements dialogiques de la démocratie, le professeur émérite sort de l’amphithéâtre comme une fusée ; on lui emboîte le pas, le retient par une question, mais il vole déjà vers Vancouver ; sa réponse prend la forme d’un sourire suspendu."

Duits et Barbier, La Logique de la Bête, éditions de l'éclat 2014

Une perte de la diversité culturelle

Films, langues régionales

Un recul de l'éducation

cf. classement Pisa des meilleures écoles

Objections
Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Le niveau d'éducation moyen augmente

Autrefois, le lycée était élitiste, aujourd'hui il s'est démocratisé, tout comme l'université.

Les connaissances disponibles augmentent. Grâce à Internet, chacun peut accéder à toutes les connaissances.

La dégradation de l'urbanisme

Centres-villes désertés par les petits commerces, envahissement de zones plus ou moins industrielles (autoroutes, hangars, parkings, hypermarchés) autour des villes même moyennes, églises qui se détériorent

Une haute culture en régression

  • Artiste qui expose une "machine à merde", musique industrielle, "art contemporain", littérature nombriliste ; la culture populaire disparaît, remplacée par les produits culturels (on passe de Brel, Brassens à Rihanna. (Adorno et l'école de Francfort en parlaient déjà).
  • Recul de la culture classique

Les jeunes européens se détournent de la culture européenne pour imiter la culture américaine (Régis Debray, "Civilisation") ou adopter une forme d'exotisme (fascination pour l'Inde dans les années 70 – hippies, gourous, sectes...-, fascination pour l'Afrique – musique – ou pour les mondes archaïques – chamanisme, modes de vie, alimentation qui se dit "préhistorique", etc.)

  • La lecture recule

(les gens lisent de moins en moins)

  • Baisse du niveau de la télévision

Lorsqu'il y avait 2 ou 3 chaîne, le peuple regardait "Les Dossiers de l'écran" ou "Le Grand échiquier", aujourd'hui c'est la téléréalité ou Hanouna. Il n'y a plus le grand projet communiste d'éducation populaire à la grande culture (théâtre, musique, MJC, Jean Vilar, etc.) mais un discours relativiste sur "les cultures" (seules les élites accèdent à la culture par leur famille).

Objections

La fin du modèle de l'école républicaine

De moins en moins de fils et filles d'ouvriers accèdent aux postes dirigeants. On prétend que "toutes les expressions culturelles se valent" mais pendant ce temps les enfants de la bourgeoisie accèdent à la véritable culture et les enfants de prolétaires ne bénéficient que d'une culture au rabais (hypocrisie des classes dirigeantes qui maintiennent ainsi leur pouvoir --> Polony sur l'école).

Objections générales à l'argument "Un déclin culturel"

Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} L'accès aux biens culturels s'est démocratisé

Bibliothèques, créations sur le Net, fréquentation des Musées

Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Ce sont de vieux ronchons qui regrettent le passé et ils sont ringards

Les nostalgiques de la culture occidentale sont des personnages caricaturaux, peu sexy, vieux, aigris, leurs propos méritent la moquerie ; ils vont mourir pour faire place aux jeunes de talents, plein d'énergie et de vie. On a pas à se préoccuper de ce qu'ils radotent dans leur coin.

Objections à l'objection
Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Le "ricanement Canal +" masque le vide

Sous des airs de rebelles et avec un emballage sexy, les firmes culturelles nous vendent du vent, un humour bas de gamme. Il suffit de comparer Raymond Devos, Pierre Desproges ou Coluche aux comiques actuels par exemple. Les "vieux ronchons" ont encore la mémoire de ce qui existait auparavant, et peuvent comparer – ce que les jeunes qui ignorent le passé récent ne peuvent pas faire !

Cf. Finkielkraut

Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Il existe une vie culturelle foisonnante

Concerts, galeries, festivals, créations audiovisuelles, bandes dessinées, internet, etc.

Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Les formes culturelles dépassées s'effacent au profit de nouvelles expressions culturelles

Tags, jeux vidéos, rap, slam, BD, graphes forment une nouvelle culture

Les Anciens ont toujours dénoncé la décadence des nouvelles formes d'expression

Les Impressionnistes ont été considérés comme "décadents" avant que l'on reconnaisse leur talent

Objections à l'objection
Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} On tombe dans le relativisme culturel

Un tag vaut un Van Gogh, ou même Rihanna vaut Barbara... On est dans le refus de voir la réalité, qui est une baisse qualitative des œuvres produites. Aujourd'hui règne l'industrie du divertissement, qui au mieux distrait les gens mais ne les élève pas. Cette industrie culturelle canalise les gens dans des satisfactions immédiates qui ne demandent pas de se cultiver pour savoir apprécier les créations.

Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Il y a un assassinat de la culture dont les gens ne s'aperçoivent pas

Les gens sont tellement conditionnés voire abêtis par la culture de masse qu'ils ne réalisent même pas qu'on leur donne des produits de qualité médiocre, alors qu'on réserve la vraie culture à une "élite". C'est comme la malbouffe : ils croient disposer d'une nourriture normale alors qu'ils sont empoisonnés par des produits industriels, et négligent ce qui pourrait réellement les élever et leur donner accès à des émotions plus profondes, comme la grande littérature, la musique sacrée, etc.

Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} La grande culture occidentale est délégitimée

L'Allemagne était le pays de la "haute culture", ce qui n'a pas empêché le nazisme

"L'art, les préoccupations intellectuelles, les sciences de la nature, de nombreuses formes d'érudition florissaient très près, dans le temps et dans l'espace, des lieux de massacres et des camps de la mort. C'est la nature et la signification d'une telle proximité qu'il faut examiner. Pour quelles raisons les traditions et les modèles de conduite humanistes ont-ils si mal endigués la sauvagerie politique ? Ont-ils en réalité constitué un frein, ou bien est-il plus sage de reconnaître dans la culture humaniste des appels pressants à l'autoritarisme et la cruauté ?"

Georges Steiner, "Dans le château de Barbe-bleue", Folio essai, page 40

Objections
"Quand j'entends le mot 'culture', je sors mon revolver"

Cette phrase d'un héros nazi montre bien l'estime en lequel les nazis tenaient la culture ! Dans certains de ses textes récupérés par les nazis, Nietzsche exaltait la "brute blonde" - ce qui est bien éloigné de l'individu cultivé.

Raisonnement par l'absurde : Si la culture mène au totalitarisme, l'inculture mène à la démocratie

Citation La Bête

9. Un déclin moral

Le monde occidental cultive la haine de soi et la culpabilité

Objections
Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Le passé récent (colonisation) ou moins récent (esclavage) justifient cette culpabilité
Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} C'est en regardant en face de ses tares que l'Occident se libérera de ses démons

L'Europe promeut des valeurs qui laissent l'homme face à un vide angoissant

Valeurs comme liberté, Droits de l'homme

"La privation d'élan correspond à la situation de l'homme libre tel que l'entend l'homme contemporain. Celui-ci considère volontiers la liberté comme une finalité dernière [...]. Mais la liberté n'est qu'une forme vide, attendant son contenu. La liberté d'être soi-même, de définir ses propres normes, ne suffit pas à elle seule pour structurer le sujet. [...] Elle annonce les possibles, elle ne les énonce pas. [...] Ce n'est pas seulement la liberté d'être ce que nous voulons, qui fera de nous un sujet situé dans le monde et connaisseur de soi. L'axe autour duquel le sujet se façonne positivement, c'est la responsabilité. En désignant de quoi il va répondre, le sujet se mobilise et se ramasse en un tout. La liberté moderne signifie seulement que le sujet est libre de choisir ce dont il sera le "répondant". Si elle tend à signifier qu'il ne répond de rien, alors le sujet se détruit derrière ce moyen pis pour une fin." Chantal Delsol, Le souci contemporain, La petite vermillon, page 34.

Melman, L'homme sans gravité,

La montée de l'insignifiance

Cf. Castoriadis

Le vide spirituel du monde occidental entraînera sa perte

"La menace tient pour l'essentiel à cet objectif plus récent de «société ouverte» dont le principe moteur est de vider la société de toute métaphysique, héritée ou antérieure (ce qui soulève la question, très complexe, de la tendance du capitalisme à s'ériger lui-même en métaphysique). A certains égards, on comprend pourquoi des gens préfèrent cette société ouverte au christianisme culturel qu'elle remplace. Mais dans l'optique de la survie, elle se montre cependant nettement inférieure."

C. Caldwell

http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2016/03/25/31001-20160325ARTFIG00310-christopher-caldwell-les-intuitions-de-houellebecq-sur-la-france-sont-justes.php

Une civilisation a besoin de "spiritualité", ou du moins de "mythologies" qui comprennent les éléments fondamentaux d'une religion pour durer :

"Sauf méprise de ma part, l'histoire politique et philosophique de l'Occident au cours des cent cinquante dernières années peut se comprendre comme une série d'efforts – plus ou moins délibérés, plus ou moins systématiques, plus ou moins violents – pour combler le vide central laissé par l'érosion de la théologie. [...] la décomposition d'une doctrine chrétienne d'ensemble a laissé le désordre; a laissé un vide à la place des perceptions essentielles de la justice sociale, du sens de l'histoire humaine, des relations entre le corps et l'esprit, du rôle du savoir dans notre condition morale." (page 8, in Georges Steiner, Nostalgie de l'absolu, 10/18).

Individualisme vs. projets collectifs : "A l'heure du chacun pour soi, le sentiment d'appartenance à un projet qui transcende les individualités s'est évaporé" (Sloterdijk)

Perte de sens religieux (désenchantement du monde, Marcel Gauchet)

Objections
Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Les grands projets collectifs mènent au totalitarisme ou aux guerres religieuses

il est positif de les avoir abandonnés

Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Le désenchantement du monde est inéluctable
Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} C'est grâce au recul des religions que l'Occident a acquis sa puissance technologique et son confort

La philosophie est en crise

et se fragmente

Le libéralisme tue l'Occident

Onfray? A sourcer

Objections
Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Ce n'est pas l'Occident que le libéralisme est en train de tuer mais seulement les utopies de 68 (Ferry)

Un sentiment morbide de malaise et d'angoisse

Explique le succès d'Onfray et Houellebecq : perte de sens

L'éloignement de la nature

Une perte de sens esthétique

Un déclin moral d'élites qui ne pensent plus au bien commun

Les élites ont un comportement prédateur. Elles se considèrent comme au-dessus du peuple, justifiant par leurs études et leur mérite leur position de domination et leurs avantages. Au lieu de se sentir solidaires des citoyens ordinaires, les membres des hautes classes les méprisent, vivent entre eux, dans des quartiers sécurisés et des circuits qui échappent aux gens ordinaires. Les membres des hautes sphères perdent tout sens du réel et de la modération dans leur accumulation de richesses.

