Faut-il instaurer un revenu de base ?

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Définition du revenu de base

Selon la définition du Basic Income Earth Network[1], le revenu de base est un revenu versé par une communauté politique à tous ses membres, sur une base individuelle, sans conditions de ressources ni obligation de travail[2]. Autrement dit, le revenu de base est une somme d'argent qui est distribuée à chaque citoyen, qu'il soit riche ou pauvre, chômeur ou travailleur, en couple ou célibataire, sans contrepartie.

Modalités particulières

Le revenu de base est généralement conçu comme une allocation destinée aussi bien aux adultes qu'aux enfants, avec, dans le cas des enfants, un montant plus faible envisagé (souvent la moitié). Ce montant doit aussi, selon certains, être différent dans le cas de personnes vivant seules, et dans le cas de personnes vivant en couple. Le plus souvent, le revenu de base est considéré comme cumulable avec les revenus provenant d'un travail.

Montant

Pour certains de ses partisans, le revenu de base est vu comme une allocation destinée à satisfaire les besoins primaires d'une existence, tandis que pour d'autres il doit permettre d'assurer une vie riche et décente. Ainsi, selon les conceptions, le montant mensuel de ce revenu va de 400 euros à 1500 euros. Cette somme est alors versée en euros, ou bien, selon une partie de ses défenseurs, en monnaie locale complémentaireLogo de l'encyclopédie Wikipédiamonnaie locale complémentaireLogo de l'encyclopédie Wikipédiamonnaie locale complémentaire.

Financement

Divers modes de financement sont envisagés, mais, dans l'ensemble, ceux-ci consistent à réutiliser le budget d'une partie des prestations sociales (allocations chômage, aides à l'emploi, aide au logement, bourses scolaires et étudiantes, principalement), et à augmenter ou à créer certaines taxes (impôt sur le revenu, TVA, CSG, taxes sur les transactions financières). La question du financement faisant débat, voir pour plus de détails la partie qui lui est consacrée.

Défenseurs

Recoupant parfois ces différents clivages, les défenseurs du revenu de base se trouvent aussi bien à droite qu'à gauche de l'échiquier politique, ou encore en dehors des appartenances partisanes. Ses défenseurs vont des altermondialistes aux libertariens, en passant par les chrétiens-démocrates, et rassemblent des universitaires, des personnalités, des hommes politiques et des associations, pour beaucoup regroupés au sein du Basic Income Earth NetworkLogo de l'encyclopédie WikipédiaBasic Income Earth NetworkLogo de l'encyclopédie WikipédiaBasic Income Earth Network.

Mise en place

Différentes expérimentations du revenu de base ont eu lieu au Canada[3], en Inde[4] et en Namibie[5]. Le seul État qui ait franchi le stade de l'expérimentation est l'Alaska, qui depuis 1976 a mis en place l'Alaska Permanent FundLogo de l'encyclopédie WikipédiaAlaska Permanent FundLogo de l'encyclopédie WikipédiaAlaska Permanent Fund, une forme particulière de revenu de base financée par les revenus miniers et pétroliers de l'État.

Actualité du débat

Le débat sur le revenu de base a pris une teneur particulière depuis le lancement, en janvier 2013, d'une initiative citoyenne européenneLogo de l'encyclopédie Wikipédiainitiative citoyenne européenneLogo de l'encyclopédie Wikipédiainitiative citoyenne européenne pour le revenu de base[6], puis l'annonce du dépôt, en novembre 2013, des 126 000 signatures nécessaires à l'initiative fédérale suisseLogo de l'encyclopédie Wikipédiainitiative fédérale suisseLogo de l'encyclopédie Wikipédiainitiative fédérale suisse pour l'instauration d'un revenu de base en Suisse[7]. En juillet 2015, c'est le gouvernement finlandais qui a fait part de son intention d'instaurer un revenu de base de 1000 euros mensuels, avant, trois mois plus tard, d'annoncer le financement d'un groupe de recherche dédié à l’expérimentation à l’échelle nationale[8]. En juin 2016, les citoyens suisses votaient pour ou contre l'instauration d'un revenu de base inconditionnel, tandis que le Sénat français préconisait en octobre d'expérimenter différentes modalités de revenu de base sur le territoire hexagonal[9]. Le revenu de base, ou « revenu universel », fait en 2007 l'objet de nombreux débats avec les élections présidentielles françaises, pour lesquelles plusieurs candidats aux primaires ont intégré cette mesure à leur programme.