"La révolte des élites est une forme de combinaison oxymoronique entre sécession sociale et domination économique. Les révoltés sont ceux que le mouvement Occupy Wall Street appelle les 1% qui exploitent les 99%, ils veulent bénéficier des largesses de l'Etat, c'est à dire de l'impôt sans contribuer au bien public à la hauteur de leurs ressources. Cette révolte consiste à légaliser le vol, le vrai nom de l'optimisation fiscale. Si le cas Depardieu a eu autant de résonnance, c'est, bien sûr, parce qu'il est un acteur vedette et que son exil fiscal s'accompagne de quelques côtés peu reluisants mais il est aussi symbolique des élites, c'est à dire des classes hyper-privilégiées qui veulent vivre comme des coucous aux dépends de leur société. Leur rhétorique renvoie à la fin du XIXe siècle. En bons darwinistes sociaux, ils croient que seul leur talent a fait leur richesse et que les "petits" qui envient les "grands" sont des niais ou des nuls. Ils sont les produits capricieux et égocentrés de notre néolibéralisme destructeur."

http://www.huffingtonpost.fr/pierre-guerlain/exil-fiscal-elites_b_2374197.html

Le relativisme favorise l'enfermement identitaire et fait le lit de l'intolérance

"Avec son masque humaniste, ce relativisme se prétend garant de bonne entente alors que la quête de vérité (et, surtout, la confrontation entre différentes vérités) conduirait au conflit, voire à la haine. A l'usage, ce « vivre-ensemble » s'est révélé factice ; mettre hors-jeu les questions qui fâchent n'aboutit qu'à la prolifération des procès et à l'hostilité entre communautés de plus en plus divergentes. Malgré la bonne volonté dont elle se drape, la tolérance molle conduit nécessairement aux replis, aux identités sacralisées puis à l'affrontement général. Le constat d'échec d'un monde en désintégration nous montre que notre société a commis une grave erreur d’aiguillage en pariant sur le « respect ». Respecter les religions, les modes de vie, les philosophies, s'avère une autre face du nihilisme. Seule la confrontation intellectuelle est le gage d'un respect des autres qui ne soit pas illusoire."

E.J. Duits, Après le relativisme, Le Cerf 2016

"Il est des idées philosophiques, apparemment bien éloignées de notre action quotidienne, qui descendent de l'empyrée et s'invitent dans nos vies. Tel est le cas du relativisme. Celui-ci n'est pas qu'une posture intellectuelle consistant à être tolérant en répétant “chacun sa vérité, son mode de vie, sa religion”. Ses effets toxiques sur nos existences se font sentir tant au niveau des rapports humains que dans le champ politique ou religieux. Le relativisme est une attitude de désespoir jeté sur l'accord possible des esprits. [...]

Dans cette vue désolée d'une incommensurabilité des humains entre eux, que reste-t-il ? L'espace commun se délite, les religions n'ont plus rien à se dire, les philosophes s'enferment, l'agora se vide et la démocratie s'évide. En lieu d'une rencontre féconde et colorée, notre société devient la dissociété, les regards se frôlent dans la défiance et la peur. On se trouve aux antipodes de Socrate : au lieu de confronter les visions du monde et de chercher la vérité ensemble, nous voilà renvoyés aux communautés distinctes ou aux festivités bruyantes. Le dialogue a déserté la Cité. Et pendant ce temps, elle continue sa marche aveugle, pressentant les abîmes. La science ne nous guide plus, la politique n'est qu'un combat, la philosophie se réduit à un conflit des interprétations.

En attendant la catastrophe qui plane, chacun vaque à ses affaires. L'anticonformisme ronronnant domine le spectacle médiatique et étouffe la vie de l'esprit avec son ricanement compulsif et son relativisme faussement tolérant. Nous vivons dans une ère marquée par le renoncement à l'échange existentiel et à la raison." E.J. Duits, Après le relativisme, Le Cerf 2016.

La fragmentation des savoirs et la fin des Grands récits

postmodernité

L’ambassadeur singapourien, Kishore Mahbubani, décrit le déclin occidental en 1969 : recul démographique, récession économique, et perte de ses propres valeurs.(Chitour2)

La fin de la civilisation

Cf. Giorgio Agamben

L'ère du vide

Lipovetsky

Objections à l'argument "Un déclin moral"

Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Objection à écrire

10. Un sentiment de vide et un désir de mort

La civilisation occidentale est criminelle par essence

Après la Shoah, les crimes de la colonisation et de l'esclavage, le bombardement d'Hiroshima et de Nagasaki, sans oublier le génocide des Indiens, le monde occidental est en procès, et le verdict semble sans appel : coupable.

Il est temps qu'une telle civilisation mortifère accepte de laisser la place.

"Oui, il vaudrait la peine d’étudier, cliniquement, dans le détail, les démarches d’Hitler et de l’hitlérisme et de révéler au très distingué, très humaniste, très chrétien bourgeois du XXème siècle qu’il porte en lui un Hitler qui s’ignore, qu’Hitler l’habite, qu’Hitler est son démon, que s’il le vitupère, c’est par manque de logique, et qu’au fond, ce qu’il ne pardonne pas à Hitler, ce n’est pas le crime en soi, le crime contre l’homme, ce n’est que l’humiliation de l’homme en soi, c’est le crime contre l’homme blanc, et d’avoir appliqué à l’Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu’ici que les Arabes d’Algérie, les coolies de l’Inde et les nègres d’Afrique."

http://site.groupescolaire-charcot.org/files/PDF%20SINFO/Bac%20francais2017/Objet%204%20le%20texte%20argumentatif/Text%20bac/1-Aim_Csaire_Discours_sur_le_colonialisme_extrait_1.pdf

Sartre

La plupart des Européens ont intériorisé ces idées et aspirent inconsciemment à la disparition de leur civilisation.

Un désir de mort que l'on voit à l'oeuvre par mille symptômes

Fuite dans les jeux vidéos violents, la "zombification", la prise de neuroleptiques, la pornographie addictive et in fine le suicide (suicide 2ème cause de mortalité des jeunes français)

Fascination pour l'ultraviolence : séries TV américaines avec scènes de tortures, viols, à comparer avec les vieilles séries comme Colombo, etc.

Fascination pour la mort (culture gothique, satanisme), les serial-killers (littérature policière), l'horreur

Le commandement "Jouis" fait une société sadienne (D.R. Dufour, "La Cité perverse")

"[...] les points-clés habituels de l’identitarisme [...]. Voulant "jouir sans entraves", la génération de Mai-68 a remplacé les systèmes de valeurs qui pouvaient donner du sens aux existences par un individualisme qui ne le peut pas. La mondialisation marchande a ensuite produit l’envahissement de toutes les dimensions de la société française par le consumérisme, en même temps qu’elle suscitait dans le pays un multiculturalisme qui a sapé les fondements de l’identité nationale. D’où une génération qui, née dans les années 1980-1990, a grandi dans un pays en état de vide existentiel, de perte de sens, et d’absence de repères en termes d’identité collective."

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1631396-les-nouveaux-enfants-du-siecle-d-alexandre-devecchio-les-faille

Pour le psychanalyste Dufour, Sade est le grand précurseur du régime dans lequel vivent nos sociétés. En mettant au centre de ses préoccupations la jouissance au lieu de l'interdit, nos sociétés ont amorcé un basculement anthropologique, qui se retrouve dans la clinique : de plus en plus de patients présentent une typologie de trouble liés à la généralisation de la perversion – alors que le régime précédent était structuré autour de la névrose. Les sociétés occidentales sont-elles happées par des forces inconscientes qui s'apparenteraient à "l'instinct de mort" ?

"Le danger était apparu à Platon dès l'apparition du monde occidental : la possible transformation de la démocratie en tyrannie. Si cette analyse reste plus que jamais d'actualité, c'est qu'une tyrannie d'un nouveau type s'est mise en place. [...] Le libéralisme triomphant fait peser sur l'être-soi et sur l'être-ensemble une lourde menace : l'assomption d'un homme sadien affirmant son égoïsme et obéissant à un commandement suprême : "Jouis !"." (D.R. Dufour, La Cité perverse, Folio, p. 465).

"Cette libération des passions a transformé toutes les économies où interagissent les hommes : marchande, politique, esthétique, symbolique, sémiotique, psychique, écologique. Ces économies sont aujourd'hui malades. Ce qui survient aujourd'hui dans l'économie psychique, la montée de la "perversion ordinaire", est un effet du redéploiement du capitalisme depuis 1929. [...] Le lien social actuel se présente sous une forme inédite, égo-grégaire, caractérisée par une mise en troupeau de consommateurs sans cesse amenés vers des sources supposées de bonheur. C'est un troupeau organisé comme une chaîne sadienne de jouissance. Plus la satisfaction pulsionnelle est assurée, plus elle est, comme dans tous les mécanismes addictifs, frustrée et donc relancée. Il en résulte que l'aspiration sociale [...] est structurée non plus par une recherche de la levée de l'oppression, mais par une demande de jouissance généralisée. Sitôt que cette dynamique est en défaut, la dépression survient." (Dufour, 466-467).

L'Europe a perdu son élan vital

Les civilisations suivent des cycles, naissance, apogée, déclin et mort. L'apogée de l'Europe occidentale a coïncidé avec son maximum de puissance politique et de vitalité religieuse : entre les XVIIe et XXe siècles, quand elle colonisait le monde et croyait en elle, en ses valeurs, en sa religion, etc. Depuis lors, l'Europe ne fait que reculer parce qu'elle a perdu son "élan vital".

Cette analyse se retrouve chez Onfray, qui identifie l'Europe au judéo-christianisme. Pour Onfray, le monde occidental va se lancer dans le transhumanisme ou, en partie, chercher dans la conversion à l'islam une vitalité spirituelle qu'elle n'a plus.

L'Occident est dans son déclin (Spengler), il n'a plus de "grande santé" (au sens de Nietzsche)

Objections
Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Le monde occidental ne coïncide pas avec le judéo-christianisme

L'Europe occidentale laïque s'effondrera nécessairement car il n'existe pas de société humaine sans religion

Robespierre l'avait compris, qui voulait instituer le Culte de l'Etre Suprême

Le nihilisme est l'aboutissement d'une société sans religion

Les individus ont besoin de transcendance --> Citation Huxley

Houellebecq montre dans son oeuvre la vie de l'homme sans religion, qui ne se raccroche plus à rien, vit de petits plaisirs éphémères et n'arrive plus à ressentir un réel bonheur

Alexandra Laignel-Lavatine : "Pour quoi serions-nous prêts à mourir ?"

Article de Libération : "sortir en terrasse de café, c'est résister"

Causeur : "Nihilistes contre nihilistes."

Le monde occidental est nihiliste (Nietzsche, Heidegger)

Objections
Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Déclin du phénomène religieux collectif mais explosion de la spiritualité individuelle non dogmatique

Emerge déjà, en particulier avec la pratique de la méditation, Cf. l'auteur B. Werber, John Kabat-Zihn, la mode du bouddhisme, etc.

"Je ne rêve pas d'un monde où la religion n'aurait plus de place, mais d'un monde où le besoin de spiritualité serait dissocié du besoin d'appartenance. D'un monde où l'homme, tout en demeurant attaché à des croyances, à un culte, à des valeurs morales éventuellement inspirées d'un Livre saint, ne ressentirait plus le besoin de s'enrôler dans la cohorte de ses coreligionnaires. Un monde où la religion ne servirait plus de ciment à des ethnies en guerre. Séparer l'Eglise de l'Etat ne suffit plus ; tout aussi important serait de séparer le religieux de l'identitaire."

Amin Maalouf, Les Identités meurtrières, page 110.

Etude de Frédéric Lenoir

Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Une certaine conception de Dieu est morte, mais une autre demeure (Hervé Clerc, Dieu par la face Nord)

Citation Hervé Clerc

L'individu occidental entretient un rapport faux avec l'existence et le monde, c'est pourquoi il détruit la planète

"PLANÈTE — Vous vous êtes consacré à l’étude des philosophies et des religions orientales. Par curiosité ?

Alan Watts — Mon intérêt pour la philosophie orientale ne tient pas à l’exotisme. Il tient au fait qu’il ne s’agit pas d’une philosophie au sens où nous l’entendons en Occident. La philosophie occidentale est spéculative. C’est un échafaudage de théories concernant la nature de l’être et la nature de la connaissance, uniquement basées sur des mots. La philosophie orientale, en revanche, est empirique. C’est une expérience. Son but fondamental est de modifier la conscience de telle sorte que l’individu puisse connaître une expérience de lui-même différente de celle qu’on appelle normale. L’expérience normale de nous-même est déterminée par la culture dans laquelle nous vivons. Chaque culture est comme un jeu par lequel nous jouons la vie de diverses manières : il y a le jeu de la girafe, le jeu de l’hippopotame, le jeu du kangourou, et il existe différents jeux humains. Certains de ces jeux ne vont pas : leurs règles sont en contradiction avec elles-mêmes. Lorsqu’un jeu humain se trouve placé sur ce que j’appelle une trajectoire à collision, il risque de détruire la planète. Ce jeu est mauvais. Alors nous avons besoin de sentiments nouveaux, de règles nouvelles, de concepts nouveaux pour définir ce que signifie être en vie, ce que signifie être un homme. En d’autres termes, nous avons besoin de cesser de nous considérer, ici, comme des étrangers dans un monde étranger. Telle est mon idée de base.

P. — Pourquoi pensez-vous que le mode de penser et d’agir de l’Occident constitue une menace pour la planète ?

Alan Watts — L’Occidental parle de son action dans l’univers en termes d’agression ou de conquête. Il escalade une montagne : il dit qu’il la conquiert. (...) au lieu de civiliser le monde, nous sommes en train de le « losangéliser », car Los Angeles est l’un des exemples les plus terrifiants de perversion technologique.

(...) Ici, par exemple, en Californie, la technologie et l’industrie sont en train de détruire complètement les ressources naturelles du pays. Cette région, que je connais bien, deviendra peut-être un désert, simplement parce que l’être humain n’est pas conscient de ce qu’il n’est pas une chose individuelle enfermée dans un sac de peau. Le remous dans la rivière est un événement isolé qui se produit dans la rivière, mais le remous et la rivière sont inséparables. Il en va de même en ce qui concerne l’être humain. C’est l’une des formes prises par l’énergie, et il est inséparable de son milieu. En écologie, qui est la science des relations entre les organismes et leur milieu environnant, l’organisme s’appelle milieu-organisme, avec un tiret pour bien montrer qu’il n’y a qu’un seul champ de comportement. L’organisme a le comportement de son milieu et le milieu a le comportement de tous les organismes qui y vivent. Mais l’individu n’en est pas conscient. Il se ressent comme un ego isolé dans un sac de peau, à mi-chemin derrière les oreilles et un peu en arrière des yeux. Même son corps ne lui appartient pas. Si vous dites à une fille qu’elle est ravissante, elle vous répondra que c’est bien masculin de ne s’attacher qu’au corps, que ce sont ses parents qui lui ont donné ce corps et qu’elle veut être admirée pour elle-même et non pour son chassis. En quoi elle se définit comme chauffeur ! Elle désavoue son corps, tout le monde désavoue son corps lorsqu’il dit j’ai, et non pas je suis un corps. À partir du moment où l’on est, et non plus où l’on a un corps, il se produit quelque chose d’extraordinaire, parce que le corps, lui, sait qu’il est relié à tout l’univers. Un échange d’énergie se fait continuellement entre ce qu’il y a au dehors et moi qui suis assis ici. Lorsqu’on commence à l’éprouver physiquement, on sait immédiatement qu’il n’existe pas de discontinuité, non seulement entre soi et la montagne que l’on voit par la fenêtre, mais entre soi et le système solaire tout entier, la galaxie dont fait partie le système solaire, toutes les galaxies, et tout à coup on comprend qu’on est ce qui est."

(...) Les doigts de la main peuvent bouger séparément, mais uniquement parce qu’ils font partie de l’organisme. De la même façon, nous sommes, vous et moi, deux personnalités complètement différentes et uniques, mais plus nous faisons partie de l’ensemble, plus nous sommes uniques. Nous appartenons au même organisme, et plus nous le réalisons plus le fait que nous sommes des fonctions du monde devient pour nous une réalité, plus nous devenons capables d’être uniques, différents, individuels.

http://revolution-lente.coerrance.org/eloge-de-l-insecurite-alan-watts.php

La raison instrumentale conduit le monde occidental à l'abîme

Pour de nombreux intellectuels, notamment influencés par Heidegger, la société occidentale véhiculait Auschwitz dans son ADN. Le nazisme ,ne serait que le révélateur de la pulsion de la raison devenue folle et voulant "arraisonner" le monde.

"Auschwitz est le produit de la Raison. Bien sûr : le zyklon B et les convois arrivant au rythme métronomique planifié par le fonctionnaire Eichmann, c’était la Raison ! Ce n’était ni le sang, ni le sol, ni la race, ni aucune doctrine ou puissance irrationnelle. Comme pour l’agriculture mécanisée, c’était la Raison. — Mais les Einsatzgruppen aussi ? La Shoah par balles ? Les fosses de Babi Yar ? — La Raison, puisqu’on vous le dit ! LA-RAI-SON ! À 27 ans, en 1916, Heidegger a clairement reconnu sa mission : abattre le rationalisme. « J’ai le droit de déclarer au rationalisme une guerre à couteaux tirés, je le dois », écrit-il à sa femme[4]. Pour ce qui est de purifier l’Allemagne et l’Autriche de tous les philosophes rationalistes en les expulsant physiquement, ses amis politiques ou policiers avaient fait le travail dès les années 1930. Mais, pour débarrasser la pensée et la culture européenne du rationalisme lui-même, il lui a fallu, avant-guerre, créer une novlangue philosophique qui en détruit les concepts (logique, vérité, etc.). Et il lui a fallu, après-guerre, réécrire complètement l’histoire, d’une manière qui fait de la raison et des Lumières la matrice d’Auschwitz. Fabriquer une langue, manipuler l’histoire… Orwell a eu tort : pareilles tâches ne sauraient être dévolues à de banals fonctionnaires du ministère de la Vérité. Seul le penseur le plus haut et le plus profond est à même de les accomplir. Quarante ans après sa mort, en France, ses idées sont devenues lieux communs."1

1Jean-Jacques Rosat, "Consolation des heideggériens", in http://www.opuscules.fr/category/billets-et-pamphlets/

Culte de la rationalité instrumentale (nazisme), de la technique (Bombe nucléaire) (Ecole de Francfort, Jacques Ellul, Pieces et main d'oeuvres) - -> Débat connexe : Danger des nouvelles technos (technoscience)

Objections à l'argument "Un sentiment de vide et un désir de mort"

Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Objection à écrire

Arguments CONTRE

1. L'Europe est un attracteur

Les autres peuples aspirent à rejoindre le modèle occidental

  • du point de vue technique et scientifique, toutes les sociétés adoptent la science "occidentale"
  • du point de vue des standards éthiques, les sociétés non occidentales adoptent de plus en plus les normes "occidentales" : droits des individus, libertés publiques, etc.
  • immigration : les gens veulent aller en Europe

Objections générales à l'argument "L'Europe est un attracteur"

Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Le monde se modernise sans s'occidentaliser

Il adopte les techniques occidentales mais pas les valeurs occidentales (Huntington)

Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Beaucoup de sociétés récusent les normes morales et politiques de l'Occident
  • le monde musulman a adopté une Déclaration des Droits de l'Homme en islam qui respecte la religion et donne une certaine prréminence de la loi religieuse sur les lois humaines ;
  • en Chine et en Asie, plusieurs penseurs et politiques contestent le modèle politique occidental, le considérant comme trop individualiste ;
  • en Russie et en Europe de l'Est, plusieurs dirigeants (Poutine, Orban, le parti au pouvoir en Pologne) revendique la sauvegarde des traditions, contre les excès du libéralisme, l'homosexualité, etc.
Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} L'Europe devient une terre d'émigration

les diplômés européens veulent aller au Canada, en Australie, aux USA

2. Un lieu de concentration des richesses

L'Europe est la première puissance économique

Les Etats-unis sont la première puissance militaire

L'Europe produit un grand nombre de brevets, de livres, d’œuvres d'art

Les Européens se sentent heureux

En France, les sondages montrent que ..% de la population se dit "heureux" ou "très heureux" (Réf)

Objections
Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Il faudrait un autre indicateur que le PIB pour mesurer le bonheur

Objections générales à l'argument "Un lieu de concentration des richesses"

3. Une puissance politique

L'Europe occidentale est une zone de paix et le demeure

Elle est formée d'Etats aux institutions stables, avec alternances démocratiques

Elle résiste aux extrêmes (relative marginalité des partis extrémistes)

L'Europe occidentale est la société la plus aboutie

  • Elle propose la meilleure protection sociale des individus (modèle scandinave)
  • Elle étend les droits aux minorités, aux gays et aux femmes, voire aux animaux
  • Elle garantit les libertés publiques sans équivalent ailleurs (libertés politiques, liberté d'association, mariage pour tous, protections contre l'arbitraire, liberté d'expression, etc.)