Logo de l'encyclopédie Wikipédia Voir la page sur le revenu de base de l'encyclopédie Wikipédia.
Arguments POUR
Arguments CONTRE
Pouce vert tendu vers le hautLogo d'argument pour{{{2}}} De meilleures conditions de vie Pouce rouge tendu vers le basLogo d'argument contre{{{2}}} Un financement impossible
Pouce vert tendu vers le hautLogo d'argument pour{{{2}}} Plus de justice sociale Pouce rouge tendu vers le basLogo d'argument contre{{{2}}} Un désastre économique
Pouce vert tendu vers le hautLogo d'argument pour{{{2}}} Un meilleur rapport au travail Pouce rouge tendu vers le basLogo d'argument contre{{{2}}} Une déconnexion entre revenu et travail
Pouce vert tendu vers le hautLogo d'argument pour{{{2}}} Une bonne chose pour l'économie du pays Pouce rouge tendu vers le basLogo d'argument contre{{{2}}} Un risque d'immigration massive
Pouce vert tendu vers le hautLogo d'argument pour{{{2}}} Une mesure adaptée à l'économie du 21e siècle Pouce rouge tendu vers le basLogo d'argument contre{{{2}}} Une accentuation de la marchandisation
Pouce rouge tendu vers le basLogo d'argument contre{{{2}}} Un mauvais combat politique

Arguments POUR

Pouce vert tendu vers le hautLogo d'argument pour{{{2}}} De meilleures conditions de vie

1. Une réduction de la pauvreté

Parce qu'il offre à chaque personne de quoi s'acheter un panier de biens et de services essentiels, le revenu de base permet de réduire drastiquement le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvretéLogo de l'encyclopédie Wikipédiaseuil de pauvretéLogo de l'encyclopédie Wikipédiaseuil de pauvreté. De plus, parce qu'il est versé à tous les citoyens sans condition, le revenu de base n'est pas soumis au problème du non-recours touchant les populations les plus pauvres, qui en bénéficieraient automatiquement.

2. Une plus grande liberté

En donnant à chacun les ressources monétaires pour bien vivre sans travailler, le revenu de base rend les individus plus libres d'accepter ou non un emploi, de réduire ou non leur temps de travail et de s'adonner à des activités librement choisies. De même, il offre une autonomie financière à toutes les personnes (notamment les femmes et les étudiants) qui souhaitent s'émanciper de leur conjoint ou de leur famille.

3. Plus de temps libre

En donnant aux individus de quoi subvenir à leurs besoins sans avoir besoin d'autant travailler, voire sans avoir besoin de travailler du tout, le revenu de base offre la possibilité d'avoir beaucoup plus de temps libre.

4. Une réduction de la peur du chômage

Si chacun recevait un revenu suffisant pour bien vivre, même en étant sans emploi, le chômage ne serait pas vécu comme il l'est aujourd'hui : comme une situation financièrement difficile qui fait peur.

5. Pas de stigmatisation

Parce que le revenu de base est versé à chaque citoyen sans qu'il ait besoin d'en faire la demande, il n'y a pas de stigmatisation des bénéficiaires, comme cela est le cas pour les différentes aides sociales.

Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Objections à l'argument « De meilleures conditions de vie »

1. Désocialisation, ennui et dépression

Avec un revenu de base, une grande partie des gens feraient le choix de moins travailler ou de ne plus travailler du tout. Ils seraient, comme de nombreuses personnes subissant le chômage, plus enclins à la solitude, à l'ennui et à la dépression.

2. Une harmonisation par le bas pour les chômeurs et les retraités

Si le revenu de base est financé en redistribuant à tous les allocations versées aux chômeurs ou aux retraités, les chômeurs et les retraités auront tous un revenu identique, mais ce revenu sera pour la majorité des personnes inférieur à l'allocation chômage ou retraite qu'ils touchent avec le système actuel.