Objections générales à l'argument "Une puissance politique"

Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} L'Europe va connaître des déchirements et un climat de guerre civile

montée simultanée des populismes et des communautarismes

Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Les libertés régressent sous la pression du politiquement correct

Cf. Carlo Strenger "Le mépris civilisé"

Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Le pouvoir est de moins en moins démocratique

concentration des richesses, des médias, caste dirigeante, ENA, etc.

4. Un progrès scientifique et moral

Les normes juridiques et morales vont vers un adoucissement général

Dans Renouveller la démocratie, Raymond Boudon soutient que “la version de l'évolutionnisme esquissée par Tocqueville, Durkheim et Weber défend donc, sans hésitation, l'idée que l'histoire des sociétés occidentales est traversée par un irrécusable progrès moral. L'idée de l'égale dignité de tous s'y est installée de plus en plus fermement. Elle a donné naissance à un ensemble croissant de droits : droits politiques d'abod, puis sociaux et économiques. Comme le montre l'enquête d'Inglehart et al. (1998), le respect des différences dans les coutumes, les pratiques et les croyances, et des droits des minorités croît sensiblement des générations anciennes aux générations plus jeunes, dans tous les pays occidentaux. On assiste à une “rationalisation” des critères de moralité. Les tabous, à savoir les normes morales qui ne tirent leur autorité que de la tradition, tendent à être évincés dès lors qu'ils heurtent les principes fondamentaux.”

Raymond Boudon, Renouveler la démocratie (Eloge du sens commun), Odile Jacob 2006, p. 51.

Nos sociétés évoluent, devenant plus douces, ceci étant marqué dans le Droit, qui a supprimé le recours à la torture puis les châtiments corporels.

On constate l'extension des droits pour les minorités et les animaux

Le niveau d'éducation augmente

Le Bac se généralise, les universités sont ouvertes à de plus en plus de personnes

La douleur est beaucoup mieux prise en compte

En médecine : soins palliatifs, recherches sur la douleur, hypnothérapie ; dans la société en général : écoute psychologique, asiles psychiatriques qui s'améliorent, prise de conscience de l'inhumanité des prisons...

La protection sociale tend à se développer

Loi pour le droit au logement, débat sur le revenu universel, garantie des plus démunis des loyers par l'Etat, etc.

Lois et aides pour les handicapés.

Les conditions de travail s'améliorent

Réduction du temps de travail, volonté d'introduire plus de bien-être au travail, etc.

La généralisation d'Internet conduit à une meilleure prise en compte des citoyens

consultations, débats publics, etc.

Objections générales à l'argument "Un progrès scientifique et moral"

Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Un recul des acquis sociaux

dérégulations, précarisation, loi Travail, privatisation de la sécurité sociale

Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Une régression démocratique

Les sociétés occidentales accordent de plus en plus de pouvoirs à des instances non élues, qui prennent des décisions sans consulter les citoyens

Loupe de débat connexe Débat connexe : Sommes-nous en démocratie ?
Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Une absence de vision globale

La science conduit à une hyper-spécialisation et se fragmente, il n'y a plus de vision globale qui permettrait aux citoyens d'agir

Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Une société à deux vitesses

On assiste à l'émergence d'une société à deux vitesses à tous les niveaux : médecine, universités, sécurité, travail, etc.

Il y a d'un côté une classe privilégiée des centres-villes, qui accède aux bons postes, aux meilleures études, aux logements agréables et aux quartiers sécures, et une classe défavorisée de plus en plus précaire, qui n'a plus les moyens de se soigner, subit les transports longs, l'insécurité sociale et physique, etc. (analyses de Christophe Guilluy).

5. Une société de plus en plus écologique et éthique

L'Europe connaît une révolution écologique et éthique

Partout en Europe les thèmes écologiques prennent de l'ampleur, les citoyens aspirent à une meilleure qualité de vie, à consommer autrement, à passer à des énergies renouvelables

Alors que l'Amérique élit Trump, l'Europe de l'ouest se veut défendeuse de l'écologie.

Elle invente les industries vertes du futur : innovations (autoroutes qui produisent de l'électricité solaire, bâtiments autosuffisants voire producteur d'énergie etc.).

De grands projets écologiques se discutent : Mélenchon qui proposait de développer la géothermie, d'autres qui disent que l'on peut créer 1 million d'emplois dans le secteur vert.

Le investissements éthiques, le commerce équitable, dessinent une économie respectueuse des humains et de la nature

Des éco-quartiers, écocités et écovillages se développent

Il existe déjà des quartiers écologiques dans de grandes villes (Allemagne...)

Urbanisme utilisant des matériaux différents

Inventions architecturales : maisons géodésiques, tipis

Chauffage par bois, géothermie

L'explosion du bio

Les AMAP, le développement du bio, la permaculture, l'agriculture bio ou raisonnée

On relocalise la production et privilégie les circuits-courts

La vision de la santé change

La médecine intègre la prise en compte du stress, du terrain, des alternatives

Acupuncture, yoga, soins par les plantes, privilégient la prévention

L'interdiction du tabac, la lutte contre l'alcool et les addictions,

Le management évolue pour favoriser un meilleur épanouissement des employés, gage de réussite

Les mentalités aspirent à des relations plus coopératives

On veut privilégier la coopération sur la compétition

La communication non violente se répand

Objections générales à l'argument "En transition vers une société plus écologique et éthique"

Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} La mode écologique n'est qu'un habillage marketing
Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Le capitalisme s'est toujours transformé, mais l'exploitation demeure
Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} La transition écologique touche une minorité de privilégiés

6. Une société multiculturelle épanouissante

Dans sa version forte, le multiculturalisme est vecteur d'espoir

"Le multiculturalisme part du principe que des gens qui ont des racines différentes peuvent coexister, qu'ils peuvent apprendre à lire les banques d'images les uns des autres, qu'ils peuvent et doivent apprendre à regarder au-delà des frontières de la race, de la langue, du sexe et de l'âge, sans préjugés ni illusions, et apprendre à penser dans le cadre d'une société hybride. il prétend – modestement – que beaucoup des phénomènes les plus intéressants de l'histoire et de la culture se produisent à l'interface des cultures. Il cherche à étudier les situations frontalières, non seulement parce qu'elles sont fascinantes en elles-mêmes, mais parce que les comprendre est susceptible d'apporter un peu d'espoir au monde. Le séparatisme nie la valeur et jusqu'à la possibilité d'un tel dialogue. Il rejette l'échange. C'est du multiculturalisme aigri, fermenté dans le désespoir et le ressentiment, et qui en Amérique (mais pas en Bosnie-Herzégovine ni au Moyen-Orient) semble voué à l'échec. [...] Apprendre d'autres langues, avoir un contact direct avec d'autres coutumes, d'autres croyances, et faire preuve d'assez d'humilité pour s'y adapter, voilà autant de choses manifestement bonnes, ce que le provincialisme culturel n'est pas." La Culture gnagnan, p. 113-114.

La force de l'Europe est sa capacité d'autocritique et de comparatisme

= connaître et comparer toutes les civilisations

"Or une des choses les plus estimables des cultures occidentales (libres et pluralistes, et ce sont là les valeurs que nous considérons comme inaliénables) est qu'elles se sont rendu compte depuis longtemps que la même personne peut être portée à employer des paramètres distincts et contradictoires entre eux, sur des questions différentes. Par exemple, on prend comme un bien l'allongement de la vie et comme un mal la pollution atmosphérique, mais nous percevons parfaitement que, pour avoir de grands laboratoires où l'on étudie l'allongement de la vie, il faut probablement avoir des systèmes de communications et d'approvisionnement qui, ensuite, produisent la pollution.

La culture occidentale a élaboré la capacité de mettre librement à nu ses propres contradictions. Elle ne les résout peut-être pas, mais elle sait quelles elles sont, et elle le dit. En fin de compte, tout le débat sur globalisation ou pas globalisation est là, sauf pour les agités qui veulent absolument que tout soit noir. Comment rendre supportable un quota de globalisation positive en évitant les risques et les injustices de la globalisation perverse ? Comment faire pour allonger aussi la vie des millions d'Africains qui meurent du sida (et allonger du même coup la nôtre) sans accepter une économie planétaire qui fait mourir de faim les malades du sida et nous force à ingérer des aliments pollués ?

[...] Nous remettons continuellement nos paramètres en discussion. Le monde occidental est ainsi fait qu'il accepte que ses propres citoyens puissent nier toute valeur positive au paramètre du développement technologique et se faire bouddhistes, ou aller vivre dans une communauté où l'on refuse de se servir de pneus, même pour les charrettes à chevaux. L'école doit enseigner à analyser et à discuter les paramètres sur lesquels se fondent nos affirmations passionnelles."

https://fr-fr.facebook.com/notes/el-kasbah/a-propos-de-la-sup%C3%A9riorit%C3%A9-occidentale-par-umberto-eco/200515466654695/

Un accès à la diversité du monde et des cultures

La "civilisation planétaire" : chaque individu a à portée de main tous les modes de vie, les façons d'aimer, de manger, de s'habiller, les croyances, les pratiques du monde entier

"En ce point du monde, en cet instant historique, voici que se retrouve presque tout ce qui a été produit dans toutes les civilisations connues. Toutes les religions. Toutes les musiques. Toutes les façons de s’habiller, de s’aimer, de manger. La somme des théories psychologiques, philosophiques, politiques, éthiques. Les sports les plus divers. Les littératures du monde entier. Les langues, vivantes et mortes, pidgin, esperantos, argots, patois... La Tour de Babel. Un choix confus, une foire de visions du monde et de modes de vie. Cette île imaginée par Paul Valéry, Xiphos, est là, ici et maintenant: "C’était, réuni sur un point, dans cette Ile privilégiée, ce qui ne s’était produit (et ne se conçoit guère) que séparé et s’ignorant mutuellement, selon le temps ou l’espace..."

Signature du monde moderne, que ces milliards de stimuli qui nous bombardent. Un bouillon de culture où se trouve quoi ? Le meilleur et le pire. On y pressent les totalitarismes de demain comme les mouvements libérateurs, les Hitler en gestation et les Einstein à venir. Nous vivons au temps des métissages et des cocktails. Dans la forêt des théories, Freud et Madame Irma coexistent et se font parfois des enfants...

Un monde inextricable, mais combien riche et passionnant : c’est l’étrange aquarium dans lequel nous flottons.

Chacun sait cela, dira-t-on ! Nuançons : chacun vit, et subit ce maëlstrom. Mais le ressentir passivement est une chose, en comprendre toutes les implications sur notre vie en est une autre. Allons-nous savoir actualiser l’espace de liberté qui s’ouvre enfin à nous ?

[...] notre société accumule un nombre incroyable de facteurs qui accroissent nos possibles. En chaque domaine de la vie, nous avons le choix entre différentes options. C’est cela, le résultat des foisonnements : des milliers de modes de vie. Nous pouvons choisir d'être chrétiens, bouddhistes ou zoroastriens, ou un mélange entre deux. Nous pouvons être végétariens, crudivores, ou ne fréquenter que les fast-food. Nous pouvons nous habiller en kimono, en hippies, ou même... en costume !

Nos possibilités de choix sont restreintes en fonction de l’argent, du milieu, des préjugés, du temps. L’argent ? Notons que beaucoup de choix intéressants sont moins coûteux que les options banales : des vacances en chantier archéologique ou un stage de parachutisme reviennent moins cher qu’une location à la mer. Le restau Africain n'est pas plus cher que la pizzeria. Les sorties dans les traditionnelles boîtes du vendredi soir coûtent souvent autant que ce concert de sitar, cette petite salle où joue un groupe de percussions africaines, ou... cette séance de spiritisme ! J’ai moi-même des amis vivant avec le SMIG, et qui, pourtant, trouvent pour leurs curiosités une multitude d’activités intéressantes. Il existe des restaurants originaux, des réunions inattendues et stimulantes, à portée de toutes les bourses ! Le problème n’est pas seulement l’argent, mais le niveau d’information."

E.J. Duits, L'Homme réseau

  • Cette profusion crée une profonde désorientation, qui est surmontable et conduit à un changement existentiel

"Nous vivons bien peu les possibilités que cette société nous offre. Ce que je propose, c’est de remplacer le grignotage de l’éclectisme mou par l’éclectisme dur, et de nous confronter sciemment à une foule d'expériences hétéroclites et peu cohérentes ; la multiplicité et le malaise peuvent devenir l’alambic où se dissolvent les opinions, les préjugés.

Il s’agit de déclencher une crise existentielle, une confrontation porteuse de doutes. Ce renversement des doxas, a toujours été préconisé par la philosophie, et nous ne faisons que l’actualiser, pour la rendre réalisable ; ce n’est plus la réflexion qui nous mène à cet état proprement philosophique. C’est une expérience de désorientation existentielle, vécue comme une exploration du monde et une connaissance de soi."

E.J. Duits, Mode d'emploi de la civilisation planétaire

"Jusqu’à présent, nous avons décidé de nous plonger dans la complexité. Mais cette démarche n’a de sens que si, à un moment ou à un autre, on peut réduire cette complexité, pour prendre des décisions – choisir une voie, une adhésion, une forme de spiritualité, etc. L’exploration n’est pas une fin en soi. Elle permet, on l’a vu, de dissoudre les fausses certitudes. Mais il faut aller plus loin, dans un sens résolutoire, face aux problèmes individuels ou collectifs. Après la mise en perspective et la nécessité du dialogue, émerge le temps de la confrontation constructive. En vue de faire des choix pesés et éclairés.

En faisant l’expérience de rencontrer une dizaine d’acteurs concernés par un sujet, on est très vite frappé par un fait. On retrouve les mêmes arguments, les mêmes idées, recyclées ou présentées sous différentes formes. Car sur chaque problème bien délimité, il existe un nombre restreint d’options. Par exemple sur la question de l’existence de Dieu, on a de prime abord 4 réponses essentielles : Dieu n’existe pas (athéisme) ; Dieu existe (théisme) ; la question elle-même est mal posée (philosophie du langage, voire Bouddhisme) ; la question est insoluble (scepticisme).

[...] Un tel constat, on le fait dans un grand nombre de domaines1. En politique, effectivement il n’y a pas que l’opposition « droite/gauche » ; pourtant on peut réduire les options à un nombre limité de grandes conceptions : l’écologie (avec deux tendances : développement durable ou décroissance) ; la droite modérée (libéralisme social) ; la gauche modérée (économie de marché tempérée) ; l’ultralibéralisme (libertariens, etc.) ; l’extrême droite (nationalisme) ; l’extrême gauche (communisme internationaliste) ; la théocratie (régime intégriste religieux) ; l’anarchisme (autogestion, petites communautés). On a donc moins de dix grandes options politiques. Les nombreux partis et les centaines de philosophies politiques se révèlent, la plupart de temps, constituer des nuances ou des hybrides sur un échiquier relativement limité de positions.

Ici nous nous sommes placés au plan le plus abstrait, celui des théories. Mais quand on prend une question concrète, on découvre aussi qu’elle se laisse schématiser et simplifier. [...] Il est bien dommage que nous n’ayons pas encore pris l’habitude de schématiser les grandes ou moins grandes questions. Nous cesserions alors d’être paralysés par la complexité. Nous verrions que pour chaque problème, un individu peut atteindre une vision globale des réponses possibles et mettre en balance les arguments incontournables de chaque « camp ». Toute la démarche d’exploration du monde préconisée ici doit aboutir à cette capacité à prendre du recul pour accéder, en tant qu’individu ou en tant que collectif, à une vision globale d’un sujet étudié. Ce n’est qu’avec cette vista que l’on pourra « agir en connaissance de cause ».[...]

Evidemment il ne s’agit pas, dans l’idéal, d’en rester à l’individu. Il faudrait que cet état d’esprit ouvert, qui décloisonne et cherche les visions d’ensemble, soit inoculé dans les groupes eux-mêmes. Mais cette révolution de l’ouverture d’esprit débute au niveau individuel…

[...]

Mon pari est qu’un nombre même limité de personnes peuvent agir et catalyser des changements collectifs. Ces électrons libres commenceront par se balader entre de nombreux mouvements, et intérioriseront les visions du monde antagonistes. Ils se mettront à l’épreuve, s’ouvriront le plus possible, jusqu’à prendre en soi les conflits du monde. C’est à partir de cette position très particulière et inconfortable que de nouvelles synthèses et des actions inédites deviendront possibles !"

E.J. Duits, Mode d'emploi de la civilisation planétaire

1 En biologie par exemple, Kaplan note qu’il n’y a que trois grandes théories pour expliquer la vie. Voir F. Kaplan, Entre Dieu et Darwin, le concept manquant, Editions du Félin, 2009.

2 Voir notamment les textes théoriques sur le site www.hyperdebat.net et ses tentatives expérimentales.

Objections
Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Le multiculturalisme aboutit à rejeter la haute culture

Le multiculturalisme aboutit à rejeter la haute culture au nom du culturel, qui met à égalité les œuvres de l'esprit et les pratiques coutumières

Il fait de l'individu un consommateur culturel : "Multiculturel signifiant pour eux abondamment garni, ce ne sont pas les cultures en tant que telles qu’ils apprécient, mais leur version édulcorée, la part d’elles-mêmes qu’ils peuvent tester, savourer et jeter après usage." (Finkielkraut).

"Les héritiers du tiers-mondisme ne sont pas seuls à préconiser la transformation des nations européennes en sociétés multiculturelles. Les prophètes de la postmodernité affichent aujourd’hui le même idéal. Mais tandis que les premiers défendent, face à l’arrogance occidentale, l’égalité de toutes les traditions, c’est pour opposer les vertiges de la fluidité aux vertus de l’enracinement que les seconds généralisent l’emploi d’une notion apparue voici quelques années dans le monde de l’art. L’acteur social postmoderne applique dans sa vie les principes auxquels les architectes et les peintres du même nom se réfèrent dans leur travail: comme eux, il substitue l’éclectisme aux anciennes exclusives; refusant la brutalité de l’alternative entre académisme et innovation, il mélange souverainement les styles; au lieu d’être ceci ou cela, classique ou d’avant-garde, bourgeois ou bohème, il marie à sa guise les engouements les plus disparates, les inspirations les plus contradictoires; léger, mobile, et non raidi dans un credo, figé dans une appartenance, il aime pouvoir passer sans obstacle d’un restaurant chinois à un club antillais, du couscous au cassoulet, du jogging à la religion, ou de la littérature au deltaplane. S’éclater est le mot d’ordre de ce nouvel hédonisme qui rejette aussi bien la nostalgie que l’auto-accusation. Ses adeptes n’aspirent pas une société authentique, où tous les individus vivraient bien au chaud dans leur identité culturelle, mais à une société polymorphe, à un monde bigarré qui mettrait toutes les formes de vie à la disposition de chaque individu. Ils prônent moins le droit à la différence que le métissage généralisé, le droit de chacun à la spécificité de l’autre. Multiculturel signifiant pour eux abondamment garni, ce ne sont pas les cultures en tant que telles qu’ils apprécient, mais leur version édulcorée, la part d’elles-mêmes qu’ils peuvent tester, savourer et jeter après usage. Consommateurs et non conservateurs des traditions existantes, c’est le client-roi en eux qui trépigne devant les entraves mises au règne de la diversité par des idéologies vétustes et rigides. Alain Finkielkraut, Défaite de la pensée, page 149-150

Que veut la pensée postmoderne ? La même chose que les Lumières : rendre l'homme indépendant, le traiter en grande personne, bref, pour parler Kant, le sortir de la condition de minorité dont il est lui-même responsable. À cette nuance près que la culture n'est plus considérée comme l'instrument de l'émancipation, mais comme l'une des instances tutélaires qui lui font obstacle. Dans cette optique, les individus auront accompli un pas décisif vers leur majorité, le jour où la pensée cessera d'être une valeur suprême et deviendra aussi facultative (et aussi légitime) que le tiercé ou le rock'n roll : pour entrer effectivement dans l'ère de l'autonomie, il nous faut transformer en options toutes les obligations de l'âge autoritaires."

Alain Finkielkraut, Défaite de la pensée, page 156

On pourra trouver la critique du multiculturalisme figurant dans Défaite de la pensée ici :

http://ampere.elycee.rhonealpes.fr/classes-preparatoires/voie-economique-ece-/litterature/relativisme-culturel-dans-notre-societe-de-consommateurs-13316.htm

L'élaboration d'une pensée complexe

L'effondrement des idéologies du XXème siècle conduit à élaborer une "pensée complexe"

"Pour sortir du XXème siècle", Edgar Morin ; il émerge d'ailleurs des disciplines centrées sur les interactions et les rétroactions (cybernétique, systémique, écologie, Joël de Rosnay, Le Macroscope)

Une confrontation des modes de vie et des visions du monde

Nous concilions le maximum de libertés publiques et le cosmopolitisme, ce qui pourrait permettre une confrontation passionnante des modes de vie, des visions du monde, etc.

Objections générales à l'argument "Une société multiculturelle"

Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} La modernité est un effondrement global

Le monde occidental s'est détourné des véritables principes supérieurs, c'est le règne de la quantité, la fin de la verticalité, et la fuite dans de fausses spiritualité (New Age) (René Guénon)

Pour Guénon et les traditionalistes, le monde moderne est en phase de dissolution : même son savoir est une fausse connaissance, dissolvante. L'essentiel pour l'homme est de s'inscrire dans un ordre signifiant qui le dépasse, et dont il peut connaître les principes par intuition intellectuelle directe.