3. La généralisation de la précarité

Un revenu de base d'un montant élevé semblant irréaliste, le revenu de base risque d'être, pour la majorité des personnes, un revenu minimum devant être couplé à un ou plusieurs emplois complémentaires. Puisque la plupart des personnes auront besoin de ces emplois d'appoint, il est probable que le nombre de « petits boulots » précaires et mal rémunérés augmente considérablement, avec un danger : la dégradation du marché du travail et la généralisation de la précarité.

Pouce vert tendu vers le hautLogo d'argument pour{{{2}}} Plus de justice sociale

Une réduction des inégalités

En offrant à chacun un revenu identique dès la naissance, le revenu de base assure un capital économique de base identique à tous les citoyens. Il favorise par là l'égalité des chances. De plus, si le revenu de base est principalement financé par l'impôt direct, il sera surtout financé par les contribuables les plus aisés. Cela aura aussi pour conséquence de réduire les inégalités de revenu.

Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Objection à l'argument « Plus de justice sociale »

Injustice d'un revenu de base identique pour riches et pauvres

Il est injuste qu'un revenu de base soit distribué de façon égale aux personnes riches et aux personnes pauvres. Ces dernières en ont beaucoup plus besoin.

Pouce vert tendu vers le hautLogo d'argument pour{{{2}}} Un meilleur rapport au travail

1. De meilleures conditions de travail

En offrant aux individus un revenu suffisant pour bien vivre sans travailler, le revenu de base change le rapport de force entre employeurs et employés, en faveur des employés : ces derniers pourraient alors négocier des salaires plus attractifs et de meilleures conditions de travail.

2. La possibilité de se libérer du travail salarié

En offrant aux individus un revenu suffisant pour bien vivre sans travailler, le revenu de base facilite grandement le refus du travail, entendu en son sens étymologique de tripalium, de torture. Le revenu de base est une condition essentielle de l'émancipation du travail aliénant, le travail salarié.

3. La suppression des trappes à inactivité

En donnant la possibilité de cumuler le revenu de base et un salaire, apporté par un emploi, le revenu de base ne crée pas de « trappe à inactivité »Logo de l'encyclopédie Wikipédia« trappe à inactivité »Logo de l'encyclopédie Wikipédia« trappe à inactivité », c'est-à-dire de situation dans laquelle il est plus intéressant économiquement d'être au chômage que d'avoir un emploi.

Pouce vert tendu vers le hautLogo d'argument pour{{{2}}} Une bonne chose pour l'économie du pays

1. Une incitation à la création d'entreprises

En offrant à tous un revenu suffisant pour bien vivre, le revenu de base permet à ceux qui voudraient créer une entreprise d'avoir un « filet de sécurité » au cas où celle-ci ne marche pas. Le revenu de base favorise ainsi le développement d'activités risquées, ou qui ne sont pas forcément rentables à court terme.

2. Une relance de la consommation

En distribuant à tous une somme non négligeable d'argent, le revenu de base fait augmenter le pouvoir d'achat des ménages et permet de relancer la consommation.

3. Une réduction du chômage

Imaginons qu'un revenu de base soit instauré ; le revenu de base s'ajoute alors au salaire que l'on a en travaillant. Le revenu de base permet donc aux travailleurs de toucher un revenu de même montant que leur ancien salaire sans travailler autant d'heures. Par là le revenu de base favorise la réduction du temps de travail, et par conséquent la création d'emplois pour les chômeurs.

4. Une simplification administrative et fiscale

Puisque le revenu de base est inconditionnel, il est versé sans aucun contrôle ou presque. L'administration habituellement chargée de vérifier qu'il n'y a pas de fraude aux aides sociales que le revenu de base remplacerait (minimas sociaux, allocations familiales, aide au logement, aides à l'emploi, bourses scolaires et universitaires) n'aurait alors plus de place.

Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Objections à l'argument « Une bonne chose pour l'économie du pays »

Voir les arguments CONTRE plus bas : Un désastre économique.