Citation : "La connaissance par excellence est immuable. Toute connaissance vraie est identification avec son objet (objective). Les Occidentaux envisagent une connaissance rationnelle et discursive, donc indirecte et imparfaite, donc connaissance par reflet. En plus, ils l’apprécient uniquement si elle peut servir à des buts pratiques.

„[…] le caractère le plus visible de l’époque moderne: besoin d’agitation incessante, de changement continuel, de vitesse sans cesse croissante comme celle avec laquelle se déroulent les événements eux-mêmes. C’est la dispersion dans la multiplicité, et dans une multiplicité qui n’est plus unifiée par la conscience d’aucun principe supérieur; c’est, dans la vie courante comme dans les conceptions scientifiques, l’analyse poussée à l’extrême, le morcellement indéfini, une véritable désagrégation de l’activité humaine dans tous les ordres où elle peut encore s’exercer; et de là l’inaptitude à la synthèse, l’impossibilité de toute concentration, si frappante aux yeux des Orientaux.” (p. 48)

La pensée occidentale souffre les conséquences du matérialisme, et la matière est essentiellement multiplicité et division. „Plus on s’enfonce dans la matière, plus les éléments de division et d’opposition s’accentuent et s’amplifient; inversement, plus on s’élève vers la spiritualité pure, plus on s’approche de l’unité, qui ne peut être pleinement réalisée que par la conscience des principes universels.” (p. 49)

Le mouvement et l’action sont recherchés dans la pensée occidentale pour elle-même, comme sous une loi du pur déséquilibre. Dans la science, on fait de la recherche pour la recherche, on aboutit à des résultats partiels et fragmentaires, une succession de plus en plus rapide de théories et d’hypothèses sans fondement, qui s’écroulent pour être remplacés par d’autres: „véritable chaos au milieu duquel il serait vain de chercher quelques éléments définitivement acquis, si ce n’est une monstrueuse accumulation de fait et de détails qui ne peuvent rient prouver ni rien signifier.” (p. 49)

Le seul domaine où l’homme moderne peut se vanter d’une certaine supériorité est le domaine matériel.

Prévisions: „Il faut donc s’attendre à ce que les découvertes ou plutôt les inventions mécaniques et industrielles aillent encore en se développant et en se multipliant, de plus en plus vite elles aussi, jusqu’à la fin de l’âge actuel; et qui sait si, avec les dangers de destruction qu’elles portent en elles-mêmes, elles ne seront pas un des principaux agents de l’ultime catastrophe, si les choses en viennent à un tel point que celle-ci ne puisse être évitée?” (p. 49-50)

Dans la civilisation occidentale, le devenir emporte sur l’immuable et le stable, chose qui implique la négation de toute véritable connaissance.

Il existe un lien directe entre la négation de tout principe immuable et celle de l’autorité spirituelle, entre la réduction de toute réalité au «devenir» et l’affirmation de la suprématie du pouvoir temporel, dont le domaine propre est le monde de l’action.

L’intuition intellectuelle, par laquelle s’obtient la vraie connaissance métaphysique, n’a absolument rien de commun avec cette autre intuition dont parlent certains philosophes contemporains (ex: Bergson). Parce que la vraie intuition est l’intelligence pure, supra-rationnelle.

L’individualisme aussi est la négation du supra-individuel.

„Tant que les Occidentaux s’obstineront à méconnaître ou à nier l’intuition intellectuelle, ils ne pourront avoir aucune tradition au vrai sens de ce mot, et ils ne pourront non plus s’entendre avec les authentiques représentants des civilisations orientales, dans lesquelles tout est comme suspendu à cette intuition, immuable et infaillible en soi, et unique point de départ de tout développement conforme aux normes traditionnelles.” (p. 52)

IV. Science sacrée et science profane

Dans les civilisations traditionnelles, la métaphysique constitue l’essentiel, et tout le reste s’y rattache, notamment les sciences sociales. En ce qui concerne les sciences, la conception traditionnelle et la conception moderne sont incompatibles.

L’intuition intellectuelle: „[…] est la plus immédiate de toutes les connaissances, aussi bien que la plus élevée, et qui est absolument indépendante de l’exercice de toute faculté d’ordre sensible ou même rationnel.” (p. 64)

Les sciences traditionnelles sont des illustrations de la doctrine pure, tout comme la circonférence existe uniquement par rapport au centre.

Il y a en toute civilisation normale des arts traditionnels, non moins inconnus aux Occidentaux que les sciences traditionnelles.

„La vérité est qu’il n’existe pas en réalité un «domaine profane», qui s’opposerait d’une certaine façon au «domaine sacré», il existe seulement un «point de vue profane», qui n’est proprement rien d’autre que le point de vue de l’ignorance.” (p. 66)

La science moderne est: „[…] savoir d’ordre inférieur, qui se tient tout entier au niveau de la plus basse réalité, et savoir ignorant de tout ce qui le dépasse, ignorant de toute fin supérieure à lui-même, comme de tout principe qui pourrait lui assurer une place légitime, si humble soit-elle, parmi les divers ordres de la connaissance intégrale; enfermée irrémédiablement dans le domaine relatif et borné où elle a voulu se proclamer indépendante, ayant ainsi coupé elle-même toute communication avec la vérité transcendante et avec la connaissance suprême, ce n’est plus qu’une science vaine et illusoire, qui, à vrai dire, ne vient de rien et ne conduit à rien.” (p. 66)

„Qui dit individualisme dit nécessairement refus d’admettre une autorité supérieure à l’individu, aussi bien qu’une faculté de connaissance supérieure à la raison individuelle; les deux choses sont inséparables l’une de l’autre.” (p. 74)

„Il est très difficile de faire comprendre à nos contemporains qu’il y a des choses qui, par leur nature même, ne peuvent se discuter; l’homme moderne, au lieu de chercher à s’élever à la vérité, prétend la faire descendre à son niveau; et c’est sans doute pourquoi il en est tant qui, lorsqu’on leur parle de «sciences traditionnelles» ou même de métaphysique pure, s’imaginent qu’il ne s’agit que de «science profane» et de «philosophie».” (p. 80)

Extraits de La crise du monde moderne, Gallimard 1974

7. Des revirements sont possibles

L'Histoire n'est pas écrite

Les déclinistes adoptent parfois un ton prophétique, comme si un processus était enclenché sur lequel les hommes ne peuvent agir

Onfray : "La falaise s'effondre." Bellamy : "Nous sommes vivants. Quelles que soient les circonstances, l'histoire n'est jamais écrite d'avance: le propre de la liberté humaine, c'est de rendre possible ce qui, en apparence, ne l'était pas…"

Un retour aux Lumières

La crise "identitaire" pourrait être "dépassée par le haut" par un retour aux Lumières (Carlo Strenger, E.J. Duits)

Ce retour aux Lumières irait contre le repli nationaliste et "identitaire", car les Lumières comportent le cosmopolitisme, la curiosité envers les différentes cultures, l'ouverture à l'autre. Mais il irait aussi contre le politiquement correct et sa fausse tolérance. Il impliquerait d'affirmer sans honte ses valeurs et son mode de vie mais aussi de dialoguer avec les diverses cultures et reconnaître leurs apports essentiels.

Une thérapie sociale

Il ne s'agit pas d'être dans un optimisme naïf, mais d'envisager un pessimisme actif et une sortie de crise. "La guerre civile est déjà dans les têtes" et il faut mettre en oeuvre une véritable thérapie sociale

Cita d'un autre texte de Rojzman ??

Le convivialisme

Il existe "trois délires" politiques qui forment système : ultralibéralisme, intégrisme théocrate, nationalisme (R.D. Dufour). Pour sortir de ces impasses, des voies s'amorcent : le convivialisme, l'action complexe...

"Trois délires politiques mortifères hantent notre époque. Dans le premier, le délire occidental, la pléonexie (vouloir toujours plus) à l’œuvre dans le néolibéralisme se transforme en risque de tout perdre (dislocation des subjectivités, déchirure du lien social, épuisement de la planète, destruction des bases mêmes de la vie sur terre). Le second, le délire théo-fasciste de l'islamisme djihadiste prétend, contre l'égoïsme érigé en système et la démesure caractérisant l'Occident, restaurer une pureté absolue. Or, quand cette pureté originaire revendiquée se réalise, elle se transforme en souillure et en horreur absolues. Le troisième, le délire identitaire néo-fasciste (qui monte aujourd'hui partout en Europe) se présente comme le seul rempart possible contre les deux premiers. Contre la mondialisation néo-libérale, il prône un retour à la patrie. Non pas une patrie fondée sur un principe universaliste (du type "liberté, égalité, fraternité"), mais une patrie refermée sur elle-même, désignant des boucs émissaires, les étrangers, pour que des acolytes réputés "amis" se regroupent et décrètent contre ces "ennemis" l' "état d'exception". Ces trois délires tendent de plus en plus à former système : on ne sort de 1'un que pour entrer dans l'un des deux autres. Puisqu'aucun des garde-fous démocratiques (Etat, médias et université) ne fonctionne plus, il faut songer à tout refonder à partir des principes de dignité et de commune humanité, également bafoués par ces trois délires. Il se pourrait bien que le travail actuellement fourni par Les Convivialistes puisse fournir les bases de cette reconstruction – probablement une des dernières possibles avant la catastrophe annoncée."

4e de couverture du livre de Dufour

"Il s’agit maintenant d’inventer de nouveaux modes d’action, qui tiennent compte, dans leur structure même, de la complexité. On ne peut plus espérer « changer le monde » avec les organisations telles qu’on les a connues, qui chacune se trouve en lutte contre les autres, et tente d’imposer une vision du monde – religieuse, politique ou thérapeutique, le domaine importe peu. Nous allons esquisser d’autres formes d’action, qui engramment à leur naissance l’ouverture d’esprit et la complémentarité des approches."

E.J. Duits, Mode d'emploi de la civilisation planétaire

Inventer de nouveaux modèles

Avec l'effondrement des idéologies, on se trouve face à un vide positif : nous devons réinventer de nouveaux modèles (développement, famille, travail, etc.) ; loin d'être négatif, il s'agit d'un défi : "il ne faut pas conserver le monde, il faut l'inventer" (T. Guénolé)

(notamment nous devons surmonter la fragmentation et retrouver des enceintes de débats où élaborer des vérités --> citation)

La crise actuelle pourrait bien être une transition vers un autre modèle de société et une chance pour proposer des "utopies réalistes" : notamment, "la fin du travail"

L'automatisation et l'informatisation créent, aujourd'hui, une part de chômage (fin des grandes industries, etc.). Il est possible de penser à une autre économie, qui libérerait les hommes de la plupart des tâches, comme le proposait le candidat Benoît Hamon, dans le sillage de travaux comme ceux de Dominique Méda sur "la fin du travail". Ces utopies prennent racine dans la contre-culture américaine notamment et une vision différente de l'homme, de son rapport à la terre et à la vie.

"Alan Watts — Assurer pour tout le monde nourriture, confort et soins médicaux et fondamentalement une question de technologie.

Jusqu’à la moitié du XVème siècle, l’Orient et l’Occident en étaient au même point : pas d’égouts, pas de sécurité sociale, des lois et des institutions également barbares.

C’est au milieu du me siècle, avec la révolution industrielle, que nous avons découvert qu’il était possible de donner une chance de survie égale à tous. Cette découverte essentielle, l’Orient ne l’a pas faite pour bon nombre de raisons très complexes. Quant aux raisons pour lesquelles c’est en Occident qu’elle s’est faite en premier, elles n’ont aucun rapport ni avec le christianisme ni avec nos institutions.

P. — Ce que vous dites est singulier ! On pense généralement que c’est la pensée spécifique de l’Occident chrétien qui a permis le progrès et la démocratisation.

A.W. — Le christianisme n’y est pour rien. Avant le XIXe siècle, on chantait dans les églises un cantique qui disait : « Le Seigneur Dieu a créé toutes choses belles et harmonieuses, il a fait les créatures grandes ou petites, le riche dans son château et le pauvre à sa porte, riches ou humbles selon l’ordre qu’il a établi. » Le christianisme a toujours considéré la pauvreté comme allant de soi, au même titre que le Soleil ou la Lune. L’idée d’y changer quelque chose n’a pas germé avant le ’axe siècle et la révolution industrielle, au moment où il est devenu possible d’y remédier. C’est seulement à partir de ce point dans le temps que l’on a pu imaginer un monde d’où la pauvreté aurait disparu.

La difficulté à laquelle on se heurte ensuite n’est pas technique, mais psychologique. Elle naît de ce que les gens ne comprennent pas que l’argent est une fiction. L’idée que l’or est une richesse est une superstition aussi archaïque que la saignée. L’argent n’est qu’un instrument de comptabilité. Chaque nation devrait être une sorte de banque en société anonyme qui ouvrirait à sa population un crédit suffisant pour permettre la circulation de la production. Sinon, comme elle économise du travail, l’automation créera de plus en plus de chômage. Qu’attendait-on des machines, sinon qu’elles travaillent à notre place et qu’elles gagnent notre argent pendant que nous resterions assis au soleil à fumer et à boire du vin ? Mais si la communauté ne distribue pas les richesses à l’homme qui se repose pendant que la machine travaille pour lui, le producteur ne peut plus écouler ses produits. Les machines sont nos esclaves communs, elles ne sentent rien et ne se plaignent pas."

http://revolution-lente.coerrance.org/eloge-de-l-insecurite-alan-watts.php

Objections
Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Le travail industriel qui n'est pas fait en Europe est délocalisé

en Asie notamment, où les conditions pénibles voire inhumaines assurent notre confort

Objections à l'argument "Des revirements sont possibles"

Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Objection à écrire

8. Le déclinisme est un prisme idéologique erroné

La notion de déclin est trop vague

Toutes les générations disent "c'était mieux avant"

La notion de déclin n'a de sens que par rapport à une norme d'une "bonne société"

Cette norme n'existe pas

Le déclinisme est alimenté par les médias

Il n'y a pas de "choc des civilisations"

"Pourquoi ne croyez-vous pas à la thèse du choc des civilisations ?

Parce qu’il n’y a pas plusieurs mais une seule civilisation. Depuis plusieurs siècles, nous assistons au déploiement d’une civilisation globale, avec évidemment ses tensions, ses disparités, ses conflits et ces formes de violence radicale inédites. Il peut donc y avoir des guerres hautement destructrices, mais ce ne sont pas des guerres de civilisations. Le terrorisme actuel illustre cette civilisation globale avec ses méthodes transfrontières qui jouent de frustrations nées de la globalisation sur un marché mondial de la terreur.

Dans cette civilisation globale, notre désir de vivre ensemble est de moins en moins enraciné dans un territoire unique mais voyage dans des espaces déterritorialisés. C’est ainsi que ma fille peut se sentir plus proche d’une Mexicaine ou d’une Japonaise rencontrée sur Internet, immergée comme elle dans la culture manga, que de notre voisine de palier. Les mangas constituent un espace de désir déterritorialisé. Ces espaces profitent de l’infinité d’Internet. Aucun des conflits actuels ne peut être analysé comme une guerre de civilisations mais comme des conflits hybrides mêlant des Etats, des organisations terroristes, mafieuses, des réseaux économiques, des postures identitaires globalisées. L’idée d’une civilisation assiégée est plutôt caractéristique d’une Europe devenue fondamentaliste, c’est-à-dire en quête de son origine et de son hégémonie perdue."

Raphaël Liogier

http://www.liberation.fr/debats/2016/01/10/raphael-liogier-il-n-y-a-pas-de-guerre-des-civilisations-car-il-n-y-a-qu-une-seule-civilisation_1425488

Il n'y a pas de guerre de religion mais conflits à l'intérieur des religions

"Les vraies oppositions ne sont pas entre les religions, mais souvent internes au sein d’une même religion. La violence actuelle entre chiites et sunnites l’illustre bien. La logique du choc des civilisations affirme pourtant l’existence d’oppositions de valeurs fondées sur des antagonismes religieux multiséculaires. Il existe en fait aujourd’hui trois polarités religieuses majeures qui traversent toutes les religions : ce sont le spiritualisme, le charismatisme et le fondamentalisme. Ces tendances peuvent s’opposer mais elles sont partagées par toutes les religions. A base de développement personnel, de bien-être, le spiritualisme est la religiosité phare des sociétés les plus riches dites post-industrielles. Elle est dominante dans le bouddhisme occidental, mais on la retrouve aussi en islam avec le néosoufisme. Le charismatisme promet, lui, la réussite matérielle dans l’effervescence collective, qui touche surtout les plus pauvres, que l’on trouve dans le christianisme avec le pentecôtisme, mais aussi dans le bouddhisme avec la Soka Gakkaï. Enfin, le fondamentalisme touche ceux qui sont en déficit de reconnaissance de soi, qui rejettent le présent et s’accrochent à un passé idéal. Ce sont eux les partisans de la «guerre de civilisations»,"

http://www.liberation.fr/debats/2016/01/10/raphael-liogier-il-n-y-a-pas-de-guerre-des-civilisations-car-il-n-y-a-qu-une-seule-civilisation_1425488

Les "déclinistes" sont nostalgiques d'une société fermée et sclérosée

Les déclinistes regrettent une société sclérosée et triste : l'ordre moral, l'homogénéité sociale et culturelle.

Les années 50 et 60 sont le modèle fantasmé auquel les déclinistes se réfèrent. Or cette société était guindée, sclérosée, autoritaire. La police tabassait parfois dans les commissariats (écouter les sketchs de Coluche à ce sujet !). Les femmes divorcées étaient stigmatisées, les homosexuels devaient se cacher. Il y avait du racisme très répandu avec des agressions contre "les Arabes". La liberté sexuelle n'existait pas.

La jeunesse des années 60 n'en pouvait plus de cette société étouffante, c'est pourquoi dans tout le monde occidental la contestation est montée, les étudiants se sont révoltés, le mouvement hippie est né.

Le déclinisme conduit à des solutions politiques autoritaires ou dangereuses

On ne pourrait revenir en arrière que par un régime autoritaire, voire dictatorial. Le déclinisme aboutit nécessairement à contraindre les citoyens, notamment les minorités, à se conformer à un modèle désuet (nation, autorité, transmission, traditions...).

Objections
Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} La dictature est celle des dirigeants européens

Les dirigeants européens ont imposé leurs décisions sans consulter les peuples

Les déclinistes veulent une identité figée, alors qu'une société vivante évolue et se construit

Les déclinistes ne se fondent pas sur des études sociologiques mais sur des ressentis

Les discours "déclinistes" ne sont pas rigoureux, ils s'alimentent de fantasmes, de peurs, d'impressions

Objections
Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Le ressenti permet de saisir une situation

Citation "La Logique de la Bête"

Les déclinistes se focalisent sur des difficultés passagères sans voir l'avantage à long terme des changements en cours

Nous vivons une transition majeure : irruption des nouvelles technologies, grandes migrations, passage des campagnes aux villes... Ces changements demandent des adaptations, notamment économiques, avec la disparition des grandes industries au profit de la "société de l'information" et d'unité plus petites. Les déclinistes confondent les difficultés de cette transition avec un déclin global ; ils ne voient pas le mouvement d'ensemble historique.

"La réflexion historique sur la longue durée témoigne que la métamorphose est une donnée constante de l’histoire: c'est le processus sans fin de la refonte civilisationnelle. La fin du monde n’est jamais la fin du monde: la fin de l’hégémonie européenne n’est pas la fin d’une certaine idée faustienne de l’homme. J’observe simplement un phénomène de translation, de transmission et de continuité."

Régis Debray

http://www.slate.fr/story/149742/comment-nous-sommes-devenus-americains

"Que pensez-vous du tournant politique destrogyre auquel nous assistons actuellement, que ce soit aux Etats-Unis, en Europe, en Russie, en Turquie ?

Pour ne parler que de l’Europe, s’il y a tentation du repli, c’est parce qu’il y a déclin. La menace identitaire-culturelle d’aujourd’hui n’est toutefois pas une tendance de fond. Le siècle est-il la bonne mesure ? J’en doute fort. Le réactif est une attitude d’esprit, par essence, inintelligente, qu’il convient de combattre. Certes, il faut un réexamen qui ne doit pas impliquer de repentance, et pour cela, il faut comprendre les phénomènes de puissance. A cet égard, en revenir à de prétendus fondamentaux est stupide. De la même façon, faire le jeu du renchérissement du culturalisme fait le jeu de la victimisation. L’universel doit demeurer régulateur."

François Jullien

https://www.nonfiction.fr/article-8990-il_ny_a_pas_didentite_culturelle__rencontre_avec_francois_jullien.htm

Parler du "déclin" sert à dissimuler les vrais problèmes

Les déclinistes mettent sur le dos de la baisse de la culture ou de l'immigration des problèmes qui viennent de la baisse de l'activité économique. La démoralisation, le repli sur soi, les difficultés à proposer une éducation avec des moyens suffisants, le communautarisme, la dégradation de infrastructures, etc., tous ces effets découlent de l'anomie économique – et non d'un mystérieux "déclin".