Pouce vert tendu vers le hautLogo d'argument pour{{{2}}} Une mesure adaptée à l'économie du 21e siècle

1. Adaptée à la situation de chômage de masse

Le revenu de base prend tout son sens dans une société où une grande partie de la population est au chômage. Plutôt que de chercher sans cesse à faire baisser les « chiffres du chômage », ce que tous les gouvernements essaient de faire sans que cela ait réellement d'effet, il faut commencer par accepter le fait que le chômage de masse est une tendance durable de nos sociétés industrialisées.

2. Adaptée à l'exigence de flexibilité de la main-d'œuvre

Depuis les années 1980, les entreprises privilégient une main-d'oeuvre flexibleLogo de l'encyclopédie WikipédiaflexibleLogo de l'encyclopédie Wikipédiaflexible, sur le modèle des travailleurs intérimaires et des contrats de travail permettant une gestion « souple » du personnel. Le revenu de base, parce qu'il est un filet de sécurité pour les travailleurs précaires, est alors une mesure qui permet de satisfaire la demande de flexibilité des entreprises, sans compromettre les conditions de vie des travailleurs précaires.

3. Adaptée à la situation de « travail invisible »

Le « travail invisible » désigne l'ensemble du travail qui n'est pas rémunéré dans la société, du bénévolat au travail domestiqueLogo de l'encyclopédie Wikipédiatravail domestiqueLogo de l'encyclopédie Wikipédiatravail domestique (cuisine, ménage, courses, soin des enfants, bricolage, etc.). Ce travail invisible est considérable à l'échelle nationale et pourtant il n'est pas rémunéré. Le revenu de base offrirait alors une compensation monétaire à ce travail effectué sans salaire.

4. Adaptée au capitalisme cognitif

Le développement du secteur tertiaire est la base d'une nouvelle économie qualifiée de « capitalisme cognitifLogo de l'encyclopédie Wikipédiacapitalisme cognitifLogo de l'encyclopédie Wikipédiacapitalisme cognitif », qui a profondément changé la nature du travail. Entre autres choses, le capitalisme cognitif se caractérise par l'importance du travail intellectuel, qu'il est difficile de mesurer en heures de travail et donc de rémunérer de façon adéquate par un salaire calculé sur la base d'un certain nombre d'heures de travail. Or, parce qu'il n'est pas établi sur la base d'un temps de travail, le revenu de base est en ce sens un mode de rétribution particulièrement adapté au capitalisme cognitif.

Arguments CONTRE

Pouce rouge tendu vers le basLogo d'argument contre{{{2}}} Un financement impossible

Financer un revenu d'entre 400 et 1500 euros par mois pour les citoyens majeurs, et de la moitié pour les citoyens mineurs, est un coût colossal pour une société. Financer un tel dispositif est irréaliste.

Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Objections à l'argument « Un financement impossible »

1. On a dit de même pour les systèmes des retraites et d'assurance maladie

Tout au long du vingtième siècle, on a aussi dit qu'il était impossible de financer un système de retraite et un système d'assurance maladie pour tous. Et pourtant, on l'a fait.

2. Différents modèles de financement

Différents modèles réalistes de financement du revenu de base ont été proposés.

Le modèle proposé par Génération libre

Le think-tank libéral Génération libre propose un modèle de financement de revenu de base par un impôt négatifLogo de l'encyclopédie Wikipédiaimpôt négatifLogo de l'encyclopédie Wikipédiaimpôt négatif de 23%, prélevé à la source sur tous les revenus. Le montant de ce revenu de base (baptisé LIBER) est estimé à 450 euros par adulte et 225 euros par enfant. Le LIBER se substitue par ailleurs au RSA, à la prime pour l’emploi, aux allocations familiales, et aux exonérations fiscales sur les revenus du patrimoine. De plus, l'impôt mis en place (dénommé LIBERTAXE) remplace l’impôt sur le revenu, la CSGLogo de l'encyclopédie WikipédiaCSGLogo de l'encyclopédie WikipédiaCSG et l’impôt sur les sociétés.