Parler de "déclin" de manière romantique

inégalités sociales, anomie économique, discriminations (cita "La Bête")

Objections
Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Il existe des problèmes culturels, on ne peut pas tout réduire à l'économie

"En 2010, le sociologue Hugues Lagrange fait paraitre son livre Le déni des cultures[1] dans lequel il montre que la dérive des cités sensibles n’a pas que des raisons socio-économiques. Il ne nie certes pas le chômage, le racisme, la discrimination à l’embauche, l’éloignement des centres urbains, le délitement de l’autorité parentale ; mais il leur ajoute des facteurs culturels tels que les religions, les coutumes, les structures familiales, dont il évalue le poids et l’influence sur le développement et le comportement des jeunes. Lagrange prend soin de préciser que ce ne sont pas les traditions en elles-mêmes qui posent problème, mais leur absence de prise en compte par le pays d’accueil. Notons également qu’il n’oppose pas les immigrés aux Français de souche, il mesure les disparités culturelles entre immigrés, notamment entre Maghrébins et Sahéliens. Ce qu’il tente de démontrer, par exemple, c’est que, à conditions sociales et immobilières semblables, le facteur de l’origine culturelle et géographique constitue une des variables explicatives des conduites sociales, y compris en matière de délinquance. D’où la nécessité, pour l’auteur, de prendre en compte les diverses cultures afin de parvenir à des politiques d’intégration plus ajustées."

http://andreversaille.blog.lemonde.fr/category/58-le-culturalisme-est-larme-des-terroristes/

Objections à l'argument "Le déclinisme est un prisme idéologique erroné"

Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} L'Histoire est tragique

L'Histoire est faite de guerres et de contradictions, qui ne se résolvent pas mais changent de forme. Les idéologues croient tous que le monde s'unifiera sous leur bannière : que tout le monde deviendra chrétien, ou démocrate, ou que le marxisme triomphera... En réalité, les humains n'arriveront jamais à un accord fondamental ni une "paix perpétuelle". Le conflit existera toujours, entre nations, religions, civilisations.

L'universalisme est erroné

En prétendant que toute l'humanité peut adhérer aux mêmes valeurs, aux Droits de l'homme, les Occidentaux ont justifié le colonialisme. En réalité, chaque culture produit son image du Bien et du Juste, et il est illusoire et dangereux de vouloir toutes les amener à accepter des valeurs qui ne sont, in fine, qu'occidentales. Croire en une sorte de réconciliation mondiale sur des valeurs communes n'est qu'une utopie - illusoire, voire dangereuse, en ce qu'elle nie la diversité des cultures et des civilisations. Il faut accepter que chaque civilisation vive de son côté.

Il existe des aires civilisationnelles distinctes et concurrentes
L'homme déraciné devient une unité comptable

L'individu abstrait n'existe pas ; chaque personne est l'expression d'une langue, d'une culture, d'une histoire. En imaginant un "homme remplaçable", qui peut s'abstraire de toute appartenances pour décider sa vie, on fait une erreur tragique. On prépare le terrain à un homme sans racine, sans identité, flottant et malléable, qui sera à la merci des firmes internationales, de la publicité, des loisirs de masse, voire de mots d'ordres et slogans sans profondeur.

Dans un monde multipolaire, il faut une politique de puissance

L'Europe occidentale ne pourra pas toujours vivre sous la tutelle militaire américaine ; pour avoir une destinée propre, elle doit entrer à nouveau sur la scène de l'histoire, accepter la possibilité du conflit, se doter d'outils militaires et politiques. Elle doit aussi se réarmer moralement, croire en ses valeurs, en son histoire, trouver un projet collectif qui la porte - comme les autres aires civilisationnelles, qui croient en elles, comme la Russie avec la religion orthodoxe, le monde islamique, les USA avec leur patriotisme etc.

Il faut retrouver un sens à la civilisation occidentale

Prendre des verres à une terrasse de café, porter une minijupe, partir à la mer, ne donnent pas sens ni grandeur à la destinée humaine. Celle-ci aspire à des actes héroïques, à une tension vers l'absolu, à un rapport avec la transcendance - ou, à minima, à la fierté de son histoire et de sa culture. Certains "déclinistes" espèrent un retour au christianisme (comme en Russie) ou à la sagesse antique (Onfray) comme réponses au vide contemporain.

Objections
La notion de "civilisation" n'est pas pertinente

Il n'existe pas de "civilisation occidentale"

Citation Liogier ?

Une civilisation du bonheur et du "moindre mal"

Article de Libé sur les terrasses de café etc.

Renouer avec le projet marxiste (Badiou)
Aller vers le transhumanisme (Onfray)
Se convertir à l'islam (Onfray)
Se tourner vers les religions orientales
Retrouver Socrate (Duits)

La civilisation occidentale s'inaugure avec Socrate, qui cherche la vérité par la raison - en allant contre les Dieux, contre les opinions, contre les autorités. A partir de la crise de la philosophie, celle-ci abandonne l'idéal de la recherche de la vérité en commun - qui se transporte dans des sciences parcellaires (physique, biologie, sciences humaines séparées). Les individus se trouvent devant des vérités qui se contredisent, et que personne ne cherche à départager. Or l'homme a besoin de savoir quelle est la vérité sur les questions essentielles, si du moins une telle vérité existe. Il veut savoir quel est le bien, le juste, le réel, l'ultime, l'être. Il faut retrouver cette quête de la vérité, et créer des enceintes spécialement destinées à confronter les différentes visions du monde (religions, philosophies), pour savoir "quelle est la vraie".

Inventer des idéaux inédits

Les déclinistes proposent toujours de se retourner vers le passé de l'occident : christianisme, antiquité grecque, ou marxisme. Or, tout a échoué, du christianisme au marxisme, du libéralisme à la postmodernité. Tout est à réinventer, sans modèles ni boussoles, peut-être en prenant ce qu'il y a de meilleur dans les diverses civilisations. Le monde est ouvert.

À caser

Le déclin des religions et des grandes idéologies est un surplus de lucidité

Pour les déclinistes, le déclin des religions et/ou des grandes idéologies du XXème siècle (communisme, socialisme, libéralisme...) conduit au vide, alors qu'il s'agit d'un surplus de lucidité

Pour aller plus loin

Livre symbolisant la bibliographieLivre symbolisant la bibliographie{{{2}}} Bibliographie

Analyses générales

  • Dany-Robert Dufour, La Cité perverse, Folio
  • (Laurent Bouvet, L'insécurité culturelle)
  • Hugues Lagrange, Le déni des cultures
  • Gilles Lipovetsky, L'ère du vide, Folio
  • Marcel Gauchet : La démocratie contre elle-même, Folio
  • Carlo Strenger : Le Mépris civilisé, Pocket
  • Emmanuel-Juste Duits : Après le relativisme, Le Cerf
  • Amin Maalouf : Les identités meurtrières, Le Livre de poche
  • Charles Rojzman, Vers les guerres civiles, Lemieux
  • Dominique Méda, La fin du travail, Champs Flammarion
  • J.F. Mattéi, Le procès de l'Europe, Puf
  • Chantal Delsol, Le souci contemporain, La petite vermillon
  • (Juvin, Lipovetsky, L'occident mondialisé)
  • Todorov, La peur des barbares
  • (Zakaria, L'avenir de la liberté)
  • Alain Finkielkraut, Défaite de la pensée, Folio
  • Robert Hughes, La Culture gnangnan (l'invasion du politiquement correct), Arléa (collection Courrier International)
  • (Régis Debray, Civilisations)

Livres "déclinistes"

  • Michel Onfray, Décadence
  • Eric Zemmour, Le suicide français
  • Ivan Rioufol, La guerre civile qui vient
  • Alain Finkielkraut, L'identité malheureuse
  • Comité Orwell, Bienvenue dans le pire des mondes
  • Eric Dupin, La France identitaire, La Découverte
  • J.F. Mattéi, Le regard vide, Grasset
  • Huntington, Le Choc des civilisations, Odile Jacob
  • Devecchio, Les nouveaux enfants du siècle
  • Aldous Huxley, Le Meilleur des Mondes
  • Edward Behr, Une Amérique qui fait peur (La liberté est-elle devenue l'instrument d'une nouvelle tyrannie ?), Pocket

Livres contre le déclinisme

  • Dany-Robert Dufour, La situation désespérée du présent me remplit d'espoir : face à trois délires politiques mortifères, l'hypothèse convivialiste, éditions Le Bord de l'eau
  • Ulrich Beck, Le cosmopolitisme
  • Kwame Appiah, Pour un nouveau cosmopolitisme, Odile Jacob
  • Raphaël Liogier, La guerre des civilisations n'aura pas lieu
  • Emmanuel-Juste Duits, Mode d'emploi de la civilisation planétaire, Chronique sociale
  • Emmanuel-Juste Duits, L'Homme réseau (Penser et agir dans la complexité), Chronique sociale
  • Edgar Morin, Pour entrer dans le XXIème siècle, Point-Seuil
  • Edgar Morin, La Voie
  • (Vaneigem, Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations, Folio)
  • (Finkielkraut, Bruckner ; Au coin de la rue, l'aventure, Point-Seuil)
  • (Frédéric Martel, sur la culture mondialisée)
  • Dufour, livre sur le convivialisme
  • Fukuyama, La fin de l'Histoire
  • Watts, Eloge de l'insécurité
  • Cespédés, Mélangeons-nous!

Ouvrages classiques sur la question

  • (Guy Debord, La société du spectacle)
  • Max Horkheimer, Eclipse de la raison, Payot
  • Théodore Adorno : Minima Moralia, Payot
  • Marcel Gauchet ; Le désenchantement du monde
  • Alvin Toffler : Le choc du futur, Folio
  • Oswald Splenger, Le déclin de l'Occident
  • René Guénon, La crise du monde moderne
  • Husserl, La crise des sciences européennes
  • Castoriadis, La montée de l'insignifiance, Le Seuil
  • Georges Steiner : Dans le château de barbe-bleue, Folio
  • Castoriadis : Le monde morcelé
  • Georges Steiner : Nostalgie de l'absolu, Folio
  • Ferry, Renault, La pensée-68,

Chaine ou lien URL symbolisant la webographieLien URL symbolisant la webographie{{{2}}} Sitographie

Onfray

Une réflexion sur la longue durée :

https://www.youtube.com/watch?v=etzf_OVcQ3Q

Michel Onfray sur son livre "Décadence" :

https://www.youtube.com/watch?v=NyR_HDmHJSQ

"L'Europe est-elle tentée par le choc des civilisations ?"

Débat Liogier/Del Valle sur les différences des civilisations

https://www.youtube.com/watch?v=4a56Kd5PRRo

Notes et références