Le modèle proposé par Baptiste Mylondo

Le chercheur en économie et philosophie politique Baptiste Mylondo propose un système de financement du revenu de base basé sur :

  • la suppression d'aides sociales existantes (minimas sociaux, aides à l'emploi, allocations familiales, aide au logement, bourses scolaires et universitaires) ;
  • une hausse de 35 points de la Contribution sociale généralisée (CSGLogo de l'encyclopédie WikipédiaCSGLogo de l'encyclopédie WikipédiaCSG).

Il parvient ainsi à faire financer un revenu de base de 750 euros par adulte, 230 euros par enfant.

Le modèle proposé par Jacques Marseille

L'historien de l'économie Jacques Marseille a proposé un système de financement du revenu de base basé sur la suppression des allocations chômage, des minimas sociaux, des aides à l'emploi, des allocations retraite, de l'aide au logement, des bourses étudiantes et des aides destinées à combattre l'exclusion. En refondant ces différentes aides existantes en un dispositif unique, il parvient à faire financer un revenu de base de 750 euros par adulte, et 375 euros par enfant.

Le modèle proposé par Daniel Häni et Enno Schmidt

Dans leur documentaire « Le revenu de base, une impulsion culturelle », les réalisateurs Daniel Häni et Enno Schmidt proposent de financer le revenu de base par une hausse de TVALogo de l'encyclopédie WikipédiaTVALogo de l'encyclopédie WikipédiaTVA.

Le modèle proposé par Jean-Marie Monnier et Claudio Vercellone

Les chercheurs en économie Jean-Marie Monnier et Claudio Vercellone proposent un modèle de financement du revenu de base qui consiste à :

  • supprimer certaines aides sociales existantes (minimas sociaux, aides à l'emploi, allocations familiales, allocation d'adulte handicapé) ;
  • restaurer les allègements de différentes charges et impôts (charges aux entreprises, impôt de solidarité sur la fortune, impôts sur les revenus du patrimoine) ;
  • instaurer de nouvelles taxes (taxe de 20% sur les revenus de capitaux mobiliers, taxes TobinLogo de l'encyclopédie Wikipédiataxes TobinLogo de l'encyclopédie Wikipédiataxes Tobin et Keynes sur les transactions financières).

Ils financent alors un revenu de base de 700 euros par mois par adulte.

Pouce rouge tendu vers le basLogo d'argument contre{{{2}}} Un désastre économique

1. Plus personne n'ira travailler

Si un revenu est versé sans obligation de travailler, une grande partie des gens feront le choix de moins travailler, voire de ne pas travailler du tout. Cela touchera particulièrement les travaux pénibles, qui risqueront d'être désertés. Au final, c'est la production nationale qui risque de baisser.

2. Une baisse de compétitivité

Si tous les citoyens d'un pays reçoivent un revenu de base suffisant pour vivre sans travailler, de nombreux emplois à bas salaire risquent d'être délaissés. Une conséquence probable est que pour attirer les gens à ces emplois, les employeurs doivent augmenter les salaires. Il en résulte pour les entreprises de ce pays une baisse de compétitivité économiqueLogo de l'encyclopédie Wikipédiacompétitivité économiqueLogo de l'encyclopédie Wikipédiacompétitivité économique, dommageable pour l'économie nationale.

3. Un risque d'inflation

Donner un revenu de plusieurs centaines d'euros à chaque citoyen risque de faire augmenter les prix des produits de consommation courante, parce que les vendeurs se diront que les consommateurs disposent de plus d'argent dédié à ces dépenses (de la même façon que l'aide au logement a fait augmenter le prix des loyers, parce que les propriétaires se sont dit que les locataires disposaient de plus d'argent pour leur logement).

4. Un risque de fraude pour les expatriés

Donner un revenu de base à tous les citoyens comporte le risque qu'une partie d'entre eux partent vivre à l'étranger, notamment dans un pays où le niveau de vie est moins élevé, et bénéficient du revenu de base sans en apporter de contrepartie.

Pouce rouge tendu vers le basLogo d'argument contre{{{2}}} Une déconnexion entre revenu et travail

1. Un non-sens économique

Instaurer un revenu de base revient à distribuer à tous une somme d'argent sans exiger en retour un travail ; cela revient à déconnecter le revenu du travail. Or l'argent à partir duquel est financé le revenu de base provient du travail de nombreux travailleurs, quel que soit le mode de financement du revenu de base, car la valeur économiqueLogo de l'encyclopédie Wikipédiavaleur économiqueLogo de l'encyclopédie Wikipédiavaleur économique naît du travail. Si rien n'assure le fait qu'une partie importante de la population continue de travailler, c'est la possibilité même de financer le revenu de base qui s'effondre.

2. Un principe immoral

Donner un revenu aux gens sans contrepartie est immoral. Cela revient à payer les gens à ne rien faire.

Pouce rouge tendu vers le basLogo d'argument contre{{{2}}} Un risque d'immigration massive

Si un revenu est distribué à tous les habitants ou citoyens d'un pays sans contrepartie, un très grand nombre de personnes vont vouloir vivre et s'installer dans ce pays. L'immigration risque alors de considérablement progresser.

Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Objections à l'argument « Un risque d'immigration massive »

1. L'immigration est source de richesse

Loin d'être un problème, l'immigration est source de richesses économiques et culturelles. Elle participe au développement économique du pays d'accueil comme des pays d'origine. Sans immigration, le développement des sciences et des arts n'aurait pas non plus été ce qu'il est aujourd'hui.

Loupe d'objection détaillée Objection détaillée : L'immigration est source de richesse.

2. Tout dépend des conditions d'accès au revenu de base

Ce n'est pas parce que le revenu de base est donné sans contrepartie qu'il est offert à n'importe qui. Pour la plupart des défenseurs du revenu de base, celui-ci n'est offert qu'aux citoyens du pays concerné, ce qui limite considérablement le nombre de ses bénéficiaires. D'autres y ajoutent des conditions supplémentaires en liant le revenu de base à un « contrat civique », auquel doivent souscrire ses bénéficiaires.

Pouce rouge tendu vers le basLogo d'argument contre{{{2}}} Une accentuation de la marchandisation

En donnant aux individus de quoi s'acheter les marchandises de base, le revenu de base ne sort pas de la logique de la marchandisatioṇLogo de l'encyclopédie WikipédiamarchandisatioṇLogo de l'encyclopédie Wikipédiamarchandisatioṇ, selon laquelle les choses s'achètent et se vendent contre de l'argent. À l'inverse, distribuer ces biens de base (nourriture, eau, logement, etc.) sous la forme d'un service public gratuit, payé par les impôts, lutte contre la tendance à la marchandisation du monde.

Pouce rouge tendu vers le basLogo d'argument contre{{{2}}} Un mauvais combat politique

1. Une mesure à l'encontre de diverses revendications collectives

Alors qu'elle est présentée comme progressiste, la proposition du revenu de base va à l'encontre des revendications exprimées par les collectifs de chômeurs et de femmes, qui aspirent non pas à une allocation plus importante qui leur permettrait de rester chez eux, mais à obtenir un emploi digne. De la même façon, la refonte du système des retraites proposée par certains défenseurs du revenu de base conduit à niveler les pensions retraites vers le bas, à l'inverse des revendications collectives des travailleurs et retraités.

2. Une revendication trop imprécise

Selon si son montant est faible ou élevé, le revenu de base peut être un progrès ou bien une régression sociale (en particulier pour les versions libérales du revenu de base). En ce sens, défendre l'instauration d'un revenu de base quel qu'en soit le montant est dangereux.

3. L'abandon de la lutte pour le plein-emploi

En faisant de l'instauration d'un revenu de base une lutte prioritaire, ou en rejetant catégoriquement l'importance d'un emploi pour tous, on est conduit à abandonner la lutte pour le plein-emploi. Or cette dernière est nécessaire à un changement politique radical, dans la mesure où c'est principalement au sein du monde du travail que se crée un rapport de force propice à changer la société.

4. L'abandon de la lutte pour une meilleure protection sociale

Un grand nombre de défenseurs du revenu de base s'appuient sur les lacunes du système de protection sociale actuel (assurance chômage, pension de retraite et sécurité sociale) pour lui opposer le dispositif du revenu universel. Dans le meilleur des cas, ils renoncent à lutter contre le démantèlement de ces services publics et leur renforcement ; dans le pire des cas ils légitiment leur casse.

5. Une roue de secours du capitalisme

Un revenu de base d'un montant suffisant pour vivre pleinement amène à faire disparaître le marché du travail, qui est essentiel au bon fonctionnement de l'économie capitaliste. Au sein de cette économie, seul un revenu de base d'un montant relativement faible, légitimant la précarité maximale du travail, apparaît donc possible. Ce revenu de survie n'est alors qu'un moyen de préserver un système économique qui dégrade la vie d'une majorité de la population, alors que c'est ce système qu'il faudrait changer.

6. Plutôt qu'un revenu de base, d'autres revendications

D'autres mesures permettraient de réaliser une partie ou l'ensemble des choses permises par un revenu de base, sans en présenter les inconvénients.

  • Fondé sur un droit à l'emploi, le salaire à vie serait financé par le travail de tous, et préparerait une sortie du capitalisme.
  • L'extension des droits sociaux (droits à la santé, à l'éducation, au logement, etc.), sous forme de services publics gratuits pour tous, améliorerait considérablement les conditions de vie de l'ensemble de la population.
  • Une réduction massive du temps de travail, réparti entre tous, alliée à une interdiction des licenciements, métamorphoseraient notre rapport au travail, qui serait ainsi libéré à de nombreux égards.

Main de face en signe d'objectionMain de face, orange, en signe d'objection{{{2}}} Objection à l'argument « Un mauvais combat politique »

Un dispositif applicable dès maintenant

Un gros avantage de la lutte pour un revenu de base est que celui-ci s'intègre tout à fait dans les institutions actuelles, qui ne nécessitent pas d'être totalement changées pour qu'une telle allocation puisse être instaurée. À l'inverse, les revendications proposées par les objecteurs du revenu de base relèvent de la lutte anticapitaliste, dont la victoire apparaît peu crédible aujourd'hui.

Débats connexes

Pour aller plus loin

Livre symbolisant la bibliographieLivre symbolisant la bibliographie{{{2}}} Bibliographie

  • Yoland Bresson, Le revenu d'existence ou la métamorphose de l'être social, L'esprit frappeur, 2000.
  • Jean-Marc Ferry, L'allocation universelle. Pour un revenu de citoyenneté, Cerf, 1995.
  • Baptiste Mylondo, Un revenu pour tous ! Précis d'utopie réaliste, Utopia, 2010.
  • Philippe Van Parijs et Yannick Vanderborght, L'allocation universelle, La Découverte, Paris, 2005.

Chaine ou lien URL symbolisant la webographieLien URL symbolisant la webographie{{{2}}} Sitographie

Film ou pellicule symbolisant la vidéographieFilm symbolisant la vidéographie{{{2}}} Filmographie

Notes et références

  1. Voir « How is Basic Income defined? ».
  2. Selon les groupes et personnes, le revenu de base est aussi appelé : « revenu universel », « revenu inconditionnel », « revenu inconditionnel suffisant », « revenu d'existence », « revenu minimum d'existence », « revenu social », « revenu social garanti », « allocation universelle », « revenu de vie », « revenu de citoyenneté », « revenu citoyen », « dotation inconditionnelle d'autonomie » ou « dividende universel ». Même si toutes ces expressions ne sont pas identiques, elles partagent suffisamment de caractéristiques pour être assimilées au projet du revenu de base.
  3. Voir http://revenudebase.info/2012/12/06/evelyn-forget-experimentation-mincome-canada/.
  4. Voir http://revenudebase.info/tag/inde/.
  5. Voir http://revenudebase.info/tag/namibie/.
  6. Voir la page dédiée à cette initiative citoyenne européenne sur le site du Mouvement français pour un revenu de base, dont la pétition pour une nouvelle initiative européenne, après que celle proposée en 2013 n'a pas obtenu le million de signatures de citoyens des États membres.
  7. Voir la page du B.I.E.N. suisse consacrée à cette initiative populaire.
  8. http://www.unidivers.fr/revenu-de-base-finlande-allocation-universelle-argent-travail/
  9. http://www.senat.fr/rap/r16-035/r16-035.